PAR LE DOCTEUR VAN SIEBOLD
Le glorieux explorateur du Japon^ le docteur Sid)old, revenu définitivement en Europe, après de longues années passées encore dans son lointain pays d'adoption, a publié^ pour accompagner son nouveau catalogue, une brochure intéressante quoique courte, puisqu'elle nous offre des détails inconnus sur la science horticde de ce pays» et sur les plantes qui y croissent ou y sont cultivées.
Les Japonais, chacun le sait aujourd'hui, forment un peuple singulièrement avancé dans lés sciences et les arts, malgré quelques dehors de barbarie qui se manifestent à Tégard des étrangers et surtout des Européens. Je ne veux pas ici faire une comparaison qui resterait évidemment tout à notre avan*
tage, je vexa, simplement établir la valeur rédle que peuvent avoir les renseignements qui nous seront fournis sur les arts, les sciences et l'industrie de ce pays, oh, ncm contents de leurs propres découvertes, ils ont fait une étude étonnante de nos meîHenrs ouvrages. C'est ainsi que la mécanique céleste de La Place et jusqu'aux œuvres de Molière ont été traduites en japo* nais et annotées soigneus^nent. pour les rendre plus ooaxpvé^ faensibles et en faire mieux sentij^ les beautés*
On le sait» il y a toute différei;uce entre ce peuple de Textrème Orient^ et cet antre qui lui est inférieur en civilisationy les Chinois. Ceux-ci n'ont jamais consenti à admettre ches eux la moindre chose venant de TOcoident.
Je vonlais, par cette digression, bien faire comprendre que rétude des pratiques employées au Japon n'était pas seulement affaire de curiosité, jc^:^ bien d'utilité ; je ne doute pas que l'on rendrait un grand service à Tagriculture en publiant les meilleurs travaux, de ce gaoure, des peuples asiatiques.
Il existe en Chine un long et bel ouvrage, une sorte d'encyclopédie agricole qui, paralt-U, est le travail le plus parfait qui se puisse consulter sur cette vaste matière. Comment ne nous en pubHe-t-on pas au moins des extraits î
Cest donc avec intérêt qu'on lira la notice du docteur Siebold. Les premières pages sont consacrées à l'histoire de l'art horticole du Japon, dont le développement est dA, nous apprend l'auteur» à trois causes : la variété du «climat, la fertilité du sol, et surtout la protection que lui a toujours accordée la religion.
€ Les plantes furent répandues dans les jardins et dans les 1» parcs des temples et des couvents bouddhistes, nous dit Van > Siebold, et soigneusement cultivées par les prêtres et les » moines : soit pour en décorer les autels et les tombeaux, et » pour ombrager les sièges de leurs dieux parla végétation des
» pays de leur domicile antique, des Indes et de TEmpire ce* » leste, soit pour améliorer et varier la sobre nourriture vé- » gétale, prescrite par la loi de Bouddha, ou pour se procurer x> des médicaments réputés à l'étranger et des matières pre* » mières indispensables pour l'industrie. Les missionindres » bouddhistes et leurs novices méritent d'être signalés comme 9 les premiers instituteurs de l'horticulture au Japon ; en en- » courageant l'agriculture et l'économie rurale, et en conver- » tissant en agriculteurs les indigènes, pour la plupart chas- » seurs et pécheurs, ils ont plus contribué à adoucir leurs » mœurs que par la propagation fanatique de leur doctrine.
D Ennoblis par une culture plus que miUénaire dans leur )) patrie , la Chine et le Japon ; endurcis par les migrations » lointaines et sous des climats différents ; apprivoisés, et, pour » ainsi dire, accoutumés au traitement manuel de Fhorticul- » teur, ces végétaux se prêtent de préférence à la culture et » surtout à la multiplication. x>
En effet, la flore des jardins japonais est singulièrement variée ; on y rencontre et les espèces des contrées froides de la Sibérie et de l'Amour, et celles des pays tropicaux, l'Inde et lu Chine méridionale^ enfin toutes celles propres au Japon même dont les variétés sont si nombreuses et ont déjà commencé à enrichir nos cultures . Le goût des plantes y est extraordinairement développé. Aussi, dans les plus grandes villes, chaque maison a un jardin et une basse-cour ombragée de beaux arbres. « Les jardins les plus étroits représentent un ta- » bleau de la nature, copie fidèle de la formation pittoresque x> et de la belle végétation du pays, réduite souvent à une » échelle minime. Les parcs qui entourent les temples d*une » situation ravissante, ceux qui se trouvent dans l'enceinte des » châteaux des princes ou qui eniourent les palais des grands » seigneurs sont de véritables jardins botaniques et des chefs- » d'œuvre de Tarchitecture jardinière. » C'est, en effet, une
des particularités du goût horticole des Japonais et aussi, du reste, des Chinois derechercher à reproduire de grands paysages et leurs plus beaux sites, dont ils font une copie réduite d'une exactitude irréprochable. Ce raffinement exige une étude vrai« ment incroyable, et la perspective qu'on leur a reproché de ne pas connaître , doit être au contraire familière à leurs architectes paysagers. Mais, outre cette science de composition, ib ont dû arriyer h façonner les végétaux à leurs besoins, et surtout à créer ces variétés naines^ innombrables, nécessaires dans ce cas à leurs réductions. Aussi les horticulteurs habiles y sont^ils nombreux •
On pe%U comparer leurs étahlissements à Jeddo, nous dit Siebold, à nos fabriques et magasins de meubles qui nous fournissent des ameublements complets à première demande ; et, ajoutet-il plus loin, ce que je ne m^explique guère, je dois Tavouer, wi a réussi^ par la déplantation continus, à habituer les arbres et arbustes à un déplacement arbitraire^ sans les faire souffrir.
Je veux encore citer quelques lignes qui montrent bien l'uni* versalité du goût des plantes au Japon.
c Les nombreux autels des idoles et des pénates, les millions » de tombeaux perpétuellement ornés de fleurs et de branches » d'arbres verts et à fruits, les bouquets de fleurs qui ne man-
> quent jamais dans les salons de réception, les compositions
> de plantes à Voccasiondes fêtes religieuses et populaires, les » riches collections de plantes rares et curieuses faites et con- » servées par les amateurs de botanique, telles sont les preuves » de Fétat florissant de l'horticulture, qui peut être considérée » comme une branche très-importante de l'industrie natio- » nale. »
Après ces détails pleins d'intérêt, le docteur Siebold passe en revue les espèces et variétés nouvelles les plus omemen* taies et les plus utiles recueillies dans son dernier voyage. Ce sont les Acer polymorphum, les Aralia japonica, les Armeniaea
mume; ces Abricotiers à floraison si brillante^ dont les fruite sont recherchés des confiseurs japonais, les Aucuba^ que nous pourrons désormais voir converts de leurs innombrables fruits rouges, puisque les deux sexes peuvent être désormais réunis.
Le docteur Siebold insiste sur 1» beauté du nouveau Cerisier, le Cerasus pendula^ sur les nouvelles variétés de Weigelia et sur deux espèces non encore introduites jusqu'à ce jour, les D. versicùhr ei grandiflora. Il cite les diverses variétés d'Evonynmsy variétés, qui, je dois le dire, ne me paraissent pas très* méritantes, car j*ai tout lieu de les croire peu constantes. Mais, en revanche, j'apprécie les trois nouvelles espèces de ce genre, les £. radicang et gracilis qui 8*ac(^ochent et grimpent àTaide déracines adventives (1), et le E. alatus, plante fort singu* lière.
Quant aux Hydrcmgea^ il faut signaler que le H. Aziaï^ espèce type à laquelle se rattache YBartenêia^ et qui est le H< japonica des horticulteurs, n'est pas l'espèce décrite sous ce nom par Siebold et Zuccarini. Celle-ci nouvellement introduite sera appréciée par l'éclat de ses fleurs et leur précocité. L'H« hirta est la seule espèce ne présentant jamais de fleurs monstrueuses et stériles, comme dans tous les Uydrangea connus.
Le docteur Siebold cite encore les Osmanthus, dont les flem'S servent à parfumer le thé ; le Quercus cuspidata^ Chêne qui sert de-transition entre ce genre et le Châtaignier, et le Q. dentata sur lesquels vivent les vers à soie qui ont occupé dans ces dernières années la Société d'acclimatation ; le Rhododendrum Mettemichii , espèce très-rustique, le Rodotypus Kerrioïdes, qui ressemble au Corchorus, mais dont les flem^ sont blanches ; le Rosa camélia^ superbe plante grimpante. Le Sterculia plantfolia^ variété Japonica y parfaîlement rustique; le Stuartia
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(4) Uo0 espèce aufténcaine VEvonymus i€i/rmmiosu$, Ninrr*, présente e« môme caractère de végétation. Non encore introduite, elle sera dès cette année dans nos cultures.
prmdifiùta, attee i floMimm masnifi^) aveo tm ftaiUage de Hêtre ; te Staehyris prtBcoœ ^ remlbqiiable par seB grandkB grt{){^ de fleiirs) etc«> etc.
PoYir les arbres et arbrisseaux à fruits^ Biebold nBCommatute le Dio^m kiiki^ dont les Américains ont reconnu déjà l'exeeUfflfee des fruits et qu'ils regardent craune bien supérieurs à ceux du D. Virginiana. Le Poirier de la Chine dont les fruita, d'une conservation facile, sont précieux soumis à la cuisson ; les Juylans Japonica , Citrus nobilis , Chenomeles , Elœagtius edulis, Quercus glabra et cuspidata, Torreya nucifera, Yitis Thunbergii.
AumONkB liAYALdX.