SÉANCE DU 1 4 JANVIER
La table destinée à recevoir les apports était exceptionnellement privée de plantes fleuries^; la faute en était à la température quasi sibérienne de la première quinzaine de janvier. Seul, le comité des plantes potagères avait à examiner quelques produits : c'étaient d'abord six fruits d'une Cucurbitacée bien connue, la Courge Pâtisson ou Bonnet d'électeur . M . Durantin, qui les présentait, croyait cette plante plus délicate qu'elle ne l'est réellement : aussi ne les avait-il apportés que pour indiquer à la Société qu'ils avaient été cueillis dans son jardin* à Boursonnes (Oise). M. Durantin recommande ce Pâtisson pour ses qualités culinaires et s'étonne qu'il ne soit pas plus répandu dans les jardins ; mais M. Louesse fait remarquer, avec raison, que le motif qui a toujoiu's empêché l'emploi de ce fruit n'est pas tant sa rareté que les difficultés que les ménagères éprouvent pour sa préparation. 11 indique "comme un des meilleurs procédés^ de le faire frire en tranches peu épaisses, enveloppées de pâtes. — M . Vavin, jardinier chez M. Chappelier, à Antony, présentait trois tubercules d'Igname de Chine pesant ensemble 5 kil. 850 grammes, pour les-
quels le comité de culture potagère lui délivre un jeton de 3' classe.
MM. BoisbuneK de Rouen, et Boisselot, de Nantes^ avaient envoyé des fruits de deux nouveaux Poiriers de leurs gains, auxquels ils ont donné les noms Amiral Cécile et M. BarraL
M. Alphonse Trony, jardinier du château de Bordes (Seineet-Oise), avait adressé à la Société une lettre intéressante sur Timporlance des dégâts occasionnés en 1 863 par le vers blanc, dans Tarrondissement de Corbeil, pertes qu'il n'évalue pas à moins de 200,000 fr. Les recherches auxquelles M. Trony s'est livré pour connaître approximativement le nombre de vers blancs coiftenus dans les terres où les récoltes avaient le plus soufferly lui ont donné le chiffre énorme de vingt par mètre carré, soit 200,000 par hectare. DoitHDn, comme le demande M. Trony, chercher un remède dans des mesures administratives, par exemple, dans des primes données à la destruction des vers blancs, en attendant qu'une loi rende obligatoire lehanne* tonnage , comme cela a été fait pour l'échenillage; ou bien doit-on se borner à pallier le mal par des moyens locaux, par exemple, comme celui que M. Duchartre rappelle avoir été employé contre TEumolpe de la vigne, et qui consiste dans remploi comme engrais de tourteaux de Crucifères? Ce sont là des questions, d'un très-haut intérêt^ mais sur lesquelles la Société ne s'est pas prononcée.
M. J,-A. Avenel, de la Trinité-du-Mont (Seine-Inférieure), avait adressé une note sur la possibihté de la culture, dans nos contrées, des plantes aquatiques des régions chaudes, et cela sans recourir à la culture baptisée par M. André du nom d'hydrothermique. Je ne sais si la pensée de M. Avenel est réalisable sous notre climat, appliquée à la majeure partie de ces plantes des régions chaudes. En attendant le résultat d'expériences qu'il serait intéressant de faire, je citerai un fait curieux sur la rusticité d'une espèce, qu'on n'est pas habitué à voir autre-
ment qu'en serre tempérée ou en orangerie, le Riehardia «/rîcana ou Galla d'Ethiopie. Depuis environ dix ans cette aroldée plantée dans la pièce d'eau du jardin botanique de Grenoble, a résisté aux hivers, souvent rigoureux, de cette contrée. Ou ae peut donner pour raison de ce résultat, que la plantation profonde de cette plante qui se trouve ainsi placée au-dessous de la limite à laquelle atteint la plus grande épaisseur de la glace. L'hiver lui fait perdre ses feuilles, mais il en n^lt d'autres au printemps^ et un peu plus tard on voit paraître les fleurs» qui se suci^eot de juillet en octobre. Il en serait probablement de même d'autres plantes qui supporteraient d'être immergées un peu profondément; c^est ainsi que le Thalia dealbcUê^ passe depuis quelques années dans un des lacs du bois de Boulogne. Le Pontederia cordaia serait encore un exemple du même fait; planté dans un bassin profond de i'Ëcole botanique, il résiste très'bien à l'hiver, tandis qu'à côté de là, dans des conditions où il n'a que quelques centimètres d'eau, il gèle chaque année si on ne le garantit par les moyens habituels^
Une lettre de M . Demont, de Château^Thierry, préconise l'emploi de la cendre pour le traitement des vignes attaquées par V Oïdium. Nous ne douions pas que ce moyen ne vaille une foule d'autres qui ont été proposés dans le même but, rartottt appuyé qu'il, est d'attestations constatant son elEoacité.
 quoi doit-on attribuer la dégénérescence que pataiâseat éprouver les fruits de certains arbres fruitiers hors de leur climat natal, transportés sous un autre climat? C'est là une que^ tien d'un haut intérêt, qui a été débattue récemment par la Société d'Horticulture de Nice. Dans une lettre adressée à M. Dnchartre, M. Gaudet repousse l'idée émise par plusieurs membres qui ne voyaient là que le résultat d'une fécondation par le pollen de variétés médiocres miltîvées dans le voisinage; il s'attache h démontrer que ce n'est que la conséquence des conditions nouvelles dans lesquelles ont été transportée)^ ces vaiiétéi.
D est, en efieti contraire à ce qa*on sait actuellement sur les fécondations réciproques d'admettre que Thybridation modifie dans le fruit autre chose que les propriétés qu'a la graine de reproduire dans les individus auxquels elle donne naissance^ les caractères du porte*graine plutôt que tous autres. Cependant M. ChappeUier cite un fait susceptible, d'ailleurs^ d'expli^ calions diflërentes : c'est celui de la modification qu'il a remarquée dans la forme de la graine du Mirabilis jalapa, quand il a été fécondé parle pollen du M. lœigiflora.
La séance se termine par la lecture du compte rendu annuel des traraux de la Société^ par M. Duchartre.
. • B. Verlot.