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LE VERNIS DU JAPCW

On parle beaucoup depuis quelque temps de T Ailante ou Vernis du Japon, à propos de l'introduction en France d'un ver à soie quise nourrit deses feuilles, et que notresavant ami^ H. Guérin-Méneville, travaille à propager.

Pour encourager les plantations de cet arbre» on a dit qu'i) croissait très-vite, qu'il s'accommodait de tous les terrains, que son écorce avait des piK)priétés anthelmintiques, que son boifl était propre à faire des meubles et autres objets de menuiserie, qu'on pourrait en obtenir des éch&las aussi durables peut-être que ceux du Robinier ; quelques personnes pourtant ont Contredit cette dernière assertion ; on a, de plus, affirmé que l'Ailante. eSt très-fragile et sujet à être souvent cassé par le vent.

le connâtis depuis longtemps Tarbre dont il s'agît. Dans la pépinière départementale de Mont-de-Marsan , dont j'ai la direction, il y en a d'assez vieux et on l'a cultivé sur une assez grande échelle pour en planter des longueurs considérables de routes^ mais seulement dans la partie sablonneuse du département; car on croyait alors, bien plus qu^aujourd'hui, que les arbres nuisaient aux routes dont le sol est argileux. J'oâe espérer, dès lors, que la société centrale me permettra de» lui apporter mon tribut d'observations» ,

UAilanté est un arbre d'un beau port, à tige droite et raide^ couronnée d'un élégant feuillage, auquel on pardonne volontiers sa mauvaise odeur d'Hièble. Dans nos sables^ il végète vigoureusement pendantles dix ou quinze premières années, après quoi son développement se ralentit de plus en plus et d'une manière plus marquée que chez beaucoup d'autres, essences. Gela tient, je crois^ à deux causes: 1^ à ce que les terrains sablonneux lui conviennent beaucoup moins que les sols calcaires^ siUceux ou argilo-siliceux ; 2^ à ce qu'il a une grandepropension àdrageoimer^etque ses racines émettentd'in-

nombrables rejets qui épuisent à leur profit la souche mère. Ce drageonnement fait de FAilante un arbre très-incomiuode dans le voisinage ded cultures^ et Ta mis chez nous en grand discrédit. ]'ai vu des champs qa'oin aurait pu, il est vraii mieux travailler, parsemés de petits rejetons jusqa à une distance de plus de 50 mètres. Tous ces rejetons ne dépendent pas du pied principal ; il viennent souvent des racines coupées par lacharjnei et qui, forcés de vivres isolément, poussent des bourgeons adventifs. Ces rejets Sont faciles à détruire; mais it n'en est pas moins vrai qu'il y a des inconvénients à ayoir son champ parcouru, presque à fleur de terre, par des racines qui absorbent une partie des engrais, nuisent aux labours, et cheminent d'autant plus vite que le sol ne leur oppose aucune résistance.

On peut^ dira-t«on, planter les Allantes loin des cultures; oui, mais chez nous malheureusement, si Cet arbre ne trouve pas de terrains cultivés où il puisse sô nourrir, il dépérit rapidement, se couvre de lichend, languit et meurt. Nous en avons beaucoup d'exemples dans les parties' de routes qui sont bordées de Pins ou de Landes^ et où vivent portant d'autirefi essences moins difficiles.

* Un atltre inconvéùiênt du Vernis du fepon, c'est qu'il ne résiste pas assez au vent; non pas qu'il casse plus facileineait que d'autres, mais comme seft racines sont peu ramifiées et superficielles, aies tiennent moins au sol, et l'arbre tombe bous l'effort de la tempête, car il faut des tempêtes pour le renverser, n a, du reste, cela de commun avec les espèces à racines trà« Qantès, Ypréaux, Robiniers, Bonducs, qui s'arôachent bien plus aisément que celles dont les racines sont nombreuses et plongeantes. Mais voici un fait particulier auquel l'Ailante donne lieu dans les landes : èî l'on parcourt les rout^ plantées de cet arbre, on remarque un très grand nombre dé sujets dont un .côté du tronc est, sur plus au moins d'étendue et souvent sur

tôtif e sa longueur, dépouillé de son écorce ; âë sorte que, datis ses parties, le bois exposé à l'air est mort et tend à se pourrir. A la vue de ces excoriations, on se persuade qu'elles sont le résultat de l'incurie des charretiers conduisant leurs attelages sur les accotements* De nombreuses blessures ont^ il est vrai, cette cause, mais celles dont je parle en ont évidemment une autre, car la plupart sont hors de la portée des atteintes des charrettes, el de plus, si la route est dans la direction dé l'est à Touest, les arbres de la ligne droite ont leurs excoriationi^ en dedans de laroute^ ceux de gauche les montrent en dehors^ c'est-à-dire toujours sur la face exposée au midi ; et^ si la route se dirige du sud au nord, le mal se voit uniquement aussi sur le côté des tiges qui regarjde le sud. J'en conclus que ces plaies sont produites par les coups de soleil; que l'écorce du Vernis du Japon, qui est très-poreuse, et dont la couche supérieure est fort mince et non crevassée, ne résiste pas aux rayons directs et parfois brftlants de cet astre, et que, dans nos sables, du moins, il devrait vivre à l'ombre ou être tenu assez bas pour que son feuillage ombrageât son tronc* Lorsqu'on effet son tronc est abrité du sioleil, il est généralement affranchi des accidents dont je viens de parler.

Pour échalas, F Ailante est loin de valoir l'Acacia et le Ch&« taignier. Un pieu fait avec des branches ou des baliveaux de cinq à six ans dure à peine vingt mois, et j'ai dû remplacer, après un très-petit nombre d'années, de gros piquets presque entièrement détruits dans leur partie souterraine par la pourr> ture et par les larves des lucanis et des cétoines. Un pareil piquet d^Âcacia aurait duré 4 pu S fois plus*

Au point de vue de l'ébénist^e et de la menuiserie, l'Ai* lante n'est pas tout à fait sans mérite. Son bois, dont j'ai vu. qudques meubles, présente seulement de grandes, veines Ion* gitudinales. Travaillé en longs panneaux, il est peu susceptible de se voiler; en pièces de moindre dimension, et d'une certaine

épaisseur, il résia^ parfaiteiœnt. Dans tous les cas^ il preod assez bien les couleurs., le poli et le vernis. Quoique^ sur pied, le bois mort soit attaqué par les vrillettes, des menuisiers que j'ai consulté ne l'ont jamais vu vermoulu après avoir été mk en œuvre.

Loin d^étre cassant, ce bois a de la ténacité» et j'en ai vu faire de grêles échelles, destinées à porter des hommes chargés, et qui ont trè$-bien résisté*

Les feuUles de l'Ailante paraissent être rebutées par toute espèce de bétail, sauf la chèvre.

En somme, cet arbre n'a pas précisément des qualités transcendantes , du moins dans les terrains sablonneux; il est cependant par sa bonne tenue, la régularité naturelle de sa tète et son joh feuillage^ très-digne de figurer dans les parcs et les jardins paysagers. Il pourrait servir aussi à repeupler par le drageonnement les clairières des forêts plantées dans des terrains qui lui conviendraient ; mais il y aura un degré nota*ble d'utilité si on l'apphque à l'éducation des chenilles du Bombyx Cynthia. Dieu veuille que les efforts qu'on fait dans ce but soient couronnés de succès*

Edouard Perris.

, I {Bulletin de la Soc. d'Agriculture de Paris).

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