NOUVEAUTÉS HORTICOLES
L'an dernier, vers cette époque, le journal de Rouen appelait l'attention sur un fait signalé par M. Letellier de Canteleu, concernant ce que l'on pouvait nommer la transformation des céréales. M. Letellier, ayant confié à la terre des semences d'avoine, aurait obtenu de ce semis, après avoir empêché la formation de l'épi dans le cours de la première année , non pas de l'avoine, mais bien du seigle et du blé. Tel était le fait signalé par lui dans toute sa simplicité. Et en effet le fait par lui même est tellement simple qu il ne faut pas être table tournante pour s'en rendre compte.
La transformation ou métamorphose des jEgylops en Triticum^ est bien connue aujourd'hui ; cette transformation a lieu comme par les semences provenant des fécondations artificielles ou naturelles, tandis que d'après la nouvelle
théorie de M « Letellier (ai c^est une théorie que de faucher les plantes)^ la transformation se ferait en prolongeant la vie d'une plante annuelle par une décapitation régulière.
Oîi allons-nous» mon Dieu ! et quelles monstruosités verronsnous encore? Eh bien, malgré tout ce qu'il y a de plus prodigieux, de plus féerique, de plus incroyable dans ce fait, quelques personnes de Rouen, de Canteleu et des environs, ont tenté de faire Fexpérience de M. Letellier. Au bout de deux mois environ après l'ensemencement de l'avoine , elle a été fauchée ; on a renouvelé cette opération avant la formation de la panicule, et cette année, si le procédé de M. Letellier avait été efficace, on aurait récolté du seigle et du blé en place et lieu d'avoine , sans plus d'autre sorcellerie.
Mais voici ce qui est arrivé :
M. Letellier de Canteleu a confié à la terre (qui avait précédemment porté du méteil pour récolte) de l'Avoine qui était probablement très-vieille, de façon que la germination n'a pas eu lieu, ce qui a pu encore arriver par une toute autre cause. Alors qu'est-il arrivé? un peu de méteil oublié l'année précédente a germé à la place ensemencée par Tavoine ; le méteil a été coupé une fois, deux fois, et il aurait pu Tètre cin quante fois dans l'année qu'il aurait été toujours le même mé* teil. La seconde année on l'a laissé monter en épi, et il s'est trouvé que le méteil n'a donné que du seigle et du blé 9 ce que tout bon méteil doit produire*
Vraiment^ l'idée de M. LetelKer, est sublime. Si je savais rimer, j'entonnerais ici une ode à sa louange ; mais en attendant qu'il reçoive mes sincères congratulations, c'est un grand homme, digne de prendre place à côté des premiers agriculteurs romains , qui prétendaient que la semence de raves bien vieille produisait des choux; à côté de ceux qui ont trouvé que les ascensions aérostatiques produisaient la maladie des pommes de terre ; à côté de ceux qui ont trouvé que la vt-
peur de nos locomotives produisait Toldiam ; à côté de M. Bdl- Uard, Tex-tailleur d'Alençon, qui vend des graines de {Nantes inconnues dans tous les pays du monde; à c6té enfin de M. Legrout du Moncf^ illMlré qui fait croître des Tillandsia dans les vallées de la Suisse.
Dans le règne animal nous trouvons le pendant de Thistoire de Tavoine métamorphosée en seigle et en blé » autre absur-
dite qui fut jnéme sérieusement défendue dans le siècle d^* nier par de grands savants et surtout dans de très-grands mé* moireS) ce qui est toujours une preuve de l'obscurité de la chose.
Il existe un genre de coquilles nommé Ànaiife (du latin ofiM, canard, ferOf je produis) ; c'est-à-dire je produis un cauard, préjugé qui accordait à ces coquilles la vertu de produire des oies et des canards sauvages. D'a4)rès cette croyance» l'analife était un fruit (des coquilles sur des arbres) qui croissait au bord de la mer, tombait dans l'eau à sa maturité et s'ouvrait, pour laisser sortir de sa coque, ..... devinez ?. • • une espèce d'oie ou de canard, pas davantage.
Je connais pas mal de feuilles scientifiques ou de journaux qui veulent s'occuper de sâences, et qui sont anatifes de cette façon ; pour s'en convaincre ouvrez le Monde illustré. Heureuse fécondité I
fin parlant d'heureuBe fécondité* on a pu voir sur le journal horticole de M. Amb. Verscbaffeit, un beau dessin et parfaitement exact d'un Lgchnis hybride nonuné Lychnis Haageana produit de la fécondation de l'ancien Lychnis fulgens et du Lychnis Sieboldtiiy et obtenu par M. Benary, d'Erfurt; nous avons eu le plaisir de voir cet hybride dans U courrait de l'année 1858 dans l'établissement de M. Lemoine, de Nancy. M. Le. moine aussi heureux que son collègue M. Benary, est arrivé au même résultat ; c'est en fécondant le ùichnis SieboUtii par le Ufdms fulgeMf qu'il a obtenu la même variété que c^e ob-
tenue par M. Benaryi baptisé par lui sous le nom de LychnU Sieboldtii fulgensj et qui a été mis en vente sous ce nom au pnQlaEnpg de cette année. Par conséquent les LychnU Haageana et Lychnis Sieboldlii fulgens sont identiquement les mêmes plantes. C'est une excellente acquisition pour les jardins.
Lynaria cymbalaria foliis roseis variegcuis. — Cette plante, qui appartient à la flore indigène et qui se trouve fréquemment dans les fissures des vieux murs, surtout des quais bordant les canaux y est cultivée avec beaucoup de succès pour les sus* pensions qu'elle orne si bien par ses petits rameaux filiformes garnis de feuilles d'un vert gai en dessus et purpurines en dei* sous. Aujourd'hui on a introduit dans le commerce la variété à feuilles striées de rose et de blanc, qui, cultivée dans une terre légère^ mélangée de pierres poreuses, l<»me des suspensions d'im effet ravissant.
Forsythia suspensa. — Cette jolie plante est figurée dans CurtU's botanical Magazine , numéro de juillet, et voici com* ment s'exprime sir W. J. Hooker à son sujet : « Des exemplaires ravissants de floraison de cette rare et belle plante ont été reçus en avril 1858, des serres de MM. Veitch et Son, à Chelsea, ces plantes avaient montré leurs fleurs sans accident en pleine terre, et aont aussi rustiques que Tancien Forsythia viridisstma.
t< Les fleurs sont d'une couleur jaune clair, striées d'orange dans la gorge. Son port est pendant. C'est une plante très-florifère qui sera, sans nul doute^ une excellente addition aux plantes florifères de pleine terre. Elle est native de Chine et du Japon. »
On annonce aussi le Forsythia purpurasceus .
Louis InttELhei.st.
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