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LES TRAVAUX DU CONGRÈS POMOLOGIQUE DE LYON

ATTAQUAS PAR H. VeALOT ET DÉFENDUS PAE M. BaLTET.

I^ Congrès pomologiijue de Lyon commence à porter fruits. Une polémique assez vive a menacé, un instant, d'obscurcir le beau ciel vermeil des habitants du domaine de Pomone, et c'est une poire qui, se transformant, sans la moindre hybridation, en ponmie.... de discorde, nous a offert le spectacle d'une scène renouvelée du jugement de Paris.

Nos lecteurs n'ont pas oublié que sous le règne de Jupiter, tous les dieux furent invités un jour aux noces de Thétis et Pelée, à l'exclusion de Mars et de Bellone dans la crainte qu'ils n'y causassent du désordre, et que la Discorde, pour les venger de cet affront, jeta au milieu du festin une pomme d'or avec cette inscription : A la plus belle; que Junon, Vénus et Minerve préfendirent aux prix de la beauté ; qu'il s'ensuivit discussion des plus animées entre les trois déesses ; intervention de Jupiter ; décision du berger troyen Pâris^ qui, goûtant davantage l'offre de Vénus, lui adjugea la pomme ; et qu^enfin Junon irritée» dit de très-vilaines choses au fils de Priam, et qu'elle voua une haine implacable aux habitants de Troie.

Aujourd'hui la pomme, c'est-à-dire la poire, a été lancée au milieu du festin de Pomone par le jardinier en chef du Jardin des plantes de Grenoble, M. J. B. Verlot, et elle portait cette inscription :

« Le nom de Beurré (PApremant préféré à celui de A»c, par le Congrès, est des plus choquants. Celui de Beurré Base date

de 1819, sons lequel Van Mons l'a décrit et Gguré à cette date, danâ les Annales des sciences physiques. »

« Le Beurré Bosc, est noû-seulement dëcrii et figuré dans les Armale$ de Flore et Pomme, yoI. IY, 4835-4Sd6^ dans Talbum de la Pomologie belge de M« Bivort, i^ vol., 1847, mais il Test déjà dans Knoop, dont routrage a paru à la fin du siècle dernier^ tandis qu'il n'existe pas, i notre connaissance, de description de Beurré d'Apremont, qui apparaît pour la première fois au Congrès pomologique de 4857, pour Remplacer un nom ancien. »

c Le Beurré Sterckman, doit porter le nom de Belle-Alliance ^ le Doyetmi Boussoch , celui de Double P/nlippe , et Doyenné d'hiver est moins ancien que Bergamotte de Pentecôte, décrit par Duhamel. »

« Le Délice d^Bardenpont (Hardenpont), et le Délice d'Bardenpont (Angers), que le Goitres considère comme ne faisant qu'une et même chose^ font bien rîéellement deux. Suivant des renseignements que nous devons à Tobligeance de Tauteur du Jardin fruitier du Muséum, H. Decaisne, la première de ces variétés, celle nommée en Belgique, ne serait pas autre chose qu'une très-ancienne variété, la Marquise^ etc., etc... »

€ Enfin il y aurait un grand avantage pour nos pomologistes à tenir une séance en Belgique. L'horticulture y gagnerait, et la synonymie surtout se débrouâlerait au contact des hommes recommandables qui dirigent aujourd'hui la pomologie chez nos voisins. »

Cette pomme, lancée de la base des Alpes du Dauphiné, mit en émoi tous les convives du banquet de Pomone. Quelques disciples dévoués, la portèrent aussitôt officieusement à un sonveau Paris, M. Charles Baltet, jeune pépiniériste à Troyes (Aube), pomologiste des plus érudils, et qui, élevé au milieu des poires, est un des juges les plus compétents en la matière. Ils le prièrent de décider qui de M. Verlot ou du Congrès avait

M. Baltet répondit spirituellement :

c Comment M. Verlot peut-il dire que le Beurré Bosc^ obtenu sekmlui, par Van Mons en 1 819, a été décrit par Knoop ; com« ment Johann Hermann Knoop aurait-il parlé en 1758, d'un Irait obtenu en 1819, et dédié à Bosc, né en 1 7597 »

ËxpUc^ue» mi fait amuâ étsatiga eflt M4e» diffiiDâs^ Coeoiiiêiiil, en effet Knoop a-t-il pu parler ea i 736, d'uao poîber èldiée k » homme qui à cette époque n'était pas encore net

Je comprends, sans peine» que récriyaÎQ, qui était f^ié d* donner^ Texplication, ait tourné la dîfficulié en se jetanfcdansdM questions dâ pecsonnalités, sur un* terrani franger au scq^.

Sa effet aprra avoir répondix « que te nom de ÏÏeurrê d'Apremmi ^ oomË par M. Bàltft/ s'applique à une poire décrite dans le siècle dernier par Knoop, sous la nom de Pois^ cannelle^ que la Marquise est identic^e au Délice d'Boirde» pont des Belges, » M. Yerlot se- déchaine coatre Al^ Baltet> è rinstar de Junon iimiâe oontre le jeuaev Troyen qui donna: la préférence à V4nm. H m met à^fauiliidf sa petite brocfmre : les Bonnes; poires^ pour trouver matière àt critique, et foudroyer un juge aussi expérimenté.

A cette manière de discuter on se demande, si la plume qiw a écrit cet article a bien été taillée au lardin des plantes de Grenoble^

Quoiqu'il en: soity M. Baltet, ainsi attaqué' dans ses œuvres aurait certainement pu répondre au- défenseur de ses adversaires,,, avec ce passage déTépigramme de J.-B. Rousseau contre les journalistes de Trévoux :

Vous vous tuez à cherclier dans les nôtres De quoi blâmer, et Yj trouvez très-bien ; Nous, au rebours, nous cherchons dans les vôtres De quoi louer^ et nous u'j trouvons rien !

Usas, dédaignant des attaques aussi puériles, le savant pwn^ légiste de Troyes ne veut pas suivre son advesroaire dUr' ce nouveau terrain ; il veut faire, sortir la vérité àe la diseussion et il reste sur celui où primitivement il a été appelé, enpr< partie Fauteur du Jardin fruitier du Musétini^M. DacaiBuej rautorité duquel s'appui constamment M« Vedot.

L&dfl[)ataélé(^osparhilettr&fmyiiiited'e M. VhHH: nous n'en reproduisons que les passages qui peuvent servir ) élucider la grave question de la syuony mio pomologique :

c }é commence à craindre, dit-iT, que M. Yerlot ait écrit un article traitant d^)bjets qui ne lui sont point suffisamment familiers. A-t-il jamais dégusté comparativement les Poires Beurré (TApremmt et Cannelle; lesBergamoUes d^ Pâques et de PentecAte;Ta Marquise et le Délice d^ardeppont? A-t-il jamais lu, devant ces Poires encore sur Tarbre, Knoopj Duhamel et Poiteau?

» Enoop dit que la Poire Cannelle est le Bon chrétien d'été, Gracioli^ Or, qu'y a-t-il de commun entre cette variété et la Poire de M. Verlot?

» Duhamel dit que la Bergamotte de Pâques réussit ^ur coignassier^ que ses bourgeons sont vert gris, peu coudés i chaque œil ; ses boutons attachés à un support plat ; que )e plus grand diamètre de son fruit est vers l'oeil, tandis que le côté de la queue va en diminuant, etc.... Tous les hommes du métier reconnaîtront là notre vieille Bergamotte de Pâques^ et jamais te Doyenné (Thiber

» Quant à la Itfarquise, ilestclair comme le jour, qu'elle est complètement différente des Délices fHardenpont français ou berge.

» En Belgique, les uns prétendent que leur Délice d'Hardenpont est le vrai, tandis que le nôtre serait le Beurré anglais ou la Carmélite ; d'autm alBumiUj^la. Délice, du France, est WvéritaU^, k teir étant sy- Qqap[)6,d,'Acfihidjac Qiarles. Quoiqu'il en^spit, la Marquise n^ leur res» semble pas plus qu'une. Duchesse d' Aoigoulème i un Rousselet.

» If. Verlot invoque Fautorité du Jardin du Muséum ; mais cet. ouvrage, a inéeinément évité db faire h déscrrptioii dxi^ Délice d^Hardenpont. En eflèt, il a pris pour base de sa classification la suppression dtorOMHB Beurré, Dqreméé Béîy,.etfu; Ift B^uiré^ d'HatfdBopM* a dfl Aferet appeU GmIu rD(m»m> 9t k Qâiice transformé ea Mac^se. Et qjaaâd v^^idwit Imt descriptions des Beurré et Doyenné Defoix, des Beurré et. Daixewé.da cercle, etc., comment la difficulté sera-t-elle vaincue? >

> Vous TOUS appuyée, mt m denkr owagey el'Mr k» pemologies bdges, c'est ce qui m'a ftat^iOBs cAwtfgK»\:"^iftoàb3A qqî vous a peu flatlé^(Mejîèa%aifait'une bonne comédie à ce sujet). Je ne proposerai pas mile preuves pour en bégayer deux, je ne citerai que la suivante :

« Ces ouvrages se heurtent très-souvent dans les faits les plus importants ; or, si ç0 soQid^uxsOr^ud^.peioqitoi ni» s'ao^ident«ils pas mieux 7

» Le Jardin fruitier, dit (jud la poire des Urbanistes a pour synonymes : Beurré Dr apiez, Louise d'Orléans^ Beurré Gens^ Urbaniste Seedling^ William prince; les promologîes belges en font six variétés différentes. Je crois qu'il y a erreur de part et d'autre.

» Les pomologies belges attribuent à M. Grégoire^ les Nouvelles Iris Grégoire et Docteur Lentier ; le Jardin du Muséum les appelle Frédéric de Wurtemberg, Mouille iowcAe (verte longue); c'est à tort

B Ia Jardin fruitier $e trompe^ selon moi^ en appelant le Beurré Bruneau du nom de Crassane ancienne, eu appelant les Saint-Germain blanc et d'Uvedale, USaint^Germain d'hiver; en attribuant à Duhamel la description de Guenette, sous le nom de Citron des Carmes ; en classant la Prune Washington dans \&& Reines Claudes, etc.^ etc.

» Pour ne pas revenir sur tous les synonymes dont se sont rendus coupables les pomologues de la Belgiq[ue , je n'en citerai qu'un, il est tout récent^ et n'a^ je crois^ pas encore été relevé. Une des dernières livraigona des J^nnales de pomologie donnç une superbe figure de la Poire Roi de Rome (plus jolie que Beurré Clairgeaul] Tout le monde la voudra. Savez-vous ce qu'on aura?... Notre Poire Curé, déjà appelée Belle de Berry, Andreine^ Comice de Toulon.... de quinze noms enfin 1 !

» Tant qu'on ne pourra distinguer un rameau du Doyenné d'Alençon, d'un rameau de Graslin ou de Van Mons, on commettra des délits horticoles. »

Cette intéressante et savante réplique est terminée par quelques mots au sujet des attaques peu sérieuses contre sa petite brochure : les Bonnes poires. M. Baltet déclare ne pas chercher à défendre c un ouvrage que les critiques ont proclamé ne pas être un plagiat, o

M* Baltet a parfaitement raison ; son livre est de ceux qu'on peut recommander avec assurance, et nous pouvons dire de lui, avec Boileau :

L'Académie en corps a beau le censorv, Le puUic révolté s'obstiBe i l'admifier.

F. Hbrimoq

pirb.— IiBp.-Hortifole de l.«B. Gtos et Domuim, rae Cassette, 9.

£ ktrûcn/fmrjmni^aùr lir i85i .

2'.rmr Jxni^r ilif.., /•/ I

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