LES SAULES DE U ROUTE DE TRENTE A ROVEREDO
(tybol).
Après avoir traversé le petit village de Matarello, à quelques lieues de Trente^ se trouve le val Sorda, qui 9*étend jusqu'au lac de Caldonazzo.
La partie de la vallée que Ton parcourt alors a une renommée analogue à cellç de la Limagne en France. Cest un jardin naturel, planté des plus beaux arbres à fruits ; le chàtaigi^ier, Toranger, Tolivier y abondent. On vient, coomie à Méran (J), y faire des cures de raisin ; et son climat délicieux, doux et ^al, a engagé les habitants de Roveredo à y construire des châteaux et de gracieuses villas, brillamment entourés de fleurs. Il y a deux ans, je quittai un matin, à cheval, ce bel en* droit, et passant au pied du monte Scanupia, traversant la Folgaria rapide, je m'aperçus bientôt que ma route était bordée, de chaque côté, par de grands et magnifiques arbres qui se touchaient au faite^ mais à une grande hauteur, formant ainsi une splendide route, ombragée sans être sombre, parfaite de forme,
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(4 ) Méran est une petite ville du Tyrol, où les médecins de l'Allemagne envoient de nombreux malades, à cause de son climat et de ses raisins. On appelle cela une cure de raisin.
sans que l'on put apercevoir la trace des cisailles, enfin d'un grandiose et d'une beauté sans pareils. Je m'arrêtai bientôt, pénétré encore plus d'admiration que de curiosité. Les arbres étaient des saules pleureurs, mais non de semblables à ceux que nous plantons sur le bord de nos eaux, et dont les longs et flexibles rameaux traînent jusque sur le sol ; c'étaient des arbres très-élevés, élancés ; les huit ou dix grosses branches qui partaient du tronc s'élevaient droites ei roides, puis tombaient sur la route, dessinant un large cintre. Qu'on se figure une avenue pareille s'étendant sur près de cinq lieues, au milieu d'une riche vallée, côtoyant un frais cours d'eau au pied des dernières Alpes. Ici le laboureur tyrolien, avec son primitif costume, conduisait un bel attelage de bœufs italiens ; là des chevaux chargés de grelots, couverts de filets et de glands rouges, traînaient au galop un char léger ; enfin les stelwagen, les soldats, toute l'animation de cette route qui réunit l'Allemagne et l'Italie, ïnspruck et Venise. Mais que serait-ce sans les splendides arbres de la route ?
C'étaient, je l'ai dit, des Saules pleureurs^ mais greffés sur des Salix viminalis : chaque arbre ayant été coupé à six mètres du sol, on avait obtenu huit ou dix belles branches, bien droites, de quatre à cinq mètres, sur lesquelles étaient greffés, à chaque extrémité, des rameaux de Saule pleureur. On conçoit que l'arbre pouvait être ainsi droit et roide et se terminer pourtant en s'inclinant de manière à couvrir la moitié de la route. Cet emploi du Salix Babylonîca me paraît heureux et mériterait des imitateurs.
C'était bien ma pensée en parcourant mon chemin sous ce gai ombrage. Un reproche peut pourtant être adressé a ces arbres greffés de la sorte : il repart constamment des rameaux sur le sujet, et les feuilles de celui-ci, fort différentes de celles du Saule plemreur, produisent un contraste singulier ou môme cho* quant. 11 faut donc un entretien suivi pour arriver à obtenir une parfaite uniformité.
Mais on ne reculera pas, en songeant à la belle route de Trente h Roveredo. A. de Talou.
UN GYNERIUM A 105 PANICULESl
Ce que sont le$ graines de cette plante.
Dans un de nos derniers numéros, nous avons parlé des Gynerium ; nous disions que les fortes plantes pouvaient donner de 15 à 20 panicules, et nous trouvions cela très-beau. En écri* vant ces lignes, je ne pensais pas commettre un crime de fêfe- Gjffteritint^ et pourtant je Tai commis. L'accusation a été portée devant le cercle horticole du Havre» dans sa séance du 2 octobre, et soutenue par Thabile et savant jardinier de M. Latham, M. Touchard.
« Quelques journaux ont avancé, dit M. Touchard dans son réquisitoire, que cette plante pouvait acquérir plusieurs mètres de hauteur dans notre climat, tandis que quelques autres ont émis des doutes à ce sujet. Le spécimen offert aujourd'hui devient une preuve en faveur des premiers. — (Et comme pièce à conviction. M* Touchard montre une tige en fleurs qui a 3 mètres 80 cent, de haut.). — 11 est vrai^ continue-t-il, que dans les premières années de plantation , la plante, encore jeune, émet des chaumes d un moindre développement. La plante dont a été extrait ce chaume en possède 105 semblables ; aussi ai-je vu avec étonnement M. Herincq imprimer dans son journal, que les fortes plantes pouvaient avoir de 15 à 20 hampes. Je me demande si cette énonciation est bien un fait de sa volonté et n*est pas plutôt due h une faute d'impression qui aurait fait omettre un zéro. >
Je remercie M. Touchard de sa généreuse conclusion ; mais je ne me trouve pas assez coupable pour faire intervenir Terreur typographique. 15 et 20 sont bien les chiffres que j'ai écrits. N'ayant compté que ces nombres sur les phis forts sujets qui ont été vus à Paris, et même dans le midi de la France, je
né pouvais en mettre d- autres. Ceci prouve seulement une choBe, c'est que je ne connaissais pas la touffe de M. Touchard; n'étant ni somnambule ni sorcier, je n ai pu ni la voir ni la deviner. Ciomme je n'ai jamais eu Tintention de porter atteinte à la réputation du Gynerium, je m'empresse de faire connaître à nos lecteurs que cette plante peut donner 105 hampes florales, et, pour éviter, Tannée prochaîne, un nouveau blâme, j'ajoute de suite : et même pins; parce qu'il est probable que cette même touffe étant plus forte, en donnera un plus grand nombre encore ; c'est dans Tordre des choses. Nous voici donc édifié sur le compte du Gynerium et sur le nombre de hampes qu*il peut donner.
Mais il est une chose sur laquelle je ne suis pas édifié du tout, loin de là : c'est celle de la vente des graines. Jusqu'à ce jour tous les marchands, en France, ont vendu des fleurs mâles de Gynerium pour ses graines. C'est 15 un crime ou une ignorance qui dépasse de beaucoup le nôtre ou la nôtre, au sujet du nombre de hampes; aussi je crois devoir engager les amateurs à n'avoir qu'une confiance très-bornée en ces graines. Toutes celles qui m'ont été adressées n'étaient que des écailles florales, dans lesquelles se trouvaient quelques étamines ; il n'est donc pas étonnant que les graines de Gynerium ne germaient pas. Je n'ai jamais rencontré dans les jardins de Paris et des environs que des individus mâles. On dît qu* Angers possède les individus femelles; je m'en suis procuré un cet automne, nous verrons ce qu'il donnera Tété prochain. F, Hertncq.