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Argyrites

Les Caladium sont des herbes de la famille des Aroidies à tiges souterraines tubéreuses , desquelles naissent des feuilles échancrées en cœur, de forme généralement hastée ou sagittée, à nervures et veinules anastomosées^ saillantes à la face inférieure. Les fleurs^ dépourvues d'enveloppes florales^ sont disposées plusieurs autour d'un axe, et enveloppées par une spathe^ sorte de cornet^ de couleur blauche. Les ovaires^ qui occupent la base de Taxe, sont chacun à deux loges et terminé par un stigmate discoïde. Les élaraines, groupées un peu au-dessus, sont composées uniquement d'anthères, en grand nombre, à une seule loge; Faxe se prolonge plus ou moins en une sorte de massue oblongue. Le fruit est une baie qui contient quelques graines anguleuses.

Historique : Les Caladium sont des plantes très-modernes ;

LinnI n'a aucune connaissance de leur existence. La première

espèce apparut en 1 785 au jardin des plantes de Paris, dit-on;

mais elle ne reçut le baptême qu'en 1789, en Angleterre, par Aiton, qui la décrivit dans son Hortus Kewensis, sous le nom de Arum bicolor, et qui en fit paraître une figure eh 1 805 dans le Botanical magazine^ planche 820. Elle se répandit très-rapidement dans les cultures européennes, et eut les honneurs de l'illustration, de 1 795 à 1 798, dans les ouvrages intitulés : Hortus sempervirens de Kerner, Hortus Schœnbrunensis de Jacquin.

En 1800, Ventenat découvrit que cet Arum bicolor différait essentiellement des autres Arum ; c'est alors qu'il établit le genre Caladium, dans lequel il trouva moyen de réunir une dizaine d'espèces qui, depuis, sont devenues à leur tour, les types d'autant de nouveaux genres plus ou moins naturels. Ici encore nous constatons, comme pour tous les autres genres de plantes, que, pendant 30 à 40 ans, Thorticulturelne fit que peu d'acquisitions nouvelles. Depuis 1785 jusque vers 1825, les jardins ne connurent que le Caladium bicolor .

En 1826, M. Decandolle signale les Ca/admm/>e//«ctrfum, taché de rouge, etpictumy taché de blanc, qu'il considère comme simples variétés du bicolor. Schott, en 1832, décrit une nouvelle espèce sous le nom de Poecile, et Kunth en fait connaître, en 1841 une autre, à feuilles tachées de rouge, qu'il appelle, pour cette raison, hœmatostigma; mais, comme Decandolle, il la regarde aussi comme une variété du bicolor.

Toutes ces espèces sont à feuillage de deux couleurs ; les espèces à feuilles unicolores, beaucoup moins intéressantes, n'apparaissent qu'en 1853. M. Ch. Koch, professeur au jardin des plantes de Berlin, en décrit deux : pallidum eismaragdinum; depuis, les collections se sont enrichies des : C. concolor^ marginatum et pusillum de Koch ; Engelii (Kurst) et hastatum de Lemaire.

Mais toutes ces plantes n'étaient que Vavant-garde de la légion brillante qui devait bientôt apparaître. En effet, M. tlbantin, horticulteur, route de Chatillon, à Montrouge (Paris), recc-

— savait du Brésil, en 1857, d'un de ses parents, M. Petit, des Caladium des plus remarquables à feuilles panachées et tachées, qui furent multipliés et mis au commerce Tannée suivante, soùs les noms de ; C. Brongnartii, à centre de la feuille et nervures rouges; C. Chantiniij centre des feuilles rouge, avec taches rouges ou blanchâtres ; C. Neumanni et Verschaffeltii à feuilles tachées de rouge ; argyritesy argyrospilum, houlletii et thripe^ destrum, à feuilles tachées de blanc. Ces ipagnifiques plantes^ laissaient bien loin en arrière, les pictum, surinamense et mag' moratum qui les avaient précédés dans les collections.

Enfin pour établir le bilan exact du genre Caladium au commencement de 1859, nous citerons encore ie C. cupreum de Koch, espèce à feuilles entièrement rouge brun métalloïde, très-rare dans les collections, et que j'ai vu avec plaisir à l'exposition de Troyes, dans le lot d'un jeune et intelligent horticulteur de Vitry -le- Français, M. Barba.

Aujourd'hui nous avons à faire connaître de nouvelles espèces, beaucoup plus belles encore; nos lecteurs peuvent en juger par le dessin qui accompagne cette livraison. La plupart des feuilles sont réduites ; nous en donnons la réduction dans les descriptions qui suivent.

Cfiladium Belleymei (lig. i ). Feuilles hastées, semblables à celles de Y Arum italicumf longues de 1 5 à 40 centim. sur 7 à 1 5 de largeiff. Ces feuilles ont un pétiole vert. En naissant, elles sont vertes; mais bientôt apparaissent quelques petites taches blanches qui s'étalent peu à peu, se confondent, et alors la feuille est entièrement d^un blanc pur transparent, moins les nervures qui se dessinent très-élégamment en un fin et déhcat roseau vert, comme les mailles de la plus fine dentelle. En approchant de l'âge adulte, la partie blanche prend un léger ton crème, et se nuance au centre du limbe d'une vaporeuse teinte rosée. Rien ne peut rendre l'effet gracieux de cette pintes : les paroles manquent, et le talent de l'artiste fait

défaut. C'est assurément le plus splendide, et, enmênie temps, le plus délicat feuillage connu. Tous les autres feuillages panachés ne peuvent supporter la comparaisou. Les feuilles de cette espèce varient beaucoup pour la grandeur : on en troirve de la grandeur de celle figurée, et d'autres quatre fois plus grandes.

Caladium Chantinti (fig. ^, — 1/5 de la grandeur naturelle). Feuilles sagittées très-larges à nervures rouge vif, entourées ^ chaque côté d'une large bande rouge brun, très-foncé sur la moitié intérieure des oreillettes de la feuille. Des pictures et des maculures blanches irrégulières et inégales sont dispersées sur tout le limbe.

Caladium Perteru(fig. 3,— 1/5 de la grandeur naturelle). Feuilles largement hastées ou presque en cœur, à oreillettes arrondies, d'un vert clair sur les bords, d'un vert foncé au centre, d'où naissent les nervures divergentes de couleur violet brun presque noir. Tout le limbe estparsemé de macules trèsîrrégulières de forme et très-inégales de grandeur, de couleur rose, bordées de jaune et entremêlées de très-nombreux petits points blanchâtres et rosés. Le pétiole est violet brun.

Caladium Troubetzkoï (fig. 4, grandeur naturelle). Trèscharmante espèce à petit feuillage, étroitement sagitté, à limbe long de 10 à 15 cintim. sur 3 de large, d'un vert foncé, avec nervure médiane rouge vif, bifurquée à sa base et simulant ainsi une sorte de fourche à deux dents, bordée d'une bande d'une délicate couleur rose marbrée blanc et rosé, très-finement denticulée sur les bords comme de la dentelle. Sur le reste du limbe, dans la partie verte, sont dispersées de petites taches : les unes entièrement blanches ou rouges^ les autres rouges encadrées de blanc. Cette panachure est des plus élégantes.

Caladium argyrites (fig. 5, grandeur naturelle). Autre jolie petite espèce dont les feuilles en forme de cœur, présentât, de chaque côté de la nervure principale^ de larges macules

blancheB rangées à peu près régulièrement et sur les bords de très-petites pictures de même couleur.

Caladium Baraguini. Les feuilles de cette espèce sont largement sagittées. Sur rm fond vert foncé nuancé vert jaunâtre apparaît dès le jeune âge^ au cœur du limbe^ un disque rouge reflété rouge brun, qui prend ensuite une couleur plus claire au centre, avec nervures d'unrouge très-vif qui j partant du sommet du pétiole, se répandent dans toute la feuille en s'amimincissant jusqu'au bord, où elles forment un fin et gracieux réseau rouge sur fond vert.

Toutes ces plantes sont autant de perles et de diamants que M. Ghantin a ajoutées à Técrin du genre Caladium; on peut dire alors que le Belletfmei en est le régent (1 ).

Culture. Comme toutes les plantes originaires des épaisses forêts de TÂmérique tropicale, il faut aux Caladium, pour acquérir un beau développement, la serre chaude humide; c'est donc dans la serre à Orchidées qu'ils doivent être placés. J'en ai vu cependant, chez M. Chantin, des individus qui ont passé l'hiver dans de simples bâches entourées de réchauf de fumier et qui avaient une belle végétation. Les panachures rouges avaient même plus de vivacité.

Four jouir des Caladium dans les appartements, il serait convenable de les placer dans ces petites serres de salon dont l'industrie possède de charmants modèles; autrement ils ne pourront y séjourner que quelques jours : la température de la serre devient bien vite nécessaire pour les ranimer.

F. Heringq.

(I) Oq donne le nom de régent au plus gros et par conséquent au plus précieux diamant des bijoux de la couronne de France.

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