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MM

CHRONIQUE

Les Tulipes.— Expotition de Troyes. — Chauffage tubulaire Duvoir.— Exposition de Paris.

Décidément je soupçonne fort le soleil de mauvais vouloir à notre endroit.

0 Qu'avons-nous fait, grand Dieu, pour attirer sa haine? «

Je n'en sais rien ; mais évidemment pour nous empêcher de faire nos foins, — qui sont si beaux — il faut qu'il nous garde rancune. Il a tort, car tout le monde l'aime en France, excepté pourtant, les marchands de parapluie ; mais ce n'est pas une rai* son pour faire payer à^tous les méfaits de quelques-uns. Au reste, l'absence de soleil a favorisé quelques cultures.

Les TuUpes et les Roses ont pu se développer magnifiquement et prolonger leur floraison. Jusqu'aujourd*hui j'avoue que je ne comprenais guère le tulipomane. Cette coupe si régulière, portée par une baguette d'une raideur à désespérer même une anglaise, ne me paraissait pas susceptible d'enflammer im cœur quelconque. En présence d'une pareille fleur, il m'avait toujours semblé qu'on devait rester froid. C'est qu'il en est de la Tulipe comme de la femme, et je n'avais pas encore vu les ravissantes et séduisantes beautés tulipéennes.

Maintenant que j'ai fait leur connaissance dans la collection de M. Aug. Boutard, horticulteur, rue de Lourcine, je comprends la Tulipe et les folies quelle fit faire ; mais je parle de longtemps, car aujourd'hui , malgré tout le charme que je reconnais à cette fleur, on trouverait peu de brasseurs disposés à échanger leur brasserie contre un oignon de TuUpe, et je gai'antirais même , que M. Auguste Boutard, l'intelligent horticulteur qui m'a dévoilé tous les attraits mtrainants de la Tulipe, voulût céder son établissement contre la plus belle et la plus rare du genre, voire même la noire quand elle existera.

%»]ir. 1860.

Mais si l'absence du soleil a favorisé les Tulipes , elle a été funeste àl'exposition deTroyes, qui a eu lieuau commencement de juin dans un ravissant jardin improvisé, à ciel ouvert. Les charmantes fleurs recevaient, chaque jour, les effluves célestes, qui n'ajoutaient rien à leur fraîcheur, mais qui, au contraire, activaient leur chute.

Cette exposition était le bouquet du grand concours régional ouvert au conmiencement de mai, et ce bouquet a dignement couronné l'œuvre entreprise par la ville de Troyes.

Le bel établissement Bal te t frères (Charles et Ernest) tenait la première place dans tous les concours o^ ils se présentaient : arbres fruitiers formés , arbres résineux à feuilles persistantes , collections de Houx, Rosiers, Rhodoflendrum et toute une série d'introductions nouvelles , etc. Cet établissement est un des plus grands de France. Je n*ai pu le parcourir que très-rapidement, mais j'ai été émerveillé de Tordre qui règne dans sa riche école d'arbres fruitiers, et dans ses vastes pépinières où sont essayés tous les nouveaux procédés de cultures : taille, pincement, plantation, etc., etc. En un mot, on voit que ces deux jeunes et savants pépiniéristes tiennent à conserver, à leur établissement, la bonne réputation que leur père lui a fait acquérir.

M. Léger avait apporté à cette exposition un brillant contigent en plantes fleuries: Pelargonium, Fuchsia, Pétunia et Verveines. Malheureusement la pluie a eu bien vite raison de toutes ces charmantes fleurs d'une contexture si délicate. Dans ses semis de Pétunia, il y en a plusieurs qui sont appelés à prendre une bonne place dans les collections de ce genre.

Un beau lot de plantes de serre, de M. Barba, horticulteur à Vitry-le-Francçais , a été justement apprécié des connaisseurs. J'y ai vu des plantes nouvelles que ne possède pas encore le commerce parisien: entre autres les Pteris tricolor et argyrea^

et toute la série de Bégonia nouveaux mis au commerce cette année par M. Van Houtte.

n en a été de même de la belle collection d'Orchidées de M. Perrîer, d'Epernay, confiée aux soins de M. Guidon.

Cette collection est la plus riche certainement, non-seulement de^ France, mais d'Europe. Elle a été commencée par M. Perrier père, qui, en mourant, a demandé à ses enfants de la conserver. Je dois dire, à la louange de ses héritiers, que son désir a été religieusement exécuté : chaque année un budget spécial est affecté à Tachât des espèces nouvelles méritantes ; aussi, je le répète^ cette collection est unique.

M. Eugène Verdier, de Paris, avait envoyé un lot de trente variétés environ, de ses plus belles pivoines herbacées, qui a été fort admiré des dames troyennes-champenoises, et .c*est avec raison.

J'ai encore remarqué le bel apport de MM. Gouet et Asselîn, de Troyes, composé de Fuchsia, Verveines, et principalement de Géranium zonale bien variés.

Les Pelargonium à grandes flem^s de M. Rolland, jardinier, àLoivre, captivaient aussi l'attention des visiteurs.

M- Carré, horticulteur à Troyes, s'est montré pépiniériste intelligent par ses arbres fruitiers formés, et heureux par ses Pétunia.

Les plantes de serre et de pleine terre de M. LafTrique méritent aussi une mention particulière.

Pareille mention revient à M. Vilain, jardinier de M. Ferrand Lamotte; à MM. Rozier, horticulteur à Chicherey; Bemaut- Barbot, horticulteur à Troyes; M. Gibey-Lome, amateur, pour leurs plantes fleuries, et à M. Duthoo pour ses beaux Azalea et Pelargonium.

Ce n'est pas seulement par les fleurs que brillait l'exposition de Troyes ; elle brillait encore par la culture forcée des fruits et légumes.

M. Legigan, jardinier, avait exposé des pêchers en pot portant des fruits parfaitement mûrs, et comme n'en possédait pas Texposition de Paris. M. Legigan est un jardinier intelligent , qui, le premier, a appliqué à Troyes le thermosiphon pour la culture ^es primeurs.

De très 'beaux melons et de délicieux raisins Frankental indiquaient que M. Deffaut, jardinier de M. Haudot à Loisy, en« tend aussi parfaitement la culture forcée.

Quant aux légumes, ils étaient vraiment beaux, et je ne puis qu^adresser des éloges aux exposants, MM. Boulât, Fortier, Marchand, jardiniers à Troyes, et Rozier^ jardinier au château de Souleau.

Enfin, et pour couronnement, je dois citer un magnifique Ananas, exposé par M. Dubar, jardinier de M. de la Franchecourt, à Vitry-le-Français ; il a fait l'admiration d'un homme des plus compétents , M. le comte de Lambertye , président du jury, et auquel nous devons un traité de la culture forcée du Melon par le thermosiphon.

Pour les objets de l'industrie horticole, je me bornerai à signaler l'appareil tubulaire Duvoir, pour le chauffage des serres, avec lequel j'ai fait ample connaissance chez l'inventeur d'abord, puis dans une serre de l'exposition de Troyes, et enfin chez MM. Baltet frères . où le jury de l'exposition a pu en apprécier la valeur et les avantages. Une médaille d'or lui a été décernée. Je reviendrai sur cet important chauffage que je recommande dès aujourd'hui sans réserves. Il tient ce qu'il a promis : bon marché, rapidité de chauffage, économie dans le com* bustible, facilité de pose, de nettoyage^ etc., etc.

Profitant de la vapeur de cet appareil, je reviens à Paris, qui nous offre une seconde exposition florale , plus brillante peutêtre que la première, mais assurément moins riche. Les plantes de serres ont à peu près disparu, sauf quatre petits lots d'Orchidées exposés par MM. Chantin^ Rougier, Luddemann, Thi-

bault et Rèteléer. Le lot de M. Rougier se tenait hors concours; il provenait de la riche collection de M. Pescalore, qui venait

d'être vendue Les vrais connaisseurs ne pouvaient s'arra*

cher de cette belle et riche exposition où brillaient des spécimens admirables de Cattteya de toutes sortes .

Une très-remarquable collection de Bégonia de M. Crousse, de Nancy, a particulièrement attiré Tattention : les sujets étaient forts et d'une excellente culture ; on a pu se faire une idée de l'effet produit par lesB. argentea^ queen vittoriay ReXy Charles Waqner, etc.

Un seul lot de Gloxinia, appartenant à M. Marest fils, était admirablement disposé sur une sorte de gradin candélabre à branches mobiles, de l'invention de l'exposant; le jury a décerné une médaille d'argent à un nouveau semis, qui se trouvait dans cette collection et que M. Marest a nommé madame Rivière.

Les Pelargonium à grandes fleurs et fantaisie faisaient les frais de l'omemention. Les exposants étaient MM. Thibault et Keteleer, Dufoy, Lierval, Mezard, Malet père et Duval.

M. Jarlot, du château de Bagatelle, avait sa belle collection de Zonalf qui a été primée d'une médaille d'argent. — Des semis de cette espèce étaient présentés par M. Lemoine de Nancy, et M. Duel, jardinier chez M. Léon à Livry.

Sans les nombreux groupes de plantes annuelles, de remplissage, qui faisaient Irès-bon effet, les fleurs eussent été encore rares. Quelques-uns de ces groupes appartenaient cependant à MM. Villmorin et Thibault-Prudent. Dans celui de la maison Vilmorin, j'ai beaucoup admiré la collection de capucines, composée de 21 variétés, et particulièrement TomrPouce, jaune, très-florifère, naine de Schilling^ naine brune de Scheuer saumon, et un semis couleur de la Capucine SchiUing, mais plus nain encore.

Le Zinnia élégant à fleurs doubles se trouvait dans le même

lot ; malheureusement c'est raide de tige^ et trop cocarde de fleurs ; la couleur est terne sans doute, mais on pourrait obtenir des coloris plus frais.

Le Nemophila insignis bleu bordé de blanc, est une délicieuse plante. — Le genre Lobelia s'est enrichi de plusieurs * petites espèces rampantes qui méritent la culture ; telles sont gracilis alba (fleurs teinté de lilacé), etLindleyana^ rose foncé ; le ramosa àgrandesfleurs bleues complétera labordure tricolore. Pour ce joli lot, la maison Vilmorin a eu la médaille d*honneur, justement méritée.

Deux petits lots d7n> bulbeux, de MM. Doyen et Loise, ne faisaient pas grand effet, au point de vue ornemental; mais il y avait de très-belles et intéressantes variétés.

Des Delphinium étaient exposés par M. Vei*dier (Eugène) et Chaté : les pulchrurrij hendersoni et formosum, sont encore ceux qui marchent à la. tête de cette nombreuse légion de variétés nouvelles qu'on nous présente chaque saison.

De jolis semis de Potentilles h fleurs doubles, de M, Lemoine, de Nancy, ont eu l'honneur d'une médaille d'argent 1" classe.

Dans le lot de plantes vivaces de M. Pelé fils, j'ai remarqué un curieux Pois vivace à fleurs bleues, une Asphodèle à fleurs doubles et de très-intéressantes variétés du Pyrethre rose^ plante d'un très grand avenir.

Cette fois nous avions les remarquables collections de Roses coupées de nos résistes de renom. La médaille de Vermeil a été enlevée à la baïonnette par le lot de M. René Levêque ; des médailles d'argent l"* classe ont été décernées à MM. Fontaine. Margottin, Eugène Verdier, fils aine; de 2* elasse à MM. Marest Verdier père et Charles fils , Cagneux Philibert ; 4e bronze à M. Alloiteau.

Quelques beaux semis ont été présentés à l'appréciation du jury; M. Verdier père a remporté la médaille de vermeil, pour son gain dédié à madame la comtesse de Furtado ;

— SI- MM. Margottin et Fontaine ont eu des médailles d'argent l** classe, et MM. Verdier (Eugène) et Touvais, des médailles d'argent de 2"" classe.

J'avais aperçu, le premier jour, de charmantes Calcéolaires ligneuses de M. Crousse, mais elles ont disparu vitement; je ne les ai pas retrouvées pour les examiner attentivement.

De beaux Œillets de Poète, de M. Hennepaux, et des Œillets fions de M. Paré, ont contribué puissanunent à romementation du vaste jardin de l'exposition.

Dans la collection de Pétunia de M. Tabar de Sarcelles, j'ai distingué Flavie Couet, fleurs simples, rose tendre, et Amabilis^ fleur double rose, qui m'ont paru méritantes.

Au total , cette seconde exposition était plus fleurie , mais n'o&ait pas plus d'intérêt aux vrais amateurs que la première.

F. Herincq*

LES CALADIUM A FEUILLES PANACHÉES. (Pl. HI).

4 . Belleymei. — 2. Chantinii. — 3, Perierii. — 4. Troubetskoî. —

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