DESTRUCTION DE L'ALTISE OU TIQUET ET DU PUCERON
Le hasard , cette providence des intelligences obtuses, joue un grand rôle dans l'histoire du progrès social, car il sert souvent aussi de flambeau au génie. En efiet, Papin, en voyant le couvercle d'une marmite remplie d'eau en ébulition, se soûlever à chaque instant pour laisser échapper la buée, découvrit la puissance de la vapeur comprimée^ et les machines à vapeur furent i)i ventées ; il est probable que c*est en admirant
(1) Nous avons des graines de cette espèce k la disposition de nos abonnes.
Teofance , jouer avec des bulles de savon , qae les frères Montgolfier ont eu Tidée du véhicule aérien, si connu de la population parisienne, depuis l'invention de Thippodrome, des arènes nationales, et des voyages en calèche suspendue de M, et M"'* Poitevin.
La découverte de la destruction des Âltises — transition brusque — est due aussi au hasard. M. Thénard, membre de la Société d'acclimatation, ayant des panneaux de châssis peints avec du goudron Uquide, s'aperçut que son plant de choux, avait été respecté par cet insecte ; il eut Tidée de faire l'essai de cette substance sur le colza. Ilimpreignade goudron de la sciure de bois, qu'il répandit sur plusieurs hectares de terre ensemencés de colza, et il vit cette, crucifère oléagineuse échapper aux ravages de l'Allise. L'expérience répétée pendant pluSieurs années donna le même résultat. Entin deux expériences comparatives confirmèrent l'efficacité du remède : dans un champ sur lequel la sciure imbibée de goudron avait été répandue, l'Altise n'y apparut point ; sur un autre situé à côté et sans sciure goudronnée, le colza fut en partie détruit par Tinsecte.
1 000 kilogranmies de sciure de bois peuvent être imprégnés avec 2 kilog. de goudron Uquide; ce n'est pas un remède coûteux ; on peut en tenter l'essai.
Le carbonate d'ammoniaque donnerait aussi, d'après M. Loiseau, de très bons résultats. On peut se servir d'urine plus ou moins corrompue, qui contient une forte proportion de ce sel
a Le vrai moyen pour détruire les Pucerons est enfin connu.» Du moins, c'est ce qu'assure un arboriculteur autrichien, M. &érold. Son procédé ressemble beaucoup à celui préconisé par M. Raspail, mais avec lequel notre rédacteur en chef n'a pas obtenu d'heureux résultats. M. Raspail proposaitla solution d'aloès; c'est avec de Teau de savon additionnée d'une décoction de QvMsia en petite quantité, que M. Gérold parvient aune des-
tructioB complète. Le Quassia est un arbre dont Técorce contient un principe es trèmement amer.
M. Oberdieck, rédacteur en chef du Monatscheift fur Pornohgie, assure de l'efficacité de ce remède : < J'ai soumis, dit-il, à répreuve de l'eApérience ce nouveau procédé, et j'ai reconnu, de suite ^ les effets surprenants; mais il reste maintenant à déterminer, avec précision, la proportion du mélange, pour acquérir une entière certitude sur les résultats. »
Gomment reste-il à déterminer la proportion du mélange, puisque des effets surprenants ont été obtenus I Quoi qu'il en soit , nous invitons ceux de nos abonnés , qui ont le malheur d'avoirdes arbres envahis par le puceron, d'en faire Tépreuve, en les prévenant toutefois, d'après Fauteur de l'article de ce nouveau procédé, que si la décoction de savon n'est pas assez forte, elle ne produit que peu ou point d'effet sur l'insecte; et que si, au contraire, elle est trop forte, elle nuit aux arbres. Il eut été plus simple, ce me semble, de donner lés proportions du mélange qui a produit les effets surprenants . Il y a ici quelque chose qui ressemble singulièrement à une porte de derrière. Mais, enfin, ce n'est pas une opération très-onéreuse; on peut essayer le mélange en tâtonnant, et ensuite en seringuer les arbres : « Si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire grand mal.» Eug. DE Martragny.
DU aiMAT.
On nomme climat la température résultant soit de l'exposition naturelle d'une contrée et de la nature de son sol^ soit des accidents de terrains ou autres circonstances qui peuvent y contribuer.
On reconnaît deux sortes de climats bien distinctes : le climat froij^ (ou du Nord), le climat chaud (ou du Midi). On ap-
pelle dimat tempéré celui qui tient le milieu entre ces deux extrêmes, car la transition d'un climat à un autre ne peut être subite.
Une même contrée peut avoir plusieurs climats. Non-seulement une même contrée, mais une ville, un village même, peu;. vent ofirir des climats différents; car le sol, l'exposition, les accidents de terrain, le voisinage des eaux, des forêts , la posi* tion base ou élevée par rapport au niveau de la mer, la disposition même du sol, peuvent influer sm* sa température et constituer des différences de climats.
Je puis en citer un exemple frappant.
La ville de Melun (département de Seine-et-Marne),, qui se trouve séparée, au milieu, par une lie , offre trois climats bien distincts. Ainsi le quartier Saint-Âmbroise^ situé près du che* min de fer de Paaîs à Lyon , terrain plat , d'un sable noir siliceux mêlé de cailloux (sous-sol caillouteux) à peu de distance de la Seine, fermé au sud par les bois de la Roehette, tenant à la forêt de Fontainebleau , est très-froid la nuit et très-brûlant dans le jour. Aussi remarque-t-on- les premières gelées sur les dahlias quinze jours avant qu'il ne gèle dans le quartier Saint- Uesne. Là , le sol argileux ou l'alumine domine, et exposé en arrière côte au nord-ouest^ a l'inconvénient de concentrer les rayons solaires dans la plus forte chaleur du jour, ce qui occasienne la brûlure des bourgeons des jeunes arbres fruitiers et des plantes en général^ et leur fait perdre en tout ou en partie leur vitalité. Mais la position de cette côte, garantissant le climat de la transition subite occasionnée par le lever du soleil, relarde le ravage des gelées. Toutefois , le quartier Saint-Barthélémy, tant par la nature du sol calcaire (I) (terres ardentes), l'élévation et l'exposition, est encore mieux partagé pour la douceur
(4 ) Le sol calcaire a pour base le carboaate de chaux (ou craie) mâle à une certaiM quantité, de sable et d*argiie.
du climat. Ainsi, lorsque les dahlias sont gelés à Saint-Liesne y on les trouve en pleine floraison dans les jardins de Saint-Barthélémy. J*ai vu rue du Nord, il y a plusieurs années , dans un de ces jardins, chez M. le docteur de Breuze^ amateur distingué, les jasmins jaunes {jasminum triamphans) garnir tout un mur pendant plusieurs années ; les fuchsia^ les verbena et la caro' nilla glauca passer Thiver en pleine terre sans aucun abris.
En Seine-et-Marne , dans un rayon de 24 kilomètres , trois villes situées à 42 kilomètres Tune de l'autre, offrent encore un exemple bien frappant de la difi'érence des climats. A Fontainebleau, ville située sur un sol sablonneux , entourée de forêts , mais dont la température est refroidie par Tévaporation d'une grande pièce d'eau située dans le parc impérial , les premières gelées se remarquent sur les Dahlias quinze jours avant que Melun n'en resssente les eifets.
Lorsque les Dahlias sont gelés à Melun, ils sont encore en pleine floraison dans les jardins de Brie-Gomte-Robert, situé à 1 2 kilomètres de Melun , c'est que Brie est bien exposé. Il est entouré de vastes plaines de culture, et jouit d'un exceUent sol composé de terre franche (1), douce au toucher, et qui se divise facilement.
n est à remarquer, en général, que la gelée se fait d'autant plus sentir que le sol est plus rapproché de la couche des eaux ou plus exposé aux vapeurs qui se condensent le soir sur les végétaux. Dans certaines natures de terre , quelle que soit leur exposition, mais à cause de leur disposition à couserver les eaux, les plantes sont plus exposées à geler que dans d'autres ; on appelle ces terres à juste litre terres froides.
J'aurais beaucoup à dire encore, si je voulais m' étendre sur
(t) La terre franche se trouve mélangée, sur 400 parties, des matières dont les noms suivent : argile pare 33^ argile sableuse 57; silice, carbonate de chaux, humus et substances solubles, 1 0. Cette terre est regardée comme type en agriculture et en arboriculture.
ce sujet, je me borne à ces simples vues , laissant à d'autres le soin de les développer.