VI. — Production maraîchère
Depuis une vingtaine d'années, la Belgique a décuplé son exportation de fruits et de légumes. Les cultivateurs, stimulés par la perspective de débouchés importants, ont redoublé d'efforts en augmentant encore le nombre des cultures dont la rotation s'effectue dans le cours de la même année, et en affectant à la production maraîchère des terrains jusqu'alors emblavés avantageusement.
Il est donc démontré que la Belgique est un pays de travail et de production du sol ; non seulement le défrichement y est poussé avec activité, mais de toutes les nations, c'est elle qui, relativement à son étendue, possède le moins de terres incultes et le plus grand nombre de travailleurs agricoles.
Par exemple, nous pouvons dire que si l'Europe produit pour 3 milliards 5oo millions de Pommes de terre, la Belgique consacre à cette Solanée 6.77 pour cent de son territoire et dépasse ainsi la proportion des autres États européens.
Nous ne nous écarterons pas de notre sujet en déclarant que la conséquence de cette situation avantageuse a élevé le prix du fermage, — plus qu'en France, — et que, à l'inverse des propriétaires exploitants, les fermiers ou les locataires augmentent en nombre et en importance.
La culture maraîchère rentre dans ces grandes lignes agronomiques, car elle a pénétré dans la ferme et encouragé l'emploi des engrais de toute nature.
Les sables granitiques de l'Ardenne et les humus tourbeux ont été adaptés à la production, aussi bien que les plaines fertiles et les accrues des fleuves et de la mer.
Nous avons visité la plaine irriguée d'Haeren, produisant à profusion de beaux légumes sous l'influence des eaux- vannes de Bruxelles, tandis que les boues, les balayures et les gadoues de la capitale vont fertiliser jusqu'aux potagers qui entourent Malines.
Quant aux polders, il y a là de quoi exploiter, avec le concours d'engrais et le correctif d'amendements spéciaux. On a déjà constaté que la Betterave y produit couramment 55, 000 kilogr. à l'hectare, la Carotte 20,000 kilogr., les Fèves et Féverolles 2,5oo kilogr.
Les Flandres, qui ambitionnent le titre quelque peu justifié de « Potager de l'Angleterre », produisent des quantités considérables de légumes luxuriants de végétation, riches en principes alimen* taires.
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Les expéditions se font en mannequins, en sacs ou en vrac. Un bon paquetage est indispensable. Les cultivateurs de Saint- Trond, qui expédiaient jusqu'à 5,5oo,ooo kilogr. de Pommes de terre en Angleterre, ont perdu une partie de leur clientèle, par suite d'un triage incomplet des tubercules et d'un emballage trop primitif ; ils ont dû y remédier.
Une Société s'est formée pour l'achat des Ognons, des Échalottes et des Carottes, en vue de l'approvisionnement exclusif du marché de Londres où ces trois espèces sont prisées par l'acheteur, surtout la Carotte nantaise et l'Ognon de Vertus.
Certaines Compagnies de transport fournissent les paniers à titre de prêt, ou ramènent gratis les emballages.
Le marché de Stratford appartenant à la Compagnie du Great- Eastern Railway, ligne de Harwich à Londres, est bien situé, et par suite bien achalandé.
Les chargements pour l'Ecosse pénètrent par le port de Leith, qui dessert Edimbourg et Glasgow.
Les petits paniers de Fraises vont au plus près, à Covent-Garden, par des trains rapides, ainsi que les primeurs.
Les sols marécageux sont attribués aux Fraises Jucunda, Louis Vilmorin, Triumph, Docteur Morère.
L'Angleterre a des champs de légumes admirablement tenus dans le Kent et le Middlesex, — ce qui oblige l'étranger à s'adonner plutôt à la production de variétés moins connues et facilement transportables.
Les provinces frontières de la Belgique bénéficient d'un voisinage populeux.
Ainsi, les jardiniers de Courtrai, de Wevelgem, de Menin, d'Ypres travaillent déjà pour la population ouvrière de notre région industrielle du Nord français. Nos courtiers vont s'y approvisionner et reviennent alimenter les marchés de Lille, de Tourcoing, de Roubaix, d'Armentières.
La Rhubarbe, malgré l'intérêt de la variété Early Paragon, qui oublie de fleurir au profit de ses parties comestibles, le Céleri à côtes, la Laitue romaine, la Courge à la moelle, le Crambé sont dirigés vers le Rhin.
Les provinces rhénanes absorbent encore le trop plein des marais du fertile pays de Hervé.
Certains légumes se sont pour ainsi dire cantonnés sous diverses influences. Rappelons, à cette occasion, le Céleri rose de FJeurus; le Chou-fleur des confins néerlandais, et le Chou de Brunswick pour la préparation de la fameuse « Sauer Kraut. »
Le Chou de Bruxelles est dans son milieu ; toutes les provinces en cultivent, en consomment et en font commerce.
Un autre produit flamand, la Chicorée de Bruxelles « Witloof » à grosse racine, est l'objet d'une exploitation étendue pour le marché intérieur ou extérieur.
L'Asperge est en réputation dans les plaines des Flandres, la Campine, au Limbourg et au Luxembourg. N'est-elle pas l'espérance des dunes et des polders ?
Elle a fait ses preuves dans les terrains sableux des environs de Malines, d'Anvers, de Gand et du pays de Waes. On cite, à Boeckryck, une aspergerie de 80 hectares exploitée pour une usine à conserves du voisinage.
Le Haricot noir de Belgique, qui réussit au Congo, et les races Flageolet et Bagnolet commencent à être admis en vert, au marché.
Le Chou-rave succédera aux Carottes hâtives dans les emblaves combinées, au même titre que le Chou à jets, ou même prendra la place des premières Pommes de terre venues sous verre, la Marjolin, la Quarantaine, la Blanche malinoise.
Le Panais se sème pour provision d'hiver dans les Pois et les Fèves, ou parmi les Epinards, auxquels il succédera.
Comme rotation de culture, le Poireau vient souvent remplacer le Chou-fleur, le Chou d'York, les Pois hâtifs, et va même s'implanter sur un chaume d'Orge retourné.
L'Oseille, chargée sur voiture, dans les environs d'Ypres et de Gand, croît en bordure ou en carrés.
L'Arroche et la Bette sont d'agréables succédanés de l'Epinard et du Pourpier, au printemps.
Les Carottes acceptées dans la grande culture sont les variétés Courte hâtive, demi-longue de Nantes et Rouge longue sans cœur. Cette dernière se sème entre le Lin, l'Orge, le Maïs ou le Pavot blanc. Cultivée seule, la Carotte nantaise produit 1,600 francs la tonne, à la vente, frais non déduits et s'élevant à la moitié. Au printemps, extraite du silo, elle atteint, à Londres, le prix de 90 à 125 francs les mille kilogr.
La Belgique exporte pour 800,000 francs d'Ognons en Angleterre ; aussi, les cultivateurs d'Alost, de Furnes, de Termonde et du pays de Waes se hâtent d'agrandir leurs cultures, en adoptant les variétés dites Jaune pâle et Jaune de Zittau, préférées par les cuisiniers et les charcutiers du Royaume-Uni.
On a constaté que, loin de fatiguer le sol, l'Ognon revenait pendant vingt années dans la même place. Le coup de charrue préalable suffît à « renouveler » le terrain,
Autour d'Alost, des terres sont louées jusqu'à i5 et 17 francs par are pour la seule saison des Ognons.
Cette plante peut produire 400 kilogr. par are.
Une grande partie est dirigée sur les foires et marchés aux Ognons de Wetteren, Ledeberg, Meirelbeke et Schelebelle, où déjà les sols tourbeux, siliceux ou de bruyères sont favorables à la culture des plants à courte racine. Les sous-variétés Jaune plat d'Alost et Jaune rond de Zittau proviennent des provinces du Brabant, de Liège et de Limbourg, la Rouge pâle y est bien connue.
Alost approvisionne encore Bruxelles de ses Choux-fleurs.
Grâce à nos sympathiques collègues Burvenich et Rodigas, nous avons pu visiter les potagers de moyenne et de grande culture pour la consommation ou le commerce.
Nous croyons inutile de pénétrer dans les forceries, sous les bâches à primeurs. Le luxe de la table est permis dans un pays riche par l'agriculture et l'industrie. La production réussie d'Ananas, de Melons et Concombres, de Tomates, d'Asperges, de Pois et Haricots, de Fraises, de Choux-fleurs, de Carottes, de Laitues et de Pommes de terre est une preuve du haut goût des propriétaires et de l'intelligence de leurs jardiniers.
On nous a cité l'Aspergerie du Potager royal de Laeken, chauffée au thermosiphon, et le système plus économique de Palmans à Lokeren, consistant à remplacer, à l'automne, la terre des carreaux d'Asperges par un compost de poussier de chanvre, de tannée et de sciures de bois, préalablement « animalisé » par des arrosements de sang et de guano étendu d'eau et de bouillons d'animaux abattus, etc.
Quant au Champignon, on observe le procédé du baron d'Hoogvorst, qui monte ses meules avec l'engrais pur de bétail, séché, concassé, puis humecté d'eau salpêtrée.
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