VIII. — Production florale
« La Belgique est le pays des fleurs, et Gand la capitale de Flore », répètent les journaux lors des floralies gantoises.
Ce petit coin de terre, si heureux en jardinage, à force de travail acquis et de science développée, n'est-il pas la patrie des botanistes déjà nommés et des explorateurs tels que Funck, Galeotti, Ghiesbreght, Libon, Linden, Schlim, Van Houtte et autres, qui ont fouillé les cinq parties du monde ?
La Belgique n'a-t-elle pas vu se fonder et grandir les beaux établissements horticoles de Bruxelles, de Gand et de Gentbrugge, de Liège, d'Anvers, de Bruges, de Vilvorde, de Wetteren ? Et les visiteurs n'ont-ils pas conservé un agréable souvenir des réceptions enthousiastes et confraternelles, de la pépinière commerciale et des parcs somptueux entretenus par de riches amateurs? Partout des végétaux de luxe, de hautes nouveautés et des plantes populaires d'appartement ou de marché.
Les Orchidées s'y sont donné rendez-vous et charment les regards par leurs étonnantes variations. Des auteurs distingués en ont pénétré les secrets mystérieux.
Les Palmiers y trouvent leur dernier degré d'adaptation à la serre froide, ou sous les dômes vitrés du grand domaine.
Les Broméliacées épanouissent leurs hampes curieuses, au centre d'un feuillage rigide.
Les Fougères s'élancent sur un stipe rugueux, ou couvrent le solde frondaisons élégantes.
Et ces plantes à feuillage, si recherchées dans les magasins de plantes vivantes, qui sont semées ou bouturées, puis vendues à différents âges, sur place, ou exportées !
Mais les Rhododendrons, les Camellias, les Azalées s'y multiplient d'une façon prodigieuse. Tous les ans, des millions d'élèves greffés s'échappent des trois cents laboratoires gantois et vont courir le monde, l'animant de leurs corolles admirables de forme, de tenue, de couleur.
La haute serre chaude a recueilli les végétaux des régions équatoriales et les entremêle de Nepenthès, de Bertolonias, de Caladiums, de Grotons et de toute la série de plantes originales que chaque saison voit apparaître.
Un abri plus tempéré recueille les Amaryllis, les Clivias, les Gloxinias, les Achimènes, les Aroïdées...., égayant la tonalité un peu vague des arbustes du Gap ou de l'Australie.
La modeste bâche se contente des Cinéraires, des Calcéolaires, des Œillets, des Primevères, des Résédas, des Pervenches, des Hotéias, des Cyclamens, plantes faciles à multiplier et à vendre.
Les arbustes verts de pleine terre sont élevés, comme les Conifères, en terrain frais et léger ; le chevelu se forme aux racines et en assure le succès. — Anvers, Tournai, Rochfert, Nyregene, Malines sont des centres renommés de cette branche dendrologique.
Le Laurier-Sauce est cantonné à Bruges ; on le dresse en pyramide branchue ou en boule sur tige, et il est vendu en caisse ou en bac — sinon en pot — dans les pays septentrionaux où l'Oranger vient mal, où le Nérium reste chétif.
Anvers, Liège, Namur, Tournai, Mons, Louvain ont des établissements mixtes consacrés aux pépinières d'essences fruitières ou forestières, aux serres, aux Rosiers, aux plantes de pleine terre.
Malines et Liège cultivent les plantes de collection ; Bruxelles et Louvain, les plantes de marché.
Verviers a conservé sa réputation pour les Œillets.
Gand et ses environs comptent, dit-on, huit hectares couverts par le vitrage des fleuristes et des multiplicateurs de plantes vertes.
Les constructions de serres et de bâches vitrées dans cette grande ville, et leur entretien, sont moins onéreux qu'en France, en raison du prix du fer, du verre, de la houille, de la terre de bruyère et de la main-d'œuvre.
Les villages de la banlieue gantoise concentrent leur travail sur des spécialités de productions arbustives et florales.';
Il en est qui se limitent à quelques variétés d'Azalées ; donc, ils peuvent vendre à plus bas prix.
Les villages suburbains se livrent également aux cultures de plein air, d'arbustes et de plantes de marché.
Dans ces parages, le sol tourbeux se prête au développement des Hotéias, cette charmante Spirée vivace, d'origine japonaise; on l'expédie par centaines de touffes (mottes de racines) en tonneaux à clouterie ; les fleuristes les achètent et les forcent pour les revendre fleuries au mois de mai.
Nos souvenirs se reportent au temps où Louis Van Houtte s'enthousiasmait devant les premiers Bégonias bulbeux. Quels progrès depuis vingt-cinq ans!
Il s'enthousiasmait déjà, le grand maître, en 1837, lorsqu'il décrivait les Glaïeuls obtenus par Beddinghaus — un perfectionneur aussi du Pyrèthre. — Ces Glaïeuls extraordinaires étaient la conséquence d'une hybridation du Gladiolus psittacinus rapporté du Cap, en 1823, avec les Gladiolus Jloribundus et cardinalis, importés en
BELGIQUE aoj
1780. Le Glaïeul de Gand était créé; mais à quels prodiges ne s'est-il pas prêté depuis, sous le pinceau de nos fécondateurs ?
N'est-ce pas Van Houtte, ce créateur de la « Flore des Serres » et de l'École d'horticulture de Gentbrugge, n'est-ce pas lui qui construisit le premier aquarium sous verre pour y implanter une
Nymphéacée gigantesque de l'Amazone , Victoria regial
Il fut aussi l'un des premiers à tenter la culture des Ognons à fleurs, à la façon de la Hollande.
Van Houtte aimait à collectionner et à répandre. Il protégeait les jeunes I II chérissait la France !
En tout temps, combien d'établissements célèbres ou remarquables? Blancquaert, Burvenich, Buysse, De Cock, De Goster, Dallière, Desbois, Duriez, Jacob-Makoy, D'Haene, Linden, Peeters, Pynaert, De Smet, Spae, Story, Van Goppenolle, Van Eeckhaute, Van Geert, Vermeire, VerschafFelt, Vervaene, Vervaet, Vuylsteke, et de plus modestes, mais non moins sérieux producteurs, approvisionnant les maisons principales !
En 1874» au Congrès international de Vienne, un maître horticulteur-conférencier gantois, Hubert Van Huile, prononçant un discours sur l'horticulture belge, affirmait que sur le territoire de Gand, un établissement dit de première classe fabriquait alors, annuellement, plus d'un million de plants, y compris les bulbes, soit : 75.000 Camellias, Azaléas et plantes analogues. So.ooo Arbustes de pleine terre.