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I. — Les Régions de culture

Depuis i83o, époque de la conquête de l'Algérie, le Gouvernement français a voulu favoriser la colonisation de ses nouvelles possessions africaines et intéresser l'indigène à la production du sol.

Mais, sous l'influence de milieux si différents, l'expérience raisonnée et la persévérance réfléchie ont localisé, pour ainsi dire, le mode de travail et d'exploitation du cultivateur.

Conformément aux travaux de M. Gosson chargé, dès i853, de l'exploration botanique de l'Algérie, et rédigés sur un plan observé par M. Charles Rivière, président du Comice agricole d'Alger, dans son rapport présenté à l'Exposition universelle de 1889, nous divisons notre colonie en quatre grandes zones :

i° La région littorale, chaude et humide ;

20 La région montagneuse, tempérée et froide en ses dernières altitudes ;

3° La région des Hauts-Plateaux, aux extrêmes marqués ;

4° La région désertique, brûlante et sèche.

Région littorale.

La Région littorale, installée sur les sables de la mer, ou sur un territoire assez rapproché de la Méditerranée, doit en ressentir les effluves bienfaisantes.

Le thermomètre étant constamment au-dessus de zéro, la Flore subtropicale n'a pas manqué d'y établir son territoire d'élection.

C'est une véritable station d'acclimatement.

Les Palmiers de toutes dimensions, depuis les troncs élevés en colonnes gigantesques jusqu'aux humbles touffes naines, sont réunis en vastes et riches collections au milieu desquelles se remarquent, à côté des Cocotiers à petits fruits des plaines brésiliennes, les Caryotas des Indes Orientales, les Palmitos de la Guyane et les Thrinax de la Havane, accompagnés des Sabals aux larges feuilles souvent dupliciformes et de toutes ces Palmacées flabellifères, les Livistonées et les autres Coryphinées. Espérons que ces «Princes du règne végétal », suivant l'expression de Linné, ne tarderont pas à se répandre là-bas comme ils le sont dans la Provence maritime.

Les beaux feuillages des Musacées, ceux presque aussi amples des Strelitzias, avec leurs fleurs aux formes originales et aux colorations éclatantes, disent que toutes ces plantes des pays chauds peuvent vivre facilement avec leurs nombreuses congénères au milieu des terres algériennes abritées et voisines de la mer.

Les Bambusées de l'Indo-Chine balancent dans les airs leurs roseaux géants où viennent nicher les petits oiseaux.

Les Aroïdées s'accrochent aux arbres et vivent sous leurs frais ombrages, tandis que de formidables Agaves et des Cactées bravent la sécheresse et les ardeurs du soleil comme en pleines savanes du Mexique. Et les gros arbres sont enlacés par les grimpants Bougainvilléas, Passiflores et Bignones, immenses amas de lianes disparaissant sous des myriades de floraisons.

Si les Figuiers verts ont de nombreux représentants à tronc lisse, véritable fût supportant une immense cîme au feuillage persistant, il en est d'autres dont l'axe central disparaît bientôt emprisonné et caché sous une foule d'appendices venus des ramifications pour s'enfoncer dans le sol ; ce sont les Ficus à racines adventives ou aériennes. Le Figuier de Roxburgh, qui prend en Algérie des proportions colossales, est dans ce cas.

Des Bombacées aux énormes troncs renflés s'élèvent en arbres gigantesques. Leur écorce a un revêtement formidable composé d aiguillons pyramidaux à pointes acérées semblant défendre les merveilleuses floraisons des cîmes contre les destructions des grimpeurs. Des troncs ont plus d'un mètre de diamètre et les ombrages de leurs fortes ramures recouvrent de larges surfaces. A défaut du séculaire Baobab de la Sénégambie, le rivage africain possède les géants des Deux-Mondes qui présenteront par la suite de puissants exemples de végétation.

Les grands arbres ne sont pas seulement remarquables par la hauteur de leurs masses ligneuses» Les Érythrines cultivées en petit pot dans les serres de l'Europe sont, sur la côte d'Algérie, des

arborescents de première grandeur en même temps que producteurs d'éclatantes floraisons. Leur large tête se couvre de nombreuses inflorescences, sorte de crêtes rouges, cinabre ou vermillon.

Le littoral est le favori des Gycadées, plantes étranges d'un autre âge, dont le groupement reporte aux paysages antédiluviens ; c'est le pays adoptif des superbes Conifères de l'Australie, des Pins colomnaires et des Araucarias qui menacent les nuées de leurs flèches hautes de plus de 3o mètres, de ces superbes Eucalyptus à croissance rapide, plus élevés encore, et des curieuses floraisons des Mélaleuques, des Gallistémons et des Protéacées océaniennes.

Aux arbres des vergers pendent les fruits des tropiques : l'Anone, cette grosse bourse enflée de crème aux senteurs fades ou suaves, mais au goût agréable ; la Poire d'Avocat, Persea, beurre végétal, les Goyaves facilement transformables en délicieuses gelées.

Les Bananiers sont en massifs compacts ; du milieu du feuillage sortent de lourds régimes de la Figue-Banane ou de la Banane chinoise à chair parfumée, ou bien encore de la grosse Banane, fruit de vulgaire alimentation.

Sous l'influence directe du climat marin, les champs se couvrent pendant l'hiver de productions de primeurs. Quand la neige envahit les jardins des grands centres de l'Europe, les légumes sont ici en pleine maturation comme aux premiers jours de l'été sous le beau ciel de France, et les récoltes de décembre ou de janvier, en Algérie, résultant d'une culture rationnelle et pratique, vont faire les délices des populations qui vivent au milieu des frimas.

Plus tard, cette même zone produit lin juin les Raisins hâtifs qui arrivent sur les marchés de la métropole, quand la Vigne fleurit à peine aux treilles de ses espaliers.

Le littoral est encore la nouvelle patrie des riches collections botaniques et de l'horticulture ornementale, si recherchées pour le décor des serres et l'embellissement des appartements les plus luxueux ou les plus modestes, chez tous les peuples de haute civilisation. Le Jardin d'essai suffît à peine à ses approvisionnements.

Il convient cependant de dire que les climatures favorables, en dehors du pied du Dahara, s'étendent plutôt vers l'Est. La variété des cultures s'accentue sous l'influence des baies d'Alger, de Cherchell, de Philippe ville, de Bône et de La Calle, baie corallifèrc. Le ciel d'Oran est moins clément; celui de Bougie, plus humide.

L'horticulture est donc appelée à un grand avenir dans cette région favorisée par le climat, où les rares abaissements de la tempé^ rature sont atténués par des haies de verdure également protectrices contre les vents desséchants ; aux rigueurs de l'été, l'irrigation

facilement aménagée oppose une fraîcheur bienfaisante qui assure la vie végétale dans toute sa libre luxuriance et dans son entière production.

La région suivante est également favorable à l'horticulture.

Kégion montagneuse.

Figurons-nous tout d'abord un massif montagneux central et puissant, c'est la Kabylie avec ses ravins frais et ombragés et ses petites vallées arrosées ; ensuite les sinuosités, les découpures et les crevasses des contreforts de l'Atlas, avec leurs altitudes diverses, toutes parties encore léchées par les dernières effluves des vapeurs marines, ou plus ou moins voisines des nuages. Véritable région de l'arboriculture forestière et fruitière, elle comprend une variété infinie de végétaux des pays tempérés du Japon, de la Chine, des hautes Cordillères, tout en offrant des conditions de végétation analogues à celles de nos vergers du centre de la France.

Quelques points de cette zone sont à citer : Médéah, Milianah, pour Alger; à l'Est, l'Edough, Constantine et son Hamma, les montagnes Beni-Salah ; à l'Ouest, Tlemcen et quelques localités de la frontière marocaine.

Les altitudes moyennes et au-dessous conviennent aux Orangers et aux Oliviers.

Les Aurantiacécs plantées en bosquets aux flancs des coteaux, abritées des vents du Nord-Ouest, ont une verdeur de feuillage et une délicatesse de fruits tout à fait incomparables. L'Olivier se présente en véritables forêts composées d'arbres souvent séculaires.

Un grand nombre de plantes craignant la chaleur prolongée ou exigeant une période de repos de végétation se plaisent dans ces contrées : les Conifères de la Cilicie, du Caucase, des points élevés du Mexique et de la Californie, les Bambous de l'Himalaya, le Chamœrops de la Chine, les Magnoliacées, et, dans les parties les moins hautes, une série d'arbres australiens, notamment des Eucalyptus et des Acacias Mimosas.

Dans cette zone où les ardeurs de l'été sont plus atténuées, où les eaux vives des ravins coulent presque constamment au milieu de broussailles et de bois toujours verts, pays de quelques rares fougeraies ou des prés longtemps fleuris, l'horticulture trouvera encore beaucoup de stations privilégiées et pleines d'intérêt pour la culture de certaines plantes qui redoutent le littoral : les Camellias, les Thés, les grandes Fougères, les Orchidées, les Broméliacées etc., etc. En dehors du climat, il y a pour ces plantes

une question de sol ; or, il peut être avantageusement modifié par les terres légères, riches en humus, débris de végétation accumulés dans les bois et les broussailles

Cependant les altitudes voisines ou au-dessus de la moyenne sont les véritables pays des fruits de la France ; l'arboriculture fruitière, entre les mains des jardiniers français, y obtiendra de rapides résultats à l'aide de variétés spéciales et de principes de taille faciles à déterminer. Avec les espèces fruitières de la métropole, Poiriers, Abricotiers, Cerisiers, Pêchers, certaines expositions comportent aussi les Plaqueminiers et les Bibaciers du Japon.

En plein massif montagneux, la Vigne est dans un milieu favorable. Les Vignes kabyles poussent souvent en compagnie du Figuier, arbre précieux par sa rusticité et par sa fructification abondante qui constitue une des principales ressources de la nourriture et du commerce sous forme de fruits secs.

La température s'abaisse au-dessous de zéro sur plusieurs points de la région montagneuse ; quelquefois, aux faibles altitudes, la neige couvre la terre d'un léger duvet blanchâtre scintillant souvent sous un ciel lumineux ; puis vers les sommets, ces neiges sont plus durables et elles assurent à la vie végétale une période de repos si favorable à nos végétaux économiques des pays froids.

Région des Hauts-Plateaux.

La région des Hauts-Plateaux, de plaines hautes avec sa steppe, c'est l'altitude accusée, sillonnée par des bourrasques de froids et de neiges pendant l'hiver, mais devenant le pays de la sécheresse et des chaleurs désertiques pendant l'été, sorte de climat continental à extrêmes bien marqués.

La flore des Hauts-Plateaux a des affinités avec la flore de la région montagneuse. Les végétaux qui peuvent vivre en ces milieux sont les plus rustiques du centre et du nord de l'Europe, du nord de la Chine, du massif de l'Himalaya, des pays de steppes et de quelques points du Canada et des Etats-Unis.

L'horticulture, puissamment aidée par l'irrigation, y comprend nos arbres du Nord : Peuplier, Orme, Robinier, Frêne, Mûrier, Aulne, Saule en têtard ou en oseraie, etc. Les arbres fruitiers, dont quelques-uns deviennent très gros, sont les Poiriers, les Pommiers, les Cerisiers, les Abricotiers ; mais leur bonne venue n'est possible qu'avec des abris et dans une situation favorisée. Les Conifères rustiques peuvent y vivre, quoique les arborescents aient, en général, une existence difficile en ces altitudes. Quelques auteurs pensent que

la viticulture, modifiant ses principes, y donnerait des résultats. Quant à la floriculture, c'est à peu près celle des pays du Nord de la France.

Une partie des Hauts-Plateaux, les steppes et leurs versants sahariens, où se pratique l'élevage de 3oo,ooo chameaux, présentent une nature elimatérique autre qui permettrait l'introduction de certaines plantes de l'Arizona et du Nouveau Mexique, principalement de Prosopis, de Yuccas, de Cactées.

Les Arabes y récoltent la Pyrèthre et, dans le voisinage du Ghott, une Truffe volumineuse, le ïerfez, Te?ifezia, qui entre dans leur alimentation.

Cette région est généralement le pays de l'Alfa, herbe recherchée par l'industrie ; c'est aussi la contrée des nomades, de l'élevage du mouton et des troupeaux transhumants. Si l'horticulture n'y est pas favorisée comme sous les autres zones, elle a une action utilitaire assez marquée pour mériter l'étude et l'application de principes culturaux appropriés au climat ; elle peut y donner des résultats intéressants, ainsi que le démontre l'expérience des jardins du Kreider, à 1,200 mètres de hauteur dans l'Ouest Oranais.

La partie Est des Hauts-Plateaux présente d'heureuses tentatives (le jardinage, L'Asperge et la Pomme de terre y réussissent.

Région désertique.

La Région désertique est déterminée par un seul mot : climat sahaiùen. N'y retrouvons-nous pas le pays aux espaces sans fin, secs et arides, aux actions météoriques en général peu favorables à la vie des végétaux, qui y souffriront de la siccité de l'air comme de l'exagération de sa chaleur et de ses abaissements au degré de congélation, et surtout du manque ou du peu d'intensité des précipitations pluviales? La nature du sol : gypseux, argileux, limoneux, sableux, etc., arrosé par des eaux salines, ne contribue pas à faciliter le développement des végétaux, surtout à leur premier âge.

L'horticulture a donc avec ces régions un rôle restreint quoique de réelle utilité. Pour déterminer ce rôle, il conviendrait d'étudier les difficultés climatériques inhérentes aux points différents de cette grande zone qui, par son extension même, offre des variantes de température et de végétation.

La partie saharienne de l'Est présente une assez vaste dépression peu élevée au-dessus du niveau de la mer. Là, les oasis sont prospères, fortement arrosées en tout temps par des nappes arté»

ALGERIE "j

siennes ; le Dattier y porte des fruits estimés par leur, bonne qualité ; le Phœnix tenuis y atteindra sans doute de grandes dimensions, et l'atmosphère brûlante permet d'y tenter la culture des Figuiers austral et sycomore, de certains Acacias et du brillant Poincillade, le « Flamboyant » de Madagascar.

De l'Est à l'Ouest, la large bande désertique se relève; les environs de Laghouat atteignent vers 800 mètres de hauteur, et le relèvement se continue aux altitudes accusées d'environ 1,000 mètres jusqu'au Maroc. Le Dattier faiblit de qualité et de vigueur en suivant cette direction ouest ; à Laghouat, il est quelquefois couvert de neige ; dans la province d'Oran, il est souvent moins robuste ; enfin, au centre d'une région voisine des Hauts-Plateaux, quelques îlots de végétation variable forment les Ksours.

L'horticulture se trouve en présence de réelles difficultés au milieu de ces contrées où le froid se signale par des abaissements de — 20 et 4° dans la partie la plus tempérée en hiver, et par des chiffres voisins de — io° dans les hautes terres. Le siroco atteint 5o° de chaleur et l'intensité du rayon solaire dépasse souvent -f- 63° à la boule noire.

La partie Est et déprimée de la bande saharienne offre seule un champ de culture et d'expérimentation pour les plantes des pays chauds ; quant à la partie Ouest, les végétaux des hautes steppes du globe ou des pays froids sont mieux à sa convenance.

Dans le bas Sahara, l'horticulture n'est possible qu'à l'ombre des oasis où l'arbre fruitier d'Europe se mêle aux Oliviers, et elle s'arrête avec la dernière ligne des Dattiers.

Le Dattier seul caractérise la végétation et la culture du désert chaud et tempéré.

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