‹ L'horticulture dans les cinq parties du monde;Chapitre 13 sur 331 · II. — Production maraîchère · texte numérisé non relu

II. — Production maraîchère

Cultures potagères. — Tous les légumes connus en France se rencontrent dans le jardin maraîcher algérien, et leur production hâtive ou tardive varie avec les zones climatériques. Cette culture, développée à Oran, à Philippcville, à Bône, atteint son maximum d'intensité aux environs d'Alger, dont les marais peuvent être pris comme type d'une excellente exploitation. Les jardins s'étendent principalement à l'est de la ville, dans la grande baie terminée par le cap Matifou, où l'on rencontre Hussein-Dey, Maison-Carrée, Fortfle-1'Eau, Aïn-ïava, etc.. Les Espagnols et les Maltais ont presque

le monopole de eette production pour laquelle ils manifestent des aptitudes spéciales, de nature à les faire comparer aux bons maraîchers des environs de Paris, tant sont bien compris l'entretien du sol et la rotation permanente des cultures.

Souvent, sur une surface de moins d'un hectare arrosé, le Mahonais vit avec sa famille et ses ouvriers. Le matériel est simple : il se compose d'une noria avec son bassin de réserve, d'une modeste habitation et souvent d'un hangar pour la voiture, le matériel et les bétes. Un terrain de cette nature peut être loué jusqu'à 1,000 à 1,200 fr. par an, sans exagération.

Les légumes communs et de production constante, même en hiver, sont ceux connus de tous: Choux, Choux-fleurs, Salades diverses, Carottes, Haricots, Pois, Pommes de terre, etc.

Les Artichauts se cultivent en plein champ, ordinairement disposé pour l'irrigation. La Pomme de terre d'hiver se fait sur d'assez vastes espaces, et, quant à la récolte d'été, elle supporte aisément l'arrosage, ainsi que cela se pratique dans les plaines d'Oran. Pendant cette saison, Courges et Courgettes, Pastèques et Melons divers, cultivés en champs irrigués, se rencontrent sur les marchés, amoncelés en immenses pyramides.

Dans les terres bien préparées et avec des arrosements d'été, la Betterave donne en feuilles et racines un poids utilisable d'environ 100,000 kilog. à l'hectare ; avec la Betterave Mammouth, il est même facile de dépasser ce rendement.

Les cultures bien soignées des jardins environnant les fermes procurent aux Choux cavaliers et à toute cette série des Choux arbres une excellente végétation.

Les Choux moelliers blancs et rouges, en cultures disposées pour l'irrigation, peuvent donner toute l'année, hiver comme été, un abondant feuillage alimentaire, dont le poids varie entre 80,000 à 100,000 kilog. à l'hectare.

Les Choux mille-têtes ont des résultats analogues.

Le Maïs Caragua et le Sorgho donnent jusqu'à 100,000 kilog. de vert à l'hectare ; en riche sol irrigué, la Canne dépasse ce rendement

La vente de la graine est encore un profit pour le cultivateur.

Du printemps à l'automne, la Tomate crue ou cuite est la base alimentaire dune grande partie de la population. La culture bien comprise s'avance même jusque dans la saison d'hiver, et les produits de premier printemps acquièrent une certaine valeur.

Le Gombo, Hibiscus, ses capsules à maturité incomplète, régal de créole, sont consommées par les Arabes, les Espagnols et les Juifs.

Le Souchct, Çyperus, est porté au marché ou aux pharmacies,

Les Doliques, variétés mongette et asperge, à longue casse, ne sont récoltés que dans des cas exceptionnels. Les essais du Dolique, du Soja, du Lablad, entrepris à Biskra, donnent des espérances...

Le Haricot de Lima se propage lentement ; cette fève créole, très estimée dans les pays chauds, est encore, sous la zone chaude de l'Algérie, une des meilleures graines farineuses.

Grimpant sur les tonnelles, les arbres ouïes murailles, une Gucurbitacée mexicaine produit son fruit comestible, du volume d'une forte poire ; c'est la Chayotte, Sechium edule ; des environs d'Alger, on l'expédie vers Paris aux marchands de comestibles.

La Patate né sort pas des plaines littoraliennes ; recherchée principalement par la population européenne et même par les Arabes qui savent l'assaisonner de préparations particulières, cet excellent et généreux légume aurait du succès sur nos marchés.

Un hectare de Patates produit en bon sol de 10,000 à 20,000 kilog. de tubercules contenant i5 0/0 de fécule et 10 0/0 de sucre.

La Patate est cultivée aux environs d'Alger dans les terrains légers, voisins du rivage ; les tubercules y acquièrent de fortes dimensions et figurent sur les marchés d'Alger, au prix de 6 à 10 francs les 100 kilog.; le prix augmente vers le printemps.

La plante a des avantages économiques bien marqués ; son entretien et son arrachage préparent le sol pour d'autres cultures, et ses tiges feuillues peuvent supporter des coupes très appréciées par le bétail, sans diminution pour la production du tubercule.

Primeurs. — L'exportation s'arrête aux cultures dites de primeurs, qui doivent arriver sur les grands marchés de France au premier printemps, principalement durant le Carême et pendant la semaine précédant Pâques. Ces cultures s'obtiennent seulement sur le littoral, en pleine terre légère, saine et bien fumée.

Le choix de la variété a une importance considérable lorsqu'il s'agit de la production des primeurs qui, à la hàtiveté, doivent joindre un certain aspect dit « marchand ».

La saison favorable de vente, en Algérie, est comprise entre le i5 décembre et la lin de mars ; tous les efforts du cultivateur sont tendus pour arriver au cours de cette période.

Le littoral, souvent le rivage même ou mieux la ligne la plus rapprochée de la mer, est le véritable milieu de production hâtive ; là, les abaissements de température sont peu à craindre, les terres sont légères, l'irrigation assurée, les fumures possibles aux environs des grands centres, et l'exploitation à peu de distance des ports d'embarquement d'où partent des services quotidiens,

Deux articles principaux visent l'exportation du i5 décembre à fin janvier : les Haricots et les Pois.

Le Haricot vert est délicat, il craint le froid ; aussi chaque pied, dans un sol bien fumé, aura pour la nuit et les jours de pluie un petit abri mobile qui garantira ce jeune et tendre légume contre les intempéries. La principale variété est le Haricot noir de Belgique.

Le Pois, dit « Petit Pois, » plus rustique, brave les contre-temps ordinaires, tout en cx^aignant les chutes d'eau qui recèlent quelques grêlons de nature à tacher la cosse.

La saison du Petit Pois se prolonge assez tard. Une zone plus écartée de la mer, en terrain sec, ordinairement en coteau bien exposé, produit notre Légumineuse ; mais comme elle arrive plus tardivement, elle est quelquefois d'une valeur inférieure. L'excès de sécheresse est nuisible aux Pois de primeur.

Les variétés usitées sont les Pois : Prince Albert, Michaux, etc.

Haricots verts et Petits Pois s'emballent facilement dans de petites coi'beilles faites en roseaux tressés.

Les Artichauts de primeur sont ordinairement moins voisins de la mer ; leur culture en plein champ s'étend sur de grandes surfaces ; des propriétaires en possèdent plusieurs hectares préparés pour fournir des produits à des époques déterminées, notamment de décembre à mars.

Les têtes d'Artichaut sont emballées dans de grandes corbeilles tressées avec des roseaux, ce qui permet une aération facile. Les Artichauts d'Algérie se vendent couramment au commerce parisien. La principale variété est l'Artichaut violet hâtif de Provence.

La colonie exporte 800,000 kilog. de légumes verts par an.

La Pomme de terre de primeur est une des cultures importantes d'exportation ; elle a pour but d'arriver pendant la première saison printanière de la France, c'est-à-dire pour le carême et les environs de Pâques, à la majoration des prix. Des expériences utiles sont encore à tenter pour déterminer la nature des races à cultiver ; actuellement on emploie avec succès la variété Quarantaine et mieux la Royal Kidney ; l'une et l'autre plaisent au consommateur : grosseur moyenne, forme oblongue, chair farineuse et de bonne qualité. Déjà, les espèces généreuses comme Richter's imperator ont été distribuées dans les villages de l'Aurès.

Suivant les années, on a vu le quintal de Pommes de terre atteindre le prix de 40 à5o francs. Les chiffres d'exportation s'élèvent annuellement aux environs de 3, 000,000 de kilog.

Les Choux-fleurs, à cause de la traversée, offrent quelques incer Utudes de bonne arrivée ; les Asperges redoutent le mêjne obstacle

ALGERIE ï I

l'un et l'autre sont appréciés sur la table riche ou modeste, dès le mois de février. Les terres légères du littoral et les abondantes fumures possibles aux environs des villes assurent à ce produit un véritable succès.

Les Fraises ont une maturité précoce, mais elles voyagent mal et sont de consommation locale; de même les Piments et la Tomate. Ne serait-ce pas le moment d'encourager la création d'usines à conserves, qui pourraient s'installer au cœur même de la production et offrir un débouché certain au cultivateur?

En attendant, les trieurs, les emballeurs et les vanniers sont autant de satellites qui gravitent autour du marché et y*gagnent leur salaire.

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