‹ L'horticulture dans les cinq parties du monde;Chapitre 135 sur 331 · III. — Production fruitière · texte numérisé non relu

III. — Production fruitière

La caractéristique fruitière de l'Espagne, c'est l'Oranger; cet arbre se trouve bien sous un ciel ardent, attiédi par la brise et les vapeurs marines ; il y devient luxuriant et fécond. Les pépinières suffisent à peine à répondre aux besoins des planteurs. Faut-il ajouter que, là-bas, l'Oranger est semé, planté, greffé en plein vent et venç|u à, racines mies ?

La vallée du Jucar Aleira, les provinces d'Andalousie, de Castille, de Catalogne ont des orangeries de rapport.

La Murcie exporte ses oranges en Russie.

Les Baléares sont peuplées d'étrangers qui admirent les orangeries et se reposent sous leurs ombrages parfumés. Après ces îles, on classe Séville et Tarifa ; mais la haute réputation est à Valence et à Garcagenta.

A celle-ci le produit, à celle-là le renom. La culture s'y trouve parfaitement étudiée et le profit ne se fait pas désirer.

Ne touchez pas à l'Oranger de Valence, et vous serez respecté ! Le propriétaire l'entoure de soins, améliore son sol et travaille à perfectionner son exploitation en simplifiant les rouages. Le prix de revient a gagné sensiblement de ce côté.

Quelle fortune pour la province, et combien son arbre favori est considéré ! Pour lui, le roc saute, la friche se transforme et l'arbre aux Pommes d'or se substitue aux Oliviers, aux Pins, aux Caroubiers. De 1860 à 1880, la culture orangère des jardins valenciens s'est élevée de 2,5oo hectares à a5,ooo.

A cette dernière date, la statistique constatait une production annuelle de 80,000 tonnes de mille kilogrammes d'Oranges, représentant un chiffre de dix millions de francs. Depuis, il en a été embarqué, de juillet 1886 à juillet 1887, par les divers ports de la province, une quantité de 1,578,067 caisses, non compris les transports par voie ferrée et par les petits voiliers, soit encore i5o,ooo caisses dirigées sur Marseille, Londres, Liverpool.

Aujourd'hui, Valence envoie i5,ooo,ooo d'Oranges à Paris.

En vingt années, Garcagenta, ligne de Valence-Madrid, a triplé sa population. Il lui faut des bras pour cultiver l'Oranger, et l'exploitation de F Oranger s'étend pour occuper les arrivants, enrichissant plaines et coteaux, sols sablo-argileux ou argilo-siliceux additionnés de carbonate de chaux, terrains arrosés par les norias ou par le fleuve Jucar. C'est le Jardin des Hespérides.

Cette végétation luxuriante est attribuée au sujet porte-greffe, le Bigaradier, plus robuste et plus vigoureux que les anciens types employés au grellagc.

L'engouement pour le plant de Bigaradier est si grand que le fruit a vu décupler son prix pour la fourniture des pépins à semer.

Si le Mandarinier ne prend pas la même extension, cela tient à la nature du fruit qui, par le fait de sa maturation rapide, vient encombrer le marché et ne dure pas assez longtemps.

Dans les vallées visitées par le vent du large ou de la montagne, les orangères, orangeries ou orangeraies sont tenues à basse tige.

Partout l'Oranger rend en espèces sonnantes les bons soins qu'il

reçoit. Un hectare compte 25o arbres environ. A cinq ans, la fructification commence ; à dix ans, le capital d'installation est couvert, et à vingt ans. chaque sujet produit "une moyenne de 5oo fruits. En bonne année, un hectare planté d'arbres espacés de six mètres peut, dans ces conditions, rapporter 40,000 kilogr. d'Oranges.

La vente du fruit se fait en bloc ou à des commissionnaires. Parfois, le propriétaire expédie directement au port ou fait vendre à la criée.

La cueillette commence vers le i5 octobre et se termine à la mijuin. Les premiers fruits se vendent mieux, et sont affectés aux destinations lointaines pour les approvisionnements des fêtes de Noël et des étrennes. N'est-ce pas l'époque où Paris reçoit, pendant un mois, quinze millions d'Oranges, et la modeste fruiterie du dernier hameau n'en exhibe-t-elle pas à sa fenêtre ?

Aussitôt cueilli, le fruit est trié et classé ; les qualités sont les mêmes, la grosseur et l'aspect du fruit établissent la différence. Le surchoix est emballé en caisses plates ; le premier choix en caisses bombées plus grandes; Paris les accapare. Viennent ensuite les caisses pour Londres et Liverpool. Enfin, l'ordinaire est emporté en panier ou en vrac, par de petits caboteurs qui suivent les côtes espagnoles pour débarquer à Port-Vendres, à Marseille, à Toulon.

Citrons et Limons, Bergamotes, Pamplemousses, Bigarades sont, dans quelques provinces, cultivés pour l'industrie.

L'Olivier occupe 1,200,000 hectares et devient le pourvoyeur des huileries de la province de Valence, de la Murcie, de l'Andalousie.

Le Figuier vit dispersé ou groupé, à l'abri des bourrasques et des gelées. Son fruit frais arrive en bannettes au marché. Séché, il devient l'objet de transactions importantes. Lérida et Albuma sont des centres renommés de production.

L'Aragon et la Catalogne sont propices à l'Amandier.

Le Cognassier se plaît dans la région aragonaise.

Quant aux espèces à noyau, elles sont là dans leur élément ; les variétés précoces ou fertiles ont leur marque sur les marchés du Nord : Abricot de Tolède, Cerise de Huelva, Pêche d'Aragon.

Paris reçoit d'Espagne ses premiers Abricots.

Le Dattier, le Bibacier, le Plaqueminier, l'Anone, le Grenadier fructifient non loin des orangeries de Valence et sur les plages de l'Andalousie, de la Grenade, de Murcie, vivifiées par le soleil.

Près de la côte méditerranéenne, Elche, station d'Alicante à Murcie, a de superbes et fructueuses plantations de Dattiers.

La Châtaigne de la Galice et de la Biscaye traverse la frontière.

La région basque produit des Noix, des Noisettes, des Poires, des Pommes, et fabrique du cidre.

35o ESPAGNE

A peu près partout, le Raisin est l'objet d'un commerce régulier,

Les beaux cépages de table sont les suivants :

Raisins blancs : Albillo de Madrid, Alumeca, Béni - Salem (des Baléares), Listan, Mantua Castillan, Muscatello, Ugni blanc.

Raisins noirs : Aramon, Bastarde menudo, Spiran noir.

Le Raisin est envoyé au marché, aux gares et aux ports de mer.

Le cépage à gros grain ovoïde blanc nacré, Muscat d'Alexandrie, est transformé par le passerillage en « Raisin Damas » et dirigé vers l'Angleterre. L'emballage en tonnelets, par lits alternés avec des couches de liège moulu, est d'un heureux effet. Pendant une saison, Malaga a expédié pour vingt millions de francs de Raisins.

Le petit Raisin de Gorinthe séché prend la même direction ou s'arrête en France, il est destiné aux pâtisseries et aux boissons.

L'industrie du fruit confit ou candi est très prospère en Espagne.

L'île de Cuba, colonie espagnole, envoie aux Etats-Unis des Bananes évaluées au total de dix millions de francs.

Page 1