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VI. — Culture maraîchère

La culture maraîchère a toujours été remarquable en France, par l'activité et l'intelligence des familles qui s'y livrent et par l'abondance et la qualité des produits obtenus.

La consommation des légumes s'est imposée dans toutes les classes de la Société ; le producteur a dû étendre son champ de culture, et des marchés de vente se sont multipliés à la ville ou sur place.

Il faut dire que la facilité des relations commerciales a singulièrement favorisé le trafic des denrées alimentaires du jardin ; aussi, plus d'un fermier a-t-il ajouté à son exploitation agricole les Asperges, les Artichauts, les Choux, les Pois, les Haricots, les Navets, les Pommes de terre, en même temps que le jardinier devenait primeuriste, voulant récolter encore, même à contre-saison, par l'emploi judicieux des abris vitrés et des chauffages artificiels.

L'approvisionnement des centres de population et le voisinage des gares d'embarquement ont contribué — les milieux aidant — à la création spontanée de centres de production, ou à la culture extensive de quelques espèces particulières, d'un bon rendement.

La production potagère s'est trouvée, d'ailleurs, stimulée par un débouché ouvert depuis 5o ans à peine : la conservation, par le séchage et la compression, des légumes destinés à l'approvisionnement de la marine, de l'armée, des voyages au long cours, etc.

Cette découverte, entrevue par Sylvestre et Alaine, jardiniers-chefs à l'Institut royal agronomique de Grignon, mise au point vers 1846, par Etienne Masson, jardinier de la Société d'horticulture de la Seine, s'est développée à ce point qu'une usine exploitant cette industrie, installée aux portes de Paris, absorbait, en 1892, jusqu'à dix millions de kilogr. de légumes à cet usage.

D'après les statistiques, on peut porter à un milliard de francs la valeur de notre récolte annuelle de légumes. Toute commune rurale produit une partie de sa consommation ; mais les besoins des villes, des agglomérations de population ou des localités moins favorisées, ont sollicité l'expansion de stations potagères, c'est-à-dire que, d'après la nature du sol et du climat, certaines espèces de végétaux alimentaires s'implantent dans une contrée ; le cultivateur n'en faisant pas d'autres, travaille à moins de frais, et le négociant vient s'y approvisionner, avec la certitude de réussir.

Jetons d'abord un coup d'œil général sur les plantes de grande culture maraîchère.

Il y a quelques années, la culture potagère et maraîchère occupait, en France, près de 43o,ooo hectares, soit o,83 0/0 de la superficie totale du territoire, et rapportait 2,100 francs par hectare. La production annuelle correspondait donc à 29 francs, au plus, par tête d'habitant.

De 1888 à 1891, nous avons exporté les quantités suivantes de légumes frais ou conservés :

Années. Légumes verts. Légumes salés ou confits.

1888 24,3i5,ooo kilogr. 9,542,000 kilogr.

1890 3i, 335, 000 — i3,34o,ooo —

Nos débouchés sont en Espagne, en Algérie, en Belgique, en Angleterre, aux Etats-Unis.

Gomme point de comparaison, le total de nos importations en 1891 aurait été de 24,979,000 kilogr. de légumes frais et de 5oo,ooo kilogr. de légumes salés ou confits.

L'importation a son origine au nord de l'Afrique, en Autriche, en Allemagne, en Russie, en Belgique, aux Pays-Bas. Le Haricot, la Pomme de terre, les Lentilles y figurent pour une bonne part.

La superficie consacrée aux Fèves et Féverolles, aux Haricots, aux Pois et Lentilles était, en 1882, de 344, 000 hectares, donnant un produit total évalué à 147,570,000 francs.

Pendant une période de vingt ans, de 1862 à 1882, on a constaté une augmentation notable du rendement moyen par hectare, qui est

passé de 14 hectolitres 07 à 17 hectolitres 75, tandis que la valeur correspondante, s'élevait de 298 francs à 429 francs.

Pommes de terre. — La Pomme de terre est la plante potagère qui occupe la plus grande surface en France. Après le Blé, notre Parmentière tient le premier rang. Tout le monde en consomme.

Les 4>5°° hectares de 1789 sont arrivés à I,5i2,i36 hectares en 1892, et le Ministère n'a plus besoin, comme il y a cent ans, d'édicter une Loi qui oblige les cultivateurs à lui consacrer une partie de leurs terres.

La récolte en France dépasse aujourd'hui i36 millions de quintaux métriques, représentant une valeur de 600 millions de francs, y compris les espèces fourragères ou à féculerie.

Chaque département cultive le précieux tubercule, pour l'alimentation ou l'industrie. Treize départements ont affecté chacun plus de 3o,ooo hectares à la Pomme de terre, depuis Saône-et-Loire, avec 53,ooo hectares, jusqu'à Maine-et-Loire, 3i, 000 hectares, en passant par la Dordogne, la Charente-Inférieure, la Sarthe, l'Ardèche, la Charente, le Puy-de-Dôme, les Vosges, l'Aveyron, la Loire, l'Allier, le Tarn..., sans tenir compte de la superficie territoriale.

Quant au rendement, la moyenne étant de 90 quintaux à l'hectare, la tête appartient au département des Ardennes, i63 quintaux à l'hectare; puis le Nord, 162; les Vosges, 159; la Vienne, i53 ; la Meurthe-et-Moselle, 141 ; les Bouches-du-Rhône, les Hautes-Alpes et l'Ardèche, chacun 140; l'Aisne, i38; l'Oise, 137; la Meuse, i35; la Somme, i33 ; la Seine, i32, en partie de culture maraîchère ; puis le Rhône, le Doubs, le Var, la Marne, les Côtes-du-Nord, Pasde-Calais, Puy-de-Dôme et Belfort, arrivant avec i3o à 120 quintaux.

Les plus faibles rendements appartiennent au Cantal, à la Lozère, à l'Aude, aux Basses-Alpes, à la Charente-Inférieure, soit de 20 à 37 quintaux par hectare.

La statistique de 1892 ajoute que les plus fortes évaluations, quant à la vente du produit, reviennent aux Alpes-Maritimes, à la Corse, au Vaucluse, à l'Aude, à la Savoie, au Calvados, à la Manche, aux Basses-Alpes, aux Bouches-du-Rhône, à la Seine, aux Pyrénées- Orientales, au Gard, au Finistère, à l'Ille-et- Vilaine, à la Loire- Inférieure, passant de 6 francs à 10 francs le quintal.

Betteraves. — La Betterave, accidentellement potagère, a ses variétés et ses terrains. Les sols irrigués favorisent le développement des racines, sans accroître sa richesse saccharine. En 1873, une Commission du Ministère de l'Agriculture a calculé que, dans la plaine de Gennevilliers, un hectare de terre, recevant les eaux d'égout de la capitale, pouvait produire ; 120,000 kilogr. de Betteraves,

76,000 kilogr. de Choux pommés, 5o,ooo kilogr. de Carottes, 9,000 kilogr. d'Epinards, et 60,000 têtes d'Artichauts.

Le succès de ces cultures, dans un sol plus ou moins ingrat, a engagé d'autres villes à imiter l'œuvre d'épuration des ingénieurs Belgrand, Mille et Durand-Claye.

La Betterasre est un légume mixte, apprécié au jardin et au champ de grande culture, soit pour la nourriture de l'homme et du bétail, soit pour la sucrerie et la distillerie. Il y a là une intéressante sélection d'espèces à opérer.

Navets. — Les Navets constituent une grande production rurale, comme emblave intermédiaire. Voyez aux Halles Centrales de Paris, les arrivages nocturnes de la banlieue. Chaque année en amène 3o millions de kilogr., des plaines de Pantin, Aubervilliers, Rosny, Gagny, Croissy, Montesson, Gonesse, Aubergen ville, Montmagny, Viarmes, Chatou, Flins, vallée de Chevreuse, Montlhéry...

Sur tous les points de la France, le fermier ou le jardinier utilise son terrain, après les emblaves de printemps, par des semis de Navets qui viendront, à l'entrée de l'hiver, fournir l'étable, la cuisine ou le marché.

Raves et Radis. — Très populaires, sous tous les climats, les Raves et les Radis se sèment généralement en cultures dérobées, sur couche ou en pleine terre, selon la saison, avec d'autres plantes telles que Laitues, Carottes, Choux, etc.

On ne se figure pas quelles quantités de Radis roses, gris ou noirs, circulent par paniers dans les voitures, les bateaux ou les wagons, se dirigeant vers nos marchés et nos ports. De l'Est, ils traversent le Rhin; de Brest à Dunkerque, d'Abbeville à Boulogne, le flot les entraîne à travers la Manche et la mer du Nord.

Le Daïcon, espèce chinoise intermédiaire, est resté jusqu'alors confiné dans le jardin du collectionneur.

Carottes et Panais. — Si le mot « populaire » peut être appliqué à un produit maraîcher, c'est certainement à la Carotte. On en sème partout... en culture pleine ou en culture accessoire. Les marchés en vendent des quantités considérables. Croirait-on que les Halles Centrales de Paris en reçoivent plus de 40 millions de kilogr. par an? Sans l'agriculture, la maraîcherie ne pourrait y suiïîre.

Cette plante, si riche en bonnes variétés, n'est-elle pas encore, comme le Panais, recherchée par les fabricants de compotes ou de gelées ? L'une et l'autre ont une réputation sur les plages bretonnes ; mais on les cultive dans tous les départements, en toute saison.

La Carotte et le Panais, comme la Pomme de terre, la Betterave, les Raves et Navets, sont utilisés à l'étable, à la maison, souvent à l'usine,

La statistique de 1882 résume ainsi la production annuelle de ces racines potagères et fourragères.

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