VII. — Jardins d'études, Pépinières
Le Hamma. — Pour l'assainissement d'un marais insalubre et dans une idée de propagande végétale, le Jardin du Hamma fut créé aux portes d'Alger au début de l'occupation française; il grandit en importance sous ses divers directeurs : Barnier, Bérard, Hardy, Auguste Rivière et Charles Rivière, actuellement en fonctions depuis plus de vingt-cinq années.
Situé au bord de la mer, couvrant 80 hectares, ce Jardin est l'objet de visites nombreuses, d'études ou de promenades ; la population indigène, coloniale ou étrangère s'y intéresse vivement.
Utile et agréable, le Jardin d'essai, quasi officiel, vit de ses propres ressources, sans aucune subvention du Gouvernement.
Au mois de décembre 1867, l'Etat l'a affermé à la Société générale algérienne, qui l'exploite sous certaines conditions. Par ses soins, des millions d'arbres et d'arbustes, d'utilité ou d'ornement, ont été répandus et plantés dans les trois provinces algériennes, après avoir subi les épreuves d'acclimatement au Jardin.
Des plantes ont également traversé la mer et sont venues approvisionner les établissements français. Des graines d'espèces rares ou de maturation difficile ont été récoltées au Hamma et vendues ou échangées sur le continent européen.
La description du Jardin d'essai est chose connue.
En débarquant, l'homme « du Nord » s'extasie devant cette luxuriante végétation dont les conservatoires européens ne donnent guère une idée. Ces allées majestueuses et étranges de Palmiers, de Figuiers verts, de Bambous, de 400 mètres de longueur, commandent l'admiration et l'enthousiasme. Tant sérieux ou fier soit-on, il faut s'incliner. L'honorable académicien Pierre Duchartre, qui rédige les Annales de la Société nationale d'horticulture de France avec la science élevée, froide et concise de l'homme qui sait et qui observe, a lui-même éprouvé ce sentiment et n'a pas hésité à le dire. Pour le Jardin, c'est un triomphe !
L'Ecole d'agriculture de Rouïba possède des collections naissantes de végétaux.
A Alger, sont utilisés aux expériences scientifiques du docteur L. Trabut, botaniste du Gouvernement, le Jardin botanique des Ecoles supérieures et la pépinière municipale de l'Hanach, créée récemment par la municipalité d'Alger sur un domaine de 90 hectares, où se trouvent forés les puits artésiens qui alimentent la ville.
Pépinières. — Jadis quelques pépinières, créées avec l'appui des Administrations de l'Etat ou des communes, ont facilité la tâche des colons et des planteurs : Médéah et Milianah, province d'Alger, Guelma et Philippe ville, province de Gonstantine. Mostaganem et Mascara, province d'Oran, en portent encore des traces.
Les pépinières privées, tenues en presque totalité par des Français, ont été installées sur de bons sols, en plaine arrosable. Les espèces en multiplication sont celles que la colonie réclame.
Il nous faut citer à divers titres :
Les cultures d'Orangers de la ferme de Bou-Amrou ;
Les pépinières fruitières et forestières de Boufarik, de Bone, du Kheneg, de Misserghin, du Gamp d'Erlon et des chemins de fer ;
Les collections d'Eucalyptus de M. Gordier, à Maison-Carrée ;
Outre les arbres et les plants, plusieurs pépinières vendent des plantes de décor, des fruits, des légumes, des Fraises.
Le commerce des pépiniéristes est d'autant plus prospère que, par suite de mesures prises depuis l'invasion phylloxérique en Europe, aucun envoi de plantes de l'extérieur n'est admis en Algérie. Cette précaution exagérée, disons-le avec regret, n'a pas empêché l'ennemi de pénétrer dans la place, tout en retardant les progrès de l'horticulture et particulièrement de l'arboriculture fruitière.