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VI. — Plantes économiques

Plantes a parfum ; Plantes officinales. — Ce genre de production promet un revenu important et une exploitation facile; ce qu'il faut, ce sont des bras et de l'eau. En général, les cultures sont installées sur des terrains irrigués, salubres ; l'arrosage en est facile au moyen de rigoles naturelles ou de norias installées à proximité. Voici quelques espèces déjà admises par le commerce :

La Mauve commune laisse sa fleur à l'usage médical. Une seule maison exporte 1,200 kilog. de feuilles vendues comme légume.

Le Géranium fournit trois coupes par an. Le Sahel d'Alger a près de cinquante distillateurs, produisant ensemble 3,ooo kilog. d'es*

sence de Géranium. Une distillerie de Bonfarik en fournit à elle seule 2,000 kilog.

Les provinces d'Oran et de Constantine cultivent le Géranium, mais en moindre quantité.

L'Algérie compte plus de 600 hectares de Géranium, produisant 6,000 kilog. d'essence.

A la Trappe, cette culture s'étend sur plus de 3o hectares.

La Rue, variétés R.bracteosa, chalepensis, montana, du Tell, ou de la zone forestière des taillis de Chênes verts, et l'Haplophyllum tuberculeux du Sahara sont des plantes riches en essence.

De cette famille des Rutacées, le Peganum « Harmel », commun dans le Ghélif, le Tell Oranais et les Hauts-Plateaux, est recherché par les Arabes pour ses propriétés thérapeutiques.

Le Bigaradier et le Citronnier produisent des feuilles, des (leurs, des fruits, des essences, des jus et des acides accaparés par le commerce d'exportation.

Les friches de Térébinthes et de Lentisques, de Betoum, pourraient être transformées en Pistacheraies par la greffe, surtout les Lentisques, et fourniraient quelques petits profits aux indigènes de la vallée du Khémis.

Les Mimosas de la Nouvelle-Hollande, qui donnent de si belles grappes de fleurs pour les envois en France, ne tarderont pas à être exploités pour le tannage des peaux et l'extraction de la gomme. Les variétés Acacia decurrens, petiolaris, pienantha, ont déjà fait leurs preuves à la corroierie, et l'exemple de l'Australie, qui en tire jusqu'à 2,000 fr. de revenus à l'hectare, donne à réfléchir aux planteurs.

Le Cassie, même genre botanique, plante à parfum, tant appréciée dans les Alpes-Maritimes, prend de l'extension. L'usine de Bonfarik, déjà nommée, distille 20,000 kil. de fleurs de Cassie de Farnèse, par an.

Un autre établissement d'Alger exporte 3, 000 kilog. d'écorces de Grenadier, et un troisième, de 200 a 3oo kilog. de Paronychia argenté, pour les infusions théiformes.

Le Tell et les Hauts-Plateaux vendent aux pharmaciens l'écorce de la racine du Thapsia, employée dans la médecine.

Les Ombellifères ont encore le Fenouil, commun en Algérie, l'Ache, l'Anis vert, le Cumin, le Carvi, la Coriandre et la Grande Ciguë aux graines sédatives.

Parmi les Composées, la Pyrèthre des Hauts-Plateaux, exportée aux Indes, fournit une racine insecticide aux pharmaciens, et FArtémise « herbe blanche », employée comme semen-contra, est connue en pleines steppes du Sud.

L'Atractylis, commun de Lamhèse à Bordj Taza, laisse concréter

un latex abondant vendu pour la confection de la glu. Le Cj'nara Cardunculus, l'ancêtre du Cardon et de l'Artichaut, de cette utile famille des Garduacées, fournit aux Arabes ses capitules alimentaires et les côtes de ses feuilles qui sont utilisées dans le ménage.

Les broussailles et les clairières sont garnies de l'Erythrœa, petite Centaurée, la Meurs-el-Khranech des Arabes. Une maison d'Alger en exporte 3,ooo kilog, par an, avec un millier de kilog. de fleurs de Bourrache.

Le groupe des Solanées recèle des poisons et des remèdes.

Le Withania somnifère a été employé à l'hôpital civil d'iUger comme sédatif et hypnotique.

Le Datura Stramoine est abondamment récolté et exporté.

Il en est de même de la Morelle noire, dite Mek'ennia, du Piment *de Cayenne, et du « Poivron », Piment annuel.

Le Tabac est représenté par 10,000 hectares produisant de 5 à 6 millions de kilog. de feuilles ; sur 9,5oo planteurs de Tabac, 8,000 sont indigènes.

Les Labiées abondent jusqu'aux vallées de l'Aurès : Romarin, Lavande, Menthe ont le degré de parfum voulu. L'essence de Mentho Pouliot, la « Phliou », se chiffre par 2,000 kilog.

La Mélisse reste spontanée dans les bois frais de Bouzaréa, de l'Aima, de Blidah, des Babors.

La Sauge officinale, dite Souak-el-Nebi, est cultivée dans les jardins arabes. La Sclarée se trouve à l'état sauvage, en Kabylie.

Les Calaminthes, Marrubes, Germandrées, sont très employés par les Arabes, ainsi que le Globulaire, d'un autre groupe botanique.

Une Yerbénacée, Lippia citronnelle, Louiza des indigènes, arbuste connu en France sous le nom de « Verveine aromatique», a sa place dans les parfums et les liqueurs de table. Un négociant d'Alger en exporte 800 kilog. de feuilles.

La Scille maritime dont l'énorme bulbe, pesant jusqu'à 8 kilog., orne la devanture des grainetiers de la métropole, garnissait les terres à culture du Tell avant les défrichements. Le commerçant d'Alger, précité, envoie en France 600 kilog. de squames de scilles sèches pour l'usage médical.

Enfin le Ricin, qui devient arborescent; la graine pressée à froid donne une huile limpide bien connue.

La culture ,de ces différentes plantes utiles a débuté vers i85o, avec MM. Simonnet à Alger et Mercurrin à Chéragas.

Textiles. — Les végétaux textiles sont recherchés : Phormium, Lin, Corchorus, Bananier, Sida Abutilon, Chanvre, Palmier nain,

Mauve, Ramic; celle-ci, irriguée sous un ciel chaud, peut donner a5,ooo kilog. de tiges vertes par hectare, à chaque coupe. Hélas! trop souvent les bras manquent et, plus encore, les procédés industriels d'utilisation.

Nous classons ici l'Halfa ou Alfa, Stipa tenacissima, la Graminée des steppes désertiques, du Tell et des Hauts-Plateaux, qui alimente les papeteries, les sparteries, les corderies, les vanneries, les fabriques de chaussures, de tentures et de tissus.

En 1889, la récolte a produit 110,000 tonnes, dont 80,000 ont été transportées aux papeteries d'Europe.

L'Angleterre en consomme une grande quantité.

Le département d'Alger a plus de 600,000 hectares d'Alfa non exploités, faute de moyens de transport.

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