VI. — Floriculture et Rosiers
En général, les horticulteurs se succèdent de père en fils. Une fois leur apprentissage fait en famille, les jeunes gens vont se perfectionner à Metz et à Paris. Quelques-uns stationnent aussi à Gand ou en Angleterre, mais c'est l'exception.
Fleurs. — La floriculture a toujours été en honneur au Luxembourg.
Il y a bientôt un demi-siècle, quatre Luxembourgeois en renom aujourd'hui : Bové, Linden, Funck et Schlim ont exploré : le premier, le Mont-Sinaï, l'Arabie et l'Algérie, les trois autres, l'Amérique du Sud.
En 1846, Linden et Funck avaient établi leur jardin d'importation à Luxembourg, grâce aux subsides du roi de Hollande, Guillaume IL Cependant, trois années après, ils s'installaient définitivement à Bruxelles.
Toutes les nouveautés, plantes et arbustes de pleine terre, de serre froide ou tempérée, sont cultivées et multipliées dans les établissements horticoles du Luxembourg. La serre chaude y est abandonnée depuis environ 25 ans.
Chercheurs et minutieux dans leur profession, les horticulteurs luxembourgeois pratiquent le semis et croisent les espèces arbustives et florales.
En 1840, H. Backes livre au commerce de beaux Dahlias inédits : quatre ans après, Wilhelm produisait des Œillets, des Phlox et des Groseilliers à maquereau ; et l'année suivante, de bonnes sortes d'Azalées du Pont et de Rhododendrons ; parmi ceux-ci, la variété Guillaume II, aujourd'hui très répandue.
Le premier Pétunia à corolle bordée de vert est dû à M. Koltz (i852). Le journal belge Y Illustration horticole s'est empressé de lui réserver les honneurs de sa publication.
Peu de temps après (i854), Backes-Jones trouve le Rhododendron Triomphe de Luxembourg, dont le coloris foncé n'a guère été dépassé.
D'autres plantes de pur agrément se sont encore modifiées par les soins des fleuristes luxembourgeois.
La floriculture a marqué sa progression par la construction de serres et d'orangeries. Les trois serres de 1809 sont devenues trente-deux, soixante ans plus tard, et dépassent aujourd'hui ce nombre.
Les fleuristes font un commerce lucratif sur place ou expédient vers les confins de la Belgique et hors frontières.
Le commerce de fleurs coupées est des plus prospères. La mode des couronnes funéraires et des bouquets de cérémonie a été un puissant stimulant ; les fleurs de Nice et de ses environs en forment la base pendant la mauvaise saison.
Rosiers. — Les Rosiers constituent une des richesses horticoles du Luxembourg. Les cultivateurs et leurs produits sont avantageusement connus dans tous les pays civilisés.
Lorsqu'en i853, M. Koltz importa la greffe forcée des nouveautés de Rosiers, sur le sujet dit « Manetti », il ne se doutait guère du précieux service qu'il rendait à son pays. A cette époque, on comptait quelques cultivateurs de Rosiers, occupant 5 à 6 hectares à peine. En ce moment, ils sont douze rosiéristes opérant sur 24 hectares de terrain, où ils multiplient plus de 3, 000 variétés de Roses.
Les principales cultures de Rosiers sont établies à Luxembourg, à Steinsel, à Diekirch, à Dommeldange, à Echternach, à Heisdorf, au Limpertsberg.
Les forêts du pays fournissent les sujets à haute tige pour la multiplication ; les basses tiges résultent du greffage sur semis d'Églantiers importés de l'étranger. La greffe se pratique en plein air ou en serre, sur tige ou à ras de terre. La greffe forcée se fait avec les Rosiers nains.
A l'automne, les Rosiers sont déplantés et rentrés dans les caves ou souterrains, parfaitement agencés et éclairés, où ils hiverneront et seront disponibles pour les emballages et les livraisons, en tout temps.
Les galeries souterraines des établissements Soupert et Notting et des frères Ketten nous ont paru parfaitement aménagées, de même que les laboratoires réservés aux semis et à la multiplication du genre Rosier. Ces derniers cultivateurs ont obtenu par le semis, multiplié et mis au commerce une nouvelle variété d'Eglantier qu'ils ont nommée « Sujet Ketten », et qui, par sa grande vigueur et la rapidité de sa croissance, aurait un grand avantage sur l'Eglantier sauvage.
Le traité succinct de la Culture du Rosier, par MM. Ketten, est écrit consciencieusement,
Voici la nomenclature de bonnes variétés de Rosiers, obtenues par les horticulteurs luxembourgeois.
Rosiers hybrides remontants.
Anna Gerold, 1882.
Baronne de Blochausen, i885.
Comte Florimond de Bergeyek, 1880.
Comtesse Julie de Schulenburg, 1889.
Docteur Wilhelm Neuberg, 1874.
Duchesse Antonine d'Ursel, 1884.
Empereur Alexandre III, i885.
Empereur du Brésil, 1881.
Eugène Fûrst, 1876.
Eugénie Wilhelm, 1874* Florent Pauwels, 1880.
Fùrstin Johanna Auersperg, 1884.
Gloire de l'Exposition de Bruxelles, 1890. Hélène de Luesmans, 1884.
Joseph Degueld, 1891.
Joseph Tasson, i883.
La Mignonne, 1876.
Louis Spath, 1877.
Madame dos Santos Vianna, i883.
Madame Livia Freege, 1872.
Madame Ph. Dewolfs, 1886.
Madame Pierre de Beys, i885.
Marie André, 1882.
Panachée de Luxembourg, 1867.
Président Lenaerts, i883.
Prince Charles dArenberg, 1888.
Princesse Henri des Pays-Bas, 186S
Regierungsrat Stockert, 1888.
Théodore Liberton, 1887.
Clara Pfltzer, 1889.
Clotilde Soupert, 1890.
Filius Strassheim, 1893.
Hermine Madèle, 1889.
Kâte Schultheis, 1887.
Rosiers multiflores.
Petite Léonie, 1893.
Princesse Elisabeth Lancelloti, 1893.
Princesse Henriette de Flandre, 1889.
Princesse Joséphine de Flandre, 1889.
Princesse Wilhelmine des Pays-Bas, 1886.
Rosiers Thé.
Albertine Borguet, 1894.
Alexandrine Danowski, 1894.
Archiduchesse Maria Immaculata, 1887.
Baronne Charles de Gargan, 1894.
Charles de Franciosi, 1891.
Christine Mester, 1861.
Comtesse Anna Thun, 1888.
Comtesse Caroline Raczynski, 1886.
Comtesse Dusy, 1894.
Comtesse Eva Starhemberg, 1891.
Comtesse Julie Hunyadi, 1889.
Comte François Thun, 1894.
Comtesse Livia Zichy, 1894.
Comtesse de Vitzthum, 1891.
Directeur C. Bernard, 1887.
Docteur Alph. Schlumberger, 1894.
Duchesse Marie Salviati, 1890.
Emilie Vlaberghs, 1889.
Erzherzog Franz Ferdinand, 1893.
Fanny Pauwels, i885.
Grand duc héritier Guillaume de Luxembourg, 1892.
Grand duc héritier Hilda de Bade, 1892.
Grande duchesse Adélaïde de Luxembourg, 1892.
Gribaldo Nicola, 1891.
Gustave Nadaud, 1890.
Léon XIII, 1893.
Léonie Osterrieth, 1893.
Madame la Générale Gourko, 1892.
Madame Magonette, 1889.
Madame Max Singer, 1888.
Prince Prosper dArenberg, 1881.
Prince Hussein Kamil Pacha, 1893.
Princesse de Sarsina, 1891.
Princesse Julie dArenberg, i885.
Reine Nathalie de Serbie, 1886.
Souvenir de Ludmilla Schulz, 1894.
Thérèse Lambert, 1888.
Rosiers hyrrides de Thé.
Bona Weillschott, 1890.
Grand duc Adolphe de Luxembourg, 1892.
Hortense Montefiore, 1890.
Jules Dassonville, 1888.
Julie Weidmann, 1881.
Michel Buchner, 1893.
Madame Emile Metz, 1893.
Madame de Loeben Sels, 1880.
Princesse impériale du Brésil, 1882.
Bouquet de Vierge, 1874.
Pomponnette, 1879.
Rosiers de l'Ile Bourbon.
Robusta, 1878.
LUXEMBOURG 63l
VIL — Parcs et Pépinières.
L'histoire du Luxembourg relate, lors de l'occupation française, vers l'an X, la création d'une pépinière départementale, d'après les conseils du ministre François de Neufchâteau. On y distribua des végétaux, et particulièrement des graines forestières venues de l'Amérique du Nord.
En 1823, un parc paysager fut établi par le comte de Villers à son château de Schrass, avec une pépinière annexe d'arbres d'ornement, aussi complète que possible pour l'époque.
Mentionnons encore un parc important, créé en 1842, au pavillon royal de Walferdange. C'était un Arboretum luxembourgeois, renfermant plus de 1,200 espèces ou variétés de végétaux ligneux. Cependant, à partir de 1845, il commença à décroître ; les pépinières commerciales se multiplièrent et approvisionnèrent les boisements et les jardins de plaisance.
Les boulevards et les routes portent encore les traces des arbres provenant des anciens établissements publics ou privés.
Les parcs d'agrément les plus récents sont dus à M. Edouard André, architecte-paysagiste français. Le gouvernement luxembourgeois l'a chargé des travaux de plantations sur l'emplacement des remparts de la capitale. La population indigène et les étrangers s'accordent à reconnaître la valeur des paysages créés par l'habile architecte, admirablement conçus et exécutés avec un grand art, comme aspect d'ensemble et comme perspective. Les places, les boulevards et les larges voies urbaines sont généralement plantés en arbres d'espèces homogènes, ou de deux variétés analogues, symétriquement agencées ; par exemple l'Érable plane intercalé avec ses variétés à feuilles pourpres, se font valoir tout en égayant la promenade. Cette division nouvelle de la ville et de ses environs provient du même plan d'ensemble, qui a compris également le lotissement des terrains à bâtir, aux endroits où s'élevaient les anciennes fortifications qui furent démolies, en vertu du traité de Londres, à partir de 1871.
Ces travaux d'embellissement, si intéressants et si utiles, ont été largement récompensés par l'accroissement de richesses qu'ils ont apporté au Grand-Duché, et la population tout entière les a accueillis avec joie. Non seulement la ville et son antique ceinture fortifiée ont été transformées en un parc pittoresque, avec des rochers à pic qui s'élancent parfois à 100 mètres au-dessus des vallées de l'Alzette et
de la Pétrusse, mais les anciens forts détachés autour de la place ont vu leurs abords embellis par des plantations forestières qui s'accordent harmonieusement avec le paysage environnant. Cette rénovation de Luxembourg, poursuivie ainsi avec persévérance par les ministres, M M. Vanner us et Eyschen, qui se sont succédé à la tête du Gouvernement, et se sont assuré les conseils de M. André et l'aide des habiles ingénieurs des travaux publics, a eu les plus heureux résultats artistiques et économiques.
On peut également citer, comme provenant de la même direction, les beaux parcs de la Fondation Pescatore et de l'établissement thermal de Mondorf, dessinés également par M. André.
Quoique étendues sur une surface totale de ioo hectares, bien ordonnées et produisant plus de 600,000 sujets, les pépinières du Grand-Duché sont loin de suiïire aux besoins du pays.
Les principales exploitations sont situées à Glausen-Luxembourg, Sandweiler, Heisdorf, Echternach, Diekirch, Dommeldange, Vichten, Bereldange, et l'éducation des végétaux de terre de bruyère à Clausen-Luxembourg, maisons Wilhelm et Backes. Un progrès sensible s'est manifesté dans ces divers établissements.
La production en grand des arbres formés date de i855.
La pépinière comprend les arbres à fruits de table, de pressoir, de séchage et de distillation ; les arbres et arbustes d'ornement ou d'avenue, les conifères et les plants forestiers.
Neuf pépinières forestières, fondées par l'Etat, fournissent annuellement de 6 à 9 millions de semis et repiquages au service du reboisement.
Les principales essences comprennent les Chênes, Hêtres, Frênes, Bouleaux, Charmes, Tilleuls, Merisiers, Ormes, Saules, Peupliers, Robiniers; les Sapins, les Pins, les Mélèzes.
Quant aux jeunes replants de première éducation, destinés à l'établissement de pépinières d'exploitation, en espèces d'utilité ou d'ornement, le Luxembourg est encore tributaire de la France pour ses approvisionnements.
i,946,3oo kilomètres carrés. — n,5oo,ooo habitants.