‹ L'horticulture dans les cinq parties du monde;Chapitre 244 sur 331 · III. — GRAND DUCHÉ DE POSEN · texte numérisé non relu

III. — GRAND DUCHÉ DE POSEN

La tradition fait remonter l'initiative du jardinage en Pologne aux religieux de Cluny, en 1040. Ils furent suivis par les moines italiens, dès 11 75, pour les cultures fruitières ou légumières dont ils entourèrent leurs couvents.

Cinq cents ans plus tard, l'aristocratie polonaise créait des parcs de plaisance et accueillait favorablement la transformation de l'art classique en adoptant avec enthousiasme les jardins paysagers. Le verger et le potager furent quelque peu délaissés, mais les événements politiques ne tardèrent pas à faire classer les jardins d'agrément, les serres et les orangeries au chapitre du luxe, auquel des raisons d'ordre moral et financier imposaient des économies.

Sociétés d'Horticulture. — Les praticiens et les amateurs de l'ancien duché de Posen, devenu province allemande, ont essayé de se grouper en comices de travail et d'instruction mutuelle ; mais l'administration supérieure leur imposant l'usage de la langue allemande, ils furent contraints d'imiter les cercles agricoles ou forestiers en se soudant à la Société centrale agronomique polonaise de Posen, présidée par le comte Zoltowski, de Niechanow.

Sous sa protection, les fervents de l'horticulture ont fondé la Société centrale des jardiniers de Posen.

La Société agronomique s'étant réservé le droit de présenter trois candidats au fauteuil de la présidence, les adhérents choisirent le comte Adam Grudzinski, grand amateur à Brodowo.

Des expositions partielles, des conférences entre collègues animent les réunions, au succès desquelles se dévoue énergiquement le secrétaire Adam Kubaszewski, distingué par ses travaux pratiques sur toutes les branches du jardinage et par sa collaboration au journal Le jardinier polonais, de Varsovie.

Ses confrères, jardiniers comme lui en maison bourgeoise, forment le gros appoint de l'effectif.

Production maraîchère. — Les potagers visant seulement la production locale sont composés d'espèces ordinaires, de consommation courante: Pommes de terre, Haricots, Pois, Choux, Citrouilles, Raves et Navets.

L'Asperge devenue d'une bonne spéculation, prend une extension croissante.

Les Epinards et la Laitue ont l'inconvénient de pourrir en hiver.

Les couches reçoivent les plants d'Artichauts, de Cardons, de Céleris, Tomates, Poireaux, Pommes de terre Marjolin, et le Melon, lent à mûrir, et le Chou-fleur, toujours vendu très cher. Au printemps, il en arrive d'Algérie, ainsi que des Pommes de terre hâtives, de Malte.

Certains marchés de la frontière sont encore alimentés par les jardiniers de la Silésie qui viennent vendre des graines et des replants de légumes.

Les primeurs et les Ananas ne se rencontrent guère que chez les grands seigneurs ; le jardinier exploitant se plaignant de la cherté des moyens de chauffage.

La culture du Fraisier est en prospérité, elle se trouve actionnée par une fabrique de jus de fruits qui achète Fraises, Framboises, Groseilles, Griottes à un taux suffisamment rémunérateur.

Production fruitière. — Au début du siècle, les grands propriétaires plantaient la limite des chemins publics ou privés avec des Pommiers et des Cerisiers griottiers, quelquefois des Pruniers, plus rarement des Poiriers ; ils accrurent ainsi la production de fruits pour leur consommation personnelle et la vente aux nomades ou sur les marchés.

Un tiers des voies rurales a été planté, vers les frontières de la Silésie et du Brandebourg, alors que l'Est du Grand-Duché de Posen, d'un climat plus rigoureux, est moins bien partagé, ou ne comprend que de maigres Saules et Peupliers.

Les premières gelées fatiguent les Noyers, les Cerisiers à fruits doux, les Pommiers de Calville blanc, les Poiriers de Beurré blanc.

Le paysan, s'inspirant des résultats obtenus, a planté les abords de son habitation avec les essences fruitières principales et robustes. Il trouve ainsi un aliment journalier et un petit revenu annuel.

Avec le concours des pépinières provinciales, l'administration a continué les plantations routières, les plaçant sous la surveillance du « Kreisbaninspector ». Un règlement détermine l'émondage de la tige des arbres, côté de la voie, « jusqu'à la hauteur d'un cavalier ».

On évalue à 5oo,ooo fr. la production fruitière de l'ancien Duché. Le surplus de la consommation est vendu à des marchands venus d'autres contrées de l'Allemagne.

Déjà, le séchage des fruits ou leur conservation par la cuisson et les apprêts ont cours à la campagne.

Les mauvaises récoltes sont compensées par les arrivages de séchons allemands et de pruneaux de la Hongrie; celle-ci fournit également des raisins frais.

Le cidre est entré dans la consommation; des avenues, des vergers spéciaux sont affectés à la plantation du Pommier.

« Le vin et le cidre, nous disait un vieux praticien, font tourner nos regards vers la France et la Suisse ! »

Depuis une trentaine d'années, les jardins fruitiers et les espaliers, appartenant plutôt aux classes aisées, se sont étendus; on a amélioré le choix des espèces et confié l'entretien des arbres à des jardiniers qui avaient fait un stage aux environs de Paris,

Les étés sont courts, les hivers rudes, le climat froid. Il a fallu tenir compte des milieux et ajouter, par exemple en hiver, aux murs d'espalier consacrés aux Pêchers, aux Abricotiers et à la Yigne, un abri en roseaux qui amortît les rigueurs de la température.

La Vigne, comme le Figuier, fructifie à l'abri du vent, exposée au sud, ayant la souche et les branches couchées sous terre, pendant la mauvaise saison d'hiver.

Il nous est agréable de citer, à ce sujet, les expériences intéressantes faites au magnifique jardin fruitier du domaine de Goluchow, parfaitement agencé sous tous rapports, confié aux soins vigilants et éclairés du jardinier chef, Adam Kubaszewski.

Pépinières. — Deux établissements importants de pépinières créés à Posen et à Szczepanowo par Auguste Denizot (français) et Camille Jammée (belge) alliés à des familles polonaises, ont prospéré rapidement; ils rendent service à la population, occupant un nombreux personnel d'ouvriers et approvisionnant d'arbres et d'arbustes fruitiers, forestiers ou d'ornement, les propriétaires et les jardiniers, sur un rayon assez étendu.

Il est superflu d'ajouter que l'ordre et la méthode président aux multiplications et aux livraisons.

L'administration allemande a créé des pépinières « Provinzial- Baumschulen » placées sous la direction d'un ingénieur des travaux publics, et destinées à pourvoir aux plantations routières et au jardin des maîtres d'école. Il est rare que ces différentes opérations ne soient pas l'objet de démonstrations publiques.

Enfin, des maisons mixtes fournissent des arbres et des fleurs aux particuliers, et se chargent de leur entretien ; les affaires sont bonnes, on aime les arbres, et l'amour des fleurs se développe de jour en jour.

Parcs d'étude ou de plaisance. — Si l'arboriculture fruitière a trouvé un vulgarisateur dans la personne du général Désiré Chlapowski, ancien aide de camp de Napoléon Ier, l'arboriculture d'ornement s'est transformée sous l'impulsion du comte Jean Dzialynski, lors du repeuplement de sa propriété de Kornik.

La veuve du comte Dzialynski et la fille du prince Adam Czartoryski, le propriétaire du magnifique domaine de Pulawy, sur les bords de la Vistule, ont restauré le château et le parc de Goluchow d'une façon artistique et grandiose. Sur une surface de i5o hectares, on trouve un verger modèle, des espaliers corrects, une vinerie sous verre, des serres aftectées aux végétaux exotiques et aux Ananas, — et à l'air libre des collections dendrologiques, de feuillus et de Conifères d'un haut intérêt.

Page 1