VI. — Production fruitière
Les conférences et les cours publics propagés à la ville et à la campagne par l'Etat, les Sociétés et les Administrations cantonales ou communales, ont encouragé les planteurs en les éclairant ; des vergers assez étendus ou de modestes jardins fruitiers ont été créés, en même temps que les anciennes plantations devenaient l'objet de soins de culture, de taille ou de greffage.
L'arboriculture a prodigué ses ramifications partout.
Le littoral des lacs Léman, de Neuchâtel et de Constance, les plaines et les monts fertiles de Genève, de Lausanne, de Zurich ; les vallées ensoleillées du Valais, de Lucerne, ou abritées des cantons de Fribourg et de Saint-Gall, du Vully ; les pâturages de l'Argovie et de la Thurgovie; le Gros de Vaud, le Rheintal, jusqu'aux pentes du Jura ou des Alpes vaudoises, jusqu'au plateau Fribourgeois, récoltent des fruits et les utilisent à la maison ou au marché.
Le fruit à deux fins a tenté le cultivateur ; robuste aux voyages, il est exporté en vrac, même vers les pays à cidre des nations voisines, la France nord et l'Allemagne sud.
Telles sont, parmi les Pommes :
Aargauer Herrenapfel, arbre généreux, à floraison tardive ;
A beignets, du Jura vaudois, pomme grosse, verte, d'hiver ;
Blanche à côtes, douce, à cuire et à pâtisserie ;
Bochelette, fruit de ménage, localisé dans le Jura vaudois ;
Coing, se prête à la cuisson, aux compotes et au cidre ;
De Fer, particulière au Gros de Vaud ; de longue garde ;
De Prince, ' ferme et juteuse, se conserve pendant une année ;
Françoise, d'automne, saveur aromatisée, bonne à tout faire ;
Hansuli, depuis longtemps, bien connue sur les marchés ;
Palmapfel et Sauergrauech, variétés fructifiant au Grindewald, à 3,5oo mètres d'altitude, bonnes aussi au séchage ;
Paradis, d'automne, douce, à cuire et à pâtisserie ;
Petite Tardive, pomme blanche, de longue garde, arbre robuste ;
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Pomme rose, fruit populaire au jardin, au verger et au marché ;
Princesse de Wurtemberg, pomme très tardive et robuste ;
Reinette Bovarde, beau et bon fruit d'hiver, du canton de Vaud ;
Uster Apfel, chargeant jusqu'à cent boisseaux par sujet.
L'arbre de ces diverses variétés, robuste et fertile, se plaît en plein champ ou sur le bord des routes.
Le paysan qui fait du cidre n'est pas minutieux quant au choix des qualités. Il prend les Pommes Reine des Reinettes, Reinette de Caux, Reinette Baumann, de Châtaignier, Calville de Dantzig, Saint- Nicolas, classées parmi les bons fruits dits à couteau, tout aussi bien que Bohnapfel, Breitacher, Fraurotacher, Spâtlauber, Spitzweisser, Waldhôfler, de la Pomone cidrière allemande.
Mais il n'oublie pas le Gelber Jacobs Apfel, fruit de cuisine, recherché en Thurgovie pour le cidre, à ce point que le dicton persiste : « Qui ne connaît le cidre de Jacques — ou Jacobs — n'est pas un Thurgovien. »
Les cantons de Thurgovie et de Lucerne (à Meggen) fabriquent des boissons mousseuses avec les Pommes et les Poires.
Le cidre est consommé dans le ménage, à l'hôtel ou au cabaret.
Nous ne saurions passer sous silence deux séduisantes Pommes de dessert : Transparente de Zurich, à l'épiderme blanc d'ivoire et De Lait, à la peau fine, blanc mat éclairé d'incarnat. Leur arbre, plutôt cultivé en basse tige, est généreux et résiste aux gelées.
Le Poirier se présente également avec ses variétés locales ou propagées par les greffe urs campagnards.
Poires à la Mort, Citron jaune, Olivette, Rougin, Sans Règle, Rouge, etc., fruits à cuire, du Jura Neuchâtelois ou Vaudois.
Et parmi les espèces de Poires à cidre :
Berglerbirne, dont le jus, riche en alcool, tonifie les vins faibles ;
Blanche à grappes et Rouge à grappes, variétés rustiques ;
De Fraulerb, le plus tardif des Poiriers en végétation ;
Gelbmôstler et Guntershauser, populaires en Argovie ;
Gelbe Mostbirne, robuste sur les hautes montagnes des cantons de Saint-Gall, d'Appenzell, de Thurgovie ;
Lederbirne et Schwarzadler, arbres rustiques aux gelées d'hiver, à l'altitude de i,qoo mètres ;
Maerxler, Grosse blanche de Champagne, Normande blanche ou verte, donnant du montant au brassin des Pommes de pressoir ;
Theilersbirne, produisant jusqu'à deux pièces de cidre, par arbre, dans toute la Suisse orientale.
Wasserbirne ; l'arbre, grand comme un Chêne, fournit un poiré clair et abondant, qui se soumet encore à l'alambic,
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Le Poirier de Maude se propage partout ; gigantesque en Savoie et dans les Alpes françaises ou helvétiques, son arbre produit jusqu'à 800 ou 1,000 litres de cidre.
Une Poire à deux fins des plus répandues en Suisse, la Lângler, ou Kannenbirne, ou d'Estranguillon a, de tout temps, été recherchée pour le séchage, sinon pour le pressoir.
La Langstielerin, de Thurgovie, destinée au séchage ou à l'alcool ; l'arbre arrive facilement deux fois séculaire.
Plusieurs espèces de ce genre, propres à divers usages économiques, figurent dans les plantations routières de la Suisse allemande.
En dehors des vergers ruraux, nous devons signaler les Jardins fruitiers plantés d'arbres tenus en demi-tige ou à basse tige, dressés par des arboriculteurs émérites, et composés de belles et bonnes variétés de chaque saison, en fruits de table.
A l'espalier de ces jardins sont palissés toute une série de Pêchers à gros et bons fruits, alors que les types du Pêcher franc se trouvent dispersés sur les collines abritées ou dans le vignoble.
Le climat privilégié du Valais facilite la maturation des belles Pêches tardives, des Pommes de Calville blanc, en plein vent, et du Raisin Malvoisie, quelquefois.
Le Cerisier constitue, à son tour, un bon arbre de rapport. La distillation assure le placement des récoltes de bonnes sortes à kirsch ; citons les Cerises : la Noire à distiller, des Avants, de Lovertz, de Montreux, à Queue rouge, la Rouge commune, bonne encore au séchage, la Péquegnette qui réussit même dans les sols glaiseux, et quelques types locaux sans nom.
Plusieurs cantons ont des cerisaies à kirsch. Il en existe sur routes à la Réroche, canton de Neuchâtel.
Nos Cerises, Rigarreaux, Guignes et Griottes, fruits de table, réussissent en buisson ou sur tige. Aux portes de Lausanne, la Guigne Chevanne est accaparée par les usines à conserves.
La consommation directe, le séchage et parfois l'alambic utilisent les récoltes de Prunes.
Les pruneaux de la Quetsche de Râle, de la Rérutje, de la Méchelette combattent l'importation des pruneaux de Serbie.
Les Prunes de Reine-Claude, de Mirabelle et de Monsieur sont l'objet de spéculations avantageuses.
Par son beau feuillage et son fruit réclamant un abri, l'Abricotier devient l'arbre des endroits contigus à l'habitation, l'ornement des cours d'hôtels et des abords de villas.
En suivant la vallée du Rhône, on remarque de beaux vergers d'Abricotiers près de Saxon-les-Rains.
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Et le Grenadier sauvage, à Sion, sur le coteau brûlant de Tourbillon. Immédiatement au-dessus, les neiges éternelles.
Également décoratif, le Cognassier de Portugal qui prend place au verger, à titre intercalaire ou définitif.
Cette même vallée se couronne, de Bex à Brigue, par des forêts de Châtaigniers. Si la Châtaigne ne suffit pas à la consommation, la France et l'Italie y suppléent, tandis que les Noix et les Noisettes recueillies dans les plaines champêtres, les coteaux ou les gorges de montagnes, alimentent le ménage, le négoce ou l'industrie ; cependant l'importation n'y reste pas étrangère.
L'exemple du Dauphiné, greffant le Noyer, a déjà gagné quelques cantons suisses, propageant les bonnes sortes à végétation tardive.
Quant aux petits fruits rouges, Groseilles et Framboises, à combiner avec les Cerises et les Fraises, — quoique répandues dans les champs, les vignes, les jardins et les vergers, — la table, les préparations économiques ou ménagères n'en trouvent jamais assez à leur profit.
Enfin, le Raisin, si précieux à la consommation, est fourni non seulement par les treilles de jardin ou d'espalier, mais encore par le vignoble si coquettement dressé sur les rives du lac de Genève, à Montreux, à Vevey, à Clarens, à Lausanne, et dans le Valais, sur le territoire des cantons de Neuchâtel et de Fribourg.
Le Chasselas doré, nommé Fendant Roux, et encore Gut-Edel, vers les hautes vallées du Rhin, attire les négociants en Raisins. Le canton de Vaud en a fait la fructueuse expérience par son commerce de Raisins frais, hors frontière.
Le Valais pratique en grand l'expédition du beau Raisin, en caissettes, réservant le fretin pour l'usine à conserves de Saxon-les- Bains ,qui saura en tirer parti.
Le canton du Tessin, de la région italienne, connu par ses fertiles vallées produisant légumes et fruits, cultive quelques cépages de cuve ou de table signalés au chapitre de l'Italie ; il exporte, par le lac de Lugano, des chargements de vins et de Raisins, les uns destinés à la fabrication de vins mousseux, les autres au passerillage et aux desserts.
L'industrie de la préparation des fruits a fait de grands progrès en Suisse. Les conserves de fruits et de légumes, sous toutes formes, rendent des services au producteur.
Les vineries sous verre, les forceries à primeur ne chômeront jamais, ce qui n'empêche pas le commerce de demander à l'Algérie les Petits Pois et les Haricots précoces, et les premières Fraises.