‹ L'horticulture dans les cinq parties du monde;Chapitre 281 sur 331 · V. — Production maraîchère · texte numérisé non relu

V. — Production maraîchère

Au début de l'année 1893, François Cardinaux, alors président de la Société d'horticulture de Genève, disait à propos de visites aux cultures de légumes :

« Loin de rester stationnaire, l'horticulture maraîchère et potagère « marche dans une voie progressive qui s'accentue tous les jours « davantage... En effet, malgré une saison tout à fait défavorable, « les jardins et les marais que le Jury a visités étaient garnis de « légumes relativement beaux, bien cultivés, bien variés. La plupart « des cultures étaient d'une propreté irréprochable. — Indice « certain que le progrès s'accomplit ! »

Ces paroles de notre regretté collègue sont vraies, pour quiconque a suivi la marche ascendante de la maraîcherie helvétique.

La vieille réputation de l'amour du travail chez le jardinier suisse ne s'est jamais démentie.

Il paraît que l'industrie légumière de la campagne de Genève aurait été apportée par des réfugiés français huguenots, il y a deux cents ans environ ; leur œuvre bénéficia de l'irrigation des terrains de Plainpalais, à l'aide de « puiserandes » ou pompes élevant l'eau du Rhône, la force du courant actionnant une turbine qui fait déverser l'eau dans les rigoles d'arrosage.

Depuis, quel développement rapide !

La Suisse, sillonnée par les chemins de fer et les bateaux, a vu s'accroître sa population industrielle et augmenter, dans une proportion incroyable, le chiffre de ses visiteurs.

Partout, à proximité des villes, sur le bord des cours d'eau, non loin des gares, le cultivateur a fait pousser des légumes, précédé par le jardinier qui établissait une rotation de cultures, perfectionnait les méthodes de travail et surtout variait la nature des espèces végétales pour répondre aux besoins de la consommation.

La Pomme de terre dépasse 9 millions d'hectolitres ; les arrivages allemands et français comblent l'insuffisance de la récoite.

Sur le territoire Suisse, combien de mamelons, de rochers, de glaciers, de forêts inaccessibles à la bêche, au plantoir, au châssis ? Combien de potagers agglomérés ou éparpillés dans les 22 cantons !

Ici, sur les aliuvions et dans les endroits difficilement arrosables, l'Asperge, l'Ognon, le Haricot, les Pois et Fèves, le Navet, la Rave, la Pomme de terre, la Scorsonère.

Ailleurs, en terrains frais, les Choux, même pour la choucroute, l'Artichaut, les Epinards, l'Oseille, le Céleri, les Poireaux, les Laitues et toute la verdure réclamée par les hôteliers de la montagne.

Et la Fraise des Quatre-Saisons succédant à la Fraise des Alpes, et la grosse Fraise, quel engouement à leur égard !

Et des Radis en tout temps, et des Choux-fleurs, surtout lorsqu'il n'y en a plus ailleurs ? Et des primeurs pour la population aisée ou flottante ? Quels appétits à satisfaire !

Les pays voisins accourent et viennent y répondre. Mais le jardinier de Bâle, de Genève, de Berne, de Lausanne, de Zurich, de Fribourg lutte et redouble d'efforts ; témoins les cultures sous verre, chauffées ou à contre-saison qui se multiplient, témoins les champignonnières établies au Bois de la Bâtie, témoins les champs de Melons et de Courges qui gagnent la plaine !

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