IV. — Production fruitière
Les principaux arbres fruitiers de la Tunisie sont l'Amandier, le Figuier, le Dattier, l'Oranger, le Citronnier, le Cerisier, le Pêcher, l'Abricotier, le Prunier, le Poirier, le Pommier, etc.; ces derniers dans la région d'Aïn-Draham.
Le Bibacier croît à peu près à toutes les altitudes.
Nos traiterons à part de l'Olivier et de la Vigne.
En plein champ, les Amandiers sont plantés à 12 mètres d'intervalle. L'Amande à coque dure, plus abondante, est vendue 25 francs les 100 kilogr. ; la coque demi-tendre atteint un prix double, soit un revenu moyen de i5o francs à l'hectare, si nous en jugeons par les amanderaies de Bizerte, de Ras-el-Djebel, de Raf-Raf, de Porto- Farina, au nord de la Régence.
Les figueraies de la région de Sfax produisent 6,000 quintaux
métriques de Figues, au prix de o fr. o5 à o fr. 10 le kilogr. de Figues fraîches, et 12 à i5 fr. le quintal de Figues sèches.
Le revenu des orangeraies de Nabeul et de Hammâmet, sur la mer, au Nord-Est, a fait élever la valeur locative des terrains bordant le Golfe de Hammâmet à 1,200 francs l'hectare.
Une source qui jaillit à i,3oo mètres d'altitude fertilise les jardins et vergers de Zaghouan. Au lieu du gigantesque aqueduc romain, de Tunis à Carthage, des tubes souterrains conduisent les eaux d'arrosage et fertilisent la campagne de Tunis.
La vogue de la Pistache a diminué à S fax, par suite de la baisse du prix tombé aux deux tiers de son ancienne valeur. Les 10,000 Pistachiers d'autrefois sont réduits à 2,5oo, dont 5oo sujets mâles fécondant et 2,000 plants femelles fructifiant.
Au contraire, le Caroubier tend à accroître son aire de culture* La Chambre consultative y encourage les planteurs. A part les usages économiques de la Caroube, il est démontré que ses qualités fourragères, pour la nourriture du cheval et du bétail, sont de quatre fois supérieures à la valeur nutritive du Maïs.
A huit ans de greffe, le Caroubier, un des arbres qui résistent le mieux aux sécheresses et aux vents brûlants, peut produire jusqu'à dix quintaux de Caroubes.
Son feuillage, comme celui de l'Olivier, de l'Arbousier et de la Vigne, constitue un bon aliment pour le bétail.
L'Opontia joue le même rôle. Les Maltais plantent le type inerme aux environs de Tunis. Le fruit, dit Figue de Barbarie, abonde dans la proportion de 20,000 kilogr. à l'hectare.
Les oasis du Sud Tunisien y associent l'Agave pour fixer les dunes mouvantes qui menacent les oasis.
A l'exemple des travaux de l'Oued Rir', en Algérie, des irrigations sont commencées pour la création de palmeraies. Toutefois, le Dattier ne semble pas devoir prospérer en deçà de la région Sud du Djérid et de Gabès, où il est encore très répandu.
Mais le Dattier des Canaries s'y acclimate et l'on espère, par la pollinisation de ses fleurs mâles, récolter les Dattes du Sahara.
Le Cocotier d'Australie donne également des espérances.
Au début de l'influence française, quelques bonnes variétés de Poires, de Pommes, de Pêches furent introduites par des officiers de Tabarca et par des colons arboriculteurs.
On rencontre un peu partout les Abricotiers, les Cerisiers, les Pruniers, les Cognassiers, les Grenadiers ; trop souvent, les plants sont à l'état sauvage, non greffés.
Le Noyer, le Noisetier se trouvent à Béjà et autres localités du Nord»
74o TUNISIE
Le Jujubier franc, sous forme de broussaille, envahit les coteaux tunisiens et devient un obstacle à la culture.
La Banane a encore quelques oasis de prédilection, et lucratives. Les essais de sériciculture permettent d'espérer que l'éducation des vers à soie deviendra une industrie de rapport.
Quelques fruits exotiques : Goyaves, Jamboses, Anones, Litchis, Plaquemines japonaises, ont été suffisamment acclimatés avec de belles espèces ornementales — y compris les Rosiers — dans certains jardins de plaisance de la capitale, de La Manouba, du Bardo, à l'Ariana, à La Marsa, admirablement situés sur le golfe de Tunis.
Il y aurait encore d'intéressantes tentatives à faire par la plantation de nos espèces tropicales, dans la véritable région fruitière dont Sfax est la ville principale.
En dehors des Oliviers et de la Vigne, le total des arbres fruitiers est évalué à 5oo,ooo sujets.
La qualité des produits est la conséquence des milieux de sol et de climat de cette zone plantureuse où déjà les plantes et fleurs à parfum : Rose, Églantier, Jasmin, Oranger, Gassie, Fenouil, Cumin, Coriandre, Anis, fournissent, par la distillation, des essences recherchées dans tout l'Orient.
L'Olivier. — Au Concours général agricole de Tunis, en 1888, le Jury de l'oléiculture a reconnu l'importance des ressources naturelles de la région Sfaxienne pour la culture de l'Olivier, proclamant en même temps la supériorité des huiles de Sfax.
Les plantations s'étendent au delà de Gafsa. Aujourd'hui, la Tunisie compte 20,000 hectares d'Oliviers, et le pressurage des Olives rend /},5oo,ooo kilogrammes d'huile.
L'exploitation des Olivettes de la région est généralement basée sur un mode analogue à notre métayage, à frais et bénéfices partagés entre le propriétaire et son M'rharci.
L'Olive populaire de l'Afrique septentrionale pour l'huilerie est la Ghemlali. Pour la table, on préfère la variété Nab, assez généreuse, et la Mellahi, plus grosse, également cueillie verte pour la salaison. Nous les retrouvons dans l'île fertile de Djerba.
La greffe et la taille des jeunes sujets sont nécessaires aux Oliviers.
On a constaté que les Oliviers sauvages, abandonnés à eux-mêmes, par exemple ceux de Bordj-Toum et Bou-Arada, étaient les premiers broutés par les chèvres et les chameaux.
Les champs d'Oliviers, plantés à grands intervalles, reçoivent pendant six ans environ des cultures intercalaires d'Orge et de légumes ; plus tard, on continue à labourer le sol.
Le sujet, greffé avant sa plantation, sur la souche même d'où il est extrait ou greffé pendant l'année qui suit sa mise en place, peut donner, à dix ans, une vingtaine de litres d'Olives ; 5o, à quinze ans; 90, à vingt ans. Il est alors en plein rapport et produira facilement deux hectolitres, de fruits.
En Tunisie, une terre abandonnée au pâturage vaut 8 francs l'hectare, tandis que le moindre champ d'Oliviers, en plein rapport, trouve acquéreur à 65o francs.
Vigne. — La Vigne, occupant le premier rang de l'agriculture tunisienne, s'étend sur 6,000 hectares. A gros rendement, elle fournit d'excellents vins supportant les voyages et bien cotés sur le marché européen.
Le beau Raisin est livré à la consommation ou à l'industrie du passerillage.
Le vignoble de Sfax compte 35o,ooo plants ; celui de Métellit, 5o,ooo ; aux Kerkennah, 10,000, particulièrement du cépage blanc Asli, qui fournit un vin agréable, fin de bouquet.
Les ceps, plantés à 5 mètres, fructifient dès la troisième année et sont en plein rapport à dix ans. Chaque pied de Vigne produit alors de 8 à 10 kilogr. de Raisins qui seront vendus ofr. 10 le kilogramme.
Parmi les champs bien tenus, on peut nommer les Vignes de Mornaz, du cap Bon et de Redir-Sultan. Depuis l'occupation française, la région de coteaux s'est enrichie de vignobles nouveaux.
Cà et là, de vastes exploitations viticoles et vinaires se sont organisées sous les auspices de grands industriels ou de compagnies financières. Tel, le vignoble Paul Potin, à Bordj-Cédria, de 5oo hectares, composé avec les cépages renommés de France et d'Algérie. Les plants de Mourvèdre, Garignan, Gabernet, Petit-Bouschet, Morastel ont le mieux résisté à la sécheresse et au siroco.
Les Raisins à vin blanc sont les Ugni blanc, Piquepoul, Folle- Blanche, Aïn-Kelb et notre bon Chasselas.
Avec le Muscat, le vigneron obtient un excellent vin de dessert et de commerce.
La main-d'œuvre est confiée à des Italiens, à des Marocains, à des Kabyles ; ceux-ci excellent au labourage des champs et des vignes.
Il nous faut citer au même titre le vignoble de l'Enfida appartenant à la Société agricole et immobilière franco-africaine, fondée en 1881. Ici, 3oo hectares de Vigne sont dominés par un cellier susceptible de recevoir 20,000 hectolitres de vin.