VI. — Raisins sous verre
Depuis longtemps, l'Angleterre est le Pays modèle de la viticulture en serre. De grands établissements en ont entrepris l'exploitation sur de larges bases, et la spéculation réalise de beaux bénéfices.
La production totale des raisins sous verre, des vnvirons de Londres, de l'Écosse et des Iles de la Manche, — enfin de toute la Grande-Bretagne, — à été évaluée pour l'année 1891, à plus de 1,200 tonnes anglaises ou 1,220,000 kilogrammes,
Les ports anglais exportent de ces raisins vers l'Amérique du Nord; mais ils en reçoivent aussi de France et de Belgique.
Nous devons reconnaitre que le château royal de Windsor a été l'un des premiers à profiter de cette culture et à La propager; ses vineries restent célèbres par leur bonne direction et leur production
incroyable, Le service de la « bouche » (il Y en à 200!) en consomme 180 livres par jour!
Faut-il citer le cep historique Black Hamburgh, de Hampton-Court, produisant plus de 2,000 livres de raisins, et un autre non moins fameux, en Écosse, occupant une surface de 4,300 pieds superficiels
et portant 3,000 grappes à la fois?
Nous puiserons des renseignements authentiques sur le progrès de cette culture, dans le nouvel ouvrage Vines and Vine Culture, 3° édition, par Archibald F, Barron, directeur des Jardins de la Société royale d’horticulture de Londres, à Chiswick. Le livre est traduit en langue française (1893), sous le titre : La culture de la vigne en serres et sous verre, par Édouard Pynaert, de Gand, auteur lui-même de publications populaires sur cette question importante :
« L'accroissement considérable de la culture du raisin en serre
pour la vente au marché et le développement ‘apide de ce commerce, durant les dernières années, à Londres et dans toute l'Angleterre, sont réellement remarquables, Aucun autre fruit, à l'exception de la tomate, n'est devenu si promptement populaire et d’un emploi si général. Il y a peu d'années encore on ne pouvait se procurer du raisin qu'en minime quantité; actuellement, ce fruit constitue un article de commerce très important et peut être obtenu en abondance et à des prix modérés, en toute saison. Il est intéressant d'indiquer les causes qui ont amené ce résultat. Celui-ci est dû en partie, sans aucun doute, à l'introduction dans les cultures, des bons raisins tardifs; mais il doit être attribué principalement à la tomate. Si extraordinaire que cela puisse paraitre, c’est la facilité de la vente des tomates qui a rendu possible la grande production du raisin. Les deux cultures requièrent dans leur ensemble le même traitement ; les serres construites pour vignes sont cultivées les premières années en tomates; le produit immédiat permet au cultivateur d'attendre deux ou trois ans avant que les vignes entrent en production.
«€ L'extension que la vente des raisins a prise de cette façon est de la plus haute importance et peut être diflicilement évaluée. Des capitaux énormes ont été engagés dans cette nouvelle industrie. Directement ou indirectement, des milliers de personnes y trouvent un salaire ou des bénéfices.
€ I n'est pas de branche d'industrie qui Jui soit comparable pour le bien qu'elle à fait au peuple en si peu de temps. En 1886 les raisins de production anglaise mis en consommation s'élevèrent à 400,000 kilog. Un seul commissionnaire à Covent Garden, M. Monr, en plaça 40,000 paniers ou l'équivalent de 250,000 kilog.; l'an dernier, en 1891, celte quantité fut considérablement dépassée. En une journée au mois d'octobre 1891, la totalité vendue s'éleva à 790 paniers ou 4,000 kilog.
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« Les principaux établissements de production se trouvent à une distance peu éloignée de Londres, de sorte que le fruit peut être délivré par voiture ou camion, sans l'intervention du chemin de fer ct sans subir aucune altération.
« Beaucoup de ces établissements ont une étendue très grande, Des champs entiers sont couverts de verre, offrant ainsi dans certaines parties de la contrée un élément nouveau dans le paysage et chaque année, cela s'étend de plus en plus. Actuellement les plus grands producteurs sont MM. Rochford, dont les diverses installations à Cheshunt, Broxbourne, etc., couvrent au delà de 90 hectares : la moitié de la superficie est plantée en vignes, et devra produire 300,000 kilogr. de raisins par an, une fois que ies plants seront en pleine production. Parmi les autres grands cultivateurs des environs de Londres, on peut citer M. Peter Kay, de Finchley, M. Ladds, de Bexley et Swanley, M. Sweet, de Whetstone, ete,
€ Un centre important de production s'est formé à Worthing, dans le Sussex, d’où 300,000 kilogr. environ sont envoyés chaque année à Covent Garden, Les principaux cultivateurs sont M. N. Piper, Bushby, M. G. Russell, M. Sams et M. Beer. En Écosse notamment, la culture du raisin se fait en grand pour les marchés de Londres par MM. Thomson et fils, à Clovenfords, Galashiels, et Beatson, de Kirkaldy. Également considérable est la quantité de aisins produite dans les iles de la Manche, en particulier de Guernesey. La récolte, qui en 1856, était de 50,000 kilogr., s'est élevée en 10 ans au chiffre de 500,000 kilogr. dont un seul commissionnaire à Covent Garden vendit 300,000 kilogr. et environ 350,000 en 1890 ct 1897. Quoique la production ait beaucoup augmenté, la quantité vendue à Covent Garden ne s'est pas accrue en proportion, parce que le commerce de ces raisins s'est propagé dans les villes de province, notamment à Manchester où, par exemple, M. Monro à livré en commission l'an dernier au delà de 20,000 kilogr.
IL Y a 20 ou 30 ans, les plus beaux raisins que l'on vendait à Covent Garden provenaient d'établissements privés: il n'en est plus ainsi, Cela est dû en partie à la qualité supérieure du raisin obtenu par les spécialistes qui approvisionnent le marché, et en partie au grand abaissement des prix, le produit de petites quantités étant insuflisant pour payer Les dépenses,
€ RaïsiXs pe Manon. = La variété qui tient la tête pour le marché, comme primeur où comme raisin d'été, et successivement jusqu'en décembre, est le Black Hamburgh où Frankenthal, Vient ensuite, comme raisin tardif, Le Gros Colman » ë
Parmi les autres plants, Gros Maroc offre des espérances ; Black Alicante se vend bien, ainsi que Madresfield Court, variété hâtive et Lady Downe’s, tardive, de longue garde.
Parmi les raisins blancs : Buckland Sweetwater, hâtif, Muscat d'Alexandrie, tardif, sont appréciés du consommateur.
Pour la culture en pots, l'auteur recommande seulement : Black Hamburgh (Frankenthal). Madresfield Court, Chasselas de Fontainebleau, Royal Ascot,.
Foster's white Secdling. Black Alicante.
IL paraît que la vinerie des frères Rochford, déjà citée, produisant 300,000 kilogr. de raisins, occupe une centaine de serres de 80 mètres sur 10 mètres et se borne aux cépages Gros Colman, Black Alicante, Muscat d'Alexandrie, D'autres serres aussi importantes abritent
50,000 Chrysanthèmes et toute la légion des Palmiers : Arécas, Cocotiers, Géonomas, Kentias, Latanias..…. Les dernières constructions ont rapporté de suite 40,000 kilogr. de Concombres et 10,000 kilogr. de Tomates, ce qui facilite l'achat des 3,150 tonnes de charbon et de coke, absorbés par les thermosiphons !
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VIL — Floriculture.
La floriculture anglaise est caractérisée par un luxe de plantes à grand effet, à large développement, à superbe floraison, en variétés rares. Quelle rivalité entre lords et jardiniers !
Une visite aux serres et aux expositions reste inoubliable.
Ne serait pas moins intéressante une promenade au marché aux fleurs ; chaque halle est dotée de salles où de galeries consacrées aux plantes fleuries et aux fleurs coupées,
Covent Garden, propriété du duc de Bedford, est le plus vaste des marchés aux légumes, aux fleurs et aux fruits, Le hall floral est ravissant dans son décor et son animation.
L'horticulteur fleuriste des grandes cités simplifie ses frais généraux en concentrant son travail sur des spécialités composées de
quelques genres, espèces ou variétés, qui plaisent à l'acheteur et se multiplient facilement.
Certaines maisons de Londres ne font pas autre chose que des
Orchidées ; d'autres les associent aux Palmiers, aux Fougères; les Dracénas, les Aralias, les Ficus, les Araucarias et diverses plantes d'appartement sont en plus grandes quantités,
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Les plantes bulbeuses. leg Camellias, les Rosiers. les Œille l'élargoniums, les Fuchsias, les Bruyères, les Héliotropes, les Phlox, les Verveines, les Lantanas, les Primevères de Chine, les Résédas, les Cyelamens, les Giroflées, les Chrysanthèmes, les Morelles, le Poinsettia, l'Hellébore, la Violette, le Lilas, les plantes annuelles occupent, successivement, les bâches et les serres des cultiv
ateurs qui alimentent de plantes fleuries les marchés et les mag
asins.
La fleur coupée est une entreprise fructueuse, témoins les Orchidées, les Anthuriums, le Gardénia, le Stéphanotis, — fleurs boutonnitres du gentleman— qui paient largement les frais d'installation et d'entretien de leurs pavillons vitrés, Plusieurs de ces usines occupent des légions d'ouvriers, de v
ing à trente chevaux, des millions de pots et des
Œuantités incroyables de composts, engrais ct terreaux, Leur prospérité est d'autant plus grande que le travail est dirigé par les membres de la famille et le matériel est construit ou réparé par Le personnel On cite la maison May, à Upper-Edmonton, véritable « Fernery »; 150 serres meublées de Fougères... et quelques genres de vente assurée : Asparagus, Camellia, Campanula, Carex, Clematis, Cr Aspidistra, Cyperus, Ficus, Lapageria, Primula, Dianthus.… Les établissements qui ne travaillent pas « for the irréprochables de tenue. Les plantes fortes y devie
oton,
million » sont nnent l'objet de soins particuliers et les nouveautés sont multipliées Les expositions horticoles, si fréquentes dans le Roy fournissent la preuve,
à outrance aume-Uni, en Un établissement des plus remarquables et des plus honorables, vices rendus, est celui une surface de 30 hec- ‘ans où rideaux, et des undes serres : une partie est affectée aux Orchidées et aux Fougères ; plusieurs aux Vignes : d'
par la valeur de ses chefs et l'importance des ser de la famille Veitch, à Chelsea, Londres, Sur tres, en plus des carrés, des ombrelles, ée bâches, on compte cent dix gr
autres aux Camellias, aux Rhododendrons AUX Azalées, aux Palmiers et Cycadées, aux Népenthès, aux Araucarias, Les Rhododendrons
javanais, les Lis, les Amarylilis, ete, ont chacun leur serre, Des voûtes vitrées sont lapissées à l’intérieur par des Fuchsias, Un musée d'objets recueillis par les botanistes du « Royal Exotie Nursery » est annexé à la Bibliothèque, L'Angleterre à toujours eu des Voyageurs collecteurs à Ja recherche de l'inconnu. Certaines Maisons, à la piste
des nouveautés, font recucillir des cha
‘#ements de la même plante, les annoncent et les livrent aux enchères publiques,
Une certaine quantité de végétaux exoliques, dits à feuillage ou à
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fleurs, de serre ou de pleine terre, ont fait leur entrée en Europe par
la voie britannique et de là se sont répandus sur le continent.
Quelles abondantes et riches collections ont pénétré directement
dans les serres et les parterres de nos voisins, depuis l'Orchidée
épiphyte indienne jusqu'au Sequoia géant de la Californie, du robuste
Palmier australien au Lis japonais si délicat dans ses détails !
’arallèlement, la culture anglaise a cherché des perfectionnements
par la sélection ou le semis.
Plusieurs genres d'utilité ou d'ornement doivent à ses horticulteurs de notables améliorations.
Citons parmi les Arbrisseaux de terre de bruyère, les Azalées,
les Cameliias, les Rhododendrons : et parmi ceux de pleine terre,
la Clématite, la Pivoine: et pourquoi n'y ajouterions-nous pas le
Fuchsia, la Verveine, le Lantana, le Bouvardia ?
La série des Pélargoniums à feuille panachée est née en Angleterre.
Le groupe « zonale » y gagne des coloris tendres, striés ou éblouissants. Le Fuchsia à fleur double s’y est perfectionné. La Capucine a marginé son feuillage et nuancé sa corolle,
Les Calcéolaires, les Cinéraires, les Primevères de Chine et du
Japon sont l'objet d'épurations minuticuses,
La Pensée anglaise, la Rose trémitre écossaise ont une marque
chez les grainetiers des autres pays.
L'enthousiasme pour Le Dahlia a failli tourner au type « simple »,
encouragé par des intérêts privés.
Quant aux Chrysanthèmes, c'est presque une folie, quoique les
graines proviennent de l'extérieur ; mais Les flatteurs ont nommé
«méthode anglaise » la série de procédés suivis au Japon pour obtenir de larges capitules, procédés décrits par Robert Fortune, et... les enfants d'Albion ont dépassé les fils du Soleil !
Dalle te en