‹ L'hôte à ValiquetChapitre 10 sur 11 · Scène IL St-Paul et Valiquet · texte numérisé non relu

Scène IL St-Paul et Valiquet

Toute cette scène durant Valiquet paraît inquiet , nerveux, effrayé.

St-Paul.

Ah ! te voilà !

Valiquet.

Vous m'avez dit de venir, je viens.

St-Paul.

Tu as bien fait. Mets ton enfant à terre. {Valiquet nen fait rien.) Mets ton enfant à terre.

Valiquet {à part).

Seigneur, que faire ?

St-Paul.

Mets ton enfant à terre.

Valiquet.

Oh ! s'il vous plaît, je vous en prie, permettez que je le garde,

St-Paul.

Pourquoi ?

Valiquet.

On m'a conseillé d'apporter avec moi un enfant, me recommandant bien de toujours le garder dans mes bras, je le garde.

OU LE FRICOT SINISTRE

St-Paul.

Pourquoi ce conseil ? Ah ! je comprends. Tu

crois sans doute m'avoir dérangé dans ma pénitence, tu crains que je ne te mette à ma place, tu espères être à l'abri de tout mal, sous la protection de cet ange de pureté.

Valiquet.

Oui, c'est cela.

St-Paul.

Apprends, homme de peu de lumière, qu'il n'appartient ni à toi, ni à qui que ce soit de déranger une âme dans la pénitence que lui a fixée le Dieu toutpuissant. Apprends que pouvoir n'est pas donné a un mort d'imposer sa pénitence à un vivant; c'est à celui qui est souillé, d'être purifié ; il ne peut être soulagé que

(>ar les prières des fidèles. Apprends encore que la meileure protection contre la colère céleste, c'est l'innocence propre et non celle de ses enfants ; celle-ci peut bien suspendre pour un temps le bras vengeur dJun Dieu irrité, mais si le pécheur ne se convertit, elle ne l'arrêtera pas.

Valiquet.

Alors permettez-moi de vous demander, ô sainte âme, pourquoi m'ordonnez-vous de mettre mon enfant à terre ?

St-Paul.

Parce que, dans la circonstance présente, garder ton enfant dans tes bras, pour toi, c'est une superstition ; parce que c'est une insulte à la justice, à la puissance de Dieu ; parce que, dans le monde, généralement on attribuera ton retour sain et sauf à la vertu de cet innocent ; et par là l'erreur se trouvera plus invétérée qu'auparavant.

Valiquet.

Puisqu'il en est ainsi, j'obéis. (A part). Ah ! mon Dieu, protégez -moi contre tout malheur.

i/hote a yaliquet

St-Paul.

Ecoute, homme coupable, dans un saint tremblement, ce que va te dire par ma bouche le Dieu Tout- Puissant, Créateur du ciel et de la terre qui a sur toi l'empire de vie et de mort.

(Silence de cinq ou six secondes.)

Hier, tu t'es enivré honteusement, noyant ta raison dans une boisson malheureuse, te dégradant au rang de la brute, offensant indignement ton Dieu. (Silence.)

Hier, tu as insulté aux restes du malheureux pendu. Quelque coupable qu'il ait été pendant sa vie, toujours le mort est chose sacrée qui mérite égards et respect. (Silence.)

Hier, dans ta maison, à l'occasion d'un repas funeste et d'un bal maudit, il s'est commis bien des fautes, toutes elles crient au ciel vengeance contre toi. (Silence.)

Hier, tu te livrais à une joie insensée, devant prolonger tes orgies jusqu'en ce jour béni consacré par l'Eglise pour le temps de la grande pénitence. Est-ce ainsi qu'un chrétien prépare son cœur aux grâces et aux bénédictions du Seigneur? Quand mettras-tu fia à tes excès, à tes orgies, à tes ivresses ? Quand cesserastu d'offenser le Dieu de bonté et de miséricorde ? Quand ?

Valiquet.

Pardon, pardon î j'ai péché, sainte âme, oui, j'ai péché contre le ciel et contre vous.

St-Paul.

Que Dieu te pardonne comme je te pardonne !

Tu fêtes, ô homme, tu te réjouis, et nous, souffrant dans tout notre être des tourments horribles, nous gémissons, plongés au milieu de cet étang de feu, nous ne sentons que du feu, nous ne voyons que du feu, nous ne respirons que du feu ; le feu nous pénètre, nous consume jusqu'à la moelle de nos os. — Cependant, depuis que je te parle, je sens peu à peu s'alléger le poids de mes douleurs. Soyez-en béni, Seigneur, mon Dieu.

OU LE FRICOT SINISTRE

Une voix (sous le théâtre).

Au fond des brûlants abîmes Nous gémissons, nous pleurons ; Et pour expier nos crimes, Loin de Dieu, nous y souffrons.

Hélas ! hélas !

Feu vengeur, de tes victimes Les pleurs ne t'éteignent pas.

Trois voix.

Hélas ! hélas !

Feu vengeur, de tes victimes Les pleurs ne t'éteignent pas.

St-Paul.

0 homme, tu écoutes avec stupeur les voix plaintives et les soupirs qui s'élèvent du lieu de nos expiations. SacRe que tu es sur le bord de cet abîme, à chaque heure tu peux y tomber ; tu n'es retenu que par un fil, le fil de la vie. Gomment peux-tu passer tes jours dans l'iniquité et te livrer sans inquiétude aux folies de tes plaisirs ? (Silence.)

Adieu ! je rentre dans les flammes et les souffrances de ma prison. Puisses-tu profiter de ces avertissements ? Puisses-tu te corriger de tes habitudes funestes, et renoncer aux excès de ton intempérance. Adieu ! adieu !

Valiquet.

0 mes amis, à mon secours ! à mon secours !

Mon Dieu, ayez pitié de moi Vite, vite, à mon secours! je me sens faiblir.

(Ses amis accourent, il chancelle, Auguste et Philippe le reçoivent dans leurs bras.)

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