‹ L'Hôtel de Beauvais (rue Saint-Antoine)Chapitre 27 sur 30 · L'HOTEL DE BEAU VAIS · texte numérisé non relu

L'HOTEL DE BEAU VAIS

m. Extraits du Mercure Galant. — Mariage du baron de Béarnais, juin 1679. « Monsieur de Beauvais, baron de Gen- « tilly, fils de M™- de Beauvais, première femme de chambre de « la feu reine-mère, épousa Mademoiselle Berihelot de Brunville', « fille de M.Benhelot, secrétaire du roi, et nièce de M. BerLhelot, « général des poudres et salpêtres de France. Ce dernier donna « un souper très-magnifique. Quatre tables furent servies en « même temps avec autant de propreté que de délicatesse et « d'abondance.

« Les hautbois se mêlèrent aux violons pendant le souper « et firent un concert très-agréable.

<.< L'assemblée était nombreuse ; M"^ la marquise ',de Riche- « lieu s'y trouva avec plusieurs dames de qualité. Le bal suivit. « On dansa jusqu'à trois heures du matin que se fit la cérémonie « des épousailles.

« Ces deux nouveaux mariés, accompagnés d'un grand nom- « bre de leurs parents et de leurs amis, allèrent le même jour à « Gentilly où M™^ de Beauvais, la mère, les a magnifiquement « régalés pendant trois jours. M. le baron de Gentilly est bien « fait, galant, spirituel, et s'est acquis la réputation d'estre tou- « jours un des mieux mis de la cour.

« Il est maître d'hôtel du Roy qui l'a tenu sur les fonts, et « qui, estant pleinement persuadé de ses belles qualités, lui a « voulu marquer son estime par le présent d'une somme con- « sidérable.

« Ce mariage ne peut qu'être heureux, ayant reçu l'agrément « de Sa Majesté d'une manière si glorieuse. La mariée est belle « et très-jeune. Elle a de l'esprit, de l'embonpoint, le teint d'une « blancheur éblouissante, les yeux bleus et bien fendus, la taille « aisée, les cheveux cendrés, et, pardessus tout cela, ce je ne « sais quoy qui saute aux yeux et qui est encore plus touchant « que la beauté. »

— Moins d'un an après, au mois de mai 1680, le Mercure annonce en ces termes la naissance de leur premier enfant :

« Je vous parlai, il y a un an, du mariage de M. le baron de « Beauvais avec Mademoiselle Berthelot, fille de M. Berthelot

Ta«f MONOGRAPHIES PARISIENNES.

K de Brunvillé. Cette belle personne est accouchée depuis peu « d'un garçon que le roy et la reyne ont tenu. Sa Majesté l'a « nommé Louis. M""^ de Beauvais la mère, en remerciant Leurs « Majestés après la cérémonie, demanda une grâce au roy et le « pria de ne la pas refuser à ses instantes prières. Cette grâce s< était, qu'ayant tenu le père de l'enfant qu'on venait de baptiser, « il lui plût encore en tenir le fils et le petit-fils. Elle suivait en « cela les vœux de toute la France. » {Mercure gai., mai 1680.)

— Le Mercure iCaoùt 1690, consacre à M""" de Beauvais un article nécrologique, qui nous fournit quelques détails nouveaux sur son mari et sur ses enfants :

« Elle était fille de M""" Filandre (sic) première femme de « chambre de la feue reyne mère, du roy, à qui elle avoit succédé ' « dans cette charge. Comme elle s'estoit acquis les bonnes « grâces de cette princesse, elle fit M. de Beauvais, son mari, « conseiller d'État au commencement de la régence, et il a long- « temps servi dans le conseil... » (Ceci nous paraît une galanterie du gazeticr.)

« Elle a eu beaucoup d'enfants; ceux qui se sont mis dans le « parti de l'Église, y ont rempli leurs devoirs. M. le baron « de Beauvais, maître d'hôtel du roi dès son enfance et capitaine « de Boulogne et delà Muette, est le seul qui paraît présentement « dans le monde... 11 a une sœur dans le monastère des filles « Sainte-Marie de Chaillot (Angélique de Beauvais,) qui, après « avoir été le charme de la Cour et servi la reine-mère en qualité « de première femme de chambre jusqu'à son dernier soupir, se « retira dans cette communauté, et y consacra au pied des autels « une somme considérable qu'elle avait reçue de Sa Majesté et « qui, avec une vertu à l'épreuve de tout, et des qualités admi- « râbles dans toute sa personne, aurait pu lui servir dans le % monde à choisir un parti des plus avantageux. »

Illf. Lettre de M""® de Beauvais au Chancelieu Seguiek

(mai 1667).

« Monseigneur,

« Ce net pas pour vous corompre que je prens la liberté de « vous envoyer deux pères de gans que je ne tiens pas méchants, « sachant que vous neysés (n'haïssez?) pas les bonnes senteurs. « Ce sont de selle que feu la Reyne ma metresse aymait le plus, « et je vous puis dire qu'une pere luy duret deux moix. Portés « les donc pour la mour d'elle, et pardonnés moy léfronterie « que j'ay de vous faire tout ce préambuUe lequel je finiré en « vous supliant de retracter vostre arest davant ier qui me coupe « la gorge. Lon a faict tout ce que Ion a peu au près du Roy « pour me perdre. Mon afaire il l'a toujours souteneu et men a « donné sa parolle en personne. Je suis entre vos mains Mon- « seigneur. Je vous suplie de continuer les bontés que vous « ma vez toujours faict l'honneur de me faire éprouver, et « ensuite la grasse de vs persuadé de la sensible reconoissance « que j'en ayt en calitté de

« Monseigneur

« Vostre très humble, très obeisente, très obligée servante

OC. H. B. DE Beauvais.

— Bib. Imp. MSS. F\ S' Germain Français. n° 709. T. 46. pièce 60. —

L'affaire en question est très probablement le privilège des carrosses à la suite de la Cour, concédé gratuitement par le Roi à M"^ de Beauvais, après la mort de la reine-mère. Le titre de cette exploitation, source de beaux bénéfices et de nombreux procès, demeura dans la famille pendant trois générations. M'"'^ de Beauvais rencontra d'abord pour adversaire le fermier delà messagerie royale de Versailles qui appartenait au domaine. En 1685, elle obtitit à son profit l'union des deux entreprises ; et le produit total que les concessionnaires en retirèrent jusqu'en

1QÂ MONOGRAPHIES PARISIENNES.

1714, c'est à dire dans l'espace de cinquante ans environ, est évalué à plus de deux millions par le mémoire de leurs fermiers plaidant alors en réduction du prix du bail. Toute cette affaire est longuement exposée, avec les factims et plaidoiries pour et contre, dans le Dictionnaire des arrests de Brillon, au mot Bail (in fine.)

— Jacques Brillon, Dictionnaire des arrêts, in-fol. Paris 1727. r. 1. p. 443.

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