L'hôtel de Cluny
Paris doit à des circonstances heureuses l'enviable privilège de posséder encore un spécimen unique d'une construction complète et intacte du XV" siècle. Il serait difficile de trouver dans toute la France une habitation ayant subi si peu de remaniements, offrant à l'artiste autant d’enseignements, à l'historien et à l'amateur autant de souvenirs mémorables, que cet Hôtel de Cluny, qui fut à Paris le pied-à-terre des Abbés de la riche et puissante congrégation dont il porte le nom. Des hasards extraordinaires en écartèrent les mains impies qui, plus d'une fois, ont failli faire disparaitre le chef-d'œuvre que l’on doit à
Pourtant, aucune des descriptions, aucune des histoires qui
en ont été faites, ne forme un travail complet, bien que l'Hôtel
de Cluny ait été l’occasion d'une suite d'écrits que nous
avons utilisés. Deux noms s'y détachent entre tous : celui de
M. Du Sommerard père et celui de M. Albert Lenoir. Leurs
AR travaux sont précieux ; malheureusement le premier, dans les notes si consctencieuses qu'il a publiées dans son livre sur les Arts au Moyen-Age, abonde en digressions et, d'ailleurs, la partie graphique est de peu d'importance en ce qui concerne le monument méme que nous entreprenons de décrire. M. Lenoir a fait paraitre ses dessins sur l'Hôtel dans la Statistique monumentale; mais les ressources dont il disposait ne lui ont permis que de donner les ensembles et non une monographie complète. Nous avons pu, grâce à lui, indiquer, dans la description des planches, les parties dues à la restauration qu'il conduisit avec une habileté consommée, après avoir sauvé cet Hôtel de la ruine ; c'est un élément précieux qui fait le plus souvent défaut pour d'autres monuments, et qui présente un très sérieux intérêt. Nous avons donc refait complètement l’histoire et la description de cet Hôtel. Pour établir notre texte, nous avons recouru aux sources mêmes, aux chartes, aux comptes, aux actes royaux où à ceux de l'Abbaye de Cluny. Nous nous sommes rendus au berceau de la congrégation, dont les précieuses archives ont été malheureusement dispersées : on ne trouve plus aucun renseignement dans la petite localité du département de Saône-et-Loire. Nous avons tiré des faits nouveaux de la comparaison et du contrôle réciproque de ces documents divers, ainsi que des travaux des historiens qui ont écrit sur Paris, sur la congrégation, ou sur l'Hôtel. Plusieurs points particuliers, étudiés dans les brochures et dans les revues, n'avaient pas encore été utilisés au profit d'une histoire d'ensemble. Nous avons enfin essayé, pour la première fois, un résumé chronologique de l'histoire de cette
habitation.
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Nous avons donné une grande importance aux planches, et, pour la première fois, tous les détails de cette construction se trouveront reproduits. Nous nous sommes efforcé d’en rendre l'effet pittoresque par des vues perspectives et de faire apprécier l'élégance des proportions par des dessins en géométral. De la sorte, le livre sera utile à la fois à l'amateur qui se complaït dans l'amour des belles choses, au lettré, à l’érudrt, enfin à l’homme de l'art, qui pourra y puiser des éléments pour la pratique de sa profession. Nous avons cherché à tnaugurer également un mode de gravures d'architecture plus chaudes de ton et ayant plus de coloris qu'on en rencontre généralement dans ce genre d'ouvrages, tout en conservant la précision des lignes et la pureté du profil.
A nos dessins sont venus s’adjoindre ceux que M. Albert Lenoir, membre de l’Institut, a exécutés et qu'il a bien voulu nous autoriser à reproduire. L’eau-forte et la gravure sur bois ont été mises à notre disposition par notre éditeur, qui n'a reculé devant aucun des sacrifices nécessaires à la production d'une œuvre sérieuse.
Dans l'explication des planches, nous avons indiqué le motif d'intérét spécial qui s'attache à chacune d'elles, écartant les descriptions en forme d'inventaire, auxquelles le nombre de nos dessins supplée avec avantage et précision.
Nous n'avons voulu produire aucune affirmation sans donner la preuve à l'appui. Nous avons consigné ces témoignages dans des notes et dans le chapitre spécial des pièces justificatives afin que notre texte conservät sa clarté.
Tel est l'ouvrage que nous soumettons à la bienveillance du
public. Nous serions heureux si ce livre pouvait fournir quelques
te nouveaux documents à l'histoire de l'habitation en France, sujet sur lequel les hommes spéciaux ont st souvent déploré l'absence d'études approfondies. Nous nous sommes proposé également de contribuer & ce mouvement, chaque jour plus général et plus irrésistible, qui pousse nos compatriotes à s'intéresser aux monuments de nos cités. Nous avons pu nous en convaincre par les chaleureuses adhésions que nous reçümes lorsque nous primes l’initiative de la création de la Société, maintenant florissante, des Amis des Monuments Parisiens. Son premier Président fut précisément M. Albert Lenoir, qui avait sauvé l'Hôtel de Cluny de la destruction.
Un Anglais fit en 1826 à M. Le Prieur, alors propriétaire, des propositions avantageuses pour acheter l'Hôtel, qu'il voulait transporter et rebâtir en Angleterre. M. Le Prieur refusa patriotiquement ces offres. C’est un trait de désintéressement que nous sommes heureux de pouvoir citer.
Paris est fier avec raison de posséder cette œuvre d'art. Elle est due, ainsi que bien d'autres merveilles de notre architecture nationale, à la famille d' Amboise, qui a laissé une trace glorteuse dans les annales de l'art français.
Notre ouvrage rappellera aussi quelques faits importants de notre histoire, entre autres cet acte de la reconnaissance d'un peuple qui, sous la conduite de Jacques F, roi d'Écosse, vint secourir François [”, « sans en étre prié, alors que la situation critique de la France fit ressouvenir au souverain étranger du bien qu'il en avait reçu.» Exemple peu commun, sur lequel il est doux pour un Français de Jermer la préface d'un livre destiné à décrire
une habitation essentiellement française que les écrivains du temps
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qualifièrent d'admirable, épithète à laquelle nous pouvons ajouter
celle de rare, en raison de toutes les dévastations accomplies
däns le cours des siècles.