‹ L'hôtel de ClunyChapitre 24 sur 84 · Livre xxv, pages · texte numérisé non relu

Livre xxv, pages

3. Aubery, Histoire de Mazarin, 1688, 2 vol. in-16, t. I*, p. 62. Voir aussi Sauval, Antiquités de

Paris, t. II, p. 105; Amédée Renée, Les Nièces de Mazarin, 1857, p. 442 des pièces justificatives. é 6

cérémonie, il se rendit « à l'hôtel des Nonces, rue des Mathurins ». Aubery, qui nous raconte ce fait, était à même d’être bien renseigné. Poursuivant alors nos recherches, nous avons pensé que le récit de cette entrée pouvait se trouver dans un journal du temps, puisque c'était alors l’époque des débuts du journalisme en France. Nous avons été assez heureux pour trouver en effet ce récit, et nos lecteurs verront sans doute avec plaisir, dans les Pièces justificatives, « la coupure » que nous faisons dans la Gazette Renaudot de 1634.

Le 27 novembre 1634, Mazarin reçut la visite du sieur de Liencourt, venu au nom du roi, et du comte d'Orval, qui se présentait de la part de la reine. Le 5 décembre 1634, les mêmes seigneurs vinrent le prendre dans les carrosses royaux pour le mener à Saint-Germain. Mazarin, d’ailleurs, ne resta pas à Paris tout le temps que dura sa nonciature. Pendant une maladie, notamment, il habita, à Rueil, le château du cardinal de Richelieu, qui l'y combla de prévenances.

En 1636, le nonce extraordinaire fut rappelé et dut quitter Paris. Il y revint en 1640, mais pour recevoir les titres et pouvoirs d'ambassadeur extraordinaire pour le roi en Italie. Il s'installa alors à l'Hôtel de Clèves, rue du Louvre ".

L'un des nonces, Nicolas, archevêque d'Athènes, a laissé des traces de son séjour par une inscription qu'on voit dans l'angle de la chapelle, du côté de la cage d'escalier; elle montre que ce nonce, qui appartenait à la famille célèbre des comtes Guidi de Bagne?, habitait l'hôtel en 1644. M. Albert Lenoir nous a rapporté qu'il avait vu les armes des cardinaux, le grand

chapeau rouge à glands, peint à la façon des grands décors italiens, en rouge

4. De 1628 à 1644, Mazarin occupa successivement l'Hôtel Saint-Paul, l'Hôtel de Cluny, l'Hôtel de Clèves, la Basse cour du Palais-Royal.

2. Le Journal des Guerres civiles de Dubuisson-Aubenay (1648-1652), édité par Saize, nous prouve, t. I, p. 171, que Nicolas était encore à Paris en février 1649. On y voit aussi qu’il dut différer son départ de Paris aux jours suivant le 19 septembre 1650 (p. 327-329), dans l'attente de l’arrivée des passeports de l’archiduc. En 1652, un nonce du pape y prend la défense de Mazarin, t. Il, mais on ne dit pas son nom. En 1657, Nicolas faisait partie du Sacré Collège. Il mourut très âgé, à Rome, en 1663.

au dessus des portes en accolade qui se trouvent dans les deux salles du | premier étage *. Il les retrouva sous les papiers de tentures, lors de la restau- | ration de l'Hôtel; M. Lenoir voulut les maintenir, mais M. Du Sommerard || fils les fit badigeonner à son insu. |

M. Du Sommerard père ayant dit, dans une brochure ?, que l'Hôtel devint |] le séjour des Sœurs de Port-Royal-des-Champs, les auteurs qui ont écrit sur | Cluny n’ont pas manqué de reproduire cette erreur; lui-même la rectifiée | dans son livre sur les Arts au Moyen-Age *. I avait rapporté ce fait d’après | les historiens de Paris; Sauval, en effet, est l’auteur de cette inexactitude, à (|| laquelle il avait été conduit en lisant dans le manuscrit Clugny au lieu de LU Le Clagny. En effet, leur abbesse Angélique Arnaud fit acquisition d’une grande | maison, ayant un assez vaste enclos, le tout nommé Hôtel de Clagny et non de | Clugny “; elle y fonda un monastère qui devint fortriche en très peu de temps *. |

Ici commence une période s'étendant entre la fin du xvne et le commen-

| | | | | | | cement du xvrme siècle, sur laquelle on possède peu de renseignements. Il | est utile de connaitre les noms des abbés de Cluny pendant cette période, Il | bien qu'on ne puisse dire s'ils fréquentèrent l'Hôtel. |

À Claude de Guise succéda, en 1612, le cinquante-unième abbé, Louis | de Lorraine, qui, né le 21 janvier 1575, mourut le 21 juin 162r. Ses mœurs [l étaient également des plus douteuses. Avant même d’être abbé, il s'était uni | à son amie Charlotte Des Essarts, la maitresse délaissée de son roi Henry IV, | et ne rêvait qu'exploits et brillants faits d'armes. il

On ne peut établir que la maison de la rue des Mathurins ait été occupée fil

par les successeurs de cet abbé de Cluny.

provenant de Troyes; l’autre est la salle rendue célèbre par les couronnes de Guarrazar. 2. La notice anonyme de l'Hôtel de Cluny, publiée en décembre 1834 chez Ducollet. 3. Tome I, page 303.

4. Mémoires historiques du Palais-Royal, t. I, p. 224. 5. Amédée Renée, Les Nièces de Mazarin (pièces justificatives, p. 442), a rétabli aussi la vérité et

|| 1. L'une de ces pièces est celle dite des émaux où se trouve la grande cheminée Renaissance (n° 1897), | rappelé que l'Hôtel où se réfugièrent les persécutées de Port-Royal se trouvait au haut du faubourg

Saint-Jacques.

6. Les chefs des Clunisiens furent, durant cette période : 52° abbé Jacques de Veny, d’Arbouze,

1622; 53° Richelieu, 1629; 54° Armand de Bourbon, prince de Conti, 1642; 55° Renaud

L'un des habitants de l'Hôtel, Nicolas, nonce du pape, soutint énergi-

Niche au dessus de la porte d'entrée du grand escalier en tourelle.

quement dans ses luttes contre ses adversaires Mazarin !, l’ancien nonce, devenu abbé des Clunisiens.

Auparavant, en 1629, le grand Richelieu fut mis à la tête des Clunisiens, mais nous ne croyons pas qu’il ait jamais habité la demeure qui fait le sujet de ce livre ?.

Nous manquons complètement de renseignements jusqu’en 1747. Alors l’astronome Delisle ou de l'Isle, doyen de toutes les académies, transporta dans la tour octogone de l'escalier l’observatoire qu'il avait dans la coupole du Luxembourg. Lalande, qui avait été mis en pension chez un procureur qui habitait l’hôtel, obtint en 1748 de Delisle d'assister et de coopérer à ses observations. L'observatoire de Cluny devint célèbre, dit Delambre, par les travaux de Messier *.

En 1750, le docteur anglais Maïhows visita Paris qu'il décrit dans une partie d’un grand voyage qu'il publia en 1763. Sa première lettre nous le montre inquiet de savoir si la capitale répondra à la grande idée qu’il en a conçue. Le hasard veut qu’il tombe,

tout d’abord, « je ne sais comment, dit-il, sur un objet

d’Este, 1661 ; 57° Henri II de Bourbon, 1672, — Paul Pellisson, pendant l’interrègne, fut chargé d’admi-

nistrer l’abbaye; 58° Emm.-

Théodore de la Tour d'Auvergne, cardinal de Bouillon, 1683 ; 59 Henri

Oswald de la Tour d'Auvergne, 1713; 60° Frédéric-Jérôme de la Rochefoucauld, 1747; 61° Dominique

de la Rochefoucauld, mort à Munster en 1800. Ces dates sont celles de l'élection ou de la nomination

de chaque abbé.

1. Dubuisson-Aubenay, Journal des Guerres civiles, édité par Saize, t. Il.

2. En effet, T. Dussieux donne, dans son livre sur le Cardinal de Richelieu la liste des habitations

qu'il occupa ; celle de Cluny n’y figure pas, et l’on voit que, pendant son abbatiat, il logea au Petit

Luxembourg et au palais Cardinal ou Royal.

3. Nous n’avons pas l'intention de relater ici le fatigant récit de toutes les célèbres observations

he I qui ma donné beaucoup de satisfaction, quoique je ne me ressouvienne pas d'en avoir jamais entendu parler. Je voulais aller dans le quartier de Saint-Germain; celui qui me conduisait me montra en passant l'Hôtel de Cluni, maison appartenant à l'ordre de Cluni, bâtie à peu près du temps de Louis XIII. » Il n'en dit pas plus, puis il décrit les Thermes qui le | saisissent. Il s’indigne que, dans un quartier si célèbre, consacré à l'étude, on apprécie si peu ce bâtiment et qu’on le consacre à de vils usages. C'était un précurseur des membres de la Société des Amis des monuments parisiens. |] Quant à son assertion singulière, relative à l'époque de la construction, il n'y a pas lieu de s’y arrêter, mais il est bon de remarquer qu'en 1750 la possession de l'Hôtel par l’ordre de Cluny est un fait de notoriété publique.

En 1758, il était occupé, dit M. Du Sommerard père, par le procureur }}

astronomiques qui furent faites à l'Hôtel de Cluny. L'idée nous est venue de rechercher dans les Mémoires de l’Académie des sciences les observations qui y furent rapportées. Le résultat en a été publié dans | les volumes parus pendant les années 1752 à 1817. On voit en tête de chacun de ces mémoires que le I lieu d'observation y est relaté comme étant « l'Observatoire de la Marine en l’hôtel de Cluny. » Les | découvertes furent nombreuses et importantes; elles eurent lieu pendant une longue suite d'années, | comme on pourra s’en convaincre par la lecture de notre Essai de Chronologie. Nous avons pu rétablir

par ces moyens la nature et l'heure de chacune de ces observations, qui sont pour cette demeure un

motif d’intérêt tout spécial trop peu mis en lumière. Nous avons pu reconstituer jusqu'au matériel de l’observatoire de Cluny. |

Indépendamment des découvertes d’éclipses, de comètes, qui furent faites de la grande tour de l'hôtel, nous tenons à signaler particulièrement le grand froid qui vint à sévir en janvier-février 1776, un des | plus rigoureux qu’on eût étudié jusqu'alors à Paris. Il fournit à Messier l’occasion de faire dans l'hôtel j des observations importantes et d’y rédiger un mémoire du plus haut intérêt. Ce travail, publié par | l'Académie des sciences, renferme un grand nombre de données historiques et de faits d'expériences, | D'ailleurs, l'hôtel était alors couru par tout Paris. « Le grand froid, nous dit Messier, intéressait généralement les habitants de la capitale. Les matins, un grand nombre de personnes se rendaient | chez moi pour avoir le degré de froid, et je fus obligé de mettre chez.le portier de l'hôtel de Cluny | un bulletin qui contenait le degré de froid observé. On y venait en foule pour le copier et le répandre ensuite dans la capitale. »

Pingré fit aussi des observations dans l'Observatoire de la Marine, C’est de la guérite en pierre qui termine la tourelle, que pendant cinquante ans Messier observa le ciel; Louis XIV le surnomma le

: (nl furet des comètes, en raison de toutes les découvertes qu’il fit. Pourtant en 1793, ce grand savant perdit 1} | à sa pension de l'Académie et le traitement de 1.000 fr. qu'il recevait de la Marine, qui cessa, en même | I] temps, de payer le loyer de son observatoire. Delambre, qui rapporte ces faits, vit venir Messier plusieurs | |

EC a . . a . | fois chez Lalande pour y renouveler la provision d’huile qu’il avait consommée pour ses observations (l nocturnes. Nous sommes heureux de pouvoir ajouter que Messier termina dans l'hôtel sa belle carrière |

RER : - 5 | en 1817, après avoir été remis en possession de ses traitements.

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