CHAPELLE
Nous ne décrirons pas l’état ancien de ce ravissant morceau d’architecture puisque nous l'avons fait en reproduisant le récit de Piganiol, page 47. Un maçon qui demeurait dans l'Hôtel fut sur le point de démolir cette chapelle sous la révolution”. Un Anglais voulut la transporter en Angleterre?.
On remarque, dans la chapelle basse, le pilier central; son chapiteau est un document des plus importants pour l’histoire de cet Hôtel. En effet, on y voit les armes de Charles VIII qui fixent la date de la construction de l'Hôtel. De plus, l’écusson de Jacques d'Amboise palé d’or et de gueules, avec la crosse abbatiale en amortissements, y est représenté soutenu une première fois par deux anges, et une seconde fois accosté par deux hommes sauvages. Le chiffre du roi régnant Charles VIIT est surmonté d’une couronne pareille à celle de la rosace de la Sainte-Chapelle du Palais. Les supports de son écu sont deux anges à longues robes, à grandes ailes demi déployées, ainsi que le faisaient faire souvent les prélats de cette époque ; ils sacrifiaient à la mode du temps en faisant porter un autre écusson par deux sauvages. Au xv* siècle, en effet, le sauvage était un personnage en vogue. Le sauvage velu est essentiellement gardien. On le voit au xiv* siècle chargé de tenir l’écu de France sur différents méreaux : armé d’une épée, comme le roi sur les écus d'or, il semble préposé à la garde de l'emblème national. On peut lire, d’ailleurs sur l'emploi des figures velues au Moyen-Age, la savante dissertation de M. de Longpérier*. Le sauvage est ordinairement armé d’un arbre déraciné ou d’une énorme massue : c’est ainsi, du moins, qu'on le figure presque partout; mais, ici, le sculpteur semble avoir voulu s’écarter de la voie commune : un sauvage y parait armé, portant d’une main un ais mal taillé et de l’autre
un long croc de fer terminé en griffe de lion, absolument semblable à ceux que
1. Voir p. 48 et la Notice sur l'Hôtel de Cluny, Paris, Le Prieur, 1841. 2. Voir page 50. — Voyez page 20 le chapiteau dont il est question. 3. Œuvres complètes de Longpérier, mises en ordre par M. Schlumberger, tome IV, page 236.
les peintres en miniature prêtent aux démons dans les dessins de leurs missels de cette époque.
Les consoles ne sont point richement ornementées comme le chapiteau. Les sculptures qui les décoraient ont été grattées : une seule reste encore et ne présente qu’un faible intérêt : un homme à longue barbe, coiffé d’un ample bonnet, vêtu d’une large robe qu’une cordelière sépare par le milieu, y est représenté tenant un phylactère.
On monte au premier étage par un escalier à vis, bordé d’une rampe que couronne une balustrade. Elle a été retrouvée par M. Lenoir dans la maçonnerie qui enfermait la cage de l'escalier. Il trouva, lors de la démolition de ce pan de mur, tous les éléments de la restauration de cette balustrade qui donne à ce coin un cachet d'élégance tout particulier ; la piquante originalité de son ajustement en fait un des plus heureux détails de l'édifice.
M. Paul Bœmvwillwald a refait complètement à neuf cette balustrade en septembre 1887. On débouche de l'escalier dans la chapelle par une porte étrangère à l'Hôtel et dont il est parlé à la fin du présent chapitre.
La chapelle haute servit au début du siècle d'amphithéâtre de dissection; la disposition de l’'amphithéâtre rapprochait alors les derniers bancs des corniches. Certain docteur se vantait vers 1830 d’avoir contribué à faire disparaitre avec son scalpel, en attendant mieux, les armoiries qui garnissaient les douze consoles à présent à nus qui devaient porter les armes des d’Amboise. La chapelle haute devint ensuite une salle de cours de pharmacie, puis un atelier d’infirmerie ".
La chambre de la reine Blanche fut transformée alors en prétoire de section ; ce fut probablement celle qui prit le nom de Marat.
L’absidiole de la chapelle est éclairée au premier étage par trois fenêtres doubles garnies de vitraux, mentionnées au catalogue de 1883 sous les n% 2006, 2012. Ces panneaux de verre, peints au xvr* siècle, sont de provenance
différente ; un seul d’entre eux, le Portement de croix, appartient aux ver-