‹ L'Hôtel de Rambouillet [microforme]Chapitre 2 sur 5 · CREME ES · texte numérisé non relu

CREME ES

composition, livré par un intime, qu’elle lui montra dans

le volume, après qu'il leut récité à la compagnie ? Il s'expliqua si pen le tour. qu’il s’imagina avoir appris d’un autre, ces vers de son cru, et demeura longtemps mystifié avant qu'on l’éclairât.

Ainsi s'amusait cette aimable compagnie. Je vous fais grâce des énigmes, des devinettes où triomphait l’abbé Cotin, des travestissementset dialogues mythologiques, où grâces, nymphes et “ déités ” de toutes sortes rivalisaient de beauté, de grâce et d'esprit.

Le gracieux essaim des dames et des demoiselles de son entourage pouvait fournir de dignes figurantes à tous ces spectacles, des interprètes intelligentes aux comédies qu'on jouait chez elle, des causeuses fort agréables et fort appréciées aux conversations les plus spirituelles et les plus littéraires.

J'ai déjà nommé, en même temps que son frère, Mille de Scudéry, l’auteur des si longs romans que vous savez, qui inaugurera chez elle les fameux ‘“ samedis,” où les défauts précieux iront se développant à l’excès. Voici la duchesse d’Aiguillon, la nièce de Richelieu, la fondatrice de notre Hôtel-Dieu de Québec, d’une bonté égale à un très solide et brillant esprit ; Madame la princesse de Condé, mère de M. le Grand, la dernière passion d'Henri IV, type accompli de grande dame ; sa fille, Mlle de Bourbon, bientôt Mme de Longueville, âme passionnée, vaillante, malheureuse pendant un temps et coupable, pénitente à la fin, et si intéressante toujours que la vanter, même en passant, semblerait banal ; Mile du Vigean, qui inspira au vainqueur de Rocroy un sentiment si véhément et si pur ; Madame de Sablé, l’amie de Mlle de Bourbon, de Madame de Saint-Maur et de Julie d’Angennes, type de précieuse héroïque, à l’espagnole, qui,

après avoir été passionnément aimée du brave et infortuné

Montmorency, cessa de le voir, dès qu’elle eut appris qu’il

avait levé les yeux sur la reine, “ne pouvant recevoir agréablement des respects qu’elle avait à partager avec la plus grande princesse du monde,” disciple de Port-Royal, sous les murs duquel elle vint finir ses jours; Mlle Paulet que je vous ai déjà présentée ; Madame de Lafayette,la dernière amie de La Rochefoucault, dont elle adoucit les maximes, le délicat auteur, avec sa collaboration, de la Princesse de Clèves, qui fait époque dans l’histoire du roman de sentiment ; Madame de Sévigné, plus jeune, dont le règne commence plus tard, mais qui vient apprendre là ce don de converser agréablement qu’elle transportera dans sés incomparables lettres, et admirer Voiture qu’elle définira un jour ‘“ un esprit libre, badin, charmant” (lettre du 24 novembre 1679); Julie d'Angennes, enfin, la “ princesse Julie,” qui fut, auprès de sa mère, la seconde reine de cette cour brillante, l'autre muse inspiratrice de tant d’hommages idolâtriques, de tant d’enthousiasmes lyriques en vers et en prose. Elle eut l'honneur de partager avec sa mère l’épithète “ d’incomparable,” que Fléchier lui a maintenue dans son oraison funèbre ; et son nom se rattache à une invention galante, restée célèbre dans l’histoire de la société précieuse : la Guirlande de Julie. C’est un cahier d'une centaine de feuillets, contenant, un par feuillet, vingt-neuf fleurs peintes et soixante et un madrigaux, adressés à Julie par autant de fleurs qui célèbrent ses vertus et ses charmes, les sentiments qu’elle inspire, le désespoir que causent ses froideurs, tout ce que peut,en un mot, inspirer à des poètes de salon, plus ou moins en veine, le désir ou l'obligation de plaire à une femme universellement admirée et aimée. Je ne citerai qu'un seul de ces hommages, passablement banals: non qu'il ait plus de valeur que les autres, mais parce qu’il nos livre le secret de ce poétique assaut de galanterie :

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