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L'HOTEL DE RAMBOUILLET 31 LE SOUCY, MADRIGAL

Si l’on vous donne un œillet, une rose, Je vous veux présenter aussy Un triste et languissant soucy ; Le sort ne me laisse autre chose ; Je souffre une telle douleur De vous offrir la moindre fleur, Qu'on verra dans votre couronne Que je deviens ce que je donne.

Le madrigal est signé: M. le marquis de Montausier. Vous comprendrez sa piainte et l'emblème dont il enveloppe son triste hommage, quand vous saurez que depuis huit ans déjà il soupirait après une parole de Julie, qui lui permit d'espérer sa main. Je ne sais si les quatorze madrigaux qui représentent sa part dans ce concours, eurent le don d’adoucir la cruelle ; mais, en tout cas, le procédé était délicat, et l'hommage offert à Julie Lucine d’Angennes, au jour de sa fête, le 22 mai 1641, n’était pas de nature à lui déplaire.

Cette constance dans une affection profonde et respectueuse, ces attentions si longtemps multipliées fléchirent enfin sa résistance, et quatre ans plus tard, seulement, elle accorda sa main à cet homme de mérite, qui avait été un vaillant militaire et qui occupa toute sa vie, dans le gouvernement du royaume, les charges les plus honorables, jusqu’à celle de gouverneur du Dauphin, pendant que la duchesse, sa femme, devenait première dame d'honneur de la reine. La réputation de la duchesse a souffert de certaines complaisances, au moins de certains silences auxquels sx situation l’exposait au temps de la faveur de Madame de Montespan ; et l’on regrette que son élévation l’ait privée d’une gloire aussi pure que celle de sa mère. L’ambition et le souci de se maintenir en place sont un périlleux écueil aux plus belles natures, et il ne semble pas que !?” “incomparable Julie” y ait pleinement échappé. Tenons-la toutefois, avec M. Cousin, pour “un

esprit très rare, et au premier rang des femmes éminentes de Ja première moitié du XVIe siècle.”

Si sœur, Angélique-Clarisse, la plus jeune des cinq, et seule restée dans le monde avec elle—les trois autres entrées en religion, l’une, Claire-Diane, devenue abbesse d’Hyères, pour son malheur et la plus grande peine de sa famille—n’était pas à beaucoup près aussi aimable qu’elle et que leur mère. La préciosité très légère de la marquise s’accusa sensiblement chez cette filleule de Mlle Paulet, au point qu’on en faisait des gorges chaudes. Un gentilhomme, au dire de Tallemant, prétendait qu'elle s’évanouissait, lorsqu'elle entendait un méchant mot ; un autre, lui parlant, hésita longtemps à prononcer le mot d'avoine et s’écria, au sortir de cette corvée : “ De par tous les diables, on ne sait comment parler céans”. (1)

Elle épousa, en 1658, M. de Grignan, qui devait se consoler de sa mort, après un second veuvage, avec la fille de Madame de Sévigné. (C'était une enfant terrible, volontaire et capricieuse, qui, entre autres aversions, avait celle des longs sermons, si l’on en croit le bon Godeau, cet évêque de Grasse et de Vence, un des meilleurs amis de la famille, et l’un des plus assidus entre ces «lésiastiques tout à la fois pieux et hommes de très bon: compagnie, que cette société comme-il-faut, était heureuse d'associer à ses divertissements distingués.

Il nous faut maintenant prendre congé de cet aimable et beau monde. Je ne sais si J'ai réussi à vous le faire aimer tel qu’il le mérite, dans cet essai d’évocation qui l’a fait, ce soir, défiler si rapidement sous vos yeux. Il ne me plaît pourtant pas de le quitter au seuil de ses salles de fête, au milieu de quelque réunion brillante ou d’une discussion animée sur le mérite respectif de la Belle Matineuse de Malleville et de celle de Voiture, ou du sonnet de Voiture à Uranie, comparé à celui de Benserade sur

(1) Tallemant, t. 2, p. 251.

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