RATE 07 ROUE PE CESCRE PS SES
Job. Je voudrais m'arrêter sur une impression plus sérieuse et plus profonde, qui rattacherait cette superficielle étude à quelque point de vue élevé de la vie humaine et de la destinée chrétienne ; et il me semble la trouver dans une petite scène d'intérieur de la vie déclinante de la noble marquise.
C’est après 1652. Elle a dépassé soixante ans. Elle est entrée avant dans cet âge où une femme qui n’a pas autre chose que de la beauté et du monde, voit peu à peu les admirations et les attentions s'éloigner d’elle, et son cœur, s’il n’a pas en lui quelque bien plus profond, regretter, sans les remplacer, les hommages et les amusements disparus. Son gendre et sa fille, les Montausier, viennent de compléter, dans l'hôtel maternel, un appartement somptueux et commode, qu'ils habiteront avec leur fille, et le premier soir de leur installation, la duchesse donne à souper à sa mère et ses deux sœurs, l’abbesse de Saint- Étienne de Reims et la future Madame de Grignan, qui servent leur mère. Le deuil les environne et pèse sur leur âme : celui de l’enfant, enlevé si jeune par une horrible maladie; celui du fils aîné, mort bravement dans une glorieuse bataille, au service du roi; celui, plus récent et plus désolant, de l’époux si tendrement, si fidèlement aimé, pendant une union de cinquante années, étroitement et profondément vécue à deux, et le pénible souvenir, qui la hante toujours, de cette fille orgueilleuse qui scandalise Le cloître et le monde par ses prétentions et ses révoltes.
Et pourtant cette femme a été belle et elle l’est encore. Elle a inspiré des affections profondes, des fidélités inébranlables. Elle a régné sur les esprits et sur les cœurs de deux générations d’hommes élégants, chevaleresques, spirituels, empressés à ses pieds, pour qui ses désirs étaient des ordres, ses sourires des encouragements et des récompenses; de femmes aimables, séduisantes, admirées et
adorées comme elle, heureuses de devoir à son hospitalité une partie de leur succès, d'accepter son amitié comme une faveur et de l’admirer elle-même sans réserve et sans Jalousie.
Et malgré toute cette gloire, et cette royauté véritable, et les restes de splendeur qui illustrent encore sa demeure, elle sent les années qui infléchissent son front, les infirmités qui endolorissent ses membres, la mort qui s'approche et qui viendra bientôt coucher ses restes inanimés sur ce lit majestueux de la ‘“ chambre bleue” où elle à recu, comme sur un trône, des hommages que plus d’une reine aurait enviés.
Cet envers et ce déclin des splendeurs mondaines ont leur tristesse, leur charme et leur vivifiante leçon.
Leur tristesse, parce qu’ils nous saisissent par ce vide et ce néant que l’on sent au fond de tout ce qui brille et passe, et par l’impression que le monde et la vie entière ne sont qu'un vaste palais qui s’effrite et dont nous sommes nous-mêmes comme des commencements de débris. Leur charme, parce qu’ils nous révèlent derrière la scène, où les acteurs et les figurants s’agitent et paradent aux yeux du parterre, certains coins discrets, intimes, profonds, où les âmes hautes et pures se recnerchent et se rencontrent, dans la joie d’épanchements qui consolent des deuils et des épreuves, et qui fortifient pour les œuvres sérieuses d’une existence qui ne saurait avoir en elle-même sa raison d’être et son aboutissement. Leur vivifiante leçon, parce que, lon voit, dans une vie tout entière inspirée par l'amour du vrai, du bien et du beau, l’importance d'élever ses désirs et ses espérances au-dessus de soi, de les prolonger au delà des bornes d’un étroit individualisme.
Dans Madame de Rambouillet, dans son hospitalité, dans sa société, ce que nous admirons, ce que nous aimons encore, après deux siècles, c'est ce qu’elle a fait pour les lettres et les mœurs, pour l'élévation et l'amélioration
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