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chartrain, indigné, écrivit à M. de Torcy, ministre et secrétaire d'État, pour que la chose fût rapportée au roi et pour qu'on lui donnât les ordres de Sa Majesté afin de les transmettre à d'Argenson. Cependant, de toute cette correspondance qui dura encore quelques jours, rien ne semble être résulté pour faire cesser ce jeu qui se tenait toujours à Thôtel du Pérou, sous le nom du prince de Transylvanie.
Mais si Ton n'écrit plus à l'abbé de Brenner, il continue, lui, à écrire pour demander encore de l'argent et ses lettres sont de plus en plus rapprochées et de plus en plus pressantes, pour son prince, pour les gentilshommes de sa suite et pour lui-même, à qui il faudrait un bénéfice auquel il a bien droit, car il est naturalisé, sans ressources, et n'a, de plus, aucune vocation pour la vie monacale qui va être sa dernière ressource.
En avril 17 14, le prince de Transylvanie est obligé de changer de domicile et il n'a pas de quoi payer son loyer avant de déménager. Il solHcite, à cet effet, le duc d'Orléans d'ordonner le paiement d'une ordonnance qu'il a sur le trésor royal. C'est probablement à ce moment qu'il loua l'hôtel du quai Malaquais.
Il y demeura, comme le prouve la pièce suivante, ou plutôt sa suite y demeura jusqu'en 1716, car luimême nous dit dans ses mémoires qu'il s'était installé d'abord à Passy, puis, peu de temps après, à
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Clagny, afin d'être plus à portée de la cour, dont il partagea d'abord tous les plaisirs. Mais ses profonds sentiments religieux le portaient vers une vie plus retirée. Une circonstance fortuite le conduisit un jour au couvent des Camaldules de Grosbois, près de Boissy-Saint-Léger, et ce cloître exerça sur lui une telle attirance, qu'après y avoir fait des visites de plus en plus fréquentes, dès 17 14, il finit par louer tout à côté une petite maison, où il séjournait la plupart du temps^ prenant part à tous les exercices des religieux.
Nous citerons en entier la pièce dont nous venons de parler, car elle est parfaitement explicite et nous fixe définitivement sur l'origine du nom de Transylvanie. Elle est de l'écriture bien reconnaissable de l'abbé de Brenner, ex-ministre plénipotentiaire du prince de Transylvanie, à Paris, actuellement son secrétaire ou homme d'affaires :
« Pour M. le prince de Transylvanie, le 27 mars
« Il supplie Son Altesse Royale d'avoir égard, non seulement à la triste situation de ses affaires qui n'est que trop connue et dont le retardement des paiements est la cause, mais encore à la nécessité où il se trouve actuellement de vuider incessamment la maison appelée l'hôtel de Transylvanie et de loger ailleurs un nombre de personnes qui ont rendu ser-
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vice à la cause commune : ce qu'il a résolu de faire, tant pour la convenance qu'à cause que le jeu cidevant établi dans ladite maison lui devient trop à charge. Et comme ce changement ne peut se faire sans argent comptant et que, d'ailleurs, il est extraordinairement importuné par le nombre de ses créanciers, il supplie Son Altesse Royale d'ordonner que le paiement entier d'une ordonnance sur le trésor royal lui soit fait sans délais. Comme Son Altesse Royale l'a honoré d'une réponse favorable sur les instances qu'il a faites depuis peu pour l'abbé Brenner de Wanguen, à qui il a toujours fait espérer un asile et établissement en France, il réitère ses instances en faveur dudit abbé et supplie Son Altesse Royale de vouloir bien se souvenir de lui dans la nomination qu'elle fera aux bénéfices qui vaquent. »
[Arch. des aff. étr. Fonds de Hongrie-Transylvanie, année 1713, fol. 192.]
Cette note, datée du 27 mars 17 16, coïncide parfaitement avec les titres de propriété où il est établi que le jour de la Saint- Rémi, c'est-à-dire le i" octobre 17 16, M. de Boistissandeau donnait à bail, pour neuf ans, sa maison du quai Malaquais, dite hôtel de Transylvanie, au sieur Geoffroy Sinet, officier de Son Altesse Royale Monseigneur le duc d'Orléans, et à damoiselle Marie-Magdelaine Michault, son
épouse, moyennant 4,000 livres de loyer. L'acte avait été signé le 10 décembre 171 5.
Il semble qu'au nombre de ces créanciers qui importunaient tant le prince de Transylvanie, devait sans doute se trouver M. de Boistissandeau, qui ne devait pas être fâché de se débarrasser d'un locataire si à court d'argent.
D'après l'état général des officiers de la maison de feu S. A. R. Mgr le duc d'Orléans (i), ce Geoffroy Sinet était valet de pied à vingt-deux sols par jour, pour nourriture, souliers, linge et logement.
Comment ce valet succède-t-il à des conseillers^ à un duc, à un maréchal de France, à un prétendant ? Cela paraît bien invraisemblable, et ce qui se présente naturellement à l'esprit, c'est que cette location était fictive et que Geoffroy Sinet n'était qu'un prêtenom pour quelque grand seigneur, qui profita de ce que l'hôtel de Transylvanie était connu et achalandé comme maison de jeu pour y continuer cette lucrative exploitation; il est possible, du reste, que les Sinet aient été les gérants de ce tripot, qui ne semble pas avoir duré longtemps et qui fut peut-être transformé en hôtel garni.
Or, c'est à cette époque que remontent les faits racontés par l'abbé Prévost dans son roman de Manon Lescaut. Et il ne faut pas oubUer que l'histoire de Des
(i) Bibl. nat., Lf» 4.
Grieux n*est autre chose que Tautobiographie de Tauteur, qui, ayant eu grand succès, fut plus tard transformée en roman, au moyen de quelques légères retouches.
« Le principal théâtre de mes exploits, dit Tabbé Prévost, devait être l'hôtel de Transylvanie, où il y avait une table de Pharaon dans une salle et divers autres jeux de cartes et de dés dans la galerie. Cette académie se tenait au profit de M. le prince de R...., qui demeurait alors à Clagny, et la plupart de ses officiers étaient de notre société »
[Suite des Mémoires et aventures d'un homme de qualité, Amsterdam, 173$, in-12, p. 133. — Bibl. nat., Y2 1759.]
L'hôtel de Transylvanie^ nous savons où il était; le prince de R...., c'est Rakoczi, lequel habitait en effet à Clagny en ce temps-là.
L'hôtel de Transylvanie, que Prévost cite en toutes lettres, n'est donc pas une fantaisie, comme on l'avait cru jusqu'ici, et c'est bien là que se passa en réalité la fameuse scène que l'opéra de Massenet a tant popularisée. C'est bien là que le chevalier Des Grieux, le cœur troublé et la conscience vacillante, venait chercher en trichant l'or nécessaire à sa Manon.
Rakoczi ne devait plus demeurer longtemps en France. Le i6 août 17 17, il prenait congé des Camaldules de Grosbois et partait encore pour conti-
nuer son aventureuse existence, toujours à la poursuite du rêve de toute sa vie, TafFranchissement de sa patrie. Mais de nouvelles déceptions l'attendaient et il allait finir sa vie à Rodosto, en pays turc, où le sultan lui donna une large hospitalité jusqu'à sa mort, survenue en 1735.
Quant à l'abbé Brenner, il eut des malheurs. En quittant la France, Rakoczi laissait 600,000 livres placées en rente sur l'hôtel de ville. L'abbé Brenner lui avait persuadé de les placer sous son nom à lui, Dominique Brenner, plutôt que sous le nom de François Rakoczi, parce que le paiement des rentes se faisait selon l'ordre de l'alphabet. Quand Rakoczi fut parti de France, Brenner se les appropria, ce qui allait tout seul, grâce à la précaution prise, et refusa de les rendre au banquier du prince. Rakoczi se fâcha et pria le régent de mettre l'abbé à la Bastille, ce qui fut fait. Mais, avec le peu de goût que nous lui connaissons pour la vie claustrale, il supporta mal cette captivité et se coupa la gorge de désespoir.
M. Emile Horn a pubhé dans son curieux ouvrage sur Rakoczi le beau portrait que nous reproduisons et dont l'original est en Hongrie. L'auteur et son éditeur, M. Perrin, nous ont gracieusement accordé cette autorisation, et nous leur en faisons ici nos remercîments.
C'est au cours de la location des Sinet que l'hôtel de Transylvanie fut vendu et sortit du patrimoine de
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la famille de Hillerin. Le propriétaire d'alors, messire Jean-Baptiste de Hillerin de Boistissandeau, ci-devant conseiller au parlement de Bretagne^ semblait avoir des affaires fort dérangées, à en juger par le nombre des créanciers qui reçurent délégation sur le prix de cette vente ; M. de Boistissandeau voulut sans doute remettre sa situation au net d'un seul coup.
Par acte du 20 avril 1720, il vendit sa maison dite « Hôtel de Transylvanie », joignant sur le quai l'hôtel de Lauzun, à très haut, très puissant et très excellent prince monseigneur Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, et à sa femme, très haute, etc. , etc. , M"'^ Louise-Elisabeth de Bourbon, demeurant en leur hôtel, quai de Conti. Réserve était faite sur cette vente du douaire convenu par le contrat de mariage dudit sieur de Boistissandeau avec dame Marie- Catherine Moreau de Villiers. De la vente aussi étaient exclus la charpente des matériaux des petits bâtiments construits dans le jardin et un petit hangar couvert de planches pour élargir les remises, ainsi que les planches et cloisons qui appartenaient aux sieur et damoiselle Sinet, locataires de ladite maison et de tout ce que lesdits Sinet et sa femme justifieront leur appartenir en ladite maison. Était aussi excepté de la vente le droit de chapelle et sépulture dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, située dans l'église des RR. PP. Augustins réformés, qui demeure au vendeur.
Cette vente était faite moyennant la somme de
210,000 livres de prix principal et 10,000 livres de pot-de-vin. Election de domicile était faite par les de Boistissandeau chez l'un des notaires, M' de Savigny, rue des Fossés-Saint-Germain.
En marge de ce volumineux acte de vente dressé sur parchemin in-folio, se remarque l'intervention du cardinal de Bissy, évêque de Meaux, abbé commendataire de Saint-Germain des Prés, qui, de sa grande écriture, ensaisine l'acquéreur et constate que les droits envers l'abbaye ont bien été acquittés.
En tournant la dernière feuille de parchemin, une surprise nous attendait : tout ce bel acte de vente était faux et deux modestes feuilles de papier rétabUssaient la vérité ; c'étaient deux contre-lettres dont la première stipule certains avantages dans le mode de paiement de l'acquéreur et dont la seconde nous découvre que la vente était fictive et faite en réalité à dame Marie Pelard de Givry, veuve de messire Nicolas, comte de Fontaine, maréchal de camp des armées du roi, demeurant rue de Beaune, laquelle dame a payé le jour même de ses deniers. Les de Conti n'avaient fait que masquer l'opération, comme dit la lettre, « pour lui faire plaisir. »
Cette dame Pelard de Givry, que Berty, dans sa topographie du vieux Paris^ appelle par erreur M"^ Pétard de Guiry, était la fille d'un maître échevin, lieutenant du roi du gouvernement de Metz.
Etant donné les mœurs de l'époque et la réputa-
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tion de galanterie du prince de Conti, un doute nous était venu sur la nature réelle de cette contre-lettre, qui pouvait bien cacher une donation à une maîtresse, mais, vérification faite, l'âge de la comtesse de Fontaine en 1720 ne permet point une telle supposition : elle avait, à cette époque, une cinquantaine d'années et était mère, par surcroît, de trois fils et de quatre filles, nés entre 1688 et 1696. Quant au prince de Conti, il avait vingt-cinq ans.
Quoi qu'il en soit, les motifs qui avaient porté la comtesse de Fontaine à entourer de tant de mystère son acquisition, ne subsistaient pas trois ans après, car, par acte du 31 octobre 1723, elle vendait, parfaitement en son nom cette fois, l'hôtel de Transylvanie à « Très puissante dame Marie-Anne Baillet, duchesse de Gramont, veuve de très haut et très puissant seigneur Mgr Antoine-Charles, duc de Gramont, pair de France, souverain de Bidache, sire de Lesparre, gouverneur et lieutenant général de Navarre, gouverneur particulier de Rayonne et Saint- Jean-Pied-de-Port. » Le même cardinal de Bissy, dont nous avons déjà parlé, intervient encore pour ensaisiner la nouvelle acquéreuse; c'était lui qui devait partir six mois après pour Rome, afin de prendre part au conclave d'où sortit le pape Benoît Xni ; les intrigues y montèrent à un tel diapason que les Éminences en vinrent aux gros mots, puis aux voies de fait, si bien que le cardinal de
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Bissy n'évita un grand soufflet qu'en retirant vivement la tête.
Le prix n'était plus cette fois que de 125,000 livres.
La duchesse de Gramont faisait une très bonne affaire et voulait du reste habiter l'hôtel. Mais il ne faut pas oublier que^ malgré les changements de propriétaires, le bail des Sinet durait toujours et qu'ils ne devaient quitter l'immeuble que le i^"" octobre 1724. Aussitôt qu'elle le put, la duchesse s'y installa et y vécut jusqu'à sa mort.
Cette duchesse de Gramont, qui finissait sa vie dans le luxe et en portant un des grands noms de France, avait commencé plus modestement; elle s'appelait de son nom Anne Baillet de La Cour et avait été femme de chambre de la femme du médecin Aquin, puis chez M°^^ de Livry, la mère du premier maître d'hôtel du roi. Le duc de Gramont l'avait connue chez M""" de Livry et s'était vivement épris d'elle. Il était veuf, déjà âgé, et comme elle était une femme de tête, elle se fit épouser; le mariage eut lieu le 18 avril 1704.
Ce fut une indignation générale. La famille commença par refuser de la recevoir ; M"'*' de Maintenon en jeta les hauts cris, et le roi dit au duc que c'était le premier sujet de mécontentement qu'il lui donnait. On refusa à la nouvelle duchesse le tabouret auquel son titre lui donnait pourtant droit, et quand
le duc de Gramont fut nommé ambassadeur d'Espagne, on lui intima l'ordre de demeurer dans le gouvernement de son mari, à Bayonne ou à Bidache, et de ne point paraître à la cour d'Espagne.
Elle souffrit cruellement de tout cela. Les ennemis de la famille de Gramont triomphaient^ et au premier rang il faut nommer Saint-Simon, qui fut toujours un des plus acharnés. Cette haine remontait loin et avait pris naissance dans de longues et tortueuses intrigues de cour. Il n'était mot désagréable que les Gramont ne lançassent contre Saint-Simon ; le vieux comte de Gramont, l'oncle du duc, vivait encore et était un grand faiseur de mots méchants : il avait donné à Saint-Simon le sobriquet de « Boudrillon, » qui avait pris comme une traînée de poudre. Ce sont là des choses qui ne se pardonnent pas; aussi il faut voir comme Saint-Simon traite tout ce qui touche à cette famille ennemie : en parlant de la nouvelle duchesse, il dit que Gramont a épousé « une vieille gueuse qui s'appelle La Cour », et un peu plus loin, qu'il a fait ce mariage « quoiqu'elle soit vieille, laide et borgnesse. » Belle ou laide, le duc en fut extrêmement épris, puisqu'il l'épousa après avoir eu avec elle une Haison que ne nient pas ceux même qui prennent sa défense. Elle n'avait pas bonne réputation et l'on prétendait qu'elle avait encore été la maîtresse d'un contrôleur général de la maison du roi. En tout cas, c'était une femme intelligente et de caractère.
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Peu à peu, elle remonta dans Testime de beaucoup de personnes, même de sa nouvelle famille. Elle avait trouvé les affaires du duc en fort mauvais état, et par sa sage administration, elle sut les remettre à flot complètement.
Pendant la fin de sa vie et son veuvage, elle bénéficia aux yeux des futurs héritiers de l'augmentation d'une fortune qui était en partie son œuvre. Le roi lui-même revint un peu sur son compte et lui accorda une pension de 12,000 livres. L'auteur anonyme de Y Histoire et généalogie de la maison de Gramont, inspiré évidemment par la famille, prend vivement sa défense et prétend qu'elle fut demoiselle de compagnie et non femme de chambre chez M"* de Livry . Il est vrai qu'il garde le silence sur son séjour chez M'"^ Aquin.
Pendant les quatorze ans qu'elle fut propriétaire de rhôtel de Transylvanie, c'est-à-dire jusqu'à sa mort, elle y fit de nombreuses améliorations. Elle commença par faire disparaître tous les aménagements, cloisons, auvents, hangars que les Sinet avaient disposés pour pouvoir abriter plus de carrosses et multipUer les pièces, et elle fit dans sa cour de nouvelles constructions au sujet desquelles elle eut même un procès avec sa voisine du quai, la duchesse de Lauzun, à qui elle fut condamnée à payer, le 21 juillet 1727, la somme de 10,000 livres à titre de dommages et intérêts. Enfin nous avons retrouvé une
autorisation de la voirie, datée du i*"^ octobre 1728, pour effectuer la réparation et rachèvement de la façade sur la rue des Petits-Augustins, mais cette pièce n'indique pas s'il s'agit de la façade du grand corps de logis à trois étages ou du petit bâtiment à un seul étage qui lui fait suite et qui porte le n° 4 de la rue Bonaparte. A cette époque la cour était séparée du jardin par une grille et dans le jardin il y avait trois loges couvertes d'ardoises, dans deux desquelles étaient deux cheminées adossées contre le mur de la maison donnant sur la rue des Petits-Augustins.
Le 7 mars 1737, la duchesse de Gramont mourait dans son hôtel et un service religieux très modeste avait lieu le dimanche 10 mars, à six heures du soir, dans l'église Saint-Sulpice, sa paroisse, avant le transport du corps à Saint-Roch, lieu de sa sépulture.
Mais la défunte était une personne trop rangée pour n'avoir pas pris ses dispositions. Par testament olographe du 26 mars 172 1, avant même d'avoir acquis l'hôtel de Transylvanie, elle avait institué pour son légataire universel le chevalier d'Ambres, qui n'est autre que Daniel-François, comte de Gelas de Voisins, marquis d'Ambres, vicomte de Lautrec ; il devint maréchal de France et il fut plus connu sous le nom de maréchal de Lautrec. Le testament fut contrôlé et déposé pour minute chez maître Bapteste, notaire, par acte du 26 juin 1737, et porté au registre des insinuations le 15 juillet 1737; la mai-
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son y est déclarée pour une valeur de 130,000 livres sur le pied de 6,500 livres de loyer. Le montant des frais s'élevait à 1,560 livres.
Le vicomte de Lautrec (peu de temps après comte de Lautrec), prit possession de l'hôtel de Transylvanie, qui ne tarda pas à perdre son nom pour prendre celui d'hôtel de Lautrec.
En effet, nous voyons pour la dernière fois subsister ce nom de Transylvanie dans les mémoires du duc de Luynes qui, en annonçant la mort de la duchesse de Gramont, ajoute : « Elle logeait à l'hôtel de Transylvanie. »
C'est là que le comte de Lautrec venait se reposer pendant les courts répits que lui laissait la guerre, car il ne fut pas un officier de cour et peu de ses contemporains ont des états de services aussi chargés que lui. Il était entré tout jeune aux mousquetaires, en 1701, et avait fait la guerre dans toute l'Europe, à Malte, en Italie, en Allemagne, en Flandre, en Espagne. Il avait la réputation d'être aussi habile diplomate que bon militaire, et en 1737, lors des troubles qui éclatèrent à Genève entre magistrats et bourgeois, le roi l'y envoya comme plénipotentiaire pour apaiser la querelle. Il y réussit parfaitement et eut même les honneurs d'une médaille qui fut frappée à ce propos. En 1739, deux ans après l'héritage qu'il avait fait, il épousa Marie-Louise de Rohan- Chabot, dont il eut quatre enfants, tous morts en bas
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âge. Ce fut la tristesse de sa vie. Ayant toujours vécu loin de la cour, il n'en avait ni les mœurs ni le détachement des affections familiales. Quand la vieillesse vint, il se retira quai Malaquais et y mourut le 14 février 1762, à l'âge de soixante-dix-neuf ans.
L'avant-veille, 12 février, se sentant fort mal, il avait fait appeler deux notaires pour dicter son testament, rédigé par M^ Ladeguive, dont nous avons par hasard trouvé une copie de l'époque, parmi les titres de propriété. Les notaires entrèrent dans sa chambre qui était au deuxième étage donnant sur la cour et le trouvèrent au lit « malade de corps, toutefois sain d'esprit ». Cette copie, conforme au registre des insinuations que nous avons consulté, ne contenait que des legs particuliers qu'il faisait à ses serviteurs et qui variaient selon leur importance en rentes de 1,500 à 200 livres; il y en avait à son secrétaire, M. Blondeau, à son premier valet de chambre, à son cocher, à la femme de ce cocher, à son second valet de chambre, à son second cocher, à son suisse, à son cuisinier, à son maître d'hôtel, à sa femme de charge, au frotteur, à chacun de ses trois laquais, à son postillon et enfin à son concierge du Quesnoy dont il était gouverneur. Il laissait de plus un diamant de 10,000 livres à M. Bastard^ maître des requêtes, son exécuteur testamentaire.
L'hôtel de Lautrec passait par héritage aux mains de dame Anne-Claude-Louise d'Arpajon, épouse de
Philippe de Noailles-Mouchy, et nièce du maréchal de Lautrec, dont elle était seule et unique héritière bénéficiaire. Le 23 février 1762, on procédai l'inventaire.
Ce Philippe de Noailles-Mouchy devait aussi finir maréchal de France, mais moins doucement que le maréchal de Lautrec. Il était entré aux mousquetaires à quatorze ans, en 1729, et il était capitaine à seize ans. Il fit la guerre sous son père, le maréchal Adrien-Maurice de Noailles, sous le maréchal de Saxe, eut deux chevaux tués sous lui à Dettingen, et assista à la bataille de Fontenoy où, avec une brigade de cavalerie, il enfonça l'infanterie anglaise; il était aussi à Crevelt et à Minden, et obtint le bâton de maréchal le 30 mars 1775. Il faisait tout à fait partie de l'entourage de Louis XVI et de Marie- Antoinette, dont sa femme avait été dame d'honneur, et ils furent tous deux arrêtés en 1793, pour avoir donné asile à des prêtres réfractaires. Après avoir été incarcérés à la Force, puis au Luxembourg,-ils furent l'un et l'autre condamnés à mort et exécutés le même jour.
Les de Noailles ne semblent pas avoir habité l'hôtel du quai Malaquais, car, lorsqu'il leur vint par héritage, en 1762, ils habitaient probablement Versailles ; en tout cas, vingt ans après, par acte en date du 21 décembre 1782, ils le donnaient à bail pour trois, six ou neuf années, avec glaces, boiseries,
HoTF.L 1)1-: Traxsvi.vanm-:
puis de Lautrcc
Façade sur le Qnai Malaquais (Cliché Roux)
meubles et autres effets mobiliers, à partir du i" octobre écoulé, à M. de Vergennes, ministre des affaires étrangères, moyennant un loyer annuel de 8,250 livres.
Le ministre s'installa avec toute sa famille, qui était nombreuse : elle se composait de la comtesse de Vergennes, de son fils aîné Constantin de Vergennes, capitaine-colonel des gardes de la porte, et de son fils cadet Louis-Charles-Joseph, qui fut mestre de camp. Les deux fils du comte de Vergennes étaient mariés et avaient eux-mêmes des enfants. L'auteur de la Vie publique et privée de Charles Gravier, comte de Vergennes (Bibl. nat., Ln^?. 20209), nous conte avec attendrissement que ce grand ministre logeait, nourrissait, voiturait tout ce monde, et que sa simplicité allait jusqu'à faire chambre commune avec sa femme, abandonnant tout le reste de la maison aux deux jeunes ménages et aux nourrices de ses petits-enfants. Il est vrai qu'il ne nous dit pas s'il s'agissait du quai Malaquais ou de la petite maison qu'il habitait la plupart du temps, près de Versailles.
M. Henri Masson nous a encore signalé comme locataire, en octobre 1785, un certain chevalier Viviers.
Effrayés par les événements de la Révolution, les de Noailles désirèrent réaliser en espèces cet immeuble que l'on ne pouvait emporter en cas d'émigration, et le 20 juillet 1791, ils vendaient l'hôtel de Lautrec,
tout meublé, à Marie-Sébastien-Charles-François Fontaine de Biré, ci-devant administrateur du trésor public au département de la guerre, demeurant à Paris, rue Barbette, au Marais, paroisse Saint-Nicolas des Champs. Ils ne se décidèrent pas à cette émigration, et il leur en coûta la vie.
Au moment de cette vente, ils n'habitaient pas non plus l'hôtel, car leur adresse est mentionnée dans l'acte : « Demeurant en leur hôtel, rue de l'Université, paroisse Saint-Sulpice. » M. de Vergennes était mort à cette époque, et probablement remplacé par des sous-locataires. Le prix de la vente était de 160,000 livres, dont 120,000 pour l'immeuble et 40,000 pour prix des glaces, boiseries, meubles et autres effets mobiliers qui garnissent ladite maison.
Quelle différence dans la forme de cet acte avec le précédent ! Plus de protocole pompeux, plus de « très haut et très puissant seigneur j) ; les titres mêmes de comte, de duchesse ne sont indiqués que par la première lettre du mot suivie de points.
C'est à l'occasion de cette vente que l'immeuble est définitivement libéré des droits et cens dus précédemment à l'abbaye de Saint-Germain des Prés, et ce, au moyen d'offres réelles faites par les de Noailles aux officiers municipaux représentant la ci-devant abbaye. La liquidation en fut faite, et le rachat de ces droits ci-devant seigneuriaux, fixes et casuels, coûta aux de Noailles la somme de 5,117 livres 11 sols
8 deniers. La superficie de l'hôtel était évaluée à 231 toises, et sa valeur à 122,750 livres.
Notons en passant que, d'après ces derniers actes, les voisins du quai sont les de Juigné.
Les Fontaine de Biré entrèrent donc en possession ; mais les temps n'étaient guère propices pour faire une installation luxueuse ; aussi restèrent-ils prudemment dans leur maison de campagne de Verrières, où ils cherchaient, comme tant d'autres, à se faire oublier le plus possible. Mais l'un des fils, Marie-Géry, qui avait épousé une demoiselle Bastard-Fontenay, du Mans, jugea à propos d'émigrer : il n'en fallut pas davantage pour que sa famille fût immédiatement considérée comme suspecte, et le lé septembre 1792, M. Fontaine de Biré père, et son autre fils, Marie- Pierre-Joseph, étaient arrêtés par ordre du comité de surveillance. Marat était au nombre des signataires de Tordre qui était adressé au sieur Rouillon, concierge provisoire de la Conciergerie, à l'effet d'y recevoir onze individus, au nombre desquels se trouvaient les sieurs de Biré père et fils.
Cette détention ne dut pas durer longtemps : elle avait lieu au lendemain des massacres de septembre, qui ne furent pas renouvelés. La famille de Biré, effrayée de tout ce qui se passait, cherchait à faire bonne contenance et prenait l'attitude jouée ou sincère de gens dans le mouvement, ce qui ressort de diverses pétitions dont nous parlerons plus bas, à
propos d'une seconde incarcération qu'ils eurent à subir en 1793.
A Verrières, M. de Biré père, âgé de soixante-cinq ans, avait été commandant de la garde nationale, il avait, à ses frais, équipé et habillé nombre de volontaires partant pour la frontière, il avait donné 20,000 fr. pour quatre hôpitaux, avait été un des premiers à payer le don patriotique (le quart du revenu), donné 7,000 fr. pour la guerre de Vendée, fourni des chevaux pour les transports, mais tout cela ne suffisait pas pour désarmer les nouvelles autorités.
Une pièce de police, qui porte la date du 23 mai 1793 (0, prescrit de rechercher si Fontaine de Biré fils et demoiselle de Lattaignant de Bainville, son épouse, ne sont pas en réclamation. Cette recherche avait lieu sur la dénonciation d'un nommé Lefèvre, qui cherchait à faire du zèle pour être nommé observateur. Une pièce, annexée au même dossier, établit que la belle-sœur du susnommé. M""* Bastard-Fontenay, du Mans, femme Fontaine de Biré, est notoirement en émigration, et qu'il est inutile de la rechercher.
Cette famille avait certainement, dans le quartier, une réputation compromettante au point de vue politique. Cependant, les Fontaine de Biré, s'en reposant sur tout ce qu'ils avaient fait en faveur de la
(r) Arch. nat., F^ 6167.
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Révolution, se croyaient à l'abri des soupçons, lorsque, le mercredi 27 novembre 1793, entre sept et huit heures du matin, la maison fut mise en émoi par la présence de deux commissaires du comité révolutionnaire de la section de l'Unité qui, accompagnés de la force armée, parlementaient avec le portier, et bientôt gravissaient, suivis de tout leur monde, le bel escalier à rampe de fer forgé que l'on voit encore aujourd'hui. Aux premiers mots, ils déclarèrent qu'ils venaient arrêter le citoyen Biré fils, parce qu'il avait un frère émigré, et comme, malgré l'heure matinale, le jeune homme était déjà en conférence avec deux personnes qui étaient venues le voir, les commissaires, pour éviter toute erreur, emmenèrent Biré fils et les deux visiteurs, malgré la stupéfaction et les protestations de ces derniers; avant de partir, ils avaient apposé partout les scellés, et ils s'en allèrent, laissant dans la consternation M. de Biré père et sa bru. Le prisonnier fut conduit au réfectoire de l'Abbaye, puis transféré aux Carmes (i).
Deux semaines s'écoulèrent et, le mardi 10 décembre suivant, la même scène se reproduisait. Cette fois, c'était M. de Biré père que les commissaires emmenaient aux Carmes, où le père et le fils se retrouvaient. Cette arrestation avait le même motif que la première.
(i) Arch. nat., P 2508, fol. 8.
Enfin, le 31 janvier 1794, près de deux mois après, le malheureux Claude Thivet, l'homme d'affaires, le serviteur fidèle des Fontaine de Biré, qui gardait la maison, était arrêté à son tour et rejoignait ses maîtres sous les verrous du réfectoire.
Pendant ce temps, Biré fils, qui avait alors vingtsix ans, ne se résignait pas et envoyait au comité de sûreté générale pétition sur pétition dans les termes du patriotisme le plus ardent, reniant son frère émigré, rappelant le service qu'il a toujours fait personnellement dans la garde nationale depuis 1789, se faisant réclamer par la société populaire de Verrières, et affirmant que lui et son père ont toujours été considérés « comme de vrais sans-culottes et de francs montagnards » (0.
Mais toute cette éloquence ne servit de rien et ils demeurèrent encore longtemps en prison.
Les archives de la préfecture de police nous donnent toute leur odyssée. La voici résumée dans les divers ordres d'écrou dont ils ont été l'objet :
20 frimaire an IL — Le concierge dit du réfectoire (de l'Abbaye) recevra le citoyen Biré détenu aux termes de la loi et comme mesure de sûreté, ayant un fils émigré. (Section de l'Unité.)
26 frimaire an IL — Ordre de transfert de l'Ab-
(i) Arch. nat., F^46oi.
l'hôtel de TRANSYLVANIE. Sg
baye à la maison d'arrêt des Carmes, rue de Vaugirard. Il s'agit cette fois d'une fournée de soixante et une personnes, parmi lesquelles figurent Biré père et fils, comme ayant l'un un fils, l'autre un frère émigré.
i6 pluviôse an IL — Ordre de transférer Biré père et fils de la prison des Carmes chez le citoyen Brunet, rue de Buffon, n*' 22, vis-à-vis le Jardin des Plantes, « pour cause de maladie ». Les prisonniers sont sous la responsabilité dudit Brunet, qui doit donner avis de leur guérison.
7 messidor an IL — Transfert de la maison de santé du citoyen Brunet, rue de Bufibn, à la maison d'arrêt du collège Duplessis, de Marie-Sébastien- Charles-François Fontaine de Biré père, et de Marie- Pierre-Joseph Fontaine de Biré fils.
C'est là que les trouva thermidor et qu'ils furent sauvés.
En effet, dans le même dossier (^) se trouve une note du 2 fructidor (mardi 1 9 août 1 794) ainsi conçue :
« Le Comité de sûreté générale arrête que les citoyens Biré père et fils seront mis sur-le-champ en liberté et les scellés levés.
« Les Représentants du peuple :
« Signé : .... (Suivent les noms). »
(i) Arch. nat., F^ 4601,
Ils étaient restés neuf mois en prison.
Nous ne savons pourquoi ils furent ainsi promenés de prison en prison; mais ils n'eurent pas à s'en plaindre, car il en périt bien d'autres qui n'avaient rien de plus à leur actif. Il semble qu'il y ait eu là quelque influence protectrice ou quelque subterfuge grâce auquel ils échappèrent au terrible danger.
On sait le sentiment de détente et de soulagement auquel la France s'abandonna après le cauchemar de la Terreur, et il y eut comme une petite renaissance d'élégance et de vie sociale. C'est de cette époque que date Fornementation intérieure du bel appartement du premier étage de la maison des Fontaine de Biré. L'aspect des superbes décorations blanc et or du grand salon ne laisse pas de doute à cet égard. Mais ce qui est plus inattendu, c'est qu'en y regardant de très près, ce que tout le monde prend pour des boiseries n'est qu'une série de panneaux de toile très fine recouverte de plusieurs couches de peinture et d'ornementations en une sorte de pâte plastique admirablement dorée. Seules certaines ondulations de la toile, causées par la chaleur ou l'humidité, décèlent la supercherie. Cette décoration des murs du salon et son beau plafond ont été respectés et sont encore aujourd'hui intacts. L'architecte qui fit ces aménagements avait un grand souci des proportions, car les plafonds du premier et du second salon sont à des
i/hÔTEL de TRANSYLVANIE. ^1
hauteurs différentes pour s'harmoniser avec les autres dimensions des pièces.
Il y a même un petit boudoir qui fait le coin de la rue Bonaparte et où le plafond coupe en deux la hauteur de l'appartement, laissant au-dessus une autre petite pièce extrêmement basse de plafond également. Ce petit boudoir est un bijou d'ornementation avec une alcôve délicieusement encadrée de fines moulures blanc et or du goût le plus délicat.
Nous ne saurions du reste affirmer si c'est M. Fontaine de Biré ou un locataire qui fit faire tous ces travaux, car il est incertain que le propriétaire y ait habité à cette époque.
Il y avait eu d'ailleurs un grand nombre de locataires pendant toute la période révolutionnaire. Sans pouvoir déterminer quels appartements ils habitaient, nous citerons :
i*" Simon-Henri Caillou, né en Ï765, mort en 1800, élu par le département des Ardennes, le 26 germinal an VII, membre du conseil des Cinq- Cents. Sa présence est constatée dans la maison en
2° Richard Chauchet-Bourgeois, né en 1767, mort en 1844, ^^i ^^^j comme le précédent, nommé député des Ardennes au conseil des Cinq-Cents, le 23 germinal an Vil. Chauchet-Bourgeois devait devenir plus tard sénateur belge, en 183 1.
Quoi qu'il en soit, le i6 juin 1802, autrement dit le 27 prairial an X, eut lieu une mutation qui cependant ne faisait pas sortir l'immeuble de la famille : M. Marie-Sébastien-Charles-François Fontaine de Biré, demeurant habituellement à Verrières, près de Sceaux, vendait la maison du quai Malaquais à sa bru. M"'*' Alexandrine-Joséphine Lattaignant Debainville, épouse séparée de biens de Marie-Pierre-Joseph Fontaine de Biré, alors détenu à la Tour du Temple, ladite dame habitant habituellement Verrières. La vente était faite moyennant le prix de 105,000 fr. que l'acquéreuse retenait pour opérer compensation des sommes à elle dues par le vendeur qui était en même temps son curateur.
Mais revenons sur une incidente qui a bien son mtérêt : « alors détenu à la Tour du Temple, » et qui s'appUque à ce Marie-Pierre-Joseph que nous avons déjà vu détenu avec son père, pendant la Terreur. Qu'avait-il encore commis pour se faire mettre de nouveau en prison ?
Voici les renseignements que nous avons trouvés sur les registres d'écrou de la prison du Temple, aux archives de la préfecture de police :
6 prairial an X. — Marie-Pierre-Joseph Fontaine de Biré, trente-cinq ans, natif de Lille, demeurant à Paris, quai Malaquais, n^ 19 13 (^), prévenu de cons-
(i) Ce numéro est le numéro sectionnaire qui fut donné pendant la
piration et mis au secret — hors du secret le 1 1 dudit. — Venant de Pélagie — transféré à Pélagie le 9 ventôse an XI. — Mandat d'arrêt du ministre de la police générale.
Nous avons cherché dans laquelle des nombreuses conspirations de cette époque Biré fils avait été impliqué, mais nulle part nous n'avons retrouvé son nom.
Ce sont les cartons qui contiennent les dossiers de la police de sûreté générale '^) qui nous ont donné Texplication de ce nouvel emprisonnement.
Voici ce qui s'était passé :
Depuis les émotions de la Terreur, les de Biré avaient repris leur vie normale. Le père, déjà avancé en âge, s'était presque retiré à Verrières, où il vivait la plupart du temps avec son fils Marie-Géry qui, profitant de la tolérance du gouvernement, était rentré d'émigration sans attendre sa radiation. Cette retraite lui convenait en attendant que sa situation fût régularisée, et pour la famille c'était un avantage de n'être pas à la portée immédiate des innombrables créanciers qui l'assaillaient, car la situation financière de l'ancien trésorier général de la guerre était inex-
Révolution et désigna l'immeuble de 1792 à 1805. Antérieurement la maison portait le n» 4 du quai Malaquais et après 1805, lors de la suppression de la numérotation sectionnaire, l'immeuble prit le n» 9, qu'il porte encore aujourd'hui.
(i) Arch. nat., F^64i3, doss. 6656.
44 l'hôtel DB TRANSYLVANIE.
tricable. Les dons patriotiques, les emprunts forcés, les dépenses de toutes sortes, joints à la cessation des rentrées, les avaient lancés dans le gouffre des dettes dont ils ne pouvaient plus sortir. L'administration qui, peu à peu, se rétablissait, demandait des comptes de gestion de Tex-trésorerie, et comme cette famille avait des habitudes de luxe^ c'était un enchevêtrement de dettes anciennes, remplacées par des dettes nouvelles, de cautions, de mainlevées obtenues ou sollicitées, de séquestres, de saisies, où le plus habile eût perdu la tête. Marie-Pierre-Joseph, alors détenu au Temple, avait du reste contribué par son genre de vie à accentuer cette situation. C'est ce que nous avons pu constater par une assez volumineuse correspondance saisie au moment de sa dernière arrestation (0. A côté de nombreuses lettres d'affaires, se trouve une amusante collection de lettres féminines de tout acabit, avec ou sans orthographe, gaies ou langoureuses, et cela donne une idée assez exacte de l'existence que menait depuis longtemps M. de Biré fils^ quand on constate le nombre d'années sur lequel s'étend cette correspondance. C'était un homme spirituel, bon vivant, très gai et plein de désinvolture; ses amis qui lui écrivent dans l'intimité l'appellent <r Mon cher monsieur Bibi. » Il faut lire une lettre de lui à
(i) Arch. nat., P 6314, dossier 6656.
un de ses créanciers, lettre pour laquelle il avait cru devoir faire un brouillon qui fut saisi avec le reste. Il s'y livre avec hauteur à des considérations générales et termine en écrasant son créancier sous le mépris et la menace. Ce créancier, qui semble être un certain Lenferna, marchand de vins, ne nous apparaît pas, du reste, comme très intéressant et semble pratiquer par des moyens peu réguliers le système de l'intimidation qui ne réussit guère.
Biré fils, rarement à Verrières, continuait à fréquenter les lieux où l'on s'amuse, les restaurants, les cafés, le Palais-Royal et certain traiteur au coin de la rue de la Loy, presque en face la cour Saint-Guillaume, où il avait fait de bien mauvaises connaissances; il y avait là un certain chevalier d'Antibes et un nommé Trottouin, dont les relations furent funestes à M. Joseph Fontaine de Biré.
On se souvient de l'état de la France à cette époque. La gloire du Premier Consul ouvrait ses ailes et tous les partis cherchaient à le confisquer à leur profit. C'était le temps où jacobins et royalistes fondaient sur lui leurs espérances et où « le roi » luimême lui écrivit une lettre pleine de confiance pour lui redemander son trône. Parmi les intrigues innombrables qui se nouaient dans l'ombre, il en est une qui avait choisi Augsbourg pour centre. Des agents établis à Paris et en province renseignaient les principaux personnages de ce complot, qui tendait à
46 l'hôtel DB TRANSYLVANIE.
susciter une nouvelle chouannerie. On récoltait de l'argent, on le faisait circuler, on achetait des dévouements, on cherchait à créer de petits dépôts d'armes et de munitions. Les chefs de file étaient notamment, à Paris, un certain Dandré, et en Allemagne, Précy et Imbert-Colomès. Cela durait depuis six ou sept ans. Un jour, en l'an IX, Paris apprit par les feuilles publiques que les coupables avaient été arrêtés à Bayreuth par ordre du roi de Prusse, alors notre ami, que tous les papiers avaient été saisis et remis à notre agent diplomatique, le général Beurnonville, qui les avait transmis à Paris. Le gouvernement français fit imprimer cette correspondance et la publia ('). Quelle ne fut pas l'inquiétude de Joseph Fontaine de Biré, lorsqu'en la parcourant, il y vit figurer en place d'honneur ses deux commensaux de la rue de la Loy, d'Antibes et Trottouin ! Bien plus, en tournant quelques pages, ce fut son nom même qu'il y trouva et à plusieurs reprises ; une lettre d'Antibes à Trottouin parlait de lui comme ayant eu une entrevue avec M. de Bourmont, le chef vendéen qui devait plus tard finir maréchal de France. Plus loin, un autre agent royaliste, Gaillard-Desjourné, ancien officier des colonies, qui se cachait sous le faux nom de Duthieul, se plaint de Fontaine de Biré, sur qui
(i) Papiers saisis à Bayreuth et à Mende (Lozère) publiés par ordre du gouvernement. [Bibl. nat., Lb*' 206.]
Ton ne peut compter. Plus loin encore, d'Antibes annonce que Fontaine de Biré est toujours à la campagne, mais qu'il va cependant le voir dans quelques jours. Puis une lettre de Duthieul à Trottouin s'étend davantage sur Fontaine de Biré, qu'il qualifie d'intrigant et de faiseur de dupes.
Il n'en fallait pas tant pour éveiller les méfiances de Fouché.
Le samedi 8 mai 1802, Joseph Fontaine de Biré était sorti comme de coutume et était monté dans le cabriolet n'' 1439. La voiture suivait depuis un moment la rue de Vaugirard, lorsqu'un individu arrêta le cheval; un autre exhiba un papier; c'était un mandat d'arrestation du ministre de la police sous l'inculpation de complot contre la sûreté de l'Etat. Une perquisition eut lieu quai Malaquais et toute la correspondance fut saisie (^). Le lendemain, dimanche 9 mai, le prisonnier subissait son premier interrogatoire.
Au premier abord, ses relations avec d'Antibes, dit Blondel, et avec Trottouin, dit Thureau, dit Saint- Félix, semblaient fort louches. Le dernier était un ancien major dans le corps vendéen de Stofflet et était bien le type de ces aventuriers qui ne couchaient pas deux jours de suite dans le même lit et détroussaient les diligences. D'Antibes semblait plus sérieux
(i) Arch. nat., F'' 6314, dossier 6656.
et plus convaincu; il écrivait des libelles royalistes et inspirait plus de confiance. Biré fut interrogé sur ses relations avec ces hommes et se défendit bien. Il affirma qu'il ne les avait connus que fortuitement, au restaurant, et qu'il cherchait depuis à les fuir, parce qu'il voyait bien qu'ils en voulaient surtout à sa bourse. Ce qui le servit beaucoup dans ce système de défense, ce sont les appréciations défavorables que les conspirateurs avaient à plusieurs reprises formulées sur lui. De plus, la perquisition et la saisie de la correspondance n'avaient absolument rien donné, nous avons pu nous en convaincre nous-même en la feuilletant.
Les choses prenaient donc assez bonne tournure et Biré espérait une prompte liberté, lorsque, le 23 floréal (jeudi 13 mai 1802), c'est-à-dire quatre jours après son arrestation, arriva au greffier de Sainte- Pélagie un nouvel ordre d'écrou contre Biré, pour faute de paiement d'une somme de 7,000 fr. Le 30 floréal (jeudi 20 mai), troisième ordre d'écrou, pour faute de paiement de 2,520 fr.
C'était le créancier Lenferna qui se vengeait. Il avait appris l'arrestation de Biré, et maintenant qu'il savait où le saisir, il avait fait imprimer un factum avec cinquante-sept signatures de créanciers, en tête desquels il s'inscrivait pour une somme de 6,317 fr., prix de cent pièces de vin. Il représentait Biré comme un véritable escroc, et suppliait le ministre
de la police de le garder sous les verrous jusqu'à ce qu'il eût payé ses dettes. Il ne faut pas oublier que la prison pour dettes existait alors.
On peut penser la fureur de Biré, quand on lui signifia cela.
Cependant, l'instruction suivait son cours. Une commission choisie dans le Sénat fut réunie pour procéder à un travail sur les détenus. En ce qui concerne Biré, il n'y avait rien de précis, rien dans les papiers saisis chez lui, aucun aveu dans ses interrogatoires, point de contradictions; ses relations avec d'Antibes étaient superficielles. La commission pensa donc qu'au point de vue politique, on pouvait le mettre en liberté sous la surveillance ; mais elle hésita sur la question incidente, savoir : « si ce détenu étant écroué pour dettes, on pouvait le mettre simplement en liberté, sans égard à ces écrous, postérieurs à son arrestation pour faits politiques » (i).
La question fut soumise au gouvernement. Le deuxième consul, le grand juge étaient d'avis contraire; enfin, le premier consul s'en mêla, déclarant qu'on ne connaissait pas en France de prison d'État, que, conséquemment; les écrous portés contre Fontaine de Biré étaient valables.
Le malheureux Biré eut beau écrire supplique sur supplique, rien n'y fit, et une nouvelle et longue dé-
(i) Arch. nat., F' 6314, dossier 6656, pièce 4.
5o l'hôtel de TRANSYLVANIE.
tention commença pour lai. Il n'était resté que dixsept jours à Sainte-Pélagie, puis il avait été transféré au Temple. Sa femme écrivait aussi au ministre de la police^ au mois de décembre suivant, mais sans succès. C'est dans les premiers temps de sa détention, le mercredi i6 juin 1802 (27 prairial an X), qu'eut lieu la mutation de propriété dont nous avons parlé plus haut, et qui mettait la maison du quai Malaquais entre les mains de la femme du prisonnier, séparée de biens d'avec lui.
Nous retrouvons des lettres, des suppliques, des mémoires du malheureux Biré, jusqu'en 1804. La dernière pièce en date, que nous avons notée, est un rapport au ministre de la police du 27 septembre 1804. Biré était alors détenu à la Force. Ce rapport dit en substance qu'il n'y a rien à son sujet que l'on ne connaisse déjà, qu'il est innocent poUtiquement, et qu'en ce qui concerne son emprisonnement pour dettes, il n'a qu'à se pourvoir au civil devant les autorités compétentes. Il en était, ce jour-là, à son vingtneuvième mois de détention. Nous n'avons point trouvé la date de son élargissement, mais nous savons, par une pièce qui se trouve dans la liasse des titres de propriété de l'immeuble, qu'au mois de juin 1806 il habitait enfin paisiblement le quai Malaquais.
Quant à M. Fontaine de Biré père, il était mort, âgé de soixante-seize ou soixante-dix-sept ans, pendant la détention de son fils.
l'hôtel de TRANSYLVANIE. 5l
De tous ces emprisonnements, il était resté quelque chose, et la police impériale ne perdait pas de vue des gens si souvent arrêtés. En effet, d'une note de police (Archiv. nat., F7. 6486), il résulte que le 9 mars 1807, Marie-Géry Fontaine de Biré, demeurant 9, quai Malaquais, émigré amnistié, en surveillance, demande et obtient l'autorisation d'aller au Mans pour affaires personnelles. Mais on le fait surveiller même au Mans.
La méfiance dure encore en 1815, pendant les Cent-Jours, et le préfet de la Sarthe doit faire une enquête discrète sur les Fontaine de Biré, qui se rendent à leur maison de campagne du Breil, où ils ont coutume de venir chaque année (^).
Pendant cette période du Consulat et de l'Empire, nous citerons comme locataires trois noms marquants :
1° Joseph Carnot, le jurisconsulte, membre puis conseiller à la Cour de cassation, frère du grand Carnot. Sa présence est constatée dans notre immeuble en 1803 et 1804;
2° Denon, membre de l'Institut, directeur général du musée Napoléon (Louvre), qui y demeura au moins de 1807 à 1813 ;
3** Legendre, le célèbre géomètre, membre de l'Académie des sciences, qui habite la maison à peu près de 1809 ^ 1813.
(i) Arch. nat., F^. 6625, n* 158.
Sa l'hôtel de TRANSYLVANIE.
Les Fontaine de Biré ne conservèrent pas longtemps leur propriété. Le 14 avril 1809, M""' Alexandrine-Joséphine Lattaignant de Bainville, épouse séparée de biens de Marie-Pierre-Joseph Fontaine de Biré, vendait sa maison du quai Malaquais, moyennant 140,000 fr., à M. Pierre-Henri Péan de Saint- Gilles, notaire impérial, demeurant rue de Condé, n° 10.
Notons, en passant, qu*à cette époque l'hôtel de Juigné, le voisin du quai, est devenu Thôtel du ministre de la police générale, et que l'autre voisin de la rue des Petits-Augustins, n"* 6, est un M. Delaborne.
Henri Péan de Saint-Gilles n'avait pas toujours eu ce penchant au calme, à l'ordre, au respect des choses établies qui est d'habitude l'apanage du parfait notaire. La Révolution avait trouvé en lui un fervent adepte ; il en avait embrassé avec âpreté tous les principes et avait emboîté le pas derrière les violents. En décembre 1790, alors qu'il habitait au 33 de la rue de Buci, il faisait partie du club des Jacobins, et on trouve son nom sur la liste des membres dressée à cette époque. Il faut croire cependant qu'il n'était pas aussi avancé que les terroristes, puisque le 1 1 juillet 1796, il faisait baptiser à Saint-Sulpice sa fille Angélique-Adélaïde, plus tard M""* Trutat. De fait, les événements avaient calmé beaucoup de gens. Il s'était rallié à l'Empire et exerçait avec dignité ses rémunératrices fonctions.
Dans les premières années de la Restauration, habitait aussi dans la maison une veuve. M""* Jars, avec sa fille. Le mari, M. Gabriel-Marie Jars, avait été, de son vivant, receveur général des finances de Seine-et-Marne. Sa fille. M"* Marie-Laure, était en âge de se marier et, soit que le voisinage y ait contribué, soit que les relations eussent été antérieures, le mariage de cette jeune fille fut décidé avec un des fils de M. Péan de Saint-Gilles. C'est dans le grand et beau salon du premier étage^ chez les Péan de Saint-Gilles, qu'eut lieu, le 9 décembre 1820, la signature du contrat de mariage d'Ange-Louis Péan de Saint-Gilles, ancien officier de cavalerie, fils de Pierre-Henri Péan de Saint-Gilles, notaire honoraire, membre du conseil général des hospices civils de Paris, chevalier de Saint-Michel , et d'Angélique-Suzanne Bro, son épouse, avec M^'^ Marie-Laure Jars, fille de Louise- Eugénie Prieur de La Comble, veuve de M. Gabriel- Marie Jars, en son vivant receveur général des finances de Seine-et-Marne. L'assistance était nombreuse et brillante et le quai encombré d'équipages, carie tout Paris de l'époque se pressait pour féliciter les futurs époux.
Les deux familles faisaient les honneurs. Parmi les nombreux invités qui défilaient, citons au hasard : Arago, membre de l'Institut, le colonel Bro, oncle du marié, baron et baronne Hély d'Oissel, Mgr le coadjuteur de Paris, comtesse de Viry, comtesse d'Au-
maie, marquise de Barbentane, comtesse de Vauban, duchesse de Rohan-Chabot, etc., etc.
Le 14 décembre, le mariage religieux eut lieu en grande pompe à Saint-Germain des Prés et Péan de Saint-Gilles, notaire honoraire, entouré de toute sa famille, rentra, 9, quai Malaquais, où ils habitaient tous. Le farouche Jacobin était tout à fait apprivoisé.
Peu d'années après, le 4 août 1823, M. Pierre- Henri Péan de Saint-Gilles mourait, laissant une belle fortune pour laquelle il ne fut point d'abord fait de partage. La famille habitait toujours le 9 du quai Malaquais. Bien avant cette époque, c'était l'un des deux fils, Amand-Louis-Henri, qui avait repris l'étude de notaire de son père, établie du reste dans la maison même. Ange-Louis, l'ancien officier de cavalerie, s'était fait agent de change.
Comme détail concernant la maison, nous avons trouvé une lettre du 6 mars 1829, au préfet de la Seine, pour demander à établir un trottoir, avec l'aide pécuniaire de la ville, suivant un récent arrêté préfectoral. L'autorisation fut donnée le 11 juillet 1829, et les frais évalués à 1,364 fr., sur lesquels la ville donnait 450 fr. à titre de prime d'encouragement.
Le 5 septembre 1830 seulement, eut lieu le partage de la succession Péan de Saint-Gilles. L'actif net en était de 1,807,357 ^^- 90- Sa veuve et ses trois enfants, Ange, Amand et M™<= Trutat, tirèrent au sort
les immeubles. Ce fut à cette dernière qu*échut la maison du quai Malaquais. La pièce où nous avons puisé ces renseignements ajoute : « Ainsi que le n** 4 de la rue des Petits-Augustins qui a été récemment acquis par la famille. » Ce n° 4 est certainement le n** 6 actuel. Ce qui nous le fait croire, c'est le prix de 600,000 fr., attribué à l'ensemble des deux immeubles. Il est certain que ce prix ne pouvait, en 1830, s'appliquer à notre immeuble seul, que nous verrons bientôt, en 183e, vendu pour 320,000 fr. Le revenu brut du 9^ quai Malaquais, était de 12,200 fr.
Mais ces arrangements et ce tirage au sort n'avaient point contenté tout le monde, si bien que, par acte des 19 et 28 juillet 183 1, Ange-Louis échangea avec sa sœur, M""" Trutat, la propriété de Normandie qui lui était échue en partage, contre le 9 du quai Malaquais. Les Trutat conservaient pour eux le 4 (6 actuel) de la rue des Petits-Augustins.
Comme renseignements complémentaires, nous savons^ par un avertissement de 1835, que la contribution foncière et des portes et fenêtres s'élevait à 1,501 fr. 57.
Le 10 février 1835, ^^ propriétaire avait obtenu de la voirie l'autorisation d'établir un socle ou marche sur le quai, et une devanture de boutique.
Comme locataires pendant la possession des Péan de Saint-Gilles, nous pouvons citer : en avril 1809,
au moment de l'acquisition, dans la boutique du rez-de-chaussée, Charles -Joseph Collet, libraire, lui-même, au lieu et place des époux Lemierre, décédés.
Il y était encore en 1821.
Le II avril 181 1, nous constatons la présence de Claude Thivet, paulmier et marchand devin, Tancien serviteur des de Biré, qui est encore en affaires avec M"*^ de Biré.
De 1812 à 1835, Remoissenet, marchand d'estampes.
En 1820, M"^ Jars, dont nous avons parlé.
De 1824 a 1833, M. Bell, artiste peintre.
Le 6 août 1832, un M. Jean-Baptiste Blerzy.
Le 20 septembre 1834, bail avec M. Charles Garnier, ancien préfet, pour un appartement au quatrième étage, composé de salon, salle à manger, deux chambres, etc. Prix : 900 fr. ; bail cédé le 5 avril 1835, à M'^" Clotilde Coste.
Le 23 avril 1836, M. Ange-Louis Péan de Saint- Gilles vendit sa maison à M. Jean-Jacques Defresnes et à M'"^ Sophie-Pauline Granger,son épouse. M. Defresnes était notaire, 12, rue des Petits- Augustins. Il transporta son étude au 9 du quai Malaquais, tandis qu'Amand Péan de Saint-Gilles, qui y avait la sienne, la transportait place de la Concorde où elle est encore, avec M. Demonts pour titulaire. Le prix était de ^ 20,000 fr.
Voici l'état des locations au jour de la vente^ 23 avril 1836 :
Boutique ouest. M. Jallot, marchand de meubles 2,500 francs.
3« étage entier. M. Jallot 2,200 »
Boutique d'angle. MM. Jean-Baptiste Fatout et
Pierre Avice i>500 ^>
2* étage sur le quai avec écuries, remises, etc., M. Alexis Beau, conseiller général et membre du Conseil municipal de Paris, membre du Conseil central d'instruction primaire . . . 4,000 »
i" étage au fond de la cour, M. Chevalier, avocat aux conseils du roi et à la Cour de cassation 2,000 »
Ces deux derniers locataires habitaient encore la maison en 1844.
L'ancien hôtel de la police générale appartient alors à M. Gaillard, et le propriétaire du n° 6 de la rue Bonaparte est M. Loyer, dont la famille le possède encore aujourd'hui.
M. Defresnes mourut le 2 février i8éo, dans la maison qu'il habitait, 17, quai d'Orsay, et le n° 9 du quai Malaquais demeura, en qualité de propre, entre les mains de sa femme, qui le conserva jusqu'à sa mort, survenue le i^*" février 1892. Elle laissait des enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants mineurs, ce qui nécessita une vente sur licitation, qui eut lieu le 15 juin 1892. L'immeuble fut adjugé pour 423,200 fr. à la Société des Immeubles de France, dont le siège était alors, 9^ rue MarsoUier.
Sur Tacte se trouve Tétat des locations, et je le transcris ici :
Boutique, 4, rue Bonaparte. Époux Robin, épiciers fruitiers (bail de 1877).
Boutique d'angle. Stahl, doreur encadreur (bail de 1880).
Boutique ouest. Époux Legoubin, libraire éditeur (bail de 1887) (ils y étaient du reste depuis beaucoup plus longtemps).
Boutique, rue Bonaparte. Duméteau, photographies.
ler étage, marquise de Blocqueville (bail de 1869).
i" étage au fond de la cour à gauche, M^e Bouard (bail de 1888).
ler étage au fond de la cour à droite, M^e Gastineau (bail d'octobre 1888).
2e étage, M. et M^e René Brice (M^e Brice est la fille de Camille Doucet, de l'Académie française, et la belle-mère de M. Paul Deschanel) (bail de décembre 1880).
3e étage, Mme Plougoulm et M. Dareste, son gendre, conseiller à la Cour de cassation (bail d'octobre 1886). Ce dernier habite la maison depuis au moins cinquante ans.
Entre 1836 et 1892, nous n'avons point d'état des locations. Mais nous pouvons citer le libraire Potier, qui, pendant de longues années, habita le premier étage du petit bâtiment en bordure sur la rue Bonaparte. Il mourut peu de temps après la guerre. Ce libraireexpert fut chargé de beaucoup de ventes importantes et jouissait d'une grande considération pour son érudition et sa connaissance approfondie de la librairie.
Citons encore, en 1839, M. Le Bailly, artiste peintre, qui exposait des portraits et, de 1840 à 1844, M. Hervez de Chégoin, membre de l'Académie de
médecine, médecin de la maison royale de Santé. Nous n'avons trouvé la date ni de son arrivée ni de son départ.
Nous trouvons encore, de 1849 à 1853, M- Jules Noël, artiste peintre, né en 181 5, qui exposa des vues de Bretagne et, en 1852, Augustin-Louis Ray, également artiste peintre.
Avant la marquise de Blocqueville, l'appartement du premier avait été habité par la famille Laine. M. Laine était l'un des propriétaires des grands magasins de Pygmalion et il quitta le quai Malaquais, en 1869, pour aller habiter le beau château de Saint-Thibaud qu'il venait d'acheter dans Seineet-Marne, à Juilly, et qui est actuellement passé aux mains du baron Adolphe d'Eichthal.
Quant à l'appartement du deuxième étage, le prédécesseur des Brice avait été M. Borie (Alexis-Pierre- Victor-Louis-André), qui y mourut à soixante-deux ans, le 6 juillet 1880, maire du VI* arrondissement et chevalier de la Légion d'honneur. Il était de Tulle, et avait épousé M"^ Hermine-Henriette-Aimée Rouvenat de la Rounat.
Avant M. Borie, l'appartement avait été habité par M™* Polonceau, avec ses filles, ses fils, sa sœur et sa mère. Cette M'"' Polonceau était la sœur du sénateur Bérenger, l'auteur de la loi de sursis et l'apôtre de la croisade contre la licence des rues.
De ces divers locataires, nous n'avons rien de par-
6o l'hôtel de TRANSYLVANIE.
ticulicr à dire, sauf de la marquise de Blocqueville, qui habita le bel appartement du premier étage jusqu'à sa mort^ en octobre 1892. La place qu'elle a occupée dans la société parisienne est trop importante et son salon a joui d'un trop grand renom pour que nous le passions sous silence.
Le maréchal Davout, dont elle était la fille, avait épousé M"* Leclerc, sœur du général, qui avait luimême épousé Pauline Bonaparte. De ce mariage naquirent onze enfants, dont quatre seulement survécurent : 1° une fille, qui fut la baronne Vigier; 2° une autre fille qui devint la femme de M. de Cambacérès, le neveu de l'archichancelier; 3° le prince d'Eckmùhl; 4** la marquise de Blocqueville. Voici, du reste, la copie de l'extrait de son acte de naissance :
1815,8 juillet. ÉTAT CIVIL DE PARIS
Xe (aujourd'hui VIP) arrondissement
Acte de naissance d'Adélaïde-Louise Davout, fille de Louis-Nicolas Davout, maréchal d'empire, prince d'Eckmùhl, duc d'Auerstedt, ministre de la guerre, âgé de quarante- cinq ans, et de Louise- Aimée-Julie Leclerc, son épouse, âgée de trente-trois ans.
Pendant les années qui précédèrent son mariage, elle fréquenta beaucoup la cour de Louis-Philippe
l'hôtel de TRANSYLVANIE. 6l
et elle se maria en 1835. Nous donnerons également l'extrait de son acte de mariage :