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wick, il fut ambassadeur à Londres, maréchal de France en 1703, membre du conseil de régence, ministre d'État en 1726, et mourut à Paris le 30 mars 1728, mais il n'habitait plus le quai Malaquais depuis longtemps. Saint-Simon parle beaucoup de lui : il nous le peint petit, maigre, nerveux, très aimable, bien avec tout le monde, mais n'inspirant confiance à personne, d'une ambition démesurée et capable de tout pour arriver. Dès que tout n'allait pas à son gré, il était d'une agitation fébrile. Saint-Simon le rencontra un jour se promenant dans les parterres du château de Versailles, les bras croisés, le chapeau sur les yeux, gesticulant et monologuant tout seul, parce que d'Harcourt venait d'être nommé duc héréditaire, et qu'un traité de partage, qu'il venait de négocier avec l'Angleterre, n'avait pas été ratifié. Un autre jour, il entre dans une compagnie, traverse la salle à manger sans voir personne, ôte son chapeau et sa perruque, et monologue un bon moment jusqu'à ce qu'un éclat de rire général le rappelle à la réalité. Il avait fait un mariage bizarre : sa mère, avec le consentement du roi, avait fait enlever une jeune fille pour la faire épouser à son fils. La jeune fille, M"^ Marie-Catherine de Grolée de Viriville de la Tivolière-Dorgeoise, fut sans doute fâcheusement influencée par l'incorrection de son mariage, qui eut lieu le 28 décembre 1677, car cette incorrection la suivit dans la vie, où elle eut mauvaise réputation.
C'était un ménage désuni, où chacun vivait de son côté et à sa guise.
Pas plus que son père, le nouveau propriétaire depuis ié88, Jean-Baptiste de Hillerin de Boistissandeau, n'habitait le quai Malaquais. Il séjournait, la plupart du temps, dans ses terres du Poitou, et quand il venait à Paris, descendait dans la famille de sa femme, Marie-Catherine Morean de Villiers, dont les parents habitaient rue de la Perle, ou, suivant un autre acte, rue et paroisse Saint-Louis. Le comte de Tallard continua donc à habiter l'hôtel, mais nous n'avons pas retrouvé la date de son départ. Ce qui est certain, c'est qu'il n'y était plus en 1710, car l'Almanach royal le donne à cette époque comme habitant la butte Saint-Roch. Du reste, dès 1704, il avait été fait prisonnier à la malheureuse bataille d'Hochstedt, et il ne devait rentrer en France que beaucoup plus tard.
Ce fut probablement le duc d'Albret qui succéda au maréchal de Tallard, car il est mentionné comme locataire sur une pièce cotée Q^ 1099^"^ aux Archives nationales. Cette liasse de titres domaniaux embrasse la période entre 1703 et 1720. Or, en 1713 ou 1714, nous avons connaissance certaine d'un autre occupant dont nous parlerons plus bas, et qui y demeure jusqu'en 17 16. C'est donc pendant les quelques années qui précédèrent 17 13 ou 17 14, qu'Emmanuel-Théodose de la Tour, duc d'Albret, puis
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duc de Bouillon après son père, habita Timmeuble qui nous occupe. Comme son père, il fut grand chambellan de France, et eut en outre la charge de gouverneur et lieutenant général de la province d'Auvergne. Il avait épousé la fille du duc de la TrémoïUe, et mourut le 17 mai 1730.
Comme renseignement complémentaire, la pièce domaniale citée ci-dessus indique la maison comme étant la trente-neuvième du quai qui commence à la rue Dauphine ; de plus, nous apprenons l'adresse du propriétaire, M. de Hillerin de Boistissandeau, qui logeait dans une maison sise rue du Colombier, qu'avait fait bâtir, en 1641, Jean de Hillerin, seigneur de Putillier, le propre neveu du fondateur de l'hôtel de Transylvanie. Cette maison, en 17 14, touchait l'hôtel Notre-Dame, et par derrière le mur de l'abbaye Saint-Germain des Prés.
C'est à cette époque que remonte l'origine du nom de Transylvanie que porta l'hôtel jusqu'en 1737 ou 1738. Ce nom, qui a été rendu populaire par le roman de Manon Lescaut, se trouve mentionné dans peu d'ouvrages et aucun, à notre connaissance du moins, ne dit pourquoi il fut ainsi appelé. Nous avons eu la chance de retrouver aux archives du ministère des affaires étrangères, dans le fonds Hongrie- Transylvanie, des pièces qui nous fixent sur ce point.
Au commencement du xviii^ siècle, au moment où Louis XIV s'embarquait dans la malheureuse
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aventure de la guerre de la Succession d'Espagne, il saisit avec empressement l'occasion de susciter une diversion contre la maison d'Autriche, en soutenant la révolte des Hongrois et des Transylvains contre l'empire. A la tête de ce mouvement était François Rakoczi, prince de Transylvanie, en vertu de l'élection qui l'avait porté au pouvoir. Pendant bien longtemps, Rakoczi tint la campagne contre les armées impériales, entouré d'officiers français que lui expédiait Louis XIV, avec des sommes importantes; mais, malgré tous ces sacrifices, les impériaux finirent par défaire complètement l'armée de Rakoczi, qui se réfugia, au commencement de 17 13, à Paris, où il fut reçu avec grand honneur, et doté d'une pension de 100,000 livres par an.
Il arrivait avec une double auréole de bravoure et d'adversité, accompagné d'une suite nombreuse de gentilshommes compromis et ruinés, à la subsistance desquels il fallait subvenir.
Le prince de Transylvanie logea tout ce monde à l'hôtel du Pérou et descendit lui-même chez le duc de Luxembourg qui avait mis sa maison à sa disposition. Nous savons, d'après les recherches de M. Henri ' Masson, qu'il existait, au milieu du xviii^ siècle, un hôtel du Pérou dans la rue Jacob. Comme il n'y avait point encore de numérotation, nous n'avons pu en déterminer l'emplacement. Comme ces gentilshommes étaient dans une extrême pénurie, ils ne
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tardèrent pas à transformer l'hôtel du Pérou en une maison de jeu comme il y en avait déjà beaucoup à cette époque. C'est ce que nous apprend du reste une lettre du commissaire Bizoton, datée du i8 avril 1713^ où il rend compte que le sieur Péan, attaché au prince de Transylvanie, a reçu l'ordre de faire cesser le jeu de lansquenet qu'il tenait à l'hôtel du Pérou; qu'il recommence, alléguant que M. de Pontchartrain a dit au prince Rakoczi qu'il pouvait faire jouer dans ses appartements. Le sieur Péan ajoute qu'il a d'ailleurs écrit à M. de Pontchartrain pour obtenir plus explicitement confirmation de cette tolérance. Le commissaire Bizoton, interloqué, demande des instructions.
Mais ce Péan était un imposteur, car voici la lettre que M. de Pontchartrain écrivait deux jours après, le 20 avril 17 13, à l'abbé de Brenner, le factotum du prince Rakoczi :
« Le Roi a bien voulu. Monsieur, suspendre l'exécution de la condamnation prononcée par M. d'Argenson contre les sieurs Poean et d'Abzak, quoique français, Sa Majesté ayant sceu qu'ils sont attachés à M. le prince de Transylvanie, et que l'hôtel où se tient le jeu dont il s'agit est effectivement occupé par ce prince; mais Sa Majesté est persuadée que, quand il sera mieux instruit de la sévérité avec laquelle les ordonnances sont exécutées, non seulement
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contre les jeux déffendus tels que le Pharaon et la Bassette^ mais aussi contre tous les jeux publics en général et ce qu'on appelle à Paris académies, et que Sa Majesté verrait avec peine la continuation de celui qui se tient à Thôtel du Pérou, loin de Tauthoriser, il sera le premier à le défendre et à le faire cesser absolument. »
[Arch. aflf. étr. Fonds Hongrie et Transylvanie, année 1713, t. XVII, fol. 49.]
Cette sévérité dont parlait Pontchartrain n'était pas un simple argument de circonstance et il était vrai que Ton pourchassait assez activement les maisons de jeu qui commençaient à pulluler. Mais l'exemple venait de haut, de la cour elle-même, où le roi remplaçait par les émotions du jeu celles de la galanterie que son âge lui interdisait. Dès 1697, on avait voulu sévir contre les maisons de jeu et Pontchartrain avait même écrit à La Reynie, le lieutenant de police, pour faire dresser une Hste des Heux où Ton jouait. Mais il y avait trop de grands seigneurs, trop de gens armés de puissantes protections qui exploitaient cette lucrative industrie, pour que la répression s'en pût faire d'une façon sérieuse. Le 23 avril, l'abbé de Brenner répondit simplement que le prince avait en effet autorisé ses gentilshommes à donner à jouer et que cela leur était de toute nécessité pour subsister, vu leur manque d'argent. Pont-
Adam Mangoki pinx.
l' R A N (.: OIS R A K O C Z 1 II Prince de Tr.Tiisylvjiiic
(Extrr.it de l'ouvrage de M. Emile Hors-, l-'r.inçois I\jl,(ic-i If, Paris, Periin et Ci'', loos, in-8)