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malgrë le déchainement nouveau contre lui sera digne toujours de respect et de vénération, le révérend abbé de la Trappe dont vous avez mieux connu que moi les grandes qualités, puisque je ne Tai jamais vu, et feu M. de Sainte- Beuve, dont on a découvert depuis peu une lettre expresse sur cette matière, ce sont tous auteurs graves. Mais de plus ne devons-nous toujours être pour l'Eglise ; puisque nous avons riionneur d'être ses premiers ministres, ne sommesnous pas obligés de défendre son autorité? N'y a-t-il pas plus de risques à resserrer les bornes de l'obéissance qui lui est due, qu'à les étendre. Voyez, je vous prie, ce que saint Bernard en dit au livre de precepto et dispensationey chapitres 9 et It, et jugez par là de l'étendue qu'il lui faut i donner; pourvu qu'on ne donne pas à l'Eglise une nou- | velle infaillibilité sur les faits et qu'on n'exige point cette | soumission de foi divine que voudroient les Molinistes, ne doit-on pas être content et se soumettre ensuite avec joie?
c< Quoi, on refusera à l'Eglise ce qu'on donne à des particuliers et que l'on se donne à soi-même. On préférera ses lumières et celles de ses amis à celles de l'Eglise? Si elle peut se tromper sur les faits, est-ce que nous et nos amis ne pouvons pas nous tromper aussi ? Sans doute bien davantage et sur un fondement aussi faible que celui de sa propre connaissance, on troublera l'Eglise, on lui résistera, on y mettra tout en feu. Où est l'obéissance, où est l'humilité, où est l'amour de la paix?
w D'ailleurs comment se termineront les contestations dans l'Eglise si le silence suffit; comment retiendra-t-on ceux qu'elle aura condamnés, ne sauveront-ils pas toujours le droit par le fait et ne rendront-ils pas les disputes interminables? Il n'en faut pas d'autre preuve qu'un exemple, car combien y a-t-il que celle-ci dure depuis les décisions et combien du rera-t-el le encore? Dieu le sait. Mais je vais plus loin que je ne voulois. Mon dessein n'est pas de faire une dissertation. Je ne veux que vous conjurer pour votre propre intérêt et primo pour celui de
votre conscience de bien examiner la matière et de ne point vous déterminer jusque-là.
« Il est fort à désirer que Tunion soit entre les évêques, mais elle doit être encore plus entre ceux que Dieu a unis comme nous par le saiig aussi bien que parle caractère.
« Cependant quand j'aurai tort, je renoncerai volontiers à cette consolation et vous demande seulement de ne pas me juger sans une pleine connoissance et par vous-même. Je crois aussi que vous devez prendre garde a ne point trop marquer la différence de nos sentiments et de notre conduite. Vous l'avez déjà trop fait connoîtreetjesuis trompé si cela ne vous a pas fait tort dans votre diocèse.
a J'apprends avec déplaisir que vous n'y êtes pas aussi respecté et aussi considéré que vous devriez être. Il paroîl par le canonicat qu'on vous a refusé pour l'abbé de Vauciennes et je crains bien qu'il n'y paroisse encore dans l'élection de votre nouveau Doyen. Si on nous croyoit plus unis, cela iroit peut-être autrement; ceux qui ne vous aiment pas font valoir contre vous ce défaut d'union et s'en servent pour décrier votre conduite, quoique je la croie aisément meilleure que la mienne.
« Je ne sais même si l'abbé d'Orsanne n'en a pas un peu de peine et si cela ne contribue pas à celle qu'il a de demeurer avec vous. J'en suis très fâché et je fais ce que je puis pour vous l'attacher, mais s'il ne trouve envers vous ce qu'il peut désirer sur cela, je n'en viendrai pas à bout. Il ne faut point vous flatter; il n'y aura point d'homme libre comme lui auprès de vous qui ne soit embarrassé de nous voir dans des sentiments et des routes opposées. Je vois que l'on croit cette opposition si grande qu'il y a des gens qui ne doutent pas que, si nous nous trouvions tous deux dans une même assemblée, elle n'éclatât tout à fait. Je ne veux pas le croire encore, mais nous devons, et vous et moi, en éviter autant que nous pourrons l'occasion, et ôter cette joie à nos ennemis qui en tireroient un grand avantage contre nous. II est nécessaire que nous y pensions
tout de bon Tun et Tautre pour ne pas tomber dans cet Inconvénient, qui seroit une espèce de scandale fort fâcheux pour nous et même pour le bien de notre ministère.
« Je ne vous demande rien pour moi sur cela. Je vous en parle sans chagrin et pour la dernière fois de ma vie. Je vous avoue que j'aurois fort souhaité plus de correspondance de votre part. Je m'attendois que vous seriez la consolation de ma vieillesse qui approche. Vous ne Tavez pas voulu. Dieu ne Ta pas permis pour un plus grand bien sans doute; je m'y soumets de tout mon cœur. J'ai pris mon parti, je n'y pense plus et je ne cherche que votre bien : pourvu que vous le fassiez et que nous servions TEglise l'un et l'autre, comme nous devons, je serai très content.
« Ne soyez plus en peine du comte d'Ayen. Il paraît que Dieu lui ouvre les yeux, il veut songer tout de bon à son salut et réparer le passé. Il a fait une confession générale à Pasques au curé de Versailles qui en est très content, et il est parti de Conflans samedi avec de très bons sentiments. Priez pour lui afin que cette grâce naissante se fortifie et qu'il vive à l'avenir en chrétien. Le baron- d'Obrebach n'est plus dans la maison. Mon frère l'a connu un peu trop tard à la vérité. Je ne commettrai point votre ami.
« Le Président Croizet vint avant-hier me témoigner de nouvelles douleurs de ce que vous avez envoyé à sa sœur, pour la punir, croit-il, une huguenote, et que vous n'avez pas voulu l'en délivrer quelques instances que vous ail fait votre intendant qui est son cousin germain dont il m'a montré la lettre. Je vous avoue que je croirois la force épiscopale mieux placée dans d'autres occasions, et que la charité qui doit être au-dessus de tout dans notre caractère pourrait être exercée dans ces cas-là, aussi bien qu'une certaine complaisance qui fait des amis^ au lieu que le refus les éloignent fort. J'adoucis autant que je peux M. Croiset; il est véritablement fâché.
« Je le suis d'être obligé d'écrire des choses qui vous feront de la peine, mais je le dois faire une fois pour toutes et n'y revenir de ma vie. Je vous le promets et le tiendrai, je vous l'assure, très exactement. Je vous conjure d'y penser et je ne laisserai pas d'être toujours au fond le même pour vous. Il n'y aura pas d'occasion essentielle où vous ne me trouviez aussi zélé pour votre service, et ma tendresse pour vous n'en aura que plus de mérite n'étant pas soutenue par les agréments que la vôtre devoit mè produire. Je m'en priverai volontiers puisque cela vous convient et serai toujours, mon très cher frère, tout à vous. »
Gaston de Noailles n'avait pas un caractère à résister à une pareille pression de la part d'un frère qu'il avait toujours eu l'habitude d'écouter comme un père. Il céda, comme le prouve la lettre suivante du cardinal qui constate que sa verte semonce avait produit ses fruits. L'évêque de Châlons ne quitta plus la ligne de conduite qui lui avait été si rudement indiquée. Le chroniqueur Buvat nous apprend, à la date du 17 décembre 1716, que c'est à lui que Colbert de Croissy, évêque de Montpellier, s'adressa pour le prier de ne « pas perdre de vue son frère, afin que S. E. ne se laissât pas aller à l'acceptation de la Constitution, quand même la cour de Rome donnerait des explica-* tions. » Voici la lettre de l'archevêque.
Conflans, !•• juillet 1703.
« Je reçus hier votre grande lettre et deux jours auparavant celle que vous m'avez écrite depuis. Je tâcherai de répondre à la première par Seneuze, non pour entrer de nouveau en matière, car en voilà assez, mais pour vous éclaircir sur certains faits sur lesquels il est bon que je m'explique. Je vous dirai seulement icique j'ai bien de la joie des dispositions où vous me paroissez à mon égard, que plus elles seront dans votre cœur, plus elles me consoleront, et que loin de vous demander trente pas pour
un de ma part, je ne vous demande que de répondre à ce que je ferai. J'ai toujours désiré une correspondance parparfaite avec vous et j'y contribuerai toute nia vie du meilleur de mon cœur. Vous pouvez compter sur cela et vous en verrez toutes les preuves qui dépendront de moi, pour peu que vous vouliez y mettre de votre côté. »
Les lettres postérieures nous montrent Gaston de Noailles inébranlablement attaché à son frère, suivant sa fortune, compromis avec lui et soutenant comme lui courageusement la lutte. Le 24 avril 1711, il lui écrit. «Je reçus hier une copie de la lettre de deux évêques an roi (t), je Tai lue avec les sentiments qu'elle mérite. Vous voilà donc hérétique, fauteur et chef de sectaires, abusant de l'autorité de votre siège pour soutenir Terreur et la révolte. » Il ajoute que la veille il avait présidé une assemblée de Dojrens et de Promoteurs « où les entretiens particuliers que j'eus avec eux ne m'ont guère consolé ». De l'abbaye de Hautvillers où il s'était retiré à cause des difficultés pendantes à Chàlons, il adressait, le 10 février, an Cardinal une lettre en chiffres, pour lui dire toute l'inquiétude que lui causait la situation faite à ce dernier. Le 4 octobre, du même lieu et par lettre encore chiffrée, il mande avec satisfaction : « Tout le monde approuve votre fermeté et votre conduite, et je me suis acquis le cœur de tous les Châlonnois qui croyent que leur évêque avoit bonne part a . cette attitude. Les Jésuites sont fort mal vus » (2). Nous trouvons ensuite deux lettres qui ont une réelle importance pour préciser les opinions de Monsei-
(1) D« la Rochelle et de Laçon.
(2) L'abbaye d'Hautvillers , sur an riehe coteau de la rallée de la Blaree es face d'Ëpernay, possédait un des meilleurs vignobles de la Champagne. L'évéque ajoute dans cette lettre : <« Nous sommes ici dans l'abondance, on me menace de 800 pièces de vin. Le P. Pérignon croit qn'en gardant une prorision pour deux ans, J'en vendrai pour 40,000 livres. Je tenterai an moins de faire un boa usage du bien que le Seigneur m'envoie. » On sait que le P. Pérignon, moine d'fiantrillers, est celui qui découvrit la manière de rendre le vin de Champagne
gneur de Châlons et prouver que rattachement qu'il portait à son frère, et qui lui faisait sentir vivement les difficultés qu'on lui suscitait sans cesse, dirigeait absolument son esprit. « L'évêque de Troyes écrit-il au mois d'octobre 1714, commence à montrer quelque courage : il a attiré dans son diocèse un jeune ecclésiastique de Reims persécuté par les Jésuites qui l'empêchèrent de soutenir devant l'assemblée Provinciale une thèse de licence dédiée à l'archevêque : il lui a donné la direction du Petit-Séminaire. Il n'en faut pas plus dans ce temps pour que lui et son diocèse deviennent Jansénistes. J'ai lu le livre de M. de Cambrai. Je trouve dés endroits très beaux; mais dès qu'il sort de la voie ordinaire et des sentiments communs, il tombe dans le galimatias : on y retrouve tous les principes du livre des Maximes des Saints et beaucoup de madame Guyon ». Le 12 août 1715. « Je suis indigné des menaces qu'on ose vous faire. Dieu ne laissera pas impunis les auteurs de pareils desseins, ceux qui les publient et ceux qui concoururent à les faire exécuter. Leur temps court et l'éternité les suivra. Qu'il seroit heureux pour vous de changer toutes vos qualités en celle de Vinctus Christi Jesu : vos chaînes et vos liens ne me feroient pas rougir ; je les baiserai avec une tendresse religieuse et je remercierai Dieu de tout mon cœur avec une parfaite reconnoissance s'il me rendoit digne d'y avoir quelque part ». Et encore le 16 août. « On porte en ce temps à l'excès l'autorité du pape et du roi. Nous avons en tête des gens qui ont surpris la religion de l'un et de Tautre, qui sont ennemis de toute justice et qui veulent obtenir par l'excès de leurs violences ce qu'ils ne peuvent obtenir par la force de leur raison. Dans cette situation j'aime mieux être accablé et périr sous leurs coups que de leur céder. Tout ce qu'ils agréeront me sera toujours suspect à moins qu'un miracle de la grâce n'ait converti leur cœur. Je n'y vois nulle apparence. »
Enfin cette lettre, du 19 novembre 1719, donne de pré-
cieux renseignements sur l'état des esprits dans le diocèse ; '^
révêque revenait de passer une journée à Sillery (1), chez ^
le marquis de Puisieux, où Ton avait parlé au mieux de son '^^
frère. « Si j'étois aussi sûr du plat pays, que des curés et '■*
du corps ecclésiastique de la ville, je n'aurai pas de peine à vous répondre sur la question que vous me faites au sujet de l'appel. Le doyenné de Bussy a adhéré unanimement aux deux appels ; il y a dans les doyennés de Coole, Vitry et Possesse quelque mouvement à craindre : un peu du côté de Joinville à cause des Capucins. La saison est .^ trop avancée pour un synode. J'ai envie d'envoyer mes ^^
mandements, de recevoir les adhésions qu'on m'apporte de bonne volonté et de remettre à la belle saison d'aller dans ]'
les doyennés où il y a quelques gens effrayés de l'appel. '^
De tous les ecclésiastiques du diocèse, je ne crois pas 1'
qu'il y en ait plus de quarante dans ce cas-là. » . '
Il est temps maintenant de revenir plus directement au j ' rôle de Gaston de Noailles dans son diocèse, et de mon- ', trer comment il le gouvernait sous la direction de son ;
frère. Il écrivait régulièrement au Cardinal pour lui rendre j compte de sa conduite et prendre à l'avance ses conseils. Ces lettres sont écrites à mi-marge avec la réponse du Cardinal en regard de chaque paragraphe. C'est un chapitre intime de l'histoire du diocèse de Châlons, absolument ! inédit et assurément fort curieux. On y verra avec quel j
soin nos anciens évéques s'occupaient de leurs ouailles et ^ quel zèle ils déployaient dans toutes ces délicates questions d'administration et de doctrine. C'est en même temps un tableau exact du rôle des évêques à une époque où on se plaît à les montrer si peu occupés de leur ministère.
Châlons, 25 décembre 1698.
Il vient de régfler les affaires du bureau extraordinaire i
(1) Village à douze kilomètres de Reims, sar le Vesle, où était le chAteau du marquis de Sillery.
de charité (1), et est très satisfait des membres qui le composent ; on donnera aux indigents du pain, du froment et avoine; on a réuni 38,500 livres, mais il y a 1,100 ménages à secourir sans compter les honteux. La dernière semaine on a pu distribuer 730 miches de pain. Quelques bourgeois seuls se plaignent parce qu'on n'a pas accepté leurs offres qui n'atteignaient qu'aux deux tiers de la somme donnée en 1693. Il est urgent de s'occuper de l'affaire des manufactures et de pousser M. de Champlain au sujet de l'établissement projeté à Châlons. — Il envoie à son frère une lettre pour remercier Madame de Maintenon pour son aumône. — Il approuve sa déclaration. — Regrets sur ce que les évêques ne puissent pas déplacer les curés en leur donnant des pensions suffisantes. - — Plaintes contre les juges-consuls qui ruinaient la juridiction de la prévoté. — L'intendant (2) ne peut être utilement consulté au sujet du traitement des nouvelles converties. — Il hésite à choisir pour un archidiaconé vacant entre les abbés Lallemant, de Ville, d'Argentré et Wiriot.
7 janrier 1699.
La misère augmente, surtout dans les campagnes : inondations depuis le mois de septembre : les paysans vivant d'orge et de seigle, gardant le blé pour les semailles de mars ; deux femmes k Avize accouchées d'enfants morts par excès de misère. Il faudrait envoyer du blé de Barbarie. Les voleurs pullulent. On retarde trop l'organisation des ateliers publics. Le jeune Maupeou doit lui apporter prochainement une nouvelle aumône de Madame de Maintenon. — « J'écrirai à Madame de Maintenon, quand vous le
(1) Le premier bureau des pauTres fut créé à Châlons en 1551 ; réorganisé le 9 février 1635.
(2) Michel Larcher, marquis d'Olisy, baron de Baye, nommé le 24 décembre 1691, prit en 1700 une présidence à la cour des comptes; mort en 1715. — Très influent à cause de sa proche parenté, par son aïeule, avec les Pontchartrain.
jugerez à propos. Je crains, grâce à Dieu, un tel commerce : rhomme est faible; il s'accoutume aisément à s'appuyer sur la créature, et à se flatter trop de la bonté d'une personne de ce rang. » — Il a partagé entre les doyennés les 204 louis reçus d'elle, les 1,000 données par le sieur Roinette, les 2,000 prélevés par l'Intendant sur l'amende infligée par arrêt du Conseil à M. Berthelot de Pléneuf. — Demande des instructions au sujet des frais d'enregistrement des armoiries des ecclésiastiques (1), mais avec l'intendant on ne peut compter pouvoir prendre de mesures : « il va trop vite et a trop d'humeur. » Pour être agréable à son frère il a donné l'archidiaconé à M. de Tbuisy (2) au grand regret de l'abbé Habert.
19 janvier.
Il vient d'ouvrir la mission de Sarry, fondée par M. Mereault, composée de MM. Peronne, Deu (3) et Fondelin. — II voudrait obtenir la reconnaissance officielle du
(1) Voici une intéressante lettre écrite à ce sujet par le cardinal à Tabbé Laigneau le 16 février 1699. « Je souhaiterois que M. Gautier et mon frère s'entendissent mieux pour les armoiries; le premier auroit pu faire avec M. de Châlons ce qu'il a fait depuis longtemps avec M. de Reims, et ce qu'il sait que plusieurs intendants ont fait avec les évcques. Mais s'il a eu des raisons de ne pas le faire, il n'en a point eu de faire faire à ces curés de Châlons à portion congrue les exécutions qu'il a ordonnées contre eux, et au curé de Saint- Alpin qui est une espèce de domestique de M. de Chaulons. Vous avouerez que ce procédé n'est pas d'un homme qui veut être de nos amis. Je ne sais quels ordres il a dit avoir reçus, mais je sais bien que M. de Pontchartrain et M. de Sreteuil m'ont assuré lui en avoir envoyé de très forts pour décharger les curés à portion congrue et que le roi lui-même vouloit qu'on allât plus loin. »
Antoine Laigneau, fils du bailli de Châlons, fut tonsuré à onze ans : docteur en Sorbonne, il occupa les postes les plus importants du diocèse; il fui doyen du chapitre, vicaire général, abbé de Haute-Fontaine.
(2) Charles Goujon, fils du marquis de Thuisy, et de Anne de Nettanconrt- Haussonville, mort à Autry (Ardeunes), le 2 février 1724.
(3) ?(icolas Deu, chanoine de la cathédrale (1645-1718), frère de Charles Deu, doyen du chapitre et de M. Deu de Vieax-Dampierre^ écuyer, président du baillage et du siège présidial, mort en 1714.
bureau des pauvres : les plaintes transmises par son frère au président ont produit bon effet sur l'Intendant, « qui est mortifié et embarrassé ». Ce dernier, retenu par la goutte, lui a dépêché immédiatement le doyen du chapitre pour le prier d'écrire à Paris que la meilleure intelligence régnait entre eux.
31 janvier.
Il se félicite des excellents sermons de Tabbé d'Orsanne (1) dans les retraites qui viennent d'avoir lieu à Châlons. — Le maire est trop indifférent dans l'affaire des pauvres : une petite lettre de réprimande du roi serait utile (2). La politique de nos citadins fait faire beaucoup de difficultés au sieur de Champlain qu'ils voudraient forcer à garantir un certain nombre de métiers dans la ville. « Cela commence à être suspect à nos façonniers : ils craignent de ne plus être maîtres de tyranniser leurs ouvriers comme autrefois. Cela me peine beaucoup. Je suis honteux de le voir si peu attentif au bien public et attentif à leurs intérêts particuliers. » On parle d'embellir le Jard (3), à propos des ateliers publics.
6 février.
Réitère ses instances pour les pauvres qui souffrent de ces retards ; il y est engagé de sa bourse et de son crédit : il recourra au besoin à Madame de Main tenon. L'irrita-
(1) Antoine d'Orsanne dont le nom est revenu si souvent dans ce travail, dut sa carrière au Cardinal qui Tavait amené avec lui à Châlons et plus tard le rappela à Paris comme chanoine, grand archidiacre et secrétaire du Conseil de conscience. Il fut Tun des plus ardents adversaires de la Bulle et publia de nombreux travaux à ce propos, notamment le fameux Journal. Après la soumission du Cardinal, l'abbé Dorsanne quitta Tarchevéché, se retira aux Incurables . et 7 mourut de chagrin, dit-on, le 13 novembre 1728.
(2) M. Gayet, seigneur de Plagny, en exercice depuis la création de la charge de maire royal en 1693.
(3) Ce ne fut qu'en 1770 que l'Intendant Rouillé d'Orfeuil fit restaurer cette belle promenade de Châlons.
tion croit contre Tin tendant « qui tourmente cette pauvre ville tant qu'il peut » : il a contraint le maire à imposer sans cause les logements militaires aux membres du Présidial.
16 février.
« J'use beaucoup d'huile avec les bourgmestres qui viennent à moi quand ils en ont besoin et me laissent quand ils croyent pouvoir se passer de moi ». — L'Intendant excède tout le monde par ses rigueurs ; « chacun sort centriste de chez lui et souvent on vient se consoler à l'évêché. » Il presse son frère « l'épée dans les reins » de présenter son mémoire sur les suppressions de la mairie. Satisfait que l'archevêque approuve le projet d'embellissement du Jard. — Il a adressé à Madame de Maintenon un mémorandum relatant sa conduite dans l'affaire des pauvres depuis le mois de septembre précédent. Les ouvriers languissent faute de travail. Il sollicite de petites abbayes pour les abbés Laigneau, et d'Orsanne.
25 février.
Il a fait imprimer l'arrêt pour le bureau des pauvres. — L'Intendant est froissé que les bourgmestres soient venus plusieurs fois se plaindre à l'évêché de son autorisation à laisser sortir les blés; une démarche de politesse a tout aplani : au fond il mortifie tout le monde et nuira aux intérêts du roi. Il demande l'abbaye de Montiérender, ne pouvant subsister malgré toute son économie et ayant beaucoup de dettes.
7 mars.
- Consternation de la ville au sujet de la lettre de cachet obtenue par l'Intendant contre le maire, M. Sébille (1)
(1) Nicolas Sebille, seigneur de Bojacourt.
gouverneur municipal et M. de Vaux (1), conseiller de ville : il regrette de n'avoir pas été prévenu et qu'on en use toujours ainsi avec lui. L'attitude de l'Intendant l'effraie : il est brusque, emporté, n*a pas beaucoup de religion ou du •moins n'en donne pas de marques : ne s'occupe pas des nouveaux convertis : ceux de Saint-Germain-la-Ville vendent tous leurs biens et se préparent à partir (2) : les enfants ne vont pas à l'école. L'Intendant est opposé aux travaux publics.
16 mars.
Il est à Sarry pour se reposer et rendre compte à Dieu de ses trois années d'épiscopat. Prie son frère de s'employer au rappel de MM. Sébille et de Vaux. Il a réduit sa maison à un cocher, un maître d'hôtel, un cuisinier^ un valet de chambre, un portier, trois laquais, un postillon, un savoyard et sa nourrice. Il garde seulement six chevaux de carrosse et deux de selle qu'il n'a pas vendus ; sa table est frugale. Quels retranchements pourrait-il encore faire ?
!•' atril.
« Ne dira-t-on rien dans nos assemblées de la forme dont on a procédé dans l'affaire de M. de Cambrai? Les évêques assemblés ne doivent-ils pas protester contre la manière insolite dont cet archevêque a porté sa cause à Rome? Et le jugement qui n'a pas été rendu par des commissaires sur les lieux? Cela n'est-il pas contraire aux libertés de l'église gallicane, et ne les soutiendrons-nous que quand nous serons fâchés contre la cour de Rome? De quelle manière faut-il parler de M. de Cambrai ?» — L'Intendant
(1) Paul de Corvisier, S' de Vaux, avocat du roi au bui^au des finances.
(2) Il y avait dans ce village, voisin de Châlons, un groupe protestant assez nombreux depuis l'origine de la réforme.
défend d'agir contre les nouveaux convertis (1). — Urgence d'envoyer à l'Intendant Tordre de s'entendre avec l'évêque pour rétablissement des maîtres et des maîtresses d'école.
25 mars.
Il rend compte de sa présence à l'assemblée synodale de Reims. « Vous savez que la politesse de l'archevêque est toujours accompagnée de quelques traits rudes et brusques, mais le cœur est bon. Il doit vous envoyer le procèsverbal de notre assemblée. Vous verrez mieux par cette pièce ce que nous avons fait que vous ne le sauriez par cette lettre. Vous trouverez le fond du procès-verbal bon, les monuments de la tradition qui y sont employés, bien choisis. Nous le trouvâmes en arrivant presque tout dressé. Personne de ceux qui composoient l'assemblée n'a été content de la manière de procéder.
« Nous arrivâmes vendredi au soir à un quart d'heure les uns des autres. Après une légère conversation avec notre métropolitain et la lecture de l'éloquente et inintelligible procuration de M. de Noyon, on nous renvoya bien poliment chacun dans l'appartement qui nous étoit destiné, et on s'enferma jusqu'au souper, après lequel on arrêta que M. l'archevêque diroit la messe le dimanche et que nous y communierions comme vous l'avez pratiqué. Le samedi matin nous ne fimes encore rien pour l'affaire qui nous assembloit. Sur les trois heures après midi, nous commençâmes à conférer jusqu'à cinq heures et demie : la conférence ne fut autre chose que la lecture que nous fit l'archevêque du projet de procès-verbal qu'il avoit dressé, en nous montrant dans les livres les passages qu'il en avoit tirés. Vous pouvez juger quelles remarques on peut faire, n'ayant pas d'autre communication de cette pièce. J'en fis quelques-unes néanmoins que la Compagnie voulut bien
(1) Son frère lui répond : « II n'y a plus rien à dire sur cela : le ministre, son cousin le soutient. J'en parle souvent cependant et en parlerai encore, v
approuver. Le dimanche matin après la messe, nous nous assemblâmes dans le grand appartement. La séance dura deux heures : en lisant les bulles on confronta les vingttrois propositions et on raisonna sur chacune en particulier, en peu de mots et sans beaucoup approfondir. Après quoi Tarchevêque, au lieu de proposer la matière et de prendre nos voix, lut encore le procès-verbal d'un bout à l'autre. On fit encore quelques nouvelles remarques, on ajoutoit quelquefois des passages qu^on lisoit. Jamais nous ne pûmes porter l'archevêque à mettre les acclamations et le Te deum comme vous Tavez fait. Nous avons bien écrit et mal procédé. Cette manière d'agir est peu dans les règles : il y a beaucoup trop de précipitation, et c'est faire peu d'honneur à ses confrères et mépriser toutes leurs lumières et leurs conseils. S'il nous eût au moins donné des copies de son projet à notre arrivée, nous l'eussions lu à tête reposée et fait nos réflexions, et nous eussions tenu dimanche nos séances avec plus de décence ; on auroit pu appeler cela discuter la matière, cela sentiroit rassemblée ecclésiastique. Je ne puis que me louer des évêques qui s'y sont trouvés et de MM. les abbés de Mornay, député de M. le cardinal de Janson, et de Pomponne.
« Je voulois parler à l'archevêque des nouvelles réunies et que nous prissions tous la même mesure à leur égard. Il m'a été impossible de le faire entrer en matière à ce sujet. M. Larcher se vante qu'il entre dans ses maximes.
« M. de Reims nous a demandé nos suffrages pour être député de la province avec son neveu. Il faut qu'il n'agisse pas si cavalièrement à l'assemblée générale qu'à celle d'où nous venons.
« J'ai rencontré aux Petites-Loges (1) le gardien descordeliers de Chaalons qui m'a appris que le chapitre l'avoit déposé honteusement à la sollicitation du Père Le Chauve.
(1) Village à moitié chemin de Reims à Châlons, où l'évéque dit avoir commencé sa lettre.
J*en suis (aché, car c'est un bon religieux. Ils ont rétabli le P. Pinson dans la charge de sacristain, ce qui lui donne lieu de confesser quoique interdit. Vous m'obligeriez de faire retirer d'ici les PP. Le Chauve, Pinson et Robin, tous cordeliers qui ne font que du mal dans la maison. Je leur ferai signifier en attendant un interdit afin qu'on ne continue plus d'y aller à confesse et faire cesser Tabus qui se fait des sacrements dans cette maison . »
Ch&Ions, 9 octobre.
Il est rentré de la veille. « Télémaque m'a tenu assez mauvaise compagnie en chemin. J'en suis à la tempête qu'il essuya sur le vaisseau d'Adoan. J'y trouve de beaux principes de gouvernement et des maximes solides répandues dans le corps de l'ouvrage. Mais le style cause de l'indignation, il est poétique à Texcès. Je n'y vois rien d'admirable. Les descriptions sont trop détaillées, et le livre me paraît très dangereux et peu propre à inspirer à un jeune homme une éducation chrétienne » (1).
21 octobre.
« Le nouvel édit du roi pour la création de lieutenant de police désole le lieutenant général et étonne mes oflîciers ; s'il a lieu à Chaalons la prévôté et l'échevinage sont anéantis et mon baillage est détruit en partie... » II écrit au contrôleur-général pour être exempt de cette mesure et sollicite 4,000 livres pour faire une mission dans le diocèse.
!•*■ novembre.
« M. Larcbersort d'ici et m'a appris qu'il étoit révoqué. Il est surpris et affligé de ce coup. » — Demande à son
(1) Réponse : « Télémaque n'est pas digne d'an prêtre et ne convient pas à l'éducation d'un prince qu'on voudroit élever chrétiennement. »
frère de faire réduire le nombre des conseillers de ville pour en exclure les merciers.
13 novembre.
L7ntendant est revenu à cause du passage du duc de Lorraine. On parle de son rétablissement , ce qui alarme ceux qui ont parlé indiscrètement de lui. Le lieutenant général (1) en fit un feu de joie à sa porte (2).
29 novembre ,
M. LarcTier- est venu longuement le fatiguer, prétendant que Tarchevêque de Paris était cause de sa disgrâce et priant humblement son frère d'intervenir et de faire remettre à Madame de Ma in tenon un mémoire justificatif. L'évêque croit qu'on a exagéré les choses à son égard, mais il est en défiance et voit là^dessous « un panneau » contre les deux frères.
21 décembre.
Le nouvel intendant (3) est arrivé et est descendu à Tévêché ; il paraît disposé à vivre en bonne harmonie. Sa femme parle beaucoup, a L'esprit et la figure n'ont rien de bien agréable (4) . »
1" janvier 1700.
La duchesse de Lorraine partit la veille à sept heures du matin ; elle arriva à trois heures et demie. Si trois de ses
(1) Georges Fagnier S' de Vienne, président trésorier de France, lieutenant général du Présidial, depuis 1697. Mort à Paris en 1735. Un de ses fils Tabbé de Vienne fut vicaire général de Châlons et conseiller au parlement.
(2} Réponse. — « Il ne sera sûrement pas rétabli ou les choses changeront bien. Le lieutenant général perdra ses fagots. »
(3) Jean-Baptiste de Pommereu, marquis des Riceys, conseiller au Parlement, remplacé dès 1703 pai* M* d'Harouis.
(4) Marie Bernard, fille d'un maître des comptes de Dijon.
carrossesne se fussent rompues et que madame d'Etoges(l) ne Teût pas engagé à prendre le dîner qu'elle lui avait préparé, elle fût arrivée à une heure. « Les repas qu'on a donné à M. Tlntendant ont si bien dégarni Chaaions de gibier que je n'ai pu rien trouver. Je lui donnai cependant à souper et on servit une seconde table pour sa suite, dont on a paru content. La princesse trouva bon ce qu'on lui servit et elle mangea très bien. M. de Lorraine vint à dix heures du soir lui rendre une visite ; ils passèrent la nuit ensemble, il avoit pris toutes les précautions possibles pour n'être pas connu et pour la surprendre. Il partit le matin avec elle. Aujourd'hui, ma chambre, la salle et l'antichambre n'ont pas désempli jusqu'à cinq heures. Presque toutes nos dames de Ghàlons sont venues, je n'y en avois jamais tant vues, d'où je conclus qu'elles s'apprivoisent avec moi. » Il renouvelle ses instances pour les charges de police : il offre de payer tout ce qu'il faudra, en redoutant l'humeur du lieutenant général qui serait capable d'aller jusqu'à sacrifier 100,000 livres. « Le nouvel intendant fait beaucoup d'honnêtetés à tout le monde : il ne fait pas paraître un grand esprit, cela sent un peu le badau. Je n'omettrai rien pour bien vivre avec lui. Je doute qu'il gagne l'estime et la confiance de nos Champenois. » — Il n'approuve pas le mariage projeté entre Mademoiselle des Forges de Germinon et M. de Lechelles, « MM. de la Neuville, le marquis deLansson, neveu de M. duCharmel, et M. de Lechelles sont sur les rangs. M. de Nettancouri pourroit vous en parler : le dernier devoit vous consulter sur ce mariage. Il est fort épris de la demoiselle, mais je crains que cela ne fit tort à l'un et à l'autre, qu'on ne donnât un mauvais tour à cette alliance de deux nouveaux réunis qu'on dit avoir été concertée en Hollande par la mère du cavalier, et par la grand'mère de la demoi-
(1) Marie-Jeanne de RoaTille, fille d'un lieutenant-général des armées nayalesp mariée à Anne Saladin d'Anglnre,
selle à laquelle tous les mauvais réunis du pays prennent intérêt. H y a toujours du péril dans dépareilles alliances pour la foi des uns et des autres. Toutes ces raisons m'ont porté à dissuader le cavalier lorsqu'il m'en a parlé : il en a été frappé, mais la passion est forte. Il m'a dit qu'il vous en écriroit (1). »
8 janvier.
Il se déclare révolté que l'on veuille discuter les droits de l'évêché et que le Présidial se porte partie adverse. Les gens de mauvaise vie seuls ont à redouter la police. Madame de Nettancourt est venue lui parler vivement de M. de Léchelles qui « est d'une passion furieuse pour Mademoiselle de Germinon. On ne sait que penser, lorsqu'on voit un homme devenu en moins de rien par une entrevue passionné presque jusqu'à la folie. » — Ne sait que répondre à Madame du Val d'Osne au sujet de la translation proposée du prieuré à Charenton, le trouvant mieux placé à Vassy.
18 janvier*
Madame de Léchelles le fait vivement solliciter (2); « il est certain qu'on ne lit rien de plus passionné dans les chroniques de l'ancienne chevalerie. »
(1) Son frère loi répond : a On m'a parlé de plusieurs endroits de ce mariage pour M. de Léchelles et avec toutes les instances du monde. M. de Vaubaron s'est joint à M. et Mme de Nettancourt : la passion se trouve dans cette affaire avec le bien : aussi je doute que vous puissiez dissuader le cavalier. Vous ne pouvez pas dans la rigueur empêcher ce mariage : la demoiselle est entrée très jeune dans notre religion et y a toujours fort bien fait ; elle a été longtemps à votre communauté et on y étoit fort content d'elle : ma mère l'aimoit fort. Le cavalier fait son devoir, vous ne pouvez donc les arrêter par authorité : si vous croiez devoir le faire, emploiez quelque autre moien et ne vous altérez pas une famille considérable de votre diocèse. »
Marie de Forges, fille de Henri de Forges, seigneur de la Mothe de Courtisols, capitaine de cavalerie, épouse Fiacre de Champagne, seigneur de Léchelles. Elle appartenait à une ancienne famille de Lorraine, fixée par mariage en Champagne au seizième siècle.
(2) Réponse : « Ne vous étonnez pas tant, et n'entreprenez pas de rompre tous les mariages «pi commencent ainsi. Vous en auriea trop à rompie. ïf
Une lacune de sept années se produit malheureusement dans cette correspondance. Nous placerons ici quelques extraits de lettre du Cardinal à son frère qui montrent bien la continuation de Tintimité de leurs rapports.
De Conflans 27 avril t700.
« Sur le procès-verbal que vous me faites de votre assemblée provinciale, je vois bien que je ne la prendrai pas pour modèle. Je ne trouve pas l'exemple à suivre, quoique je ne m'attendois pas à une grande politesse (1), je n'aurois pas cru que la grossièreté auroit été si loin. J'aurois de la peine à m'en taire, mais je gagnerais peu à en parler. »
Conflans, 13 janvier 1702.
a Je loue Dieu de la bénédiction qu'il a donnée à votre Jubilé et à vos sermons. C'est une fonction particulièrement attachée à notre caractère, et que vous ferez bien de I faire le plus possible. II faut s'y préparer pour se concilier | les esprits qui sont devenus trop délicats. '
Conflans, 11 mars 1704. I
« Beaugier (2) a dû vous rendre compte de la conférence que nous eûmes il y a deux jours chez moi avec M. d'Armenonville sur les affaires de votre conseil de ville. J'y ai fait de mon mieux, mais il n'y a pas moyen d'obtenir au delà de ce qu'on vous a mandé. Il peut y avoir dans cette affaire de grands avantages pour vous et pour vos conseillers de ville. »
(1) De la part de rarchevéque de Reims, Monseigneur le Tellier.
(2) Premier échevin et doyen du Présidial, auteur de Mémoires historiques sor la Champagne. Il y avait alors à Châlons une véritable révolution municipale. En 1702, le roi créa un lieutenant de maire et trois assesseurs; en 1704, un second lieutenant, deux échevins, six assesseurs, deuip receveurs alternatif et triennal ; en même temps Tédit décidait que la moitié des charges municipales deviendraient héréditaires (février). Les Conseillers en exercice démissionnèrent, mais furent forcés de demeurer provisoirement, Tlntendant les menaçant de les rendre responsables des troubles qui pourraient survenir (24 mars). L'affaire s'arrangea et finalement la ville racheta les charges créées moyennant
I de 42,280 livres.
Nous ne retrouvons de nouvelles lettres de l'évêque de Chàlons qu'à dater de l'automne de 1707. A ce moment il était revenu dans son abbaye d'Hautvillers à cause de certaines difficultés qui causèrent alors une grande émotion dans la ville. De toute ancienneté on y conservait dans le trésor de l'église Notre-Dame une relique dite du saint Nombril, objet d'une dévotion extraordinaire. Son existence était constatée dans un rituel de 1322, et, en 1407, Tévêque Charles de Poitiers en célébra solennellement la translation. Monseigneur de Noailles résolut de mettre fin à ce qu'il considérait comme une erreur fâcheuse pour la dignité de la religion. Un soir, accompagné de quelques notables et d'un chirurgien, il fît ouvrir l'armoire où était conservé le reliquaire, qui fut examiné. On y trouva un morceau d'étoflfe rouge et quelques fragments poussiéreux. Le prélat fît dresser procès-verbal et, le 10 mars 1707, soumit ces objets au curé et aux marguillers : aucun ne voulut se prononcer ni signer. Il partit aussitôt après pour Paris en emportant la relique. Cette mesure bouleversa les esprits à Chàlons. On dénonça le fait à la Chambre des requêtes du Parlement. L'évêque restitua à la fabrique le reliquaire vide, après avoir obtenu un arrêt du 19 avril lui donnant gain de cause et déboutant les réclamants (1). Mais ceux-ci n'en crièrent pas moins haut et furent soutenus par une partie notable des magistrats avec le lieutenant-général du présidial qui continuait une opposition violente au prélat,
HautTilIers, 30 octobre 1707.
« En vingt-quatre heures j'ay reçu cinq ou six ambassades de M. le lieutenant général qui demande grâce. J'ay répondu que j'aurai toujours en toute circonstance pour lui la charité que doit avoir un pasteur et un évêque, mais
(1) De nombreux factums furent publiés pour et contre à Chàlons ; un bel esprit de la ville rima, sur le plan du Lutrin, un poème comique en quatre chants : les Croques reliques que nous avons publié en 1870 (Paris, Mena) d'après Panique exemplaire manuscrit que nous possédons.
que je ne devoîs pas être dupe. Quand j*auraî eu des preuves certaines d'un véritable retour et qu'il auroit réparé le scandale qu'il a causé, que je verrai ce que j'aurai à faire. Que ma maison étoit une maison publique, que l'on ne lui en fermeroit pas la porte, lorsqu'il auroit besoin de mon ministère.» Regrets de voir le Cardinal se tromper sur l'opininion de Châlons à son égard et prière de montrer de la sévérité contre ses détracteurs. « Vous n'aurez de repos qu'en vous servant de votre, autorité pour punir de tels téméraires : il ne suflSt pas avec eux d'être sur la défensive. »
Sarry, 9 mai 1709.
Rentrée le 7 de l'assemblée provinciale où l'on a élu député l'archçvéque et l'abbé de Buzenval. Il n'ose écrire tous les détails qu'il voudrait donner. « Le métropolitain a eu des manières charmantes pour tout le monde et en particulier pour moi . La chère a été grande, les manières pleines d'attraction et de grâce, il n'a pas été question de jeu. Il a blâmé comme tout le reste de l'assemblée la lettre et le procédé des deux évêques (1). L'évêque Fabio (2) a été cunctatory les deux autres prélats ont trouvé la lettre trop forte. Le premier s'est répandu en plaintes sur votre compte, qui montre que vous n'êtes pas encore bien reconciliés. Ils ont parlé plutôt en gens peines qu'en gens aigris. Il est aisé de s'apercevoir que le légat né (3) est échauffé par ses amis. S'il m'est permis de vous dire mon sentiment, je crois que dans la situation des choses, vous ne devez rien épargner pour réunir ensemble les évêques et vous mettre à leur tête pour soutenir l'épiscopat contre ses ennemis. )>
Châlons, 12 mars 1711.
Il vient d'écrire un compliment à Madame de Maintenon à propos de la prise de Girone. « Elle me répond avec
(1) Les éyéques de Noyon et d'Amiens qui ne vinrent pas.
(2) Fabio Bralart, évéque de Boissons.
(3) L'archerêque de Reims.
bonté qu'elle n'entend point parler de moi, que c'est le mieux qu'on puisse désirer en certain temps, qu'elle y prend un véritable intérêt et que je serai averti de ce qu'elle sauroit. Cette réponse m'a touché, je vous l'avoue.»
14 avril 1707.
Longue lettre d'appréciation au sujet delà Théologie de M. Habert, où il trouve peu de bonne foi, beaucoup d'artifices et peu d'amour de la vérité (1).
A la fin de 1713, Monseigneur deNoailles regagna sa retraite de Hautvillers d'où il dut revenir, sollicité vivement par les habitants deChâlons. Dans une lettre du 12 février 1714, il constate la chaleureuse réception qui lui fut faite, mais aussi l'insolence des nouveaux convertis, causée, disait-il, par la Constitution qui les favorisait en prouvant que la foi n'était pas immuable dans l'Eglise. Sa situation en haut lieu était assez précaire et il n'était pas sans inquiétudes personnelles. Cependant, le 28 février, il mande que l'Intendant, alors M. de Lescalopier, n'avait reçu aucune commission pour lui et qu'il avait même eu de Pontchartrain « une lettre bénigne » l'autorisant h aller, comme il lui plairait, dans son abbaye de prédilection. « C'est un adoucissement aux rigueurs exercées contre nous. » Mais il n'en pensait pas moins h l'avenir et méditait des réformes notables de son intérieur, croyant à de prochaines mesures de rigueur. « Je crois plus que jamais, écrit-il le 25 mai, que la saisie de notre temporel nous enrichirait si nous voulions profiter de toute la bonne volonté du public. Je trouve dans ce pays des dispositions que j'avais toujours cru fort au-dessus de l'indolence de se3 habitants. La plupart des ecclésiastiques se proposaient déjà de m'offrir
(1) C'était cependant l'œuvre d'un ardent janséniste. Loais Habert (1636- 17 avril 1718), grand-vicaire et supérieur du séminaire de Verdun, fut mis ensuite à la tête de celui de Châlons. Son opposition à la Bulle le fit exiler en 1714. n avait publié en 1707 la Theologia dogtnaUea et marcUis ad uaum aemi' narii Caialaunenêia (7 vol. in-12) qu'un anonyme dénonça à MM. de Noailles.
dans ce cas la moitié de leurs revenus, et les laïcs sont aussi bien disposés. Les Jésuites avaient pris soin de répandre le bruit que mon temporel serait saisi, ce qui a produit Teffet que je vous marque. » Cette belle audace ne fit que croître. Quand Tévêque revint d'Hautvillers le 5 octobre, il se hâta d'écrire ceci à son frère : « A mon arrivée à Châlons, j'en ai quasi méconnu les habitants, tant j'ai trouvé leurs dispositions changées. Vous les avez connus autrefois éloignés de leur évêque et les Jésuites avaient grand crédit sur les principaux. Présentement leur soulèvement contre les Jésuites est aussi grand et aussi général qu'à Paris. Ceux mêmes qui sont de leur Congrégation demandent hautement qu'ils soient éloignés des fonctions du ministère et disaient que je devrais les interdire et même les excommunier. »
Cette correspondance s'arrête malheureusement de nouveau et nous ne trouvons plus qu'une lettre datée du 2 juillet 1719, de Sillery, où l'évêque était allé saluer le nouveau maître du château « où M. de Puisieux laisse un bien grand vide. » Lui-même lui survécut peu de mois : il mourut presque subitement au château de Sarry, le 15 septembre 1720. Le Cardinal à la première nouvelle de sa maladie partit en poste, mais il ne put arriver à temps. M**" de Noailles fut enterré dans sa cathédrale.
OMurtrM. — ImpilBMri* Dunii^