‹ L'Hôtel de Ville de ParisChapitre 1 sur 67 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I<a Maison aux Piliers. — L'Hôtel de Ville de François I er . — Le Boccador et Pierre Charabiges. — L'Hôtel de Ville de Louis-Philippe. — L'incendie de

On s'est souvent étonné, et non sans raison, que les Parisiens aient attendu le xvi* siècle pour doter leur cité, la capitale de la France, d'un Hôtel de Ville spécialement édifié à cet usage.

Alors que le Paris de cette époque possède déjà de somptueux palais, de beaux logis, des églises sans nombre, sa Maison de Ville est toujours l'antique Maison aux Piliers, acquise par Étienne Marcel au mois de juillet de Tannée 1357.

La bâtisse, d'ailleurs, encore que d'origine seigneuriale — elle provenait du dauphin Charles, fils aîné du roi Jean qui la tenait de Humbert, dauphin du Viennois — a bien l'alluresimple et modeste qui convient à une assemblée de bourgeois et de marchands. Deux pignons pointus, montés sur des piliers à chapiteaux quelque peu ornés, ainsi que la représente une enluminure du missel de Juvénal des Ursins, sont tous ses développements et toute sa décoration sur la place de Grève. A l'intérieur, d'après Sauvai, on y compte deux cours, un poulailler, des cuisines, des étuves et bains, une chambre de parade, un plaidoyer, une chapelle, une grande salle de cinq toises sur trois, et un grenier pour l'artillerie de la ville.

C'est dans ce modeste immeuble que, durant cent soixantequinze ans environ, de i35j à 1 533, le Bureau de la Ville tiendra ses réunions et présidera à l'administration de la Cité.

Auparavant, les données sont peu certaines sur les diff erents endroits occupés par le pouvoir municipal. C'est ainsi que Ton a parlé d'une maison du port Saint-Landry, dans la Cité, sise à l'emplacement actuel du quai aux Fleurs, comme ayant été, avant l'invasion des Normands, le siège des administrateurs de la Ville. Lequel siège aurait, ensuite, été transféré sur l'autre rive de l'île, au midi, entre le petit Pont et le pont Saint-Michel. Mais, il faut le reconnaître, aucun document précis et authentique n'est venu appuyer ces dires, dont la valeur historique n'a peut-être pas de base plus solide que le soi-disant Parloir aux Bourgeois du quartier Saint-Jacques, installé, croyait-on, dans une tour de l'enceinte de Philippe Auguste, et que de récentes recherches historiques, faites par M. Alfred des Cilleuls, ont indiqué comme n'étant qu'un fief, qu'une propriété, dépendant du Parloir aux Bourgeois, dont il aurait pris la dénomination.

Peut-être, toutefois, est-on plus affirmatifen ce qui concerne remplacement du siège de la municipalité parisienne qui précède immédiatement la Maison aux Piliers et qui, sous le nom de Maison de la Marchandise, était situé sur la rive droite du fleuve, entre le Grand-Chàtelet et l'église Saint-Leufroy. Il semble bien, en effet, que pour cette dernière indication, les documents dont on dispose se présentent avec plus de certitude.

Pour toutes ces Maisons de Ville, néanmoins, exactement ou inexactement situées, nulle trace ne se trouve d'une construction particulièrement établie à destination de Parloir aux Bourgeois, de Maison de la Marchandise, d'Hôtel de Ville, et il nous faudra arriver au milieu du xvi e siècle pour la rencontrer.

A ce moment, et sous l'impulsion d'un grand courant artis-

tique qui va révolutionner l'art, la Ville se couvre de monuments remarquables qui procèdent d une formule nouvelle. Convie par un roi artiste, qui conduit le mouvement et donne fastueusement l'exemple, le Bureau de Ville accepte d'élever un Palais municipal qui sera vraiment digne de Paris et construit, cette fois, avec une affectation bien définie.

De l'entente de la municipalité parisienne avec le roi François I er naquit, si Ton peut dire, cet admirable Hôtel de Ville dont la glorieuse carrière se termina en 1871.

A vrai dire, pourtant, on n'a pas encore découvert, dans la chronologie des documents mis au jour, l'acte initial, le vœu, soit de la municipalité de Paris de posséder enfin une Maison commune particulièrement édifiée pour elle, soit le désir du Roi de voir sa capitale dotée d'un Hôtel de Ville répondant enfin à sa notoriété et à ses développements. Dans les premiers documents connus, la décision est déjà prise, et il y paraît convenu qu'un monument de cette nature sera édifié avec l'autorisation royale, et qu'il sera aussi fastueux que possible.

La première manifestation qui semble s'y rapporter est la mention des difficultés que rencontre la Ville pour acquérir les maisons delà place de Grève, voisines de la Maison aux Piliers, et nécessaires à la construction projetée. Les propriétaires, en effet, connaissant l'intention de la municipalité, lui tiennent la dragée haute pour la cession de leurs immeubles, qu'ils savent indispensables à la réalisation de son désir. Dans la séance du 9 mars 1 529, le Bureau de Ville s'occupe déjà de la question et décide d'acquérir les immeubles dont il s'agit, les uns après les autres, et suivant une estimation faite à l'avance :

« O u ^nt aux maisons nécessaires et contiguës de ladite Ville et qu'elle prétend avoir, a esté ad visé qu'il faut offrir maison par maison, ou argent, selon la prisée qui en sera faicte. »

Maïs l'accord, sans doute, ne se fait pas avec les propriétaires, puisque, neuf mois plus tard, le lundi 1 3 décembre 1529, le Bureau de Ville est obligé de requérir du Roi qu'il veuille bien ordonner par lettres patentes que lesdites maisons seront cédées d'office et payées à leur juste valeur. Ce n'était pas autre chose, en somme, que l'expropriation pour cause d'utilité publique, employée de nos jours pour des opérations semblables :

a ... a esté remonstré à mon dit sieur le gouverneur que une maison prochaine deceste maison de Ville, qui fut feu M e Françoys de la Barrière, et autres tenant à icelle, sont grandement nécessaires pour la dicte ville et qu elles ne se peuvent avoir par achapt des particuliers ausquels elles sont de présent, parce qu'il y a plus de cinquante particuliers y prétendans et qu'il estoit besoing avoir lettres patentes du Roy pour avoir par justice les dictes maisons, en les recompensant de la juste valeur. />

C'est ici que, d'après la chronologie des documents, il convient de mentionner la désignation de l'architecte du futur édifice.

Le dimanche 22 décembre i532, messire Pierre Violle, prévôt des marchands de Paris, accompagné du procureur de ladite Ville, s'en fut au logis du Roi, dans le château du Louvre, pour y deviser d'importantes affaires, telles que vente de forêts et autres, et aussi, vraisemblablement, pour y parler du fameux projet relatif à la Maison commune. Le Conseil du Roi, occupé en ce moment de plus graves intérêts, remît à une autre fois la réception des représentants de la Ville, mais le gouverneur de Paris, qui assistait à ce Conseil, profitant de la présence au Louvre des magistrats municipaux, mit sous leurs yeux le plan dressé par Dominique de Cortone, du nouvel Hôtel de Ville :

« Et ce faict, le dit seigneur gouverneur se retira en une tournelle estant près la garderobbe du Roy, et mena avecques

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