MÉDAILLE COKMKMOKATIVB I>E LA R «ÉDIFICATION DE L'HOTEL DE VILLE
Par M. ChjpKnn P.igc JI).
luy les dictz Prévôt des Marchans et Procureur de la dicte Ville ; auquel lieu se trouva M e Dominique de Cortonne, qui monstra le pourtraict du bastiment nouvel que le Roy veult estre faict d'ung hostel de ville. Et ce faict, chacun se retyra. »
Dominique de Cortone, que François I er a chargé de dresser 0 le pourtraict du bastiment nouvel », s'appelle de son véritable nom Domenico Bernabei. Né à Cortone, en Toscane, il en tire, à l'exemple de beaucoup d'artistes de son temps et de son pays, la dénomination de Dominique de Cortone, à laquelle on ajoute familièrement celle de Boccador, qu'il doit, assure M. Henri Stein, selon un usage très répandu dans l'Italie du xvi* siècle, à sa moustache blonde.
Ramené de la Péninsule par Charles VIII, avec d'autres artistes de ce pays, on le trouve occupé, particulièrement dans l'art du bois, aux travaux des châteaux d'Amboise, de Blois et de Chambord. Si la nomenclature précise de ses œuvres est assez peu connue — et il n'est pas le seul artiste de son temps qui soit dans ce cas — on ne pourra lui contester, pourtant, la confection des plans de l'Hôtel de Ville de Paris, dont l'affirmation est consacrée par des documents formels, et par une inscription commémorative dont les textes sont parvenus jusqu'à nous.
Le Roi, tout autant que le Bureau de Ville, semble avoir une hâte extrême de la mise en train du nouveau monument. A l'occasion de l'achat d'une maison en saillie sur la place de Grève, appartenant à l'hôpital du Saint-Esprit, et qui est nécessaire à l'édification projetée, il signe, le 23 avril 1 533, des lettres patentes invitant la Ville à faire diligence, et dans lesquelles il parle encore du plan agréé par lui :
« François, par la grâce de Dieu, roy de France, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Comme pour la
décoration de nostre bonne ville de Paris, ville cappitalle de nostre royaulme, nous eussions piéça ordonné à noz très-chers et bien amez les prevost des marchans et eschevins de nostre dicte ville, faire croistre, eslargir, bastir et reediffier de nouveau THostel commun d'icelle, en ensuivant laquelle nostre ordonnance, les dicts prevost des marchans et eschevins, auroient faict faire un pourtraict de la forme et devys du bastiment du dict hostel, lequel ils nous auroient monstré, et l'ayant trouvé agréable, nous leur aurions de rechef commandé y faire besongner à toute diligence... »
Le Parlement, après examen « du pourtraict du bastiment et édifice dudict hostel commun », ratifia les lettres patentes du Roi et autorisa la Ville, par son arrêt du 26 juillet de la même année, à s'approprier la saillie de l'hôpital du Saint-Esprit, moyennant une juste indemnité.
Quant aux subsides nécessaires à l'édification, le roi François daigna en assurer une partie, par l'abandon gracieux qu'il voulut bien consentir de la part lui revenant des deniers communaux parisiens. Sur toutes les villes du royaume, en effet, un prélèvement était régulièrement fait pour les besoins de l'Etat, de la moitié environ des revenus urbains. C'est cette cote-part de l'impôt de Paris que le Roi abandonna et pour laquelle, le i3 mai 1 533, le premier magistrat de la Cité fit à ses collègues la communication ci-après :
« Le dict Violle, Prevost des Marchans, a remonstré que le Roy prend par toutes les Villes de son royaulme la moictié des deniers comungs, et que, de sa grâce, a voullu que les deniers qu'il eust prins sur ceste ville de Paris soient employez aux bastimens d'un Hostel de Ville neuf, selon le devis qui luy a esté monstré, et aussi monstre présentement par M* Dominique de Cortemer {sic), qui l'a fait et devisé.
« Et sur ce, tous mesdictz sieurs ont esté d'avis que Ton doit entièrement suyvre le voulloir du Roy en faisant ledîct bastiment. »
L'année suivante, par ses lettres patentes du 6 août 1 534, François I er confirmait cette donation aux administrateurs de la Ville, leur donnant ainsi la preuve des sacrifices que l'État consentait pour : « la construction et eddifice de leur hostel de Ville que leur avons ordonné faire faire en ceste dicte Ville, qui sera somptueux et des plus beaulx que Ton saiche. »
Les termes de ce document de 1 534 n'étaient pas moins précis que ceux de 1 533 :
a ... Et pour ce que despuis, nous avons ordonné que la moictié de semblables deniers communs, dons et aides des villes de ce royaume, seroient prins et apportez aux coffres de nostre chasteau du Louvre, à Paris, pour estre mis et emploiez où lavons ordonné; et que, pour le regard et considération que nous avons eu de la grande et extresme despence qu'il conviendra faire aus dicts prevost des marchans, eschevins et habitans, supplians pour le dict ediffice et construction du dict Hostel de Ville, nous les avons exceptez et réservez par nos lettres-patentes cy attachées soubz nostre contre-scel, de bailler la dicte moictié de leurs dicts deniers communs, et voulu qu'ils leur demourassent pour convertir au dict ediffice... »
On a souvent regretté la pénurie des documents d'archives se rapportant à la construction de l'Hôtel de Ville du xvi* siècle. Il est pourtant visible qu'il n'existe que peu de lacunes concernant les points principaux de cette construction. C'est ainsi que l'on trouve encore, dans les anciens comptes de la Ville pour 1 533, publiés par M. Bernard Prost, le signalement de la confection du plan par le Boccador :
« Payé à Dominicque de Courtonne soixante-douze livres
pour plusieurs portraits en plattes-formes pour le fait de 1 édifice et bâtiment de l'Hôtel de Ville. »
Et aussi cette indication, dans les mêmes comptes, portant que le dit Dominique, architecte, aété chargé, le i5 juin 1 533, de la conduite des travaux de l'édifice moyennant une redevance annuelle ; qu'il en a bien dressé un plan agréé par le Roi, et confectionné un modèle en menuiserie :
o Messieurs les Prévost des Marchans et eschevins, par leurs lettres du i5 juin 1 533, ont commiset depputté pour conduire les ouvrages du bâtiment et édifices de l'hôtel de la dite ville le dit M* Dominique de Berqualor, dit de Courtonne, architecte, demeurant à Paris, suivant le modelle par luy fait, veu et accordé par le Roy, et, pour éviter à faute, qu'il sera fait auparavant un modelle en bois de menuiserie ; pourquoy Messieurs luy ont ordonné la somme de 2 5o livres tournois par an tant qu'il vaquera au dit bâtiment ou tant qu'il plaira à Messieurs. »
On peut présumer que les travaux furent commencés rapidement, puisque, le 1 5 juillet 1 533, avait lieu la pose de la première pierre, commémorée par l'inscription ci-après, rapportée par Jacques du Brcul en 1612 :
FACTA FUERUNT HMC FUNDAMENTA AN NO DOMINI M.D.XXXIIL DIE XV MENSIS JULI1, SUB FRANCISCO PRIMO, FRANCORUM REGE CHRISTIANISSIMO, ET PETRO VIOLE, EJUSDEM REGIS CONSILIARIO, AC MERCATORUM HUJUSCE CIVITATIS PARRHISI/E PRAEFECTO, ,€DILIBUS, CONSULIBUS AC SCABINIS GERVASIO LARCHER, JACOBO BOURSIER, CLAUDIO DANIEL, ET JOAN. BARTHOLOMŒO.
Le Roux de Lincy a donné de ce texte la traduction suivante :
« Ces fondations ont été jetées l'an du Seigneur, 1 533, le 1 5 e jour du mois de juillet, sous François I", roi de France,
très-chrétien, et sous Pierre Viole, conseiller du dit roy, et prévôt des marchands de cette ville de Paris; étant échevins, conseiller et quartenier : Gervais Larcher, Jacques Boursier, Claude Daniel et Jean Barthélémy. »
Le i3 septembre suivant, une table de marbre portant l'inscription ci-après était apposée, affirme en i55o un historien contemporain, Corrozet, et aussi Jacques du Breul, en 1612, au-dessus de la grande porte du monument, ce qui indiquerait qu'à cette époque — septembre 1 533 — une partie du rez-dechaussée de la façade était déjà édifiée :
SENATUI, POPULO EQUITIBUS QUE PARISIEN. PIE DE SE MERITIS, FRANC1SCUS PRIMUS, FRANCORUM REX POTENTISSIMUS, HAS MDES A FUNDAMENTIS EXTRUENDAS MANDA VIT AC CURAVIT, COGENDIS QUE PUBLICE CONSILIIS ET ADMINISTRANDAE REIPUBLICAE D1CA- VIT, AXNO A SALUTE CONDITA M. D. XXXIII, 1D1BUS JULII. INCISUM M. D. XXXIII IDIBUS SEPTEMBRIS. PETRO VIOLA PRAEFECTO DECU- RIONUM, CLAUDIO DAN1ELE, JOANNE BARTHOLOMEO, MARTI NO BRAGELONIO, JOANNE CURTINO DECURIONIBUS, DOMINICO COR- TONENSI ARCHITECTANTE.
Nous nous servirons encore de la traduction de Le Roux de Lincy :
« Le corps de Ville, le peuple et les nobles de la ville de Paris, ayant bien mérité de lui, François I er , roi de France, très puissant, leur a commandé et confié la construction de cet édifice destiné aux assemblées et au gouvernement des affaires publiques, Tan de grâce 1 533, le i5 juillet. Gravé en 1 533, le i3 septembre. Pierre Viole, prévôt des marchands, Claude Daniel, Jean Barthélémy, Martin de Bragclongne, Jean Courtin, échevin ; Dominique de Courtonne, architecte. »
A partir de la pose de la première pierre de 1 édifice, la construction traversa un certain nombre de vissicitudes, d'ar-
io L'HOTEL DE VILLE DE PARIS
rêts et de reprises, suivant les circonstances du moment, selon la paix, selon la guerre, selon l'argent plus ou moins abondant. On trouve la trace de ces fluctuations dans les documents d'archives et particulièrement dans les délibérations du Bureau de la Ville. Ce sont, si Ton peut dire, les différentes étapes de l'édification; elles suivront un cours à peu près normal, de 1 533, date du point de départ, à 1628, époque de l'achèvement.
Le 19 juin 1 534, 1© Bureau de la Ville estime que les travaux n'avancent pas suffisamment, et son prévôt en fait la remontrance à tous ceux qui en sont responsables. Il s'agit, en l'espèce, de Pierre Chambiges, qui est le maçon de l'entreprise; de Jacques Coriassc, le maître des œuvres de maçonnerie de la Ville; de Jehan Asselin, le maître des œuvres de charpenterie ; de Louis Caqueton, contrôleur des travaux ; et enfin de Dominique de Cortone, que la pièce, à la vérité, ne qualifie pas, mais auquel on ne saurait, de bonne foi, attribuer une autre fonction que celle d'architecte dont il avait été officiellement nanti. Il leur est enjoint d'avoir à surveiller les ouvriers : « besongnans au faict de l'édifice et bastiment de l'hostel neuf de Ville », et particulièrement recommandé de dîner moins souvent ensemble, afin qu'il y ait toujours au moins l'un d'entre eux sur les chantiers.
Voici, au mois d'octobre 1 536, un arrêt momentané dans la marche des travaux, qui est consenti par les représentants du Roi et le Bureau de Ville, en présence de Dominique de Cortone, acceptant. Le fait, indiqué par M. Léon Dorez, ressort d'une lettre datée du 24 de ce mois, écrite par Jean Tronson, prévôt des marchands, au cardinal Jean du Bellay, et dans laquelle il est question d'activer l'achèvement des fortifications, susceptibles d'être endommagées par les pluies d'hiver.
Nous ne mentionnerons pas ici tous les menus faits et détails
PAKTU CK.VTRALK DE LA I IÇADK PRINCIPALE.
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LA CONSTRUCTION DU BOCCADOR ti
de l'entreprise, maillons d'une même chaîne, qui permettent de suivre la construction comme à la piste ; nous ne voulons retenir de ces faits que ceux pouvant être susceptibles de servir à la recherche de la paternité de l'édifice. Nous rappellerons, par exemple, que, le 6 août 1 534, François I er , à l'occasion de l'emploi des fonds communaux, insista particulièrement auprès du Bureau pour qu'il ne fût rien changé à l'ordonnance des travaux, telle qu'elle avait été arrêtée au début: «... les ouvraiges du dict hostel de Ville, que voulions et entendons estre contynuez comme ilz sont commencez ».
Le 8 septembre 1 536, en recevant à Saint-Germain la révérence du prévôt des marchands de Thou, et de ses échevins, le Roi ne manquait pas, à la fin de sa réponse, de leur recommander l'édifice : « Et dict aussy qu'il entend que Ton continue le bastiment de l'hostel de ville, attendu que sommes en temps de paix... »
Une ordonnance du Bureau, du 3o juillet 1 539, est particulièrement intéressante en ce sens qu'elle indique nominativement les trois personnages qui sont responsables de la marche des travaux : Pierre Chambiges, maître des œuvres de maçonnerie, Charles Leconte, maître des œuvres de charpenterie, et Dominique de Cortone. Mais voici encore, pour ce dernier, que le document ne spécifie pas de qualité. Ce silence est, scion nous, d'une éloquence particulièrement suggestive. Quelle responsabilité, en effet, peut-on placer à côté de celles des deux fonctionnaires ci-dessus dénommés, sinon celle de l'architecte, responsabilité qui est capitale, et qui, de ce fait, n'a pas besoin d'être qualifiée? Bien entendu, on ne saurait s'arrêter à l'objection qui sera peut-être produite que Dominique, étant nommé le dernier dans le document, ne devait occuper qu'une fonction inférieure à celles des deux autres. Nous n'y contredisons pas,
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d'ailleurs, et il se pourrait fort bien que, dans l'esprit du rédacteur de l'ordonnance, les maîtres des œuvres de maçonnerie et de charpenterie fussent des personnages plus importants que l'architecte.
Le document en question chargeait donc M* Regnault Bachelier, o contrerolleur » des bâtiments neufs de l'Hôtel de Ville, d'avoir à enregistrer très exactement le défaut de présence sur les chantiers de ceux qui étaient chargés de les surveiller : « Aujourd'huy, mercredi trente juillet i 539, au Bureau de la Ville, a esté enjoinctàM e Regnault Bachelier, contrerolleur des bastimens et ediffices de l'ostel de la dicte Ville, que doresnavant il ait à faire registre du deffault que feront M* Pierre Chambiges et Charles Leconte, maistres des œuvres de la dite ville, et M* Dominique de Cortonne, à l'exercice de leurs commissions, et de nous en rapporter, deux foys la sepmaine, son contrerolle selon le temps, jours et heures qu'ilz auront failly de servir à leurs dites commissions pour le faict du bastiment de l'hostel de la dite Ville; et sur peyne de recouvrer sur luy ce que les dits Chambiges, Leconte et Dominique auront receu pour le temps du deffault de leurs dits services ; et sera ceste présente ordonnance signiffiée ausdits Chambiges, Leconte et de Cortonne, ad ce qu'ilz n'en prétendent cause d'ignorance. »
Cette pièce, dont il faut apprécier toute l'importance, si heureusement découverte par M. A. Tuetey, identifie d'une façon, pour ainsi dire absolue, les fonctions des trois personnages chargés des travaux de l'Hôtel de Ville en 1 53g : Boccador, qui en est toujours l'architecte depuis 1 533; Pierre Chambiges qui, de simple maçon du monument, est devenu, vers lafin del'année 1 538, maître des œuvres de maçonnerie de la Ville en remplacement de Jacques Codasse qui l'était déjà en 1 535 ; et Charles Leconte,
qui a succédé à Jean Asselin, un peu avant 1 538, dans le poste de maître des œuvres de charpenterie.
Nous expliquerons l'insistance particulière que nous mettons à parler aussi longuement de l'architecte de l'Hôtel de Ville, en rappelant la tentative entreprise, il y a quelques années, avec une juvénile ardeur, par un historien autorisé du monument, M. Marius Vachon, d'attribuer les plans et la construction à Pierre Chambiges, aux lieu et place de Dominique de Cortone. Selon lui, en effet, les plans dressés par Boccador en 1 533 et les constructions édifiées d'après eux auraient été, les premiers, abandonnés en 1 535 et les secondes, jetées bas vers la môme époque.
Cette thèse qui, d'ailleurs, n'était pas nouvelle et avait déjà été effleurée en 1846 par Le Roux de Lincy, sans être adoptée par lui, souleva une polémique fort intéressante qui amena, sur la question, la production de documents nouveaux et détermina l'étude plus approfondie et plus précise de ceux qui étaient déjà connus.
Après une lecture faite de bonne foietsansparti pris de tous les textes qui ont été produits sur ce sujet — il ne saurait être sérieusement question d'introduire dans le débat d'autres éléments que des pièces d'archives — nous persistons à penser que rien ne permet de déposséder le Boccador au profit de Pierre Chambiges.
En écartant les documents ambigus interprétés parles deux partis, ceux à double entente, ou dont le sens peut prêter à équivoque, il reste, à notre humble avis, en faveur de Dominique de Cortone, une suite chronologique de pièces authentiques et précises, qui est à l'abri de toute contestation. En l'état de la question, il nous paraît donc que la cause peut être considérée comme jugée ; à moins, bien entendu, que d'autres documents
nouveaux, improduits à ce jour, viennent réduire à néant ceux qui jalonnent la construction commencée en 1 533, et dont nous avons reproduit quelques-uns.
Mais si, par hasard, ces documents existaient, eussent-ils échappé à la sagacité des érudits et des savants ?
Nous ne le pensons pas.
Vingt années après la pose de la première pierre, il n'y avait encore d'exécuté que le rez-de-chaussée de la façade donnant sur la place de Grève, flanquée à droite, c'est-à-dire du côté de la rivière, d'un pavillon construit au-dessus de l'arcade Saint-Jean. Derrière cette façade, la cour centrale était également édifiée, ainsi que le bâtiment situé au fond, sur la ruelle Saint-Jean, et celui longeant la rue du Martroy, parallèlement à la Seine.
Pendant la seconde moitié du xvi e siècle, les guerres de religion et les troubles fréquents qui agitent la capitale et en absorbent toutes les ressources, arrêtent les travaux qui sont pour ainsi dire abandonnés. Tout au plus songe-t-on que l'antique Maison aux Piliers, dans laquelle étaient demeurés les bureaux pendant la construction de l'Hôtel neuf, commence à tomber en ruines. Par sa délibération du 14 novembre 1 55 1 , le Bureau enjoint aux maîtres des œuvres d'avoir à en faire démolir les fractions les plus dangereuses, en faisant transporter dans les parties neuves les armes et munitions de la Ville qui se trouvaient dans les vieux bâtiments. Il ne faudrait pas croire, néanmoins, que la démolition se fît immédiatement.
La décision du 5 octobre 1589 intervint encore, prescrivant « que le dit viel corps d'hostel sera abattu et desmoly pour obvier aux inconveniensqui en pourroient advenir... », et indiquant que la vieille Maison commune n'était plus alors occupée que par les prisonniers et le geôlier préposé à leur garde.
On n'en termina avec le vieux logis qu'en 1 591 , c'est-à-dire
cinquante-huit ans après la mise en train des travaux du nouvel Hôtel de Ville. Il n'y avait pas moyen de le conserver plus longtemps debout, malgré les consolidations qui y avaient été apportées : « nonobstant le dit estay ment, pour la caducité des murs, il continue à menacer la ruyne et s'augmente le péril éminent ».
Le 21 juin 1 5g 1 ,1e maître des œuvres Guillain, recevait Tordre du Bureau d'avoir à faire évacuer les prisonniers dans les bâtiments nouveaux, et à procéder ensuite à la démolition.
Quand Henri IV, par une sage administration, eut à peu près rétabli la paix dans son royaume et la tranquillité dans sa capitale, on songea à reprendre enfin l'édification de la Maison commune, abandonnée depuis si longtemps.
Le 6 juin i6o5, le reste des travaux à exécuter était adjugé à Marin de la Vallée, « juré du Roi en l'office de maçonnerie », demeurant à Paris, rue Beaubourg.
Ce fut certainement à l'occasion de cette reprise que la statue du souverain, œuvre de Pierre Biard, fut appliquée, en 1 606, dans le tympan de la porte centrale du monument. Détruite pendant la Révolution, cette statue fut reproduite en bronze, parLemairc, en i838, et remise au même endroit, en remplacement d'un basrelief en plâtre doré dont la Restauration avait ordonné la pose. Après l'incendie de 1871, l'œuvre de Lemaire fut sauvée et envoyée au musée Carnavalet.
Marin de la Vallée se mit à l'œuvre dès 1606, à l'aide de nouveaux subsides qui étaient mis à sa disposition, et aidé par une large subvention obtenue d'une Assemblée du clergé réunie à Angers.
Pour commémorer cette heureuse continuation des travaux, la dédicace ci-après fut ajoutée, comme une suite paraissant toute naturelle, à l'inscription primitive rapportée plus haut,
i6 L'HOTEL DE VILLE DE PARIS
relatant qu'en Tan 1 533, François I er avait commandé l'édifice, Dominique de Cortone étant architecte :
AT HENRICO IV, FRANCORUM ET NAVARRORUM REGE INVICTIS- SIMO, FRANCIS. MYRON PROPRAETORE ET DECURIONUM PRAE- FECTO, P. SAINCTOT, J. DE LA HAYE, G. DE FLECELLES ET N. BELUT, DECURIONIBUS, HOC OPUS SUPERIORUM TEMPORUM FORTUNA INTERM1SSUM, A SOLO AD FASTIG1UM USQUE CONTEXTU AEDIFICII REPETITUM EST. M.DC.VI.
« Mais sous Henri IV, roi invincible de France et de Navarre, François Miron, prévôt des marchands, P. Sainctot, J. delà Haye, G. de Flecelleset N. Belut, échevins, ce monument, interrompu par les événements des temps antérieurs, a été repris du sol jusqu'à son sommet. 1606. »
Et du Breul, qui rapporte l'incident dans son livre écrit en 1612, ce qui le fait contemporain delà chose, après avoir reproduit le texte de l'inscription de 1 533, ajoute immédiatement ces lignes :
« Depuis, en la mesme table de marbre a estéadjousté ce qui s'ensuit :
. AT. HENRICO IV... » etc.
Ce complément d'inscription est, pour nous, de la plus grande importance, en ce sens qu'il prouve que rien n'était modifié dans la poursuite de la construction commencée par Boccadoren 1 533. On y disait très nettement que le monument indiqué dans la première partie de la table de marbre, interrompu par les événements, avait été repris, en 1606, du sol jusqu'au sommet. Rien de plus clair pour qui veut lire ce texte avec bonne foi.
Et s'il était besoin d'unepreuve supplémentaire, nous dirions que Le Roux de Lincy a démontré que, le 16 février 1607, la façads entière était achevée, sauf le pavillon du Saint-Esprit.
PORTK EN I KR KiRGK DK L A FAÇADE PRINCIPALE. iP^gc y,).
Nous ajouterons encore que, si l'œuvre de Dominique de Cortone avait été détruite et remplacée parcelle de Pierre Chambiges, le petit-fils de ce dernier, Pierre Guillain, le maître des œuvres de la Ville, qui fit graver la deuxième partie de l'inscription dont il s'agit, n'eût certainement pas laissé subsister la première et n'eût pas manqué d'en rédiger une autre à la mémoire de son grand-père.
L'année 1608 fut particulièrement laborieuse pour la continuation des travaux puisqu'elle vit, ainsi que l'explique encore l'inscription ci-après, l'achèvement de la grande salle, Iamiseen train du pavillon du Saint-Esprit, l'ornementation de la façade par une colonnade, et la construction du campanile pour l'horloge :
« Dans la grande salle neuve de l'Hostel de Ville, dit du Breul, est ainsi gravé en marbre ce qui s'ensuit :
DU RÈGNE DU TRÈS CHRESTIEN HENRI IV, ROY DE FRANCE ET DE NAVARRE, ET DE LA PRÉVOSTÉ DE MONSIEUR MAISTRE JACQUES SANGUIN, SIEUR DE LIVRY, CONSEILLER DU ROY EN SA COUR DE PARLEMENT, ET DE L'ESCHE VIN AGE DE MAISTRE GERMAIN GOUFFÉ, ADVOCAT EN LA DITE COUR, JEAN DE VAILLY, SIEUR DU BREUIL DU PONT, MAISTRE PIERRE PARFAICT, GREFFIER EN L'ÉLECTION ET CHARLES CHARBONNIÈRES, CONSEILLER DU ROY ET AUDITEUR EN SA CHAMBRE DES COMPTES, CESTE SALLE A ESTÉ PARACHEVÉE, LE PAVILLON DU COSTÉ DU SAINCT ESPRIT ENCOMMENCÉ, LES COLONNES APOSÉES, ET LA TOUR A HUICT PANS ESLEVÉE POUR LORLOGE, MIL SIX CENS HUICT.
Nous ne suivrons pas plus longtemps les phases de la construction de la nouvelle Maison commune des Parisiens ; notre cadre, d'ailleurs, ne le comporte pas. Nous dirons seulement qu'elle fut définitivement terminée en 1628, ainsi que le constate le texte ci-dessous, apposé en marbre, par le maçon qui l'acheva, et qui ne manqua pas, lui aussi, de s'y décerner
li L'HOTEL DE VILLE DE PARIS
le titre d'architecte auquel il ne semble pas qu'il avait droit :
HANC jEDIFICIORUM. MOLEM. MULTIS. 1AM. ANNIS. 1NCHOATAM. ET. AFFECTAM. MARINUS. DE. LA. VALLÉE. ARCHITECTUS. PAR1SIX. SUSCEPIT. AN. 1606. ET. AD. ULTIMAM. USQUE. PERIODUM. FŒLICI- TER. PERDUXIT. AN. SAL. 1628.
« Marin de la Vallée, architecte parisien, a entrepris, Tannée 1606, ce grand édifice resté longtemps inachevé et imparfait, et l'a heureusement terminé, l'an du salut 1628. » (PL 1).
Les inscriptions lapidaires, on le voit, étaient fort à la mode à cette époque ; elles Tétaient surtout particulièrement à l'Hôtel de Ville, où l'on ne laissait passer aucune occasion d'en revêtir les murailles ; c'est ainsi que nous en connaissons pour la pose de la première pierre, pour la désignation de l'architecte, pour la reprise des travaux interrompus, pour la terminaison de la grande salle, pour la mise en train d'un pavillon, et pour l'achèvement de l'édifice.
Si réellement Pierre Chambiges — qu'on nous excuse d'y revenir encore! — joua le rôle important, voire même définitif, qu'on lui attribue dans l'édification de l'Hôtel de Ville de la Renaissance, comment se fait-il que le marbre, si prolixe pour des faits de second ordre, ne nous apprenne pas la part réelle qui lui revient ? Modestie de l'artiste, dira-t-on peut être, qui n'a pas voulu chanter sa propre gloire sur les murs qu'il édifiait. C'est entendu ; mais ses descendants, les Chambiges et les Guillain, qui maçonnèrent à l'Hôtel de Ville longtemps après la mort du grand aïeul, étaient-ils tenus à la même réserve ?
Comment expliquera-t-on que, depuis la mort de Chambiges, arrivée en 1 544, jusqu'à l'achèvement du monument, en 1628, alors qu'ils sont toujours sur le tas ; alors qu'ils posent ou laissent poser des inscriptions commémorant ceci ou cela, ils
n'aient pas trouve le moyen d'en mettre une rappelant l'œuvre du chef de la famille ?
C'est que, vraisemblablement, personne ne songeait alors à contester le travail de Dominique de Cortone, pas même les descendants du concurrent qu'on lui oppose aujourd'hui, lesquels savaient, probablement mieux que personne, à quoi s'en tenir sur la part revenant à chacun.
On ne saurait affirmer, bien entendu, que toutes les parties du plan de Boccador furent exécutées à la lettre, et il est présumable, comme la chose ressort de l'étude des documents connus, que les maîtres des œuvres y apportèrent des modifications de toute espèce. C'est dans ce sens, croyons-nous, qu'il faut interpréter les dires de Sauvai et de Mariette, rappelant que le dessin fut réformé sous Henri II, en 1549, année de la mort de Dominique. Mais il est certain, aussi, qu'aucune pièce véritablement valable devant l'histoire, ne permet de déposséder ce dernier de son œuvre, et que le savant Le Roux de Lincy avait déjà raison en 1846 quand il écrivait :
a Tout prouve que les plans donnés par Boccador en 1 53o furent suivis assez exactement, et que ce dernier doit être considéré comme le principal auteur de l'ancien Hôtel de Ville. »
Depuis l'époque de son achèvement jusqu'en i8o3, le monument ne subit aucune modification. A cette date, et en raison de l'adjonction des services départementaux aux services municipaux pour former la Préfecture de la Seine, sous le Préfet Frochot, il fallut en accroître les dépendances.
L'emplacement de l'ancienne église de Saint- Jean -en-Grève, situé derrière l'Hôtel de Ville, contenant huit cent trente et un mètres soixante-dix de superficie, fut acquis en 1804, en même temps que l'architecte Molinos était chargé d'agrandir le monument à l'aide de ce terrain et de l'ancienne chapelle Saint-Jean
qu'il devait incorporer. On sait que ce vocable de Saint- Jean resta à toutes les salles de la maison commune qui se succédèrent en cet endroit. Le même architecte rattacha également à l'Hôtel de Ville, à la même époque, un autre bâtiment neuf construit sur le terrain du Saint-Esprit, c'est-à-dire au Nord, vers la rue de la Tixeranderie.
Sous le règne de Louis-Philippe, les services nouveaux sont tellement considérables, et les locaux si insuffisants, que la municipalité est obligée de prendre à bail diverses maisons situées aux environs et dans la place de Grève. Aussi, pour remédier à cet état de choses, le Conseil municipal prend-il, le 3o avril i835, une délibération adoptant le principe de l'agrandissement et de l'isolement de l'Hôtel de Ville.
Les travaux furent confiés aux architectes Godde et Lesueur.
Le bâtiment, doublé en superficie, comportait quatre façades :
!• La façade sur la place de Grève, composée de l'ancien monument de la Renaissance, élargi à droite et à gauche par une petite aile et par un pavillon d'angle ;
2' La façade sur le quai, abritant les appartements du Préfet;
3* La façade vers la rue de la Tixeranderie, aujourd'hui de Rivoli, côté des Bureaux ;
4° La façade sur la rue Lobau, salle des fêtes et salle Saint- Jean.
Deux cours nouvelles flanquaient, à droite et à gauche, l'ancienne cour centrale, dite de Louis XIV, celle-là même qui fut dotée, en i855, du fameux escalier à double révolution des architectes Baltard et Vauthier.
L'ensemble formait un vaste rectangle dont les côtés, sur la place de Grève et sur la rue Lobau. mesuraient 1 20 mètres, et les deux autres, chacun 80 mètres.
Quatre gros pavillons se dressaient aux quatre coins de ce rectangle. Il avait été stipulé dans le programme que les deux ailes élargissant la façade de Boccador devraient se rapprocher le plus possible de son style, laissant plus de liberté aux architectes pour les trois autres côtés. Cette façade, sur la place de Grève, avait été décorée de niches contenant les statues des hommes ayant illustré Paris, et signées : Jouffroy, Ottin, Simart, Seurre. Cavelier, Dantan aîné, Duscigneur, Moyne, Préault, Foyatier, Maindron, etc.
Rappelons, d'après M. A. Babeau, que la façade primitive de la Renaissance comprenait 16 niches, pour le I er étage et 8 niches pour le 2 e étage des pavillons, que plusieurs estampes antérieures à la Révolution montrent ces niches habitées par des statues sans qu'il soit possible de les identifier. Et, enfin, que les auteurs du xviii 0 siècle ne donnent pas l'énumération de ces figures et n'indiquent pas si elles étaient symboliques, mythologiques ou historiques.
Entrepris en 1837, les travaux, dont le montant s'éleva à environ douze millions, étaient terminés en 1842, sauf les parties décoratives qui ne le furent que quatre années après (Pl. 1).
Nous ne saurions nous appesantir ici, ni entrer dans de minutieux détails sur ce qu'était la décoration artistique du monument, depuis son édification sous François I er jusqu'à son anéantissement, en 1 871. Nous ne sommes tenus, d'ailleurs, en ce qui concerne l'ancien hôtel de ville, qu'à une rétrospectivité devant forcément être limitée aux œuvres absolument essentielles. Disons que, parmi ces dernières, les plus remarquables, celles qui rappelaient des personnages ou des grands faits de la monarchie, furent détruites pendant la Révolution, sauf pourtant, la fameuse statue en bronze de Louis XIV, par Coysevox, qui décorait jadis l'arcade du fond de la cour centrale, et qui
échappa au creuset révolutionnaire, garée dans les magasins du Roule, grâce au conventionnel Cambon, après une mise aux enchères, sur le prix de 800 livres, en août 1792.
De-ci, de-là, en effet, dans les salles et les salons, se trouvaient des peintures exécutées aux xvu c et xviu 4 siècles, représentant des princes, grands seigneurs, officiers municipaux, prévôts et échevins de la Ville, greffiers, procureurs, receveurs, conseillers municipaux, signées de Jérôme Francœur, Jehan d'Angers, Ferdinand Hellé, Georges Lallemand, François Porbus, Janelle, etc.
De plus célèbres artistes : Largillière, Mignard, Jean et Louis de Boullongne, de Troyes, les Vanloo, y avaient exécuté de nombreux tableaux représentant les grands faits de la vie parisienne et de l'histoire de France. Ces toiles décoraient les salons et les pièces d'apparat, conjointement avec les remarquables tapisseries de la Ville, déjà en place au xvi° siècle, y compris le fameux plan tissé en 1 540 et dont on ignore le sort.
Au moment de l'incendie de 1 871, le monument possédait, en outre de la Bibliothèque de la Ville, si riche en documents et manuscrits parisiens, une importante décoration artistique, reconstituée après la Révolution par les divers régimes qui s'y étaient succédé, et dont nous donnerons ci-après une nomenclature sommaire, qui permettra d'apprécier l'immensité du désastre.
La grande Galerie des Fêtes avait été décorée par le peintre Lehmann, qui y couvrit une superficie de 140 mètres avec plus de 180 figures et 56 sujets dans les pénétrations et les pendentifs. Il y représenta la lutte de l'homme contre les éléments, en partant de l'état primitif pour arriver à la civilisation. Les médaillons des coupoles étaient de Cabancl et de Benouville. Laurent-Jan y avait exécuté des peintures décoratives sur un
ensemble blanc et or. Cette salle mesurait 48 mètres de longueur, sur i3 de largeur et 12 de hauteur.
Les salons à arcades, qui se composaient, comme aujourd'hui, de trois salons séparés par des arcatures, comportaient, le premier, une décoration picturale de Schopin symbolisant le jour, la nuit, Vair, la terre, l'eau, le feu et les quatre saisons, Le sculpteur Thomire avait modelé, pour cette pièce, une pendule représentant Neptune et Amphitrite, qui était un véritable objet d'art. Dans le deuxième salon, le grand plafond, du peintre Picot, représentait la Ville de Paris entourée d'une nombreuse mythologie. Le reste de la décoration, exécuté par Auguste Hesse, montrait une suite de figures assises caractérisant les Lettres, les Sciences, les Arts, les Lois, i Industrie, etc. Le peintre Vauchelet avait assumé la tâche de décorer seul le troisième salon, consacré aux Arts et aux Lettres. Les cheminées situées aux deux extrémités de ces trois salons étaient du sculpteur Plantar. Non loin dessalons à arcades, se trouvaient les deux salons de jeu, dont les plafonds comportaient de curieuses décorations : le premier, de sujets de fantaisie, femmes et enfants, par Lachaise ; le second, de mythologies, tritons, sirènes, par Vauchelet.
La grande salle à manger était l'oeuvre de G. Jadin et de Bégard, peintres d'attributs de chasse, de pèche et d'ornements décoratifs.
Le salon de l'Empereur possédait la fameuse Apothéose de Napoléon J tT , par Ingres, entourée de figures assises, symbolisant les villes conquises par le héros. Sur la cheminée, était un portrait en pied du souverain, par Gérard ; on y voyait aussi les bustes de Jérôme, Louis, Lucien et Joseph Bonaparte, par Canova. C'est dans cette pièce que se trouvait le fameux buste de Napoléon III, en aigue-marine, oeuvre
remarquable exécutée en 1867 parla maison Froment-Meurice.
Le salon de la Paix faisait pendant à celui de l'Empereur. Sa cheminée et ses sculptures avaient été ciselées par Nanteuil, et sa décoration picturale, exécutée sous la direction d'Oury. C'était là qu'Eugène Delacroix avait exécuté son œuvre magistrale représentant : la Terre sollicitant du Ciel la fin de ses malheurs. L'admirable travail de ce peintre de génie se répartissait en un plafond, huit caissons et onze tympans de portes ou de fenêtres.
La salle du Trône conservait toujours sa célébrité, grâce aux deux cheminées exécutées par Pierre Biard, en 161 3, et par Thomas Boudin, en 16 17. Elle possédait aussi les bustes en marbre de l'Impératrice, parCraùk, un portrait de l'Empereur à cheval, par Horace Vernet, des panneaux décorés parles peintres Séchan et Gosse, représentant des vues de divers monuments parisiens. Les sept portes en bois sculpté de ce salon étaient ornées de figures, en demi-bosse, de grands hommes ayant illustré la France, avec, au-dessous de chacune d'elles, un mot symbolisant le caractère du personnage : Sully-Economie, etc.
Le salon du Zodiaque se remarquait également par les douze sujets sculptés sur bois représentant les douze mois de l'année, ou les douze signes du Zodiaque, attribués, peut-être légèrement, à Jean Goujon. C'est dans cette pièce que se trouvaient les quatre paysages, si souvent gravés, de Léon Cogniet : le Printemps, PÉtéy V Automne, V Hiver.
Les deux salons des Arts, situés aux deux extrémités de la Galerie des Fêtes, avaient été décorés, par Benouville, Cabanel et Landelle, d'œuvres se rapportant à la peinture, à la sculpture et à l'architecture.
Les deux salons des Prévôts, attenant également à la Galerie des Fêtes et à la gauche de ses deux extrémités, possédaient :
SOUS LOUIS-PHILIPPE ET LE SECOND EMPIRE as
le premier, un plafond de Riesner, allégorisant le Deux- Décembre iS5 1 ; et le second, un autre plafond de Ch. Muller, représentant Y Affranchissement des Communes en iiio. Tous les deux étaient entourés d'une frise de portraits en pierre des anciens prévôts des marchands de Paris.
On regrettera certainement que cette tradition, qui était un hommage de reconnaissance envers les anciens administrateurs de la Ville, n'ait pas été continuée ou plutôt inaugurée avec le nouvel Hôtel de Ville. Il n'eût pas été sans intérêt, en effet, de réunir, soit dans une même salle, soit éparses dans les galeries et les salons, les physionomies — bustes ou peintures — des présidents du Conseil municipal élu et des Préfets de la Seine qui, chacun avec des attributions spéciales, concourent à l'administration de notre capitale. Cette collection d'images, établie au fur et à mesure des investitures, serait déjà aujourd'hui d'un grand intérêt historique et eût constitué, pour l'avenir, une suite de précieux documents et de souvenirs parisiens.
La salle des Cariatides, avec ses statues sculptées par Bosio jeune, s'ouvrait au milieu, à gauche, de la Galerie des Fêtes. Le plafond était de Gosse, et Benouville avait peint, sur les portes et les fausses portes, des figures représentant les Saisons, l'Agriculture, l'Abondance, l'Astronomie, etc. On y citait particulièrement les dou\e Mois, de Cabanel, qui décoraient les voussures.
Dans la salle du Conseil municipal, le peintre Yvon avait fixé quatre scènes relatives à l'histoire de Paris : Clovis faisant de Lutèce la capitale de la France ; Philippe Auguste assurant la paix à son peuple ayant son départ pour les Croisades; François I er posant la première pierre de l' Hôtel de Ville ; Napoléon III remettant au baron Haussmann le décret d'annexion des communes de la banlieue. Autour de cette pièce
régnait une frise, composée en stuc par Oudiné et représentant des figures symboliques. On y voyait également deux bustes de Napoléon III et de l'Impératrice Eugénie, par Iselin, et aussi ceux des souverains de l'Europe reçus à l'Hôtel de Ville et qui, de ce fait, devaient offrir leur image à la municipalité.
Cette salle du Conseil municipal est devenue, dans le nouvel Hôtel de Ville, la salle de la commission de voirie. On y accédait alors par l'escalier à double révolution de la cour du Centre, ou cour Louis XIV. Elle communiquait aussi, comme aujourd'hui, avec le salon des Cariatides.
Le salon Napoléon ou salon du Roi, ou encore du Plébiscite, se caractérisait par un plafond de Schopin : le vote de décembre i85j, montrant la France, entourée de la Force et de la Vertu, recevant le résultat de la grande opération électorale. Les Sciences, les Arts, l'Industrie, sculptées en bas-relief, décoraient également ce salon.
La galerie de Marbre possédait les huit grandes toiles d'Hubert Robert provenant de la maison de Beaumarchais, et qui eurent le bonheur d'être sauvées de l'incendie, en 1871 . C'est dans une antichambre attenant à cette galerie que se trouvait la célèbre statue de Henri IV enfant, par le sculpteur Bosio, également garantie du désastre, et aujourd'hui à Versailles.
Un petit salon de présentation ou d'annonce, était décoré d'une délicieuse frise du peintre Court, représentant des sirènes, des bijoux, des fleurs, des oiseaux. Dans la galerie du Secrétariat, existait une suite de tableaux, représentant certaines communes du département de la Seine, et signés de Lecointe, Paul Flandrin, Desgoffe, Bellel, Hedouin, etc.
L'escalier dit du Préfet, renfermait des sculptures symbolisant les arts, les sciences, l'industrie, exécutées par Combette,