LE CABINET DE RÉCEPTION DU PRÉFET
l'abattement des femmes, et l'air souffreteux des enfants ajoutent encore à ces scènes si vécues, leur note d'accablement, de désolation, de fatalité, qui fut la caractéristique de cette époque, malheureuse entre toutes !
L'ornementation générale de la pièce est l'œuvre de M. Guifard, qui a semé au plafond des caissons et des panneaux à rosaces sculptés entremêlés de rubans, de feuilles de laurier, d'arabesques et de cornes d'abondance. La couronne murale de la Ville, et le chiffre de la République Française, y concourent à l'effet décoratif, avec des motifs formés de vases, d'oiseaux, de guirlandes, de fruits et de fleurs.
La cheminée actuelle ne s'y trouve qu'à titre provisoire et sera remplacée par une autre, d'une valeur plus artistique, dessinée par M. Formigé, et comportant un haut-relief qui sera sculpté par M. Denys Puech, moyennant une allocation de 10.000 francs votée par le Conseil municipal.
Lors des grandes fêtes et réceptions de l'Hôtel de Ville, cette pièce est quelquefois mise à la disposition des invités et participe ainsi à la production d'un ensemble décoratif plus complet. Elle est généralement affectée, dans ces cas spéciaux d'officiels galas, à usage de salon réservé, de salon diplomatique, ou de salon de repos.
La grande salle à manger, dont le rectangle mesure 18 mètres de longueur sur i3 mètres de largeur, avec 8 m ,20 de hauteur, est éclairée sur la rue Lobau par quatre baies circulaires. (PI 33). Vis-à-vis de ces ouvertures, sont quatre portes à tympans cintrés, ouvrant vers les salons à arcades. Le côté Sud est percé de deux autres baies semblables, munies de portes rectangulairesen chêne donnant dans le salon Lobau, et d'une fausse baie, voilée par une glace. Du côté Nord, ces trois baies se retrouvent et donnent accès dans le salon d'entrée Sud, celle du
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milieu étant complètement évidée et les deux autres fermées de portes rectangulaires. La décoration picturale a été entièrement confiée, par la voie du concours, à M. Georges Bertrand, qui y a peint des scènes champêtres et maritimes. Dans le plafond central : Hymne de la Terre au Soleil, un robuste paysan, précédant deux grands bœufs de labour, lève les bras au ciel, en un beau geste d'invocation païenne, à l'apparition de l'astre bienfaisant. (Pl. 34). Les deux plafonds latéraux, de figure rectangulaire, personnifient La Moisson et La Vendange, sous la forme, dans le premier, d'un faucheur rude et brutal, prenant la taille épaisse d'une glaneuse, et dans le second, d'une vigneronne au torse robuste, jouant avec son enfant, alors que le père est couché à ses pieds.
Huit dessus de porte meublent les tympans circulaires des baies, et symbolisent les aliments à l'état de nature, c'est-à-dire avant leur transformation en victuailles par la main gourmande de l'homme : un pêcheur ramène son poisson sur une mer tourmentée; une porchère garde des cochons au milieu d'un enclos fleuri; de grands bœufs sont couchés dans la prairie auprès d'un enfant qui les garde ; une jeune fille surveille de rutilants dindons ; on y voit aussi un berger avec ses moutons ; une paysanne guettant le retour des pêcheurs, une jardinière ramassant des fraises, et un maraîcher cultivant des légumes.
Les peintures de M. G. Bertrand, qui représentent la nature avec sa vigoureuse rusticité, ont été exécutées dans une note vibrante et chaude qui se marie on ne peut mieux, cette fois, avec les chênes naturels des boiseries et les ors des décorations.
Les fenêtres donnant sur la rue Lobau et les baies qui leur font vis-à-vis, sont séparées par des colonnes en bois, cannelées et unies, à chapiteaux composites et à bases décorées de guir-
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landes sculptées ; elles flanquent des niches, également en bois, meublées de statues de marbre. Les baies ouvrant sur le salon Lobau et sur le salon d entrée Sud, sontséparées par des pilastres cannelés, à chapiteaux composites et à bases décorées de guirlandes sculptées. Ces colonnes et ces pilastres reposent sur des lambris leur servant de socles, et sont établis, ainsi que les portes, les niches, les embrasures des fenêtres, les lambris, en beau bois de chenc auquel on a laissé sa couleur naturelle, mais dont on a rehaussé d'or toutes les parties saillantes ou sculptées: chapiteaux, moulures, filets, rubans, encadrements, etc. Entre les colonnes et au-dessus des niches, sont des proues dorées de nefs antiques, sortant d écussons entoures de palmes. Au-dessus des chapiteaux, règne une frise décorée de rinceaux, de volutes et de rosaces, peints en couleur sur fond dor, avec des guirlandes de céramique en relief, séparées par des consoles dorées à figures humaines. Le grand médaillon ovale du plafond est bordé d'un cadre doré formé de feuilles d'acanthe ; les deux plafonds latéraux possèdent, comme bordure, une épaisse guirlande dorée, composée de fleurs et de fruits. Autour de ces trois motifs, règne une large décoration sur fond bleu, représentant, peints en rose, en blanc et en or, des sujets et des attributs cynégétiques : chiens courants, sangliers, lièvres, tètes de cerf et trompes de chasse. Toute cette décoration ornementale est l'oeuvre de M. Compans.
Les six statues en marbre placées dans les niches, signées des plus grands noms de la sculpture française, et payées 14.000 francs chacune, sont des œuvres du plus beau style et, ce qui est fort heureux pour la décoration d'ensemble, d une valeur d'art à peu près égale. Pour le côté des fenêtres, ce sont: La Vendange, par M. A. Crauk ; La Chanson, par M. Dalou ; La Moisson, par M. Chapu. En face : La Chasse, par
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M. E. Barrias ; Le Toast, par MM. Idracet Coutan; La Pêche, par M. Falguière.
Toute la menuiserie d'art de cette pièce, absolument remarquable par ses sculptures, a été exécutée par la maison Mazaroz Ribalier.
Rappelons que, en 1887, la maison d'orfèvrerie Christofle et C'% offrit d'exécuter pour la Ville un surtout de table décoratif en bronze doré et argenté, destiné aux grands dîners municipaux. Le projet comportait une pièce de milieu formée d'un grand plateau de 4 mètres, au centre duquel sa dressait La Ville de Paris portée sur le pavois par quatre Hérauts d armes. A ses côtés se tenait Le Génie de la République, un rameau à la main. Au pied de la Ville, et lui servant d'escorte, quatorze groupes représentaient : L'Instruction, L'Assistance, La Sécurité, Les Grands Travaux. Deux parties terminales, en forme de proue, avec tritons et néréides, complétaient le motif de la pièce. Deux plateaux latéraux, de 3 mètres chacun, étaient décorés des figures de La Seine et de La Marne. Quatre corbeilles à fleurs, symbolisant : Les Arts, Les Sciences, L'Industrie, Le Commerce, étaient ornées chacune de quatre figures se rapportant au symbole évoqué, savoir : les Arts : La Peinture, La Sculpture, V Architecture, La Musique ; les Sciences : La Chimie, La Physique, Les Mathématiques, L 'Astronomie ; l'Industrie : L'Industrie du bois, du métal, du tissu, de la terre ; le Commerce : La Finance, Les Transports, La Probité, L'Abondance.
Le reste se composait de quatre vases à fleurs en porcelaine de Sèvres ; de vingt-quatre candélabres décoratifs et de cent trente-deux pièces de dessert, comme compotiers, étagères, etc., le tout, calculé pour le service d'une table de 200 couverts.
Aucune suite ne fut donnée par le Conseil municipal à ce projet, dont le devis s'élevait à la somme de 782.800 francs.
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Ajoutons qu'un commencement d'ameublement a été constitué pour cette salle, par la commande de cent chaises en noyer naturel poli, et de quatre cantonnières. L'ébénisterie de ces sièges, dont le dessin rappelle le style Henri II, fut confiée aux Associations ouvrières parisiennes, tandis que la tapisserie d'Aubusson, destinée à les couvrir, était fournie par la maison Hamot et C*. (Pl. 19).
L'éclairage électrique de la grande salle à manger est distribué par huit lustres en cristal, du même modèle que ceux des autres salons.