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Salon du Sciences
LE SALON LOB AU ti 3
Cet ensemble décoratif, commandé directement à M. Jean- Paul Laurens, est absolument remarquable. Jamais, probablement, l'artiste n'a été supérieur à cette œuvre grandiose, qui synthétise toute la vie de la cité, depuis le commencement du xii 6 siècle jusqu'à la Révolution. Ce sont surtout des scènes se rapportant directement au peuple, ou dans lesquelles le peuple a joué un grand rôle, que M. Jean-Paul Laurens a reproduites sur les murs de ce salon. C'est l'affranchissement de la commune de Paris par un roi conscient de ses devoirs; c'est Etienne Marcel, à la tête des corporations, envahissant le Palais du Dauphin Charles, et assistant au massacre des Maréchaux de Champagne et de Normandie. Plus loin, ce sont les bourgeois de Paris, les maillotins de i382, qui paient de leurs têtes la juste révolte de la cité, contre une royauté toujours avide d'impôts nouveaux. Voici, après, Anne Dubourg, la grande et pure figure du Parlement de Paris, qui se dresse devant Henri II pour lui reprocher les crimes impunis de sa cour et les persécutions imméritées dont son peuple est la victime. C'est, ensuite, la scène populaire de la Fronde, l'arrestation du vieux Broussel, idole du peuple parisien, enlevé de son logis par les exempts du Roi. Voici, enfin, dans le dernier panneau, le roi Louis XVI venant recevoir à l'Hôtel de Ville, des mains du maire Bailly, la cocarde tricolore dont le cercle rouge lui servira un jour de cravate! (Pl. 3i).
Ce sont là des pages admirables, dont les éléments divers font le plus grand honneur à l'artiste qui les a traduits : intérêt dramatique des scènes évoquées, restitution historique des architectures et des costumes , sentiment profond et vécu des époques décrites, le tout, traduit par un dessin impeccable et vivant, par une palette abondante et richement meublée. Le pourtour de ce salon est revêtu de hauts lambris en chêne
ii 4 L'HOTEL DE VILLE DE PARIS
naturel, semblables aux portes et aux encadrements des fenêtres.
L'éclairage électrique y est distribué, le soir, par un grand lustre entièrement de cristal, placé au centre du plafond, et par quatre globes installés très haut, aux quatre coins, afin de ne pas gêner la vue de la décoration picturale.
Le salon Lobau, que Ton vient de décrire, a un exact pendant situé au premier étage du pavillon d'angle de la place de l'Hôtel-de-Ville et du quai. C'est le grand cabinet de réception de M. le Préfet de la Seine. Éclairé sur la place par une grande fenêtre, et par trois autres donnant sur le quai, on y pénètre du palier de l'escalier d'honneur et par le salon des Lettres, avec lequel il communique, grâce au salon de passage ci-devant peint par M. Lhermitte. (Pl. 41).
Sa décoration picturale, mise au concours avec sujet imposé, fut attribuée à M. Adolphe Binet, qui enregistra sur ses murs l'une des pages les plus douloureuses de l'histoire de Paris : Le Siège de 1870-71. Sur les six panneaux à décorer, le peintre représenta, dans la note grise et attristée de l'hiver, reflet du malheur des temps, certains épisodes pris au hasard dans cette lugubre page de la défense de Paris contre les Allemands : Les enrôlements volontaires sur la place du Panthéon; Les habitants de la banlieue fuyant devant l'investissement ; Une batterie sur les remparts ; Une reconnaissance par des fusiliers marins ; La statue de la Ville de Strasbourg ; Une sortie. (Pl. 43).
Toute la vie parisienne de cette époque, angoissée, inquiète, fébrile, est reproduite sur ces toiles, dans une atmosphère de malheur et de souffrance. Il y semble que tous ces gardes nationaux, aux uniformes minables et efliloqués, ont la prescience du dénouement et connaissent par avance le dernier acte de la tragédie. Et la neige, et le brouillard, et le givre, et