‹ L'Hôtel de Ville de ParisChapitre 21 sur 67 · LES SALONS D'ENTRÉE · texte numérisé non relu

LES SALONS D'ENTRÉE

Apollon et les Muses, et nous montre, dans un ciel délicat aux légères teintes bleues, grises et roses, le dieu, drape de jaune, assis sur un nuage d'or, présidant au concert des muses, groupées autour de lui en une ronde céleste. Une Renommée, ailes éployées, apporte des couronnes. Dans l'ensemble gracieux et léger de cette peinture, dont la tonalité et le dessin, peu accusés, s'effacent volontiers dans les vapeurs du ciel, on remarque surtout les belles notes que donnent les draperies de couleur orange qui habillent une muse, les plis de couleur jaune qui enveloppent la Renommée, et la radieuse figure d'Apollon. (PI. 54).

La frise du Sud est consacrée à la Peinture et à la Littérature : Dans un bois, assurément sacré, puisqu'il est amplement habité par des muses, au milieu de troncs d'arbres dorés par un soleil couchant, mais dont le plafond de la pièce a malheureusement coupé les ramures, un peintre, en chemise rouge et un béret noir, palette en main, écoute les mélodies qui lui viennent de la lyre d'une déesse placée derrière lui. Il faut, paraît-il, reconnaître dans ce personnage, le peintre Jean-Paul Laurens. Plus loin, un jeune homme, de lettres, nécessairement, puisqu'il symbolise La Littérature, reçoit sur le front le baiser de l'inspiration, qu'un charmant génie à belle chevelure blonde vient y déposer durant son sommeil.

Dans l'autre frise, on retrouve les mêmes troncs d'arbres, toujours privés de leurs branches par un plafond impitoyable, au milieu desquels un vieillard assis, barbe blanche, redingote noire, écoute un concert de génies et de nymphes. Ensuite, c'est un sculpteur, le portrait de M. Dampt, assure-t-on, travaillant au milieu des bois à une statuette de bronze, sous les regards d'une Muse ou d'une Vérité, complètement nue et ailée.

Les quatre écoinçons : Lyrisme, Harmonie, Tristesse, Contemplation, sont quatre figures de jeunes femmes, peintes selon

les attitudes et avec les attributs que comporte leur symbole.

Les surfaces des piliers des baies sont ornées, sur un fond gris pâle, de grands motifs décoratifs se rapportant aux sujets traités dans les frises et dans les écoinçons; deux tympans renferment des motifs de chardons, peints et dorés. Toute cette partie ornementale est de M. Bigaux.

Le salon d'entrée Nord présente les mêmes dispositions et dimensions que le précédent, et fait communiquer le salon d'arrivée avec la grande salle des Fêtes en passant sous le portique de cette dernière. Les baies qui, dans le salon Sud, accèdent à la salle à manger, ouvrent, ici, sur la grande galerie des bureaux. Les surfaces couvertes de peintures sont les mêmes que celles du salon que nous venons de décrire, et M. Bonis, après concours, a été chargé de les décorer. Il a peint, dans le plafond : La Nature inspiratrice et éducatrice, allégorie abstraite et un peu confuse dont la compréhension n'est pas à la portée de tout le monde. Sur un pic terrestre, des figures humaines, imprécises et vaporeuses, écoutent un concert céleste, dont les personnages qui le donnent s'estompent vaguement au milieu de nuages lourds et bas. Dans l'azur du ciel, une jeune femme nue, derrière laquelle flotte son immense chevelure, présente à tous un jeune enfant qu'elle élève au-dessus de sa tête. Cette figure, infiniment remarquable et pure, comme couleur et comme dessin, maintient à elle seule tout le plafond en équilibre, arrête et saisit le visiteur par la beauté de sa forme, et fait oublier les parties souvent trop peu achevées de la toile. (Pl. 56).

La frise Nord, consacrée aux Exercices physiques, montre, dans un vaste paysage élyséen, des éphèbes se livrant à une course pédestre, tandis que d'autres s'exercent à la lutte, sous les regards de vieillards et d'adultes semblant juger des résultats.

LES SALOXS D'ARRIVKF. 123

Dans la frise du Sud, affectée aux Exercices intellectuels, un paysage aussi imposant que le précédent, est peuplé de majestueux vieillards, costumés à l'antique, instruisant des jeunes hommes groupés autour d eux et les écoutant avec attention. Au milieu des quatre écoinçons : La Physique, La Chimie, La Philosophie et L'Astronomie sont représentées par des femmes assises et drapées, entourées des instruments se rapportant à la science qu'elles symbolisent.

La décoration ornementale est de M. Mouré, qui a peint sur les piliers des baies et dans les tympans, les attributs des quatre figures allégoriques ci-dessus mentionnées.

Comme éclairage électrique, ces deux salons sont pourvus chacun de deux grands lustres en cristal, installés dans les arcatures des extrémités, et de quatre appliques posées sur les pilastres.

Les deux salons d'arrivée.

Le salon d'arrivée Sud est celui dans lequel on pénètre, par une porte rectangulaire, en quittant le grand escalier des Fêtes situé de ce côté. Une autre ouverture, en forme de baie cintrée, y accède également de la galerie des Tourelles, tandis que la pénétration vers la grande salle des Fêtes se fait par une seconde baie cintrée plus large que la précédente. Les surfaces peintes de cette pièce ont été commandées directement à Puvis de Chavannes, qui y a traité, selon les principes et dans la manière de l'école dont il est le chef, des sujets se rapportant à L'Été et à L'Hiver. Moins soucieux de l'effet décoratif que pour l'escalier de « Victor-Hugo », l'artiste ne semble pas, ici, s'être inquiété de l'ambiance ni de la destination du salon à décorer. L'Été, vaste prairie arrosée par une rivière dans laquelle des jeunes femmes se baignent, exécuté par grandes masses et

pour être vu à distance, conformément à la formule du maître, ne peut guère s'apprécier en raison du manque absolu de recul. Quant à L'Hiver, scène de désolation, de misère et de deuil, montrant des mendiants ensevelis sous la neige et de pauvres bûcherons abattant des arbres, on ne manquera pas, certainement, de se demander si c'est là un sujet de décoration pour l'antichambre d'une salle de danse? Aussi bien, ne s'étonnerat-on pas de voir les dames, gravissant le grand escalier en un soir de gala, ne consentir à quitter leurs fourrures qu'après avoir franchi les congélations de ce panneau peu accueillant. (Pl. 17). Pour ce salon, le décorateur absent a laissé la place au peintre, dont l'œuvre se présente avec sa seule valeur intrinsèque, n'ayant plus le secours d'une architecture obligeante pour en faire valoir les qualités, et pour en atténuer les défauts. Sur les écoinçons, le peintre a représenté un Faucheur, une Glaneuse, un Bûcheron et un Chasseur. Le plafond est composé de caissons dorés, à pendentifs et fleurons. Dans les angles, se dressent quatre torchères en bronze symbolisant les quatre parties du monde : L'Europe, par M. Allar ; L'Afrique par M. Tureau; V Amérique, par M. H. Lemaire; L'Asie par M. Hugues, payées 6.000 francs chacune, comme modèle, et 17.400 francs, ensemble, pour la reproduction en bronze.

Le salon d'arrivée Nord présente les mêmes dispositions et dimensions que celui du Sud ; il est situé en haut du grand escalier des Fêtes, vers la montée du côté Nord. Il communique également, par deux baies cintrées, avec la galerie des Tourelles Nord et avec le salon d'entrée.

Son plafond est composé décaissons carrés, ornés de grosses moulures dorées avec rosaces, sur un fond rouge et or. Quatre torchères en bronze, figures décoratives de femmes drapées, exécutées par MM. Turcan et Hugues, se dressent dans les

Pl. 42.

quatre coins, et ont coûte chacune 4.000 francs, comme modèle, et 4.000 francs de reproduction en bronze.

La décoration picturale a été exécutée par M. Roll, en commande directe. Le peintre a représenté, en deux grands panneaux à peu près égaux : Les Joies de la Vie. Celui du côté Nord, qui est intégral et non percé de portes, nous montre des bosquets fleuris, peuplés de rondes lointaines se déroulant aux sons d'un orchestre de trois jeunes hommes, installés au milieu des roses et des rayons de soleil. Au premier plan, quatre femmes nues aux chairs voluptueuses, et quelques amoursenfants, sont couchés dans l'herbe et jouent avec des fleurs. Il paraîtra que cette immense toile n'est guère qu'une vision fugitive, demandant à être vue de loin, très vite, en passant, puisque rien ne retient dont on puisse suivre les contours ni discuter la raison d'être. Elle n'est, en somme, qu'un grand brouhaha de luminosités, dans lequel on discerne vaguement des formes imprécises qui semblent gracieuses, des chairs qui paraissent appétissantes, des fleurs que Ton devine suaves, le tout, éparpillé dans un météore de soleil éclaboussant des verdures. Telle est la composition que le peintre a dénommée : Plaisirs champêtres, Amours, Jeunesse, Musique.

Dans le panneau situé en face, troué par la porte du grand escalier des Fêtes, M. Roll a symbolisé L'Art, Le Mouvement, Le Travail, La Lumière. On y voit, à gauche, des cavaliers de chasse à courre, habillés de rouge, galopant vers des ruines antiques dont les lointains se détachent sur des cimes neigeuses. A droite, se dresse un échafaudage sous lequel travaillent des forgerons ; dans le fond, est le profil d'une cathédrale gothique vers laquelle se dirigent des ombres attardées. Au centre, une Renommée aux ailes éployées, fondue de pur métal d'or, est retenue par un personnage qui se prosterne à ses pieds. Il

semble bien que l'on reconnaisse aussi, au premier plan, la vasque d'une fontaine dans laquelle tombent des écroulements de lumière, voisinant avec un rutilant semis de fleurs rouges?

Loin de nous l'intention de médire de cette peinture, qui est l'œuvre d'un artiste dont le talent est jalonné de belles productions; disons, pourtant, qu'elle nous paraît avoir été conçue pour jeter le trouble, l'émoi, le doute de soi-même, dans le cerveau des natures simplistes qui la regarderont, ahuries et interloquées! Comme dans un rêve, elles verront tout ce mirage imprécis et nébuleux, dans lequel se rencontrent, néanmoins, de jolis morceaux et de belles notes de couleur. Et, sans doute, elles n'essaieront pas de comprendre — étant donnéeladifficulté du problème à résoudre — ce qu'a voulu symboliser le peintre.

Les quatre écoinçons, du même artiste, représentent, le premier: un homme endormi devant un monument qui apparaît dans le ciel et ressemble vaguement à l'Hôtel de Ville; le second, une jeune femme délaçant son corset, dans la profondeur d'une nuit étoiléc; le troisième, un laboureur conduisant sa charrue attelée de deux chevaux ; le quatrième, un enfant assis dans l'herbe, au bord de la mer, devant un ciel d'or fondu. Ces sujets représentent, si l'on en croit la notice officielle, Le Rêve, Le Sommeil, Le Travail, Le Coucher du Soleil.

Les deux salons d'arrivée Nord et Sud ont, pour tout éclairage, chacun deux globes électriques de plafond, et les quatre torchères de bronze qui décorent les encoignures.

Les deux portiques de la grande salle des Fêtes sont deux sortes de galeries étroites, longues de quinze mètres environ et larges de trois, situées à ses deux extrémités, et la séparant des deux salons d'entrée. Ils sont formés de trois baies circu-

Page 1