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RECONSTRUCTION OU RESTAURATION

sait le projet des architectes et adoptait la proposition de M M . Tranchant et Callon tendant à rétablissement d'un concours ayant pour base le relèvement du monument, en faisant servir le plus possible les parties encore existantes :

« La restauration de l'Hôtel de Ville de Paris sera mise au concours sur la donnée suivante :

«c Les constructions subsistantes seront utilisées dans la plus large mesure possible.

« L'Administration rédigera, sauf approbation du Conseil, les détails du programme du concours.

« Tout projet devra être accompagné d'un devis. »

La décision du Conseil, on le voit, était formelle et visait une restauration au lieu d'une reconstruction.

Il semble bien que l'Administration municipale ne fut pas trop déroutée par l'échec de son Conseil d'architecture. C'est que, à ce moment, elle tenait, elle aussi, pour une restauration. Nous n'en voulons pour preuve que cette intervention de M. Alphand, formulée le lendemain du vote précédent, le 27 mai, à l'occasion du procès-verbal, et dans laquelle il s'exprimait ainsi :

« Monsieur le Directeur des Travaux... Quant à l'opinion qu'il avait précédemment exprimée sur la façade du Boccador, il n'hésite pas à avouer que cette opinion a été complètement modifiée. Il avait cru, avant le déblaiement, que rien de cette façade ne pouvait être conservé. Aujourd'hui, il est au contraire d'avis que cette façade peut être restaurée. Cette restauration coûtera peut-être plus cher qu'une reconstruction totale, mais là n'est pas la question ; ce n'est pas une affaire d'économie, il s'agit de conserver une façade qui a une valeur artistique considérable. Entre une restauration et une reconstruction, il y a la même différence qu'entre la copie d'un tableau et l'original. »

Ainsi, M. Alphand lui-même, que l'on ne suspectera pas de tendresse pour les vieux monuments, puisque personne n'en a détruit autant que lui dans Paris, ayant eu en main, pendant de longues années, cette puissance formidable d'être à la fois le chef des ingénieurs et celui des architectes ! ainsi, disonsnous, M. Alphand reconnut qu'il était possible de seulement restaurer l'Hôtel de Ville et de conserver, par suite, tout ou partie de la façade du Boccador.

Cette formelle appréciation d'un technicien, il est vrai, n'empêcha pas que, plus tard, on affirma qu'il avait été impossible de maintenir cette façade, en raison de son trop mauvais état. C'est toujours et dans tous les temps, la raison invoquée pour détruire les anciens monuments. On ne saurait guère, dans tous les cas, contester l'affirmation de M. Alphand, formulée à pied-d'œuvre et de pisu, et cela, avant l'abandon de l'édifice incendié aux mains des architectes.

Cette opinion du grand Directeur fut, sans doute, la cause d'une introduction très rapide du programme du concours. Le 7 juin suivant, en effet, M. le Préfet Léon Say saisissait le Conseil municipal de son Mémoire dans lequel nous retrouvons les préoccupations premières de l'Assemblée, et aussi celles de M. Alphand :

« Article premier. — Il est ouvert un concours public pour la rédaction d'un projet de restauration de l'Hôtel de Ville. . . • ••••••»•••■•••

« La façade principale sera maintenue dans l'axe de l'avenue Victoria et devra reproduire exactement l'ancienne façade du Boccador, qui devra même être conservée dans les parties qui ne sont pas détruites, si les concurrents le jugent possible.

a Les concurrents devront aussi chercher à conserver les caves, la salle Saint-Jean, le grand escalier des fêtes et les

parties des anciennes façades de Godde et Lesueur susceptibles d'être restaurées. »

Fiévreusement, l'Assemblée se mit au travail; M. Perrin, chargé de présenter un rapport, le soumit dans les séances des 17 et 22 juillet 1872.

Mais le vent avait changé dans le sein du Conseil, et il ne soufflait plus précisément du même côté. Un courant contraire entraînait les membres de l'édilité parisienne vers d'autres conceptions, et c'était maintenant d'une reconstruction qu'il retournait. Le rapporteur lui-même tenait la tête du mouvement, et avait inscrit le mot fatidique dans son projet.

De suite, M. Léon Say avait protesté contre cette tendance, et fait la déclaration suivante, dans la séance du 17 juillet 1872 :

« M. le Préfet de la Seine n'accepte pas l'article premier présenté par la Commission. Cet article ne lui paraît pas exprimer la pensée du Conseil. En annonçant un concours pour la « reconstruction » de l'Hôtel de Ville, la Commission ne tient pas compte du désir formulé par le Conseil de conserver le plus possible le souvenir de l'ancien Hôtel de Ville et notamment la façade historique du Boccador. Le mot a restauration » qui avait été employé par l'Administration dans son programme, répondait plus formellement à ce désir, tandis que le mot « reconstruction » tend à exclure du projet toute trace du passé. »

Un autre conseiller, après le Préfet, avait aussi, au nom de la minorité, voulu donner son avis sur la question, avis que le procès- verbal de la séance traduisit de cette façon :

« M. Rigaut regrette que cette affaire, qui avait été présentée au début comme une réédification pure et simple de l'Hôtel de Ville, sauf des améliorations intérieures pour lesquelles le concours ne lui semblait pas indispensable, se soit

compliquée depuis ; il craint qu'on ne cherche à donner satisfaction plutôt à certaines individualités, soucieuses de produire des œuvres nouvelles, qu'à l'opinion publique qui réclame la restitution d'un souvenir historique cher à tous les Parisiens. »

Dès lors, une vive discussion s'engagea sur ces deux mots : restauration , reconstruction, qui symbolisaient, comme le dit très justement, au cours de la séance, M. le conseiller Tranchant : o le maintien ou la destruction de l'Hôtel de Ville ».

Ce fut le parti destruction qui l'emporta.

Mis en présence de ces deux textes : // est ouvert un concours public pour la rédaction d'un projet de restauration de r Hôtel de Ville, et : // est ouvert un concours public pour la reconstruction de VHotel de Ville, le Conseil repoussa le premier et adopta le second.

Après deux longues séances, les 17 et 22 juillet 1872, la délibération ci-après était adoptée ; nous croyons utile de la reproduire dans son entier, car elle constitue un document capital dans l'histoire du nouvel Hôtel de Ville :

« Article premier. — Il est ouvert un concours public pour la reconstruction de l'Hôtel de Ville.

« Ce concours sera clos le 3i janvier 1873.

a Art. 2. — Le nouvel édifice sera élevé dans le périmètre indiqué par le plan n° 1, annexé au présent programme et, autant que possible, sur les substructions de l'ancien Hôtel de Ville.

« La façade principale sera maintenue dans Taxe de l'avenue Victoria.

« Cette façade devra reproduire exactement l'ancienne façade du Boccador.

« L'Administration rappelle aux concurrents les termes de la délibération du Conseil municipal, en date du 25 mai 1872,

ainsi conçue : a La restauration de l'Hôtel de Ville sera mise au concours sur la donnée suivante : les constructions existantes seront utilisées dans la plus large mesure possible.

« Il sera remis à chaque concurrent des feuilles de dessin, indiquant Tétat actuel des parties de l'édifice qui n'ont pas été détruites par l'incendie.

a Art. 3. — Les bâtiments de l'Hôtel de Ville comprendront :

a i° Les appartements de réception et le logement particulier du Préfet, avec ses dépendances, écuries, remises, cuisines, etc. ;

« 2* Les salles destinées aux réunions du Conseil municipal, de ses commissions et au service de son secrétariat, en tenant compte de la publicité possible, dans l'avenir, des séances du Conseil général de la Seine et du Conseil municipal de Paris ;

« 3° Les salles destinées aux réunions du Conseil de Préfecture et au service de son greffe et de son secrétariat ;

« 4 0 Deux grandes salles de réunions publiques, au moins;

« 5° Le cabinet du Préfet de la Seine et les services qui y seront annexés ;

« 6° Le cabinet du Secrétaire général et les bureaux du Secrétariat général ;

c 7 0 Les cabinets des quatre directeurs : de l'Administration générale, des Travaux de Paris, des Eaux et Egouts et de l'Enseignement, et les bureaux dépendant de leurs directions ;

« 8° Les cabinets des trois inspecteurs d'Architecture et les bureaux de l'architecte chargé de l'Hôtel de Ville et de ses annexes ;

« 9 0 Les locaux nécessaires aux caisses municipales, aux souscriptions et aux paiements de coupons, comprenant une

vaste cour couverte pour contenir le public ayant à recevoir ou à verser aux diverses caisses ;

« i o' Le logement du chef du Matériel et de quatre hommes de peine attachés à ce service ;

« ii° Un bureau de poste, de télégraphie, deux corps de garde, trois loges de concierge ;

« 12* Une bibliothèque administrative pouvant contenir io.ooo volumes, avec un cabinet pour le bibliothécaire ;

« i3° Des écuries pour le service des estafettes, indépendantes de celles destinées au Préfet ;

« 14 0 Des entrées distinctes seront réservées : Tau Préfet et à ses appartements de réception ; 2° au Conseil municipal ; 3° aux employés ; 4 0 au public appelé dans les bureaux et dans les caisses.

« Art. 4. — Un état des surfaces et du nombre des pièces nécessaires à chaque service sera annexé au présent programme et distribué aux concurrents. Ils devront s'astreindre à donner aux bureaux un accès facile, de Pair et de la lumière, et à les faire déboucher sur de grandes galeries où le public puisse attendre commodément.

« Le mode d'aménagement des locaux destinés aux bureaux sera celui en usage aujourd'hui dans les administrations des grandes sociétés industrielles, consistant à réunir en commun, autant que possible, tous les employés d'un même service, travaillant sous l'œil d'un chef, qui n'est isolé que par des cloisons à jour, vitrées ou grillées dans leur partie supérieure.

« Les ouvertures des façades seront disposées de manière que les pièces destinées à contenir les bureaux reçoivent le jour directement.

« Art. 5. — Chaque projet devra comprendre : l'un plan d'ensemble du sous-sol et de chaque étage ; 2° une élévation de

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chaque façade; 3° des coupes longitudinales et transversales donnant les élévations de toutes les façades des cours intérieures.

« Les plans, coupes et élévation seront produites à l'échelle de 5 millimètres pour 1 mètre, sauf la coupe longitudinale et Télévation de la façade principale, qui devront être à l'échelle de 1 centimètre.

« Le montant de la dépense devant être un des éléments décisifs du choix à faire entre les projets, chaque concurrent devra produire un devis descriptif et estimatif basé sur la série de prix de 1870, et étudié avec le plus grand soin. Ces devis seront vérifiés par des reviseurs choisis par le jury dont il va être parlé à l'article suivant.

« Les artistes pourront, du reste, joindre aux pièces exigées, celles qui leur paraîtront utiles pour l'intelligence de leur projet.

« Art. 6. — Le jury sera composé ainsi qu'il suit :

« 10 membres nommés par le Conseil municipal, et pris dans son sein ; »

« 10 membres nommés par le Préfet le jour de la clôture du concours, et pris dans l'Administration ou dans la Commission des beaux-arts et des travaux historiques de la Préfecture de la Seine;

« 10 membres nommés par les concurrents.

« Ce jury sera présidé par le Préfet. U désignera lui-même son vice-président.

« Art. 7. — Une exposition publique de tous les projets présentés aura lieu. Sa durée sera de vingt jours.

« Le jury fera ensuite un premier choix des vingts meilleurs projets, lesquels, rangés selon l'ordre alphabétique des noms de leurs auteurs, seront de nouveau publiquement exposés.

« Le jury procédera alors au classement définitif des projets, par ordre de mérite.

« L'auteur du projet qui sera reconnu, non seulement comme le meilleur du concours, mais comme répondant dignement à toutes les conditions voulues au point de vue de l'art, de la construction et de l'économie, sera chargé de l'exécution de ce projet et de la direction des travaux.

« Il devra, toutefois, se prêter à toutes les modifications de détail qui seraient jugées nécessaires et qui lui seraient indiquées par le jury ou par l'Administration.

« Les auteurs des projets classés aux 2% 3 e , 4 e , 5* et 6* rangs recevront des primes de i5.ooo, 12.000, 10.000, 8.000 et 5.ooo francs.

« Tout projet primé appartiendra à l'Administration, qui se réserve le droit de puiser dans chacun d'eux les éléments qui seraient à sa convenance.

« Dans le cas où le jury déciderait qu'aucun projet ne remplit complètement les conditions du programme, il ne serait pas donné de premier prix, et l'Administration conserverait toute sa liberté d'action quant à la rédaction du projet définitif. Toutefois, les primes resteront acquises aux auteurs des cinq projets qui seront classés en première ligne.

« Une indemnité de 2.5oo francs sera accordée à chacun des artistes dont les projets, compris dans le premier choix fait par le jury, n'auront pas reçu l'une des primes ci-dessus énoncées.

« Art. 8. — Les projets, tendus sur châssis et pièces à l'appui, devront être déposés le 3i janvier 1873, avant quatre heures du soir, à la Préfecture de la Seine, au Luxembourg (cabinet du Directeur des Travaux), ou dans tout autre local qui serait ultérieurement désigné.

« Un état de ces pièces, portant le nombre des feuilles de plans et devis, sera remis par chaque concurrent et portera sa signature, ses nom, prénoms et adresse, avec cette suscription : Projet de reconstruction de l'Hôtel de Ville. Chaque feuille de plan devra être signée. Il sera délivré un récépissé de ces pièces.

L'élection des dix jurés à nommer par les concurrents aura lieu le I er février 1873, à midi, dans la salle des Commissions de la Direction des Travaux de Paris, sous la présidence du Préfet ou de son délégué, et en présence des autres membres du jury formant le bureau d'élection.

L'élection devra avoir lieu, au premier tour de scrutin, à la majorité absolue, et au second tour, à la majorité relative.

« Les artistes concurrents ne recevront pas d'autre convocation que celle indiquée dans ce programme.

« Ils apporteront les pièces nécessaires pour que le Bureau puisse constater leur identité au besoin.

« Art. 9. — Le présent arrêté sera publié et affiché dans la forme prescrite pour les actes administratifs. Il en sera délivré des exemplaires à tous les artistes qui en feront la demande, au i er bureau de la 3 8 division de la Direction des Travaux de Paris.

« Art. 10. — Le Directeur des Travaux de Paris est chargé de l'exécution du présent arrêté, dont ampliation sera adressée à la direction de la Comptabilité, a la division d'Architecture et à la division des Beaux-Arts de la Direction des Travaux. »

Le concours résultant de cette délibération fut immédiatement organisé et soixante-six architectes y prirent part.

Le jury, on l'a vu, devait se composer de trente membres : dix nommés parle Conseil municipal, dix par le Préfet, dix par les concurrents.

Dans sa séance du 3o janvier 1873, le Conseil municipal

désigna MM. Perrin, Piat, Jobbé-Duval, Ohnet, Binder, Thorel, Herold, Vauthier, Delzant, Callon.

Les délégués du Préfet furent MM. Husson, secrétaire général de la Préfecture de la Seine, Alphand, directeur des Travaux; Charles Blanc, membre de l'Académie des Beaux-Arts; Bailly, architecte ; Duc, architecte, membre de l'Académie des Beaux- Arts ; Guillaume, sculpteur, membre de l'Académie des Beaux- Arts; Labrouste, architecte, membre de l'Académie des Beaux- Arts; de Longpérier, membre de l'Institut; Vitet, membre de l'Académie des Beaux-Arts; Croiseau, architecte vérificateur.

Les concurrents nommèrent MM. Millet, Ginain, Louvet, Lebouteux, André, Ch. Garnier, Lefuel, Abadie, Lesueur, Viollet-le-Duc, architectes.

Le projet primé et choisi fut celui élaboré en commun par MM. Théodore Ballu, membre de l'Académie des Beaux-Arts, et Deperthes, tous deux architectes de grand talent.

Disons, dès maintenant, que M. Ballu ne vit pas l'achèvement de son œuvre, puisqu'il mourut le 22 mai 1 885 ; M. Deperthes passa alors au premier plan, et eut pour adjoint, M. Formigc, qui était l'Inspecteur de l'agence des travaux.

Il restait, pour le Conseil municipal, à ratifier la décision du jury indiquant comme le plus satisfaisant, le projet de MM. Ballu et Deperthes, et à ouvrir un crédit de 16 millions pour la réédification. Dans la séance du 10 juin 1873, M. le conseiller Ohnet soumettait son rapport à ses collègues, en observant que l'Administration avait introduit dans le projet primé certaines modifications de détail, comme l'établissement desauts de loup au pied de toutes les façades, excepté devant le bâtiment central, sur la place de l'Hôtel-dc-Ville, rappelant celui du Boccador. A la suite de ce rapport, une délibération était prise consacrant définitivement la réédification :

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