LE PROJET BALLU ET DEPERTHES
avait formellement déclaré, après visites et constatations, que de nombreuses parties de l'édifice pouvaient fort bien être utilisées. Assurément, les agrandissements de Goddeet Lesueur ne présentaient pas un puissant attrait de conservation ; mais combien il eut été intéressant de garder l'ancienne façade du Boccador, ce pur joyau de style Renaissance, pour l'enchâsser dans les bâtiments neufs, ce qui eût été une jolie manifestation d'art, en même temps qu'une attention pieuse et filiale de la Municipalité envers les aînés qui y siégèrent! Le Comité auquel nous faisons allusion, dans le rapport qu'il rédigea sur l'état des ruines, donna, en effet, les conclusions suivantes concernant cette partie de l'ancien monument :
a Pour la façade du Boccador, il est possible de procédera une restauration analogue à celle du château de Blois, qui coûtera peut-être aussi cher qu'une reconstruction, mais qui permettra de garder dans leur pureté les plus précieuses des sculptures. »
Cette consultation, donnée en janvier 1872, sans parti pris et sans arrière-pensée, par des hommes de l'art et de métier, est à consigner précieusement sur le registre des malheurs de l'Hôtel de Ville. Elle est la preuve qu'il eût été possible de conserver aux Parisiens, avec une belle page d'architecture, ce grand souvenir du glorieux passé de leur histoire. Cela n'empêcha pas, pourtant, que le projet primé de MM. Ballu et Deperthes, sans aucun souci de deux délibérations successives et formelles du Conseil municipal, dont une clause disait : « Les constructions existantes seront utilisées dans la plus large mesure possible », ne tint aucun compte de ce désir ni de cette consultation, et préconisa la démolition et la reconstruction totales de l'infortunée façade.
Ajoutons que, lors de la ratification du concours par l'As-
semblée communale, le 10 juin 1873, aucune voix ne s éleva pour rappeler les termes favorables à la conservation de l'œuvre du Boccador. Jusqu'en 1875, on avait aussi espéré utiliser quelques bâtiments anciens, situés du côté de la place Lobau. Il fallut également y renoncer en présence de la démonstration faite par les architectes qu'il était indispensable de surélever dune façon générale le sol du terrain entourant l'Hôtel de Ville; cette surélévation n'était pas, d'ailleurs, sans apporter une certaine perturbation dans le plan primitif par l'adjonction de travaux imprévus dont le devis s'élevait à une somme importante, ainsi que le constate la délibération ci-après du Conseil municipal, prise sur le rapport de M. Viollet-le-Duc, dans la séance du 23 juillet 1875 :
« Il y a lieu d'autoriser, dans la limite d'une dépense de cinq millions deux cent vingt-huit mille six cent cinquantecinq francs trente-deux centimes, l'exécution des travaux comportant la surélévation générale des terrains entourant l'Hôtel de Ville, la démolition de la majeure partie du corps de bâtiment longeant la place Lobau et la réédification de ces constructions avec sauts de loup, enfin l'exhaussement des divers étages du palais et des combles. »
Cette décision, portant remaniement des façades postérieures, devait en amener fatalement une autre, tendant à la démolition complète des substructions et du gros-œuvre de la salle Saint- Jean, que l'on avait cru également pouvoir maintenir en raison de leur apparente solidité.
« Faites attention, dit à ses collègues M. le conseiller Vauthier, au moment de la discussion, que vous allez consacrer la démolition du dernier vestige encore debout de l'ancien Hôtel de Ville. »
Le vote n'en fut pas moins acquis, le 6 février 1877, après