SOIXANTE CONSEILS AUX COLLECTIONNEURS QUI FRÉQUENTENT L'HOTEL DROUOT
Acheter à la baisse, revendre à la hausse.
Se dépouiller de toute illusion en entrant à l'Hôtel. Regarder Raphaël, Rembrandt, Velasquez avec les yeux du doute.
Étant acheté un objet de cent francs, ne pas s'imaginer qu'il vaut mille francs. Dites-vous : Il ne vaut que cent sous.
Apprendre par cœur (avec une légère variante) le fameux vers de M. Scribe :
« Pérugin est une chimère. »
Le chanter constamment afin que la valeur purement idéale des objets d'art se fixe bien dans l'esprit.
Partir de la croyance pour arriver à un aimable scepticisme.
Toute signature de tableau est une fausse signature.
Tout autographe de Molière est un faux autographe.
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Un paletot simple, sans fourrures ni décorations, est le vêtement le plus propice pour faire un bon coup, vin
En cherchant à faire un bon coup, prendre garde de faire un mauvais coup.
Ne pas ruser pendant Tes enchères : apporter la plus grande simplicité de cœur.
L'HOTEL DES COiMMISSAIRES-PRISEURS 259
Crier son enchère hardiment.
Seuls, les paysans croient qu'en se grattant le bout du nez ou en secouant avec acharnement un bouton d'habit , cette façon mystérieuse d'enchérir soit profitable.
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Toute loyauté confond les esprits retors.
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Ne pas causer pendant la vente avec son voisin. Un voisin est un adversaire.
Suivre avec assiduité les expositions, feuilleter avec soin les livres, dégainer les armes, retourner les tableaux, manier chaque objet, flairer les céramiques.
Peu de céramiques absolument pures. La restauration se trahit par une odeur de vernis. Toute céramique doit être flairée.
Étant certain qu'il manque une estampe à un ouvrage de prix, le laisser monter à cent francs, avec le désir d'en devenir propriétaire pour cent sous. D'une voix ferme, mais polie :
— Ne manque-t-il pas, direz-vous à l'expert, une planche importante à la page tant?
L'expert se trouble, répond en balbutiant; les enchères s'éteignent comme par miracle.
L'ouvrage vous est adjugé à cent sous.
xvn Avant d'acheter des tableaux dont la connaissance peut devenir une source de fortune, il serait bon d'avoir visité les musées publics, les églises, les hôpitaux, les hôtels de ville, les collections particulières de toute l'Europe.
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Paris, Londres, Saint-Pétersbourg, Munich, Anvers, Amsterdam, Vienne, la Haye, Madrid, Bruxelles, Venise, Bruges, Rome, Bordeaux, Florence, Rotterdam, enfin toute la France, toute l'Italie, toute l'Allemagne, toute la Hollande, toute l'Espagne, toute l'Angleterre peuvent être laissées de côté par l'amateur de l'hôtel Drouot; mais celui qui parle de pein-
ture sans avoir fait ces voyages, court risque de dire des légèretés.
L'argent dépensé à ces voyages est de l'argent placé à un taux qui ferait pâlir un usurier.
Avec quelque monnaie il faut « beaucoup d'œil. »
Tuer l'enthousiasme. Acquérir l'œil d'acier.
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Ne pas dénigrer une collection de mauvaises peintures.
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Tout fumier donne sa fleur. Peu de collections médiocres qui ne renferment une perle.
Ne pas s'affoler de la perle. L'estimer au même prix que les crasses qui l'entourent.
Tout objet d'art doit être acheté au quart de sa valeur vénale.
Payer un objet d'art sa valeur n'amène au cœur aucun contentement.
Fréquenter les amateurs, les marchands de bricà-brac, les commissaires-priseurs, les experts, dire bonjour au crieur, frapper à propos sur l'épaule des garçons.
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Pas de fierté, pas de familiarité.
Tout amateur doit poser ses jalons à l'exposition. — J'achèterai tel objet, j'y mettrai tant.
Se laisser entraîner par le courant des enchères, c'est vouloir faire sa fortune à la roulette.
Fortifier ses nerfs par des ablutions d'eau froide tous les malins.
Se coucher tard, se lever tôt.