PRÉFACE XI
tira comme soudé aux marches et voudra y revenir demain, après-demain, à toute heure, dût-il négliger les intérêts les plus précieux.
Il en est de l'hôtel comme du mouvement intérieur de la Bourse pour l'homme qui n'a pas encore spéculé ; c'est un langage dont il faut avoir la clef, et l'étude en est certainement plus longue que celle du va-et-vient de la rente. L'être qui met pour la première fois une enchère est semblable à celui qui voudrait descendre un rocher à pic sans cordes, sans crampons et sans la précision de ces hardis montagnards qui chassent le chamois sur les montagnes. La ruse, l'adresse et la justesse de l'œil sont indispensables aux rares gens qui font fortune à l'hôtel, car l'enchère est un jeu et une maladie, un jeu dangereux, une maladie chronique dont on ne guérit pas.
Les êtres qui avaient dans le sang les passions de leurs pères pour la roulette et la loterie, devaient nécessairement, avec une époque plus positive, arriver à des jeux
XH PRÉFACE
plus positifs : la Bourse et le Bric-à-brac. Beaucoup s'y sont ruinés, qui, sans s'en douter, couvaient des vices héréditaires.
L'hôtel des commissaires-priseurs offre plus d'un drame, plus d'une comédie qui n'ont pas encore été essayés. De longues observations étaient nécessaires pour étudier les rouages compliqués qui mettent en jeu une des passions les plus tyranniques, celle de la possession. Je tente aujourd'hui ces études, me rendant compte de la difficulté qu'offre un pareil sujet pour le recouvrir d'intérêt. Si je ne rapporte pas de ce pays nouveau les types curieux que le public est en droit d'attendre, on me saura peut-être gré d'avoir indiqué un endroit fertile en aventures, et dont le théâtre est si fréquenté, que les marches de l'escalier bâti depuis quinze ans sont déjà usées.
Qu'on cite beaucoup de temples desservis aujourd'hui par de si nombreux fidèles.