‹ L'hôtel des haricots, ou, Il vaut mieux monter sa gardeChapitre 4 sur 11 · SCENE Y · texte numérisé non relu

SCENE Y

LES MÊMES, LELÎÈ\ Ï\E, revenant chausse de ses deux panloufjîes.

LELiiiVRE. Me voilà délivré de cette horrible omelelle , et... tiens ! une nouvelle figure !

EDOUARD, à part. Que vois-je !... M. Lelièvre !... le mari d'Aspasie !

LELiÈ:VRE, bas d Gorot. k la bonne heure!... ce jeune honuuc a l'air très-distingué.

EDOUARD, à part. Moi qui ne demandais au ciel qu'iuie occasion d'éloigner son mari!... le voilà en prison... et j'y suis aussi ! ah ! c'est une fatalité !

COROT, basa Lelièvre. Il vous regarde beaucoup.

EDOUARD, s' approchant. Messieurs...

SCEJNE M.

LES MÊMES, RIFOLARD.

LGLiÈVîE. Encore Rifolard !

BiFOLAKD lin nouveau {nisonnier qu'on dit... et la bienvenue donc'... laut payer la bienvenue au Président.

LELiÈVRE , à part. Encore une contribution indirecte !... petit filou !

EDOUARD. Je ne refuse pas de...

RIFOLARD. Ail! (pioi donc ? un moderne!... des gants jaiuies ici... pas de gants jaunes!... à bas les gants jaunes!... mort aux gants jaunes.

LELIÈVRE. Par exemple !... j'en débile, moi , des gants jaunes.

EDOUARD, sérieusement II me semble, monsieur, que je suis bien le maître...

RIFOLARD. Maître de payer la bienvenue, j' dis pas... maître de vénérer le président, ça va... mais de faire le monsieur ici, mais d'emmancher des gants jaunes... jamais! j'aime pas les gants jaunes... j'abhorre les gants jaunes... ôtez donc vos gants jaunes... à bas les gants jaunes !

LELiiîVRE, à Gorot. Allons, bon!... voilà qu'il profère des cris séditieux.

Edouard, souriant. Pardon, M. le Président... mais il me semble que, depuis la révolution, nous sommes tous libres; il me semble que nous sommes tous égaux.

RIFOLARD. Possible... mais, je vous le rc-réitère, vos gants jaunes m'offusquent... iJnefois, deux fois, s('[)t fois, olez lioJic vos gants jaunes ... ou sinon, je vais vous les extraire.

COROT. C'est une bassesse !

Edouard. Vous? eh bien ! je suis curieux de voir ça, et ne fût-ce que dans cette intention, je les garde. Il oie son habit.

RIFOLARD. Ah I fameux! nous jouons à ce jeu là?... j'en suis.

// Jette sa veste.

LELii;vRF , s' interposant. Un duel .. un duel en prison... messieurs...

RIFOLARD. Un duel avec les armes de la naluie... vou.'? serez nos témoins.

LELIÈVRE. C'est i\tt vrai combat de prolétaires.

EDOUARD, se plaçant , et donnant à Rifolard des tapes et des coups de pied. Allons!... une... deux... pare celle-ci... nçois cellelà... encore celle-ci... allons donc!... allons donc !...

( // renverse Rifolard. }

TOUS. Bravo ! bravo !

RiFOLARD, le relevant. Assez causé... merci, j'ai mon compfe... Rrrra !

Tors, riant. Ah! ah! ah!

LELiÈvKE. La société est vengée !

RiFOLABD. Agent de change, vous n'êtes pas fier... je vous remercie de la tripotée.

Air : Vaudeville du Baisci^ au porteur,

llnlre nous deux l'égalité commence,

]\ous nous somm's vos au champ d'honneur... Je vous propose une sainte alliance ;

Car, d'aujourd'hui , j' suis à vous de tout cœur...

Et r cœur est bon , quoiqu' je n' sois qu'un farceur. ^

Si vous voulez , j' deviendrai vot' Pylade;

Voilà ma main... Dites-moi ; j'y consens...

Oui, mahitenanl j'accepte, camarade, El je veux bien ôter mes ganls.

RiFOLARD. Oh! Irè.s-bieu... le trait... Irès-bien ! («/'«?•<.) j'étai.'? bien sûr que je les lui ferais ôler, ses gants.

EDOUARD. Votre nom, mon cher camarade ?

RIFOLARD. Rit'olard, attaché au salon des grands hommes de cire, établis par feu Curtius.

LELiÉvRE. Curtiiis, uu ancien Romain... je connais... Curtius Scévola.

RIFOLARD. Faut vciu'r voir ça , millionnaire.

ÉDOtiARD, riant. Je n'y manquerai pas.

RIFOLARD. C'est iustruclif et récréatif au superlatif.

Air de la citanson du Gamin île Paris. ( de Granger. )

>îotre magasin Est situé boul'vard du Temple ;

Bourgeois . fantassin , Tout le monde s'y presse enfin.

A quatr' sous pour deux, C'est-là que le public contemple

Tout c' qu'on lrou\' de mieux En fait de grands hommes fameux.

Via monsieur Ivléber

Avec son air lier;

Puis Abdel-Kader

Dev'nu pacifique En Afrique.

V'ib le grand sultan .

Dessus son divan;

Il tient le mouchoir.

Qu'il jette à ces d'moisell's, le soir. Au p'iit chapeau qu'on r'nomme , De mêm' qu'à l'habit vert, Reconnaisscï 1' grand homme.

Qui r'ssemble à m'sieur Goberf.

Ceci vous le r'présente Dans le sein des combats , Quand d'une voix tonnante Il crie à ses soldats

(Parlé.) C'est l'instant, c'est le moment, c'est le quart-d'heure. Prrrenez vos billets!

V'ià not' Muséum , Dont j' suis r factotum.

Tous tant que nous sommes, Admirons ce tas de grands hommes !

V'ià tout c' qu'on en a ; Quand il s'en form'ra

Comm' ceux-là , On vous les montrera!

Parra !

Deuxième Couplet.

Sous son baldaquin , Voyez ce vieux monarque en cire;

C'est feu Charles-Quint, Qui vous a l'air crâne et taquin.

Il vous glac' d'effroi , Qu'on s'rait presque tenté de dire.

En voyant c' grand roi :

Sire , ne fondez pas sur moi!...

V'ià des malfaiteurs

De loul's les couleurs ;

V'Ià des grands voleurs , Dont l'effigie Est d' la bougie.

Cailouche et Mandrin ,

Schubry , le malin ,

Castaing . le brutal , . tout ça du même métal.

En nous servant d'un cierge, Kous avons fait Saint-Marc ; Avec de la cir' vierge Kous avons fait Jeann'-d'Arc...

Mais, le diable m'emporte!

Le plus gentil là d' dans.

C'est l'homm' qu'est à la porte, Et qui crie aux passans :

(Parlé.) Prrrenez vos billets! Suivez la queue, suivez la foule... V'ià not' Muséum , etc.

TOi'S. Bravo! bravo!

lE CONCIERGE , entrant. Le déjeûner de messieurs les prisonniers.

TOUS. Allons déjeuner.

GOROT. Je ne peux pas, j'attends mon neveu, qui s'est procuré une permission pour venir rne voir.

LELiÈvRE. Et moi, un de mes commis, qui est affligé d'une condamnation de quelques heures.

RiFCLARD , les poussani. Allez toujours... je vais recevoir 1ns nouveaux venus...

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