SCENE IX
LES PRISONNIERS, LELIÉVRE, T.OROT.
LELIÈVRE et GOROT , entrant.
Ensemble, chantant.
Lorsque le Champagne, etc.
tELiÈvRE, à Aspasie. Que vois-je ! c'est mon commis... c'est Anatole !
GOROT, d Mélina. C'est mon neveu Symphorien !
RIFOLARD, bas à EdouaicL Imitez-moi, millionnaire, je vais nous en débarrasser par une manigance de mon crû... ( haut.) Il est gentil vot' neveu,, M. Gorot... il est horriblement gentil !
EDOUARD. Vous avcz là uii charmant commis, M. Lelièvre.
LELIÈVRE. Vous m'honorcz, monsieur.
GOROT, à Rifolard. Je vous suis fort obligé...
RIFOLARD. Je l'aime déjà votre neveu... je vas l'embrasser, vot' neveu... (// embrasse Mélina.)
GOROT. Qu'est-ce qu'il fait... qu'est-ce qu'il fait?..
EDOUARD, Ce jeune homme me rappelle un frère que j'ai tendrement aimé... Cette ressemblance est frappante, je me sens tout ému... Jeune homme, permettez...
(// embrasse Aspasie.) LELIÈVRE. Monsieur, monsieur...
RIFOLARD. Réitérons... t(5.., (Il recommence.)
tEtikvRE. Du toul ! je m'}' oppose.
COROT. Assez d'acolades !
uiFOLARD, à Mé'iinu. Jeune liomme, je vous prends en amitié... venez avec njoi, je vais vous montrer les inscriptions qui embellissent les n urs de ce local.
GOROT. Jamais! Je ne le veux pas, je le défends !
iviFOLARD. Riais VOUS ne devez pas l'empêcher... Il est libre ce jeune homme... tout le monde est libre, en prison... l^il veut emmener Mctina.) Je l'emmènerai?
GOROT. Vous ne l'emmènerez pas... Vous ne l'emmènerez pa.s!.. (// le pousse avec force. ^
r.iFOLARD, tombant à terre et pleurant. Ah!., j'ai la jambe cassée, j'ai le bras démis... je suis fêlé, c'est sûr!..
i.iîLiiiVRE. Qu'est-ce qu'il dit ?
Edouard. Pauvre garçon !
RiFOLARD. Ala garde!... appelez donc la garde !.. je suis horriblement fraca.^sé !.. Incapacité de travail, dix-huit mois au lit... trente francs de dommages... et quinze jours de prison... connu!., article dovize cent quatre-vingt ... Vous irez à la correctionnelle, mon vieux...
cofior. A la correclioimelle !.. un liomuie établi!..
RIFOLARD. Oui, meurtrier, oui, tu seras jugé, condaivméj moulé eu cire dans notre établissement, et j'expliquerai uïoiniéme ton forfait... Ceci vous représente l'horrible Gorot, le destructeur malfaisant du jeune et infortuné UUIVifolard... (replenrant.) Oh là, là, là, là!., fllais où est donc la garde?., amenez-moi la garde, j'ai besoin de la garde.'..
GOROT. Mais il est imjjossible que je vous aie... mutilé.
LELiÈVRE. Mauvaise affaire, mauvaise affaire, M. Gorot...
RIFOLARD. A la garde!..
SCEiNE X.
LES MÊMES, QUATRE SOLDATS (le la ligne et DJN CAPORAL,
LE CAPORAL et LES SOLDATS.
Air des Pur i tu in s..
Pourquoi ces cris
Dans ce logis ? Vite qu'on s'explique.
Ou sans réplique,
Suivez nos pas , IVe résistez pas !
RIFOLARD. Mon caporal, c'est ce bourgeois... un maliutcn-
lionne, un anarchiste , qui m'a aiuuhi, moulu, moulu... Ils se sont mis deux contre moi, lui et l'autre.
LELiÈVRE. C'est faux!., c'est archi-faux!...
RiFOLARD. Emmenez-les, mon cnporal... emmenez-les...
LELii£VRE. Monsieur le sergent! je vous affirme...
COROT. Je vous jure, adjudant...
RIFOLARD. Gardez-lcà le plus long-temps possible, mon brigadier, c'est deux fameux lurbateurs.
LE CAPORAL. AlloHs, allous, au poste!
CHOEtr» UES SOLDATS.
Assez de cris Dans ce logis :
il laul (m'en t'explique, El sans réplique , Suivez nos pas , Ne résistez pas !
( Le Caporal cl les Soldats emmènent Lelièvre et Gorot , en leur dunnont des bourrades. )
SCErsE XI.
RIFOLARD, EDOUARD, ASPASIE, MÉUNA.
RIFOLARD, gambadant. Enfoncés les maris'., olié les maris... llrra!..
MÉLiNA. Mais vous n'avez (ionc rien ?..
RIFOLARD. Complètement rien... j'ai l'usage et la jouissanc» de tous mes abattis...
ÉoooARD. C'était pour éloigner vos jaloux!..
RIFOLARD. Tour dc banquiste...
méliîsa. Mais M. Gorot.,.
RIFOLARD. Le Gorot... Soyez tranquille... on vous le rendra sain et chauve, comme la natiue l'a produit...
ASPASIE. Mais, M. Lelièvre entraîné au corps-dc-garde!..
RIFOLARD. C'est bien fait !..
ASPASIE. Messieurs, une pareille plaisanterie...
EDOUARD. Est bien excusable... n'avez-vous pas a vous venger de leurs odieux soupçons... de leur tyrannie !..
RIFOLARD. Bien dit... Malheureusement, on va les relâcher les indignes.,. Ainsi, profitons du moulent... profitons du quartd'heure pour causer comme une paire d'amïs...
Edouard, d Aspauc. Puisque vous n'êtes libre qu'en prison, écoutez-moi de grâce... Le retour de M. Lelièvre va nous séparer encore... Ah! dites-moi que je pourrai vous revoir...
ASP ASIE. Monsieur!..
RiFOLARi). Madame ne sera pas assez dénaturée pour vous défendre d'aller dans son magasin acheter une aune de quelque chose, ou cinq quarts de n'importe quoi.
ASPAsiE. Mais si mon mari se doutait.'..
EDOUARD. Fiez-vous à l'amour le plus discret...
RIFOL4RD. Et loi, ô MéHua , ô ma Mélina, je t'aimerai audelà du trépas, et j'irai tous les matins dans ton établissement acheter un pied de ta main.
MÉLINA. Mais, si JM. Gorol venait à savoir...
RiFOLARD. Je m'en importe peu... A bas les maris !.. guerre au Gorot... guerre au Lelièvre... et à tous les animaux de même espèce... Mort aux maris!
jilr de M. Clnpisson.
A bas les maris !
A bas les maris !
V'ià mes cris
Favoris !
A bas les maris!
A bas les maris! {bis.)
Pour les femmes plus d'esclavage ; Faut prendre un' botin' résolution.
Contre les tyrans du ménage l'aut faire un' révolution.
(Parlé.) A quoi que ça sert des maris?.. Mais c'est une affreuse superfluité... une erreur de la nature... des herbes parasites... de» cliampignons inalfesans...
A bas les maris ! etc.
Deuxième couplet.
D'puis assei long-temps on vous vexe, Femm's, émancipez-vous un peu ; Este' qu'on vous appel!' le beau sexe Vour écumer le pot-au-feu?
[Parle.) Crocodiles d'époux'.. Ils abusent de leurs forces physiques |)our vous faire tricoter des bas de laine cl mettre des sous-pieds à leurs pantalons... Mais on n'inventera donc pas une eau pour la destruction de ces insectes là ...
A bas les maris ! etc.
Troisième Couplet.
Supprimons cett' race cruelle.
Il n' faut plus qu'il en vive aucuns ; Seul'ment, pour l'hisloir' naturelle, IVous en frons empailler quelqu's-uns.
(Parlé.) El si, par hasard, une femme regrettait son bourgeois, elle pourra s'en permettre la vue en le faisant exposer sous globe comme pendant à son perroquet... Mais on ne m'empêchera jamais de crier :
A bas les maris !
A bas les maris !
\ 'là mes cris
Favoris.
A bas les maris i A bas les maris!
SCEINE XH.
lES MÊMES, LELIÉVRE, GOROT.
LEtiÈVRE. Onf!.. enfin la liberté me r'onvre ses bras!
COROT. Au diable le caporal!
RiroLARD, à part.) Les revoilà !.. {/mai, se iâtant la jambe.) Oh! là. là... le fémur,..
ASPASiE, ((liant (l Lelihre. Eh bien ! mon ami?..
MÉLiNA, à Gorot. Que vous a-l-on dit?..
GOROT, d Rifolard. Voyons... l'homme de cire, on nous a enjoint d'entrer en arrangement avec vous...
LELIEVRE. k l'amiable...
RIFOLARD. M'arranger !.. jamais !.. Combien que vous donnez?
LELiÈVRE. 11 me semble qu'une demi-pièce de vingt...
RIFOLARD. Ça me va, ça me botte...
LELIÈVRE. De vingt francs...
GOROT. C'est trop...
Edouard, riant. Ça n'est pas cher...
RIFOLARD. Dix fraucs!.. On vous en fournira à ce prix là des jambes cassées... {criant.) Oh! la, la, la, la, le fémur!..
GOROT. Ne crions pas...
LELIÈVRE. Qiielles sont vos prétentions, prolétaire?..
RIFOLARD. Voillà\.. La correctionnelle VOUS condamnerait à quinze francs pour la chose... donnez-m'en chacun trente, et embrassez-vous tous les deux...
LELIÈVRE. Trente francs!.. Ce chiffre est monstrueux!..
coiiOT. Mais vous êtes un Abdel-Kader...
RiFOLÂRD. Trente francs... plus, ma place au feu et à la lahU; du charcutier. .. jusqu'à mon entier rétablissement... Je hoîîerai vingt-sept ans.
ÉDOt'ARD. Allons , Messieurs , exécutez-vous de bonne grâce...
GOROT. Jamais... Admettre un saltimbanque dons mes 1 ircs!..
RiFOLARD. Vous refusez?..
j.ELiÈVRE. A l'unanimité!..
RiFOLARD, criant. Oh! la, la... le fémur!.. Je porte plainte... je me constitue partie civile... Oh! la, la...
tELîÈvRE, à Gorot. On va nous rempoigner derechef...
GOROT. avec rage. Braillard!., poule mouillée!..
LELiîiVRE. Allons... je consens pour ma part...
GOROT. J'adhère pour la mienne, puisqu'il n'y a pas d'autre moyen...
RIFOLARD, après avoir pris {'argent. Vivat!., et nous allons, par avance , consumer l'argent de la chose... Festin pour quatre à l'hôtel des z'Haricots... cailles rôties... Madère sèche... et omelette au suc... Millionnaire, je vous invite... ainsi que les deux jeunes hommes...
GOROT. Pas sans moi, mon neveu. .
LELiÈVRE. Passansmoi. mon commis!..
RIFOLARD. Par exemple !.. Depuis quand le meurtrier manget-il avec la victime ?.. Mais ça serait faire dîner le Pompier avec la Belle Ecaillère... Robert Macalre avec ce bon M. Serfeuil... Arrière, arrière, parpaillots... Allons dîner tous les quatre!..
LELikvRK. Anatole, je aous défends de sortir...
COROT. Symphorien. je vous ordonne de rester...
BiFOLARD. Allons dîner!..