HISTORIQUE DE L ÉTABLISSEMENT DES INVALIDES DE 1675 A
Aussitôt après la promulgation de cet Kdit, Louvois nomma le personnel de L'Hôtel. Il désigna comme directeur Le Maçon d'Ormoy, prévôt gepéral des bandes, à la police du Régiment des gardes françaises.
Telle fut l'activité déployée dans la construction et l'aménagement de l'édifice, sous rineessa n te surveillance de Louvois et du Roi lui-même, qu'au mois d'octobre 1(>74, moins de trois ans après la pose de la première pierre, on put transférer dans le nouvel I Intel les invalides logés momentanément rue du Cherche-Midi, à la Croix rouge.
L'inauguration* se fit, en grande pompe, par le Roi en personne, aux acclamations enthousiastes de la foulé.
Un uniforme, habit de drap bleu uni sans revers, fut attribué aux invalides.
Le service religieux fut confié à des prêtres de la congrégation de la mission de Saint-Lazare par contrat passe entre Louvois et le supérieur de la congrégation. (Ordonnance royale du 28 mai 1675).
Des religieuses de la maison de Saint-Lazare furent
histoihl: de l'hôtel des invalides
attachées aux infirmeries, perpétuellement par contrat du 7 mars 1676 f .
Un personnel de servants, ou serviteurs, fut affecté au service de l'Hôtel. Un certain nombre devaient aider les invalides impotents, qu'on appela les moines-lais par tradition des anciens oblats, et ceux qui ayant été amputés d'un membre ne pouvaient s'habiller, manger ou se mouvoir sans secours étranger, qu'on appela les nianicrocs . Ces appellations ont été conservées jusqu'à nos jours.
Certains privilèges furent attribués aux Invalides. Celui dont ils se montrèrent le plus jaloux, et qui fut maintenu jusqu'à notre époque, était d'être seuls à garder l'Hôtel ; aucune troupe armée ne devait y pénétrer. L'escorte même du Souverain devait s'arrêter hors de l'enceinte.
Dans les prises d'armes, les Invalides tenaient la droite des troupes.
Louis XIV apporta la plus grande magnificence à cette fondation qu'il aimait a appeler « la plus grande pensée de son règne ». Il en confia l'exécution aux plus célèbres a rchitectes et artistes du temps. 2 .
I. Leur nombre lui variable. — Le service des sœurs de charité fut supprimé au mois de déc. 1906.
'2. Les plans en furent dressés par Libéral-Bruant qui en commença la construction.
La construction fut continuée par Mansard qui édifia l'église du Dorae (1693-1708).
Dôme ne fut achevé qu'en 1735.
Girardon, Coustou, Coysevox, Coypel, Jean Jouvenet, de la Fosse, Bon-Boullogne, etc., travaillèrent aux décorations de sculpture et de peinture.
Consulter : Description générale de V 116 tel royal des Invalides , établi par Louis le Grand dans la plaine de Grenelle, près Paris, avec les plans, profils et élévations de ses f;iees, coupes et appartements, à Paris, chez Fauteur, dans FHotel royal des Invalides. M. U. G., LXXXIII (1683), avec privilège du Roi. par Le Jeune de Boulencourt, grand in-folio, 51 p.
Louvois 1 fut le principal auxiliaire de Louis XIV dans la fondation de Tllolel des Invalides.
Le choix qu'il fit, comme directeur, de Le Maçon d'Ormoy, prévôt a la police du régiment des gardes françaises, dont il appréciait la fermeté, témoigne dr la préoccupation qu'il eut, dés le début, de maintenir une discipline rigoureuse dans ce rassemblement de vieux soldats.
Cette question de discipline fut toujours un des principaux soucis de l'administration des Invalides.
D une part, il y avait des hommes vieux ou impotents souvent disposés à se plaindre et a se rebeller; de l'autre, des hommes relativement jeunes, incapables de travail, par suite de mutilations, mais vigoureux de santé, oisifs et souvent enclins à l'ivrognerie et a la débauche. Les
1. François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, ttê le 18 janvier 1641, avait à peu près \c même âge que Louis XIV (né en 1638). L'influence de Mazarin lui lit accorder en 1654 la survivance de son père Michel Le Tellier, qui était secrétaire d'État de la guerre depuis 16'i3. Il lui succéda en 1666 à l'Age de vingt-sept ans.
Grâce à son activité, à son énergie, à sa fermeté, il apporta à l'organisation de l'armée des réformes fondamentales; il établit des règlements lîxes, maintint une discipline sévère, ordonna des revues régulières, fit adopter l'uniforme, institua des magasins, des casernes, des hôpitaux, etc. C'est lui qui forgea l'outil avec lequel Louis XIV fit les glorieuses guerres de sa jeunesse, conquit les Flandres et la Franche-Comté, tandis que Colbert, contre lequel il avait cependant une grande hostilité, organisait les finances et assurait les ressources matérielles indispensables.
La création de l'Hôtel des Invalides couronnait en quelque sorte l'œuvre de Louvois. Il mourut en 1691 d'une manière mystérieuse et inopinée. On dit même qu'il fut empoisonné. Il exprima le désir d'être inhume à l'Hôtel des Invalides; son corps y fut déposé dans une sépulture provisoire, en attendant qu'il put être placé dans les caveaux de la chapelle royale, encore inachevée; mais sa famille, en présence des déchaînements qui s'élevaient contre lui et redoutant la haine de Mme de Maintenon qui aurait pu s'opposer plus tard à son inhumation sous le Dôme, obtint en 1699 de transporter ses restes à l'église des Capucins de la rue Saint-Honoré.
HISTOIRE DE L'HÔTEL DKS INVALIDES
moines causes qui rendaient leur séjour difficile (huis les monastères, auxquels avait été imposée la charge des oblats, se reproduisaient naturellement à L'Hôtel des Invalides, et Louvois dut menacer, un jour, de faire pendre les récalcitrants.
D'autres difficultés plus graves ne tardèrent pas à se manifester. Il ne suffisait pas, en effet, d'avoir édifié un superbe Hôtel digne de la magnificence du Roi, il fallait Lui assurer des revenus pour la subsistance de ses habitants, et FEdit royal, par une disposition plus orgueilleuse que prévoyante, lui interdisait de recevoir des donations d'aucun particulier. L'attribution d'une certaine quantité de minots de sel et de muids de vin, l'exemption de toutes taxes, ne constituaient évidemment pas des ressources suffisantes. La seule dotation régulière consistait dans l'impôt représentant les charges d'oblat que devaient payer les prieurés et abbayes. Cet impôt, fixé d'abord a 60 livres, fut élevé a 100 livres, et pendant quelques années a 300 livres, sous le ministère de Choiseul l .
Les monastères s'efforçaient de s'y soustraire par tous les moyens. Il fallut les mesures les plus rigoureuses pour les y contraindre.
Restait le prélèvement de 2 deniers par livre, porté plus lard à 3 deniers et, pendant quelque temps, à 4 deniers, sur tous les paiements faits par les trésoriers des guerres; ressources sans fixité : fort élevées parfois pendant les guerres, alors que les dépenses militaires augmentaient, elles diminuaient dans les périodes de paix, tandis que le nombre des invalides s'était accru.
Enfin, il était presque inévitable que de nombreux abus
1. Sans qu'aucune base précise de calcul puisse être étaLlie, on a évalué ce revenu à environ 75 000 livres par an.
ne s'introduisissent clans l'administrai ion de cette royale demeure, soustraite, pour ainsi dire, par 1 Kdit de fondation même, à tout contrôle effectif.
Le chiffre des pensionnaires de Tllotel des Invalide s fut 1res variable. Il s'éleva bientôt a pins de 5000. Le nombre des mutilés fut si grand après les campagnes de L679 à L691 que l'Hôtel devenant insuffisant, Louvois ordonna la formation, avec les plus valides d'entre eux, de IA compagnies de vétérans qui furent envoyées a Montreuil-sur-Mer, au Havre, a Abbeville et dans d'autres châteaux ou places frontières.
Outre les Invalides entretenus dans l'Hôtel même, celui-ci avail [a charge de pourvoir également à l'entretien de succursales qui lurent fondées suivant les besoins, en nombre variable, dans différents endroits, à l'entretien des compagnies détachées, dont le nombre et les effectifs furent très variables 1 , et au paiement des pensions des invalides qui rentraient dans leurs provinces
Ces embarras financiers, qui se produisirent dès le début avec plus oii moins d'acuité, durèrent, peut-on dire, autant que l'institution elle-même et la mirent souvent en péril.
Sous Louis XV, M. de Saint-Germain proposait déjà, par mesure d'économie, de substituer à l'Hôtel royal des