L64 en 1774, chiffre réduit par Choiseul à
2. Les guerres de la Révolution et de l'Empire portèrent à plus de 25 000 le nombre des pensionnaires invalides.
En 1800, des succursales existaient à Louvain, Béthune, Versailles, Avignon. Celles de Béthune et de Versailles, disparurent successivement; celle de Louvain, maintenue jusqu'à la Restauration, fat transférée à Arras, Louvain ne faisant plus partie du territoire français. La succursale d'Arras fut supprimée quelque temps après. Celle d'Avignon fut conservée jusqu'en 1851, époque à laquelle ses pensionnaires furent réunis à ceux de l'Hôtel des Invalides à Paris.
Invalides, trente six hospices militaires, répartis dans les provinces.
Saint-Germain étant devenu ministre de la Guerre sous Louis XVI, fit rendre en 1776 une ordonnance qui limitait a 1500 le nombre des Invalides a entretenir dans l'Hôtel et qui diminuait le nombreux état-major placé a sa tête,
(les mesures et quelques autres amenèrent ce résultat qu'en L786, l'Hôtel avait pu réaliser d'assez grandes économies pour se constituer en rentes sur l'Etat un revenu de 100 000 livres.
L'Assemblée nationale socciipa de la question du maintien ou de la suppression de i'J lotel des I nvalides. Son comité militaire, dont le rapporteur était Dubois-Crancé, conclut à la suppression de l'Hôtel, qui serait vendu a la municipalité de Paris pour faire une grande prison. Ses arguments peuvent se résumer ainsi : savoir si les pensions des 30 000 soldats qui auraient droit d'entrer avix Invalides ne seraient pas augmentées par la suppression d'un Hôtel qui ne sert qu'à deux ou trois mille d'entré eux. Quant à ceux qui auraient besoin de soins particuliers, ils seraient placés dans les hospices départementaux.
Ce sont ces arguments, renouvelés a noire époque, qui ont amené la suppression de l'institution des Invalides, en tant qu'établissement hospitalier, sans que d'ailleurs les pensions de retraites des infirmes aient été améliorées de ce lait et sans que des places aient été spécialement réservées par des fondations régulières pour les vieux soldats dans des asiles publics ou privés.
Deux courants d'opinion se formèrent dans le public et parmi les invalides eux-mêmes, dont la majorité, par plusieurs pétitions, réclamèrent Pension et liberté.
Une discussion mémorable s'engagea à l'Assemblée nationale dans la séance du 20 mars 1791.
HISTOIRE DE l'huTEL DES INVALIDES
I/abbé Maury, avec l'autorité de son nom et de son éloquence, combattit la suppression que réclamaient avec violence les membres du Comité militaire comme étant un établissement fastueux et inutile.
« Qu'on donne la liberté à ceux qui la veulent, mais qu'on ne force pas 1rs autres à L'accepter; car cette liberté ce serait la mendicité, le malheur. Vous avez créé des pensions de retraite, accordez-la, cette pension, à tous les soldais invalides qui voudroni sortir de L'Hôtel, mais ne forcez aucun à l'accepter. »
L'abbé Maury l'emporta; un décret fut adopté, qui prépara la loi de 1 71>2.
et L'Assemblée nationale décrète qu'il ne sera reçu désormais, à l'Hôtel des Invalides, conformément à l'Edil de création, que des militaires qui auraient été estropiés ou <[ui auraient atteint l'âge de caducité, étant au service de terre ou de mer, et qui n'auraient, (railleurs, aucun moyen de subsister.
" Ceux qui sont actuellement à L'Hôtel seront les maîtres d'y rester; ceux qui voudront en sortir auront une pension de re1 faite, savoir : eic .
L'Etat-major de l'Hôtel esl supprimé, L'Administration sera réformée.
- Le ci-devant Hôtel des Invalides est conservé sous la clénominatiôn (Vï/âiel national des militaires invalides (Loi de 1792).
11 est a remarquer que dans ces débats, parfois très passionnés, l'assistance a donner aux soldats blessés ou vieillis ne fut pas en discussion, puisque Ton s'efforçait au contraire de leur assurer une pension de retraite et des soins dans des hospices; niais c'est le principe même d'un institut militaire grandiose qui était combattu comme portant la lare d'être d'origine royale. C'est pointant ce principe que l'éloquence de l'abbé Maury défendait en réalité et qu'il parvint a faire respecter.
Pendant la tourmente révolutionnaire, il ne fut plus
HISTOIRE DE l/ HÔTEL DES INVALIDES M
question de la suppression de l'Hôtel, mais on supprima les charges de gouverneur, d'intendants et l'état-major qui les entourait.
Le nombre des places fut fixé à 4000 (juin 1793).
L'Administration en fut confiée à une commission, puis à une agence (arrêté du Comité de Salut public, 25 floréal, an II)/
Les Invalides se mêlaient aux fréquentes manifestations politiques et patriotiques qui étaient dans l'esprit du temps. Leurs délégations étaient accueillies à l'Assemblée nationale et jouaient le premier rôle dans les fêtes publiques.
Enfin, un arrêté du Directoire, 30 brumaire an V (20 novembre 1796) rétablit un Commandant de la Maison nationale des Invalides et nomma à cet emploi le général Brice-Montigny, très honorable soldat qui fut remplacé peu après, en 17 ( J7, par le général Berruyer, énergique et actif. Celui-ci rétablit dans l'IIolel une certaine discipline et seconda de son mieux les intentions du Premier Consul 1 pour le maintien de cette grande institution militaire.
L'église des Invalides ne „ servait plus au culte; une partie des sculptures avaient été brisées, tout ce qui rappelait la royauté et qui pouvait être atteint avait été saccagé ou détruit, mais le Dôme n'en restait pas moins majestueux au-dessus de ces ruines ; la chapelle royale était devenue le Temple de Mars; on ordonna que les noms des guerriers morts pour la Patrie y seraient inscrits sur des tables de marbre.
L'Hôtel des Invalides fut, dés lors, rendu a sa véritable destination d'être le Panthéon des gloires militaires de la
I. Le général Berruyer fut nommé le 17 nov. 1797, avec le titre de commandant en chef.
Le titre de gouverneur fut rétabli eu sa faveur le 27 août 1803.
IIISTOIKE DE l' HOTEL DES INVALIDES
France, destination plus conforme sans doute a la pensée inspiratrice du Grand Roi que son affectation comme asile de vieillards, qui en avait été comme le prétexte.
Fête commémorative de la Fondation de la République. — Le I er vendémiaire an YI (22 septembre 1798), le Directoire y fit célébrer une grande fête, commémorative de la fondation de la République ; les trophées conquis par les armées victorieuses y furent transportes. Les Directeurs s'y rendirent solennellement, entourés des Invalides et des militaires blessés habitanl Paris; le président La Révcllière-Lcpeaux, dans une entbousiaste harangue, s'éeria que rien n'était plus propre à entretenir le feu sacré du patriotisme que de rappeler les victoires qui avaient assuré l'indépendance nationale et (jui avaient été achetées par les Invalides au prix de leur sang. « Le meilleur moyen de remporter encore de pareilles victoires était d'attirer la vénération publique sur les infirmités et les blessures dues au plus généreux dévouement. »
Trois invalides, élus par leurs camarades, lurent présent es au Directoire. Le président leur donna l'accolade, leur offrit une couronne de laurier et leur remit une médaille d'argent portant une inscription : La République française à ses défenseurs.
Cependant ce fut aux Invalides même, parmi les vieux soldats de l'armée d'Italie, que commença à grandir le renom de Bonaparte et le culte du général qui les avait conduits si souvent à la victoire*.
La journée du 18 brumaire, qui renversa le Directoire, y fut acclamée.
Fête du 25 messidor, an VIII (anniversaire du 14 juillet 1789). — Aussi ce fut aux Invalides, dans le
HISTOIRE DE l/lIOTEl, DES INVALIDES
Templ( v de Mars, au milieu des soldats sur le dévouement desquels il était SÛT de compter, que le Premier Consul voulut asseoir son prestige et se montrer comme le premier personnage de la République, en célébrant la fête du 25 messidor (14 juillet 1800), anniversaire du L4 juillet 1781».
Après un discours de Lucien Bonaparte, un orchestré de trois cents musiciens entonna un chant de triomphe composé par Mehul sur des strophes de Fontanes ;
Les fils sont plus grands que les pères,
Un grand siècle finit, nu grand siècle commence.
Après cette cérémonie, le Premier Consul se rendit au Champ de Mars, où il reçut les drapeaux conquis par l'armée d'Italie.
Fête du I er vendémiaire an IX. — Transfert des restes mortels de Turenne. — Une nouvelle fête grandiose eut lieu aux Invalides le I er vendémiaire an IX, anniversaire de la fondation de la République.
Le cinquième jour complémentaire, an VIII (21 sept. 1800), le corps du maréchal de Turenne *, qui était déposé
1. Le corps de Turenne avait été inhumé dans la basilique de Saint-Denis, réservée aux sépultures royales.
Un décret de la Convention du 31 juillet 1793, rendu sur le rapport de Barère : « La main puissante de la République doit effacer impitoyablement ces épitaphes superbes et démolir ces mausolées qui rappellent des rois l'effrayant souvenir » (Rapport de Barère), ordonna que les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés clans l'église de Saint-Denis , dans les temples et autres lieux, dans toute V étendue de la République, seraient détruits le t0 août pour célébrer l'anniversaire de la journée du 10 août 1792, où le troue du roi Louis XVI avait été renversé par le peuple insurgé, envahissant les Tuileries.
L'exécution de ce décret, qui allait profaner les restes de la longue série des rois, commença le 6 août 1793 par la destruction des monuments des rois carlovingiens ou mérovingiens dans les
au musée des monuments français (couvent des Petits- Augustins) fut solennellement transféré aux Invalides; le cortège traversa Paris aux acclamations de la foule. Le ministre de la Guerre, Carnot prononça un discours, au nom du Gouvernement :
ce ... \ oi là le corps de ce guerrier si cher à tous les Français, à tous les amis de la gloire et de l'humanité Demain, nous
chapelles hautes; le premier mausolée brisé fut celui du roi Dagobert inhumé en 638. La démolition suivit son cours du 6 au 8 août.
L'œuvre de dévastation fut reprise au mois d'octobre.
Alexandre Lenoir, qui était conservateur du Musée des monuments français créé par l'Assemblée nationale dans l'ancien couvent des Pelits-Augustins, réussit à sauver quelques-uns des monuments ou de leurs débris, parmi lesquels le monument de Turenne, qu'il fit transporter à ce musée.
« Le 11 octobre 1793, un seul monument restait debout dans la Basilique » : celui de Turenne, c'est le même qui est aujourd'hui dans la chapelle du Dôme des Invalides. Avant de pénétrer dans le caveau des Bourbons, les ouvriers voulurent ouvrir le cercueil de Turenne. « Le corps était dans un parfait état de conservation, à létat de momie sèche » Au lieu de le jeter dans la fosse et « sur les observations de plusieurs personnes de marque », il fut remis h un gardien qui le déposa dans la sacristie, où il resta pendant plus de huit mois exposé aux regards des curieux, « moyennant une petite rétribution ».
Au mois de juin 1794, M. Desfontaines, professeur au Jardin des Plantes, réclama, comme pièce curieuse, le corps du grand capitaine et obtint qu'il fût transporté au Muséum où il demeura exposé à la curiosité publique avec les bètes empaillées et les animaux rares. Ce scandale dura quatre ans, jusqu'à ce qu'il fût dénoncé à la tribune du Conseil des Cinq Cents. Enfin le corps fut transféré, le 24 prairial an VII, au musée des monuments français où il resta dans des conditions plus décentes sinon encore fort convenables l .
Enfin, le 22 septembre 1800, le Premier Consul en ordonna la translation sous le dôme des Invalides, dans le Temple de Ma/s. La cérémonie se fit avec une pompe solennelle.
1. Les détails circonstanciés et des plus intéressants de la violation des sépultures de Saint-Denis sont donnés dans un livre très documenté du D 1 Max Billard, Les Tombeaux des Rois sous la Terreur, Paris, Perrin, 1907.
HISTOII'.B DE L'HÔTEL DKS INVALIDES
célébrons la fondation de la République, Préparons cette fête par l'apothéose de ce que laissèrent de louable et de justement illustre les siècles antérieurs. Ce Temple n'est pas réservé à ceux cpie le hasard lit ou doit faire exister sous Père républicaine, mais à ceux qui, dans (ous lr-> temps, montrèrent des vertus dignes d'elle. Désormais, ô Turennel Tes mânes habiteront celle enceinte; ils demeureronl neutralisés parmi les fondateurs de la République, ils embelliront leurs triomphes el participeront a leurs fêtes nationales.
« Elle esl sublime, L'idée de placer Les dépouilles mortelles d'un héros qui n'est plus, au milieu des ^lu-rriei-* qui le suivirent dans La carrière et que forma son exemple Aux braves
appartient lacendredu brave; ils en sont les gardiens naturels; ils doivent en être les dépositaires jaloux. Un droit reste après La mort au guerrier qui fut moissonné sur le champ des combats : relui de demeurer sou-, La sauvegarde des guerriers qui lui survivent et de partager avec eux L'asile consacré à la gloire; car la gloire est une propriété que la mort n'enlève pas...
« C'est au nom de La République que ma main doit déposer ces lauriers sur sa tombe. Puisse l'ombre du grand Turenne être sensible à cet acte de reconnaissance nationale, commandé par un gouvernement qui saii apprécier les vertus! » [Moniteur universel, 1 er et 2 vendémiaire an IX.)
Le jour suivant, le I er vendémiaire, le Premier Consul présida La fête commémora tive qui fut célébrée avec les discours et les chants patriotiques usuels dans ces cérémonies.
Fête du 25 messidor an XII (14 juillet 1804). — Distribution des croix de la Légion d'honneur. — Ce fut
encore aux Invalides que Napoléon, proclamé Empereur le 18 mai 1804, voulut célébrer l'anniversaire du 14 juillet par la distribution des décorations de Tordre de la Légion d'honneur qu'il venait de fonder et recevoir le serment des légionnaires.
Les temps étaient bien changés.
HISTOlHi: DE L'HÔTEL DES INVALIDES
Le Temple de Mars était redevenu l'église chrétienne. 11 n'y eut plus de chants patriotiques; mais le cardinal^archevêque de Paris, entouré de son clergé, recul l'Empereur à la porte du Dôme, lui offrit l'eau bénite et le conduisit professionnellement au trône qui lui était préparé.
Le faste de cette première cérémonie impériale rappela les usages des grandes cérémonies royales. Les princes, les seize maréchaux qui venaient d'être créés, les grands dignitaires de la nouvelle cour prirent place sur les marches du trône. Sept cents Invalides, deux cents élèves de l'Ecole polytechnique se rangèrent sur un immense amphithéâtre.
Le eardinal-léga t du Pape officia eu personne.
Après l"ëvangile, Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d'honneur, prenant la parole, exprima la reconnaissance que Ton devait au héros dont le génie avait su, tout en conservant les principes de la Révolution, mettre lin aux maux qu'elle axait engendrés. Puis, les grands officiers de Tordre de la Légion d'honneur prêtèrent le serment .
Alors, l'Empereur se couvrit et, s'adressant aux légionnaires, prononça les paroles suivantes :
« Commandants, officiers, légionnaires, citoyens et soldats, vous jurez sur voire honneur de vous dévouer au service de l'Empire et a la conservation de son territoire dans son intégrité; à la défense de l'Empereur, des lois de la République et des propriétés qu'elles ont consacrées; de combattre, par ions les moyens que la justice, la raison et les lois autorisent, toute entreprise qui tendrait à rétablit 1 le régime féodal; enfin, vous jurez de concourir de tout votre pouvoir au maintien de la Liberté et de l'Egalité, bases premières de nos institutions. »
'Tous les légionnaires debout répondirent d'une seule
HISTOIRE DE l'hÔTEL DliS INVALIDES
voix : Je le juré \ puis les cris répétés de wVfi V Empereur remplirent le Dôme. L'enthousiasme ne connut plus de bornes.
Le service divin, qui donnait à cette cérémonie un caractère si nouveau après les troubles des dix dernières années révolutionnaires, s'acheva.
L' Empereur rëçul d'abord les insigueâ de Tordre, des
mains de son frère Lucien, président du Sénal ; puis,
il distribua Lui-même les décorations aux nouveaux lëfirion-
noires, parmi lesquels, suivant le grand principe de sa politique, se confondaient les soldats, les savants, les mag istrats, les fonctionnaires ; le membre de l'Institut honoré de recevoir la même distinction que le simple grenadier qui l'avait méritée par son courage militaire et ses blessures; celui-ci, ne sachant pas lire, se trouvant grandi d'être placé sur le même rang que le plus illustre homme de science.
Les chanteurs de la chapelle impériale entonnèrent ensuite le Te Deurrt composé par Le Sueur.
Cette fête fut la plus grandiose qu'on eut jamais vue aux Invalides; le cadre imposant de l'église du Dôme lui donna un caractère dé majesté incomparable «
Transfert des trophées de la campagne de 1806 et de Tépée du Grand Frédéric. — Une partie des trophées conquis dans la campagne de 1805 avait été déposée aux Invalides, tandis que d'autres avaient été envoyés au Sénat, a l'Hôtel de Ville, à Notre-Dame, deux de la campagne de 1806 furent destinés aux Invalides.
La remise de 280 trophées rapportés de cette campagne, ainsi que celle de l'épée et des décorations de Frédéric le Grand que Napoléon avait prises à Potsdàm, lut l'occasion d'une cérémonie militaire célébrée avec la plus grande pompe, sous la présidence de l'archi-chancelier Camba-