‹ L'Hôtel des InvalidesChapitre 8 sur 51 · TOMBG.YU DE VAU1UX · texte numérisé non relu

TOMBG.YU DE VAU1UX

( (M rs, entouré des princes impériaux, des ministres et des Grands Officiers de la Légion d'honneur.

Le cortège partit des Tuilerie? au bruit des salves d'artillerie; derrière le char contenant les drapeaux, le maréchal Monçey, à cheval, portait l'épée de Frédéric.

Le maréchal Sérurier, gouverneur des Invalides, recul ces reliques qui furenl transportées sous le Dôme. M. de Fontanes, président du Corps législatif, dans un remarquable discours, dont l'emphase s'accordait avec les habitudes de l'époque, célébra la mémoire du grand Frédéric; L'hommage qu'il rendit aux princes et aux soldats aujourd'hui vaincus exaltait la valeur de leurs vainqueurs.

Tous les peuples ont subi ces retours de fortune. La France devait elle-même en connaître bientôt la douloureuse épreuve.

Ainsi grandissait, de jour en jour, la renommée de l'Hôtel des Invalides. Il recevait les visites de tous les botes princiers qui séjournaient a Paris,

Transfert du cœur de Vauban. — En 180S, un décret impérial ordonna le transfert aux Invalides du cœur de Vauban, qui fut placé dans vin mausolée de même architecture que celui de Turenne et lui faisant face. La cérémonie eut le même caractère que les précédentes.

Obsèques du Maréchal Lannes, duc de Montebello. —

En 1810, v fut déposé provisoirement le cœur du maréchal Lannes, tue a Essling. Des obsèques solennelles y furent célébrées, peu après, au moment du transfert définitif au Panthéon,

La coutume s'établit dès lors de célébrer aux Invalides les funérailles des généraux illustres et d'y déposer leurs corps.

Transfert du cœur de La Tour d'Auvergne. — Le

30 mars 1904 fut transféré aux Invalides le cœur de La Tour d'Auvergne remis à l'Etat par ses arrière-petitsneveux, de Pantavice de Heussey, Cette relique du héros des guerres de la Révolution, qui avait mérité par sa bravoure le nom de Premier Grenadier de la République^ fut transférée solennellement depuis la gare de Lyou jusqu'aux Invalides sous l'escorte du 46 e Régiment d'Infanterie, régiment dans lequel il servait lorsqu'il fut tué a Oberhausen (23 juin 1800), et reçue par M. le Président de la République Loubet, assisté des membres du gouvernement. Après un discours du général André, ministre de la Guerre, l'urne fût déposée dans le caveau dos gouverneurs 1 en attendant son placemenl définitif dans une des chapelles du Dôme.

Ces souvenirs étaient intéressants à rappeler, parce qu'ils consacrent le véritable caractère du monument si majestueusement conçu par Louis XIV.

Par haine pour les traditions empreintes de royalisme, il s'était trouvé, a l'époque du renversement du tronc, des hommes qui proposèrent de transformer l'Hôtel en une

1. Corret de La Tour d'Auvergne, né à Carhaix en 1743, était entré comme sous-lieutenant aux mousquetaires eu 1767. Il embrassa avec ardeur la cause de la Révolution et servit à l'armée des Pyrénées-Orientales, où il commandait un corps de grenadiers que son intrépidité lit appeler la Colonne infernale. 11 refusa tout avancement. Le Premier Consul lui décerna un sabre d'honneur et le titre de Premier grenadier de la République, qu'il refusa; mais qui lui demeura cependant. Retiré dans ses loyers, il reprit du service pour remplacer le fils d'un de ses amis, Lebigant, enlevé par la conscription. Il lit la campagne de 1799 en Suisse comme simple grenadier dans la 46 e demi-brigade, puis à l'armée du Rhin. Il fut tué, le 23 juin 1800, à Oberhausen. — Son nom resta inscrit sur les contrôles de sa compagnie et, aux appels, le plus ancien grenadier répondait : Mort au Champ d" honneur .

HISTOIRE DE l'hÔTEL DES INVALIDES

vaste prison; d'autres voulaient qu'il aie fét qu'un grand hospice militaire ou en faite une grande caserne; mais, par l'acclamation d'un peuple imbu, plus que tout autre, du prestige guerrier, il devint Le Temple de Mars consacré à sa gloire militaire. Dans l'avenir, il restera le Panthéon des Armées de la France.

Napoléon entourait de sa sollicitude l'Hotei et L'Etablissement des Invalides. Portant sur cette institution l'attention avec laquelle il réglait les moindres rouages de l'Etat, il en assura le fonctionnement par un décret organique de L8J I (25 mars), qui lui attribua une dotation.

Cette dotation était ainsi constituée :

Une retenue de 2 pour cent sur tous les traitements et pensions militaires dépassant 500 francs, et sur les traitements de la Légion d'honneur.

Un droit de 50 pour cent sur le produit des bris et naufrages et dès prises maritimes.

Un pour cent sur les octrois et revenus des communes.

Le produit des terrains militaires et le produit de leur aliénation .

L'excédent du bail des salines de LLst et la plus value des terrains provenant du défrichement des marais de Rochefort et du Cotent in .

Une rente de 100 000 francs dont jouissait le Conseil du sceau des litres.

Tous ces produits étaient évalués à une somme d'environ 6 millions.

Sous la Restauration, la dotation des Invalides fut confondue avec celle des Kcoles royales militaires de St Louis ; elle fut augmentée de divers nouveaux produits.

En 1818, les dépenses des Écoles furent réintégrées au budget général de la Guerre.

Là situation financière de l'Hôtel des Invalides redevint bientôt précaire, une partie de ses revenus lui avant été enlevée.

Enfin, une ordonnance royale de l eï mai L832 supprima les dotations .

Tous les capitaux, rentes ou Lin meubles, furent remis au trésor ou à l'administration des domaines.

A partir de ce moment, le budget de l'Hôtel fut voté chaque année et forma un chapitre du budget général de la guerre. — Ses dépenses furent contrôlées comme les autres dépenses publiques; de sorte que chaque année l'existence même de l'Institution pouvait être remise en question, et, en effet, il suffit, en L905, d'une simple disposition de la loi de finances, passée pour ainsi dire inaperçue et votée sans discussion, pour décider qu'aucune admission /louvellc ne serait prononcée à VHôtel des lava lides.

L'Institution des Invalides a donc vécu.

Une longue période de paix, qui amenait la diminution du nombre des mutilés de la guerre; l'amélioration des pensions de retraite qui permettait a beaucoup de vieux soldats de trouver dans leurs familles ou dans des maisons de retraite les soins nécessaires, étaient les mêmes arguments déjà présentés devant l'Assemblée nationale en L79J et sur la valeur desquels aucune discussion ne fut d'ailleurs ouverte.

Bien des misères restent cependant sans secours suffisants, et l'on souhaiterait pour les soldats mutilés le droit de ne pas être confondus avec les indigents que secourt l'Assistance publique.

Si de grandes guerres survenaient, il faudrait sans doute pourvoir, par de nouveaux moyens, à l'assistance

des Invalides de la guerre, dont le nombre grandirait de non ve au .

Il est à présumer que l'Hôtel des Invalides affecté, dés maintenant, à de multiples services de l'armée, ne pourra plus recevoir les soldats invalides. 11 ne répondrait plus d'ailleurs, par ses installations surannées, aux exigences hospitalières modernes; mais, certainement, la sollicitude de l'Etat s'exercera a leur égard comme s'est exercée celle des anciens rois.

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