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INTRODUCTION

Invalides ; l’église Saint-Louis, histoire et description avec plan détaillé, lettre-préface de Roger Lamhelin.

Ce qui la rend intéressante et lui donne une place jusqu’à présent unique dans les descriptions de cet édifice, c’est qu’elle contientun grand nombre de renseignements pris dans les Comptes des Bâtiments du Roi, où personne encore ne les était allé chercher. Il est fâcheux que, soigneux et précis comme il est, l’auteur ait ignoré plusieurs des changements survenus dans la décoration de l’église du Dôme, et soit ainsi tombé dans des fautes que de moins érudits n’ont pas commises. Telle qu’elle est, cette notice est précieuse par le grand nombre des noms d’artistes qu’elle donne.

A ces sources de renseignements, il faut ajouter des communications faites à la Société de l’histoire de l’Art français par M. Fursy-Raynaud, par M. Carie Dreyfus et par moi [Bulletin de la Société. Année 1908, mars, avril, juin).

Pour le musée d’Artillerie, installé dans l’Hôtel, et dont ce livret mentionne les principales pièces, on le trouve décrit au complet dans l’excellent catalogue du colonel Robert, 5 volumes in-12, 1889 à 1893, avec supplément du colonel Bernadat. Le tome second, qui contient les armures, a paru en seconde édition, avec quelques corrections importantes.

Photo jNeurüein.

Les vieux canons du côté de l’Esplanadj:.

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Louis XIV est le fondateur de FHotel des Invalides. Henri lY et Louis XIII avaient fait avant lui le projet d’une fondation de ce genre, le premier dans les bâtiments de l’hôpital de Lourcine, le second dans le château de Bicêtre.

Jusque-là les soldats prenaient leurs invalides dans les monastères, où on les nourrissait sous le nom d’oblats. En dépit de la surveillance royale

l’hôtel des invalides

qui s’exercait à cet endroit, cette pratique donnai! lieu à d’assez grands abus, que de bonne heure on souhaita de faire cesser. De curieux documents montrent que dès le xiii® siècle Philippe Auguste avait fait le plan d’une retraite pour ses invalides.

Le difficile était d’ordonner la rentrée , sous forme de fondations dans un hôtel unique , des charges assumées par les monastères dans tout le royaume. L’ordre mis dans l’armée par Louvois et dans les bureaux par Colbert permit enfin d’atteindre à ce résultat. Un plan fut arrêté. Le 24 mai 1670, une ordonnance royale annonçait la résolution de Louis XIV.

Les invalides furent logés d’abord dans une maison de la rue du Gherche-Midi, en attendant que lut achevé le magnifique hôtel qu’on préparait. Le roi ne voulut pas que la dépense en retombât sur ses sujets. Des épargnes prolongées pendant plusieurs années sur le service de la guerre, y pourvurent.

La première pierre de l’édifice fut posée le 3o novembre 1671. En 1676, on y transportait les Invalides. L’église du Dôme ne fut élevée qu’un peu plus tard. On y travaillait dès 1679, et on voit qu’elle était à peu près terminée en 1706.

11 faut considérer l’état oii se trouvait alors fart français. La mort de Lebrun survenue en 1690 n’entraîna pas leur décadence comme le répètent nos manuels d’histoire. Elle eut seulement pour effet de faire passer l’influence principale, et, si l’on peut dire, le sceptre des arts aux mains de Jules Ilardouin-Mansard. Aucun autre ne pouvait le lui

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Coupe du premier projet de l’Église du Dôme. D’après la gravure de I. Marot.

mérite dans sa sphère, et pour les aptitudes géiié-

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raies, à Lebrun. 11 était architecte du roi ; bientôt la charge de directeur des Bâtiments mit en ses mains l’autorité.

Un architecte remplaçait donc un peintre à la tête de la production des arts. En d’autre temps, ce remplacement fut fâcheux ; il appauvrit et dessécha, il fit régner sur les libres inventions où les arts d’imitation se plaisent, le contrôle de censeurs pointilleux et bornés. De nobles générations d’artistes en ont pâti; les plus faibles y ont entièrement succombé. Au contraire, dans cette circonstance, la direction d’un architecte fut heureuse ; elle n’engendra que de bons effets. Cette période compte précisément parmi les plus brillantes de l’art français ; elle vit certainement l’apogée des styles élaborés sous Louis XIV. Il faut en chercher la raison dans l’importance nouvellement prise par les arts d’ornementation. Cette importance venait de leur excellence et de leur récent perfectionnement. Au-dessus des habiles praticiens de ces arts, l’architecte figurait moins en maître qu’en syndic général de l’art décoratif.

Lui-même était acquis aux idées que professent naturellement en fait de décoration des bronziers, des ébénistes, des sculpteurs d’ornement. Sous lui, ces diverses professions purent travailler avec une entière liberté et conformément à leurs règles, qui par un renversement remarquable influencèrent l’architecture. Si l’on demande la cause première de cette situation, il faut répondre qu’elle est dans l’essor incroyable, unique dans l’histoire,

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gloire insigne de l’ancienne monarchie, qu’avaient pris aux Gobelins, dans les derniers vingt ans, toutes les branches de l’art décoratif. Cette manufacture ne fabriquait pas seulement les tapisseries, elle était aussi un atelier du meuble, de l’orfèvrerie et de bien d’autres choses : on y entretenait jusqu’à des graveurs. La supériorité pratique et les lumières que les ouvriers de l’ornement y acquirent, leur donna dans l’œuvre générale une situation qu’ils n’avaient jamais eue.

De là naquirent les styles de la Régence, qui commandent toute la période de Louis XV, styles éminemment riches, variés et élégants. L’architecte Robert de Cotte en reste le représentant. 11 était élève de Mansard ; il fut héritier de ses papiers, il a conduit plusieurs de ses ouvrages : après sa mort, il les acheva ; tel est le cas entre autres des Invalides. Or, entre le style bien connu d’appartement de Robert de Cotte et celui des grands édifices de Mansart, les ressemblances sont remarquables. La peinture y perd de l’importance qu’elle eut sous la direction de Lebrun ; la sculpture d’ornement y prend une place éminente. Une grande légèreté d’effet en résulte. Comme rien n’y est perdu de la majesté splendide acquise dans la période précédente, il s’ensuit pour les ouvrages de ce temps une réunion de qualités aussi satisfaisantes que rares.

Le premier projet de Mansard pour la chapelle du dôme des Invalides éliminait presque complètement la peinture. L’ornement sculpté devait four-

l’hôtel des IîN’YALIDES

nir presque toute la décoration. Une autre différence de ce qui s’exécuta avec les plans projetés à l’origine, consiste dans la substitution d’une coupole double à la coupole simple gravée dans Lejeune de Boullencourt. 11 parait bien que ce changement eut lieu dès 1680.

Alors fut résolue la double décoration de la calote du dôme et d’une coupole ouverte au-dessous, divisée à côtes de melon formant douze compartiments. Chacun de ces compartiments dut contenir un ange en bas-relief. Vanclève, Dedieu, Legros, Lespingola, Hurtrelle, Regnard, Coustou^ Flamen, Mélo, Lecomte, Garnier, Slodtz, iMartin etLapierre en furent chargés en 1G92. Les quatre pendentils ou panaches sous le tambour de la coupole, devaient aussi recevoir des bas-reliefs. Avec les mentions de ces travaux dans les Comptes, nous en tenons divers dessins au Cabinet des Estampes de Paris. Tous ces projets furent changés : quant à la coupole en 1702, quant aux pendentifs en 1^04. La sculpture fut abandonnée ; des peintres furent chargés de remplir ces espaces. L’effet de légèreté qu’on recherchait et qui risquait de tomber dans la froideur par ce grand abus de pierre sculptée, fut heureusement maintenu dans de justes bornes. A la fois dégagée et ornée, la chapelle du Dôme réalisa pour le plaisir de nos yeux le même parfait équilibre qu’on admire dans les autres ouvrages du temps.

A ces cliangements de plan intérieur, il faut joindre l’abandon qu’on fit de tout un ensemble de bâti-

Projet d’uxe place pour l’Eglise du Dôme aux Invalides, PAR Maxsard.

Pxli-ait de rouvrage ; Description de l’Eglise royale des Invalides, par Pélibien.

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ments dont Mansard avait eu dessein d’accompagner les dehors de son œuvre et qui en faisaient comme la présentation.

C’était, pour emprunter la plume de hélibien, (( deux édifices ornés de galeries ouvertes au dedans de la place, et soutenus par des colonnes, pour former deux péristyles. Quatre pavillons plus élevés les accompagnent. Deux sont attachés aux extrémités de la principale face de l’hotel des Invalides, et les deux autres commandent sur un large fossé qui ferme le devant de la place par diverses portions de cercle, et qui s'unit par des lignes droites aux autres fossés des Invalides pour enfermer ensemble l’Eglise et l’Hôtel. Les galeries ou péristyles serviraient avec les pavillons à cacher les bâtiments les plus bas de l’hôtel des Invalides et accompagneraient avec plus de dignité la principale face d’un édifice aussi considérable qu’est l’église de cet hôtel royal. »

Cet ensemble eût rappelé quelque chose des colonnades du Bernin au devant de Saint-Pierre de Rome. Quant à l'église proprement dite, il n’y manqua bientôt plus que quelques derniers ornements. La mort de Mansard, survenue en 1708, n’interrompit en aucune façon les travaux. Robert de Cotte les poursuivit et les conduisit à leur terme. Quand cet artiste mourut à son tour, il n’y manquait plus que les statues de marbre réclamées par la décoration des chapelles.

Ces statues n’avaient d’abord été exécutées qu’en plâtre. Contradiction remarquable : peu d’édifices

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de l’ancien régime ont été comme les Invalides menés de suite et d’un seul jet; cependant les derniers de ces marbres ne furent posés dans l’église du Dôme, qu’à la veille de la Révolution.

L’aaciek Réfectoire des Invalides, (aujourd’hui Musée d’artillerie) d’après la gravure de Lepaulre.

Les Invalides devinrent tout de suite Lobjet de l’admiration de la France et de l’Europe, tanta cause de l’institution meme, que pour la magnificence de l’édifice, en qui se rendait sensible la beauté de

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l’institution. Des récits de visite royale accomplie dans l’incognito y mêlaient leur prestige. Louis XIV y vint de Meudon à l’improviste en 1699. Gouverneur, lieutenant du roi, officiers de l’état-major étaient précisément absents. Accompagné du seul Mansard, le roi visita l’église du Dôme alors en cours d’exécution, traversa celle des soldats, s’arrêta sous le péristyle à considérer la maison, sans que personne lui rendît aucun honneur. Ceux qui croyaient le reconnaître n’osaient. Le doute fut dissipé quand, au moment de sortir, on vit un détachement de gardes du corps qui le cherchaient environner tout à coup son carrosse. Le gouverneur Desroches fut le lendemain à Versailles porter ses excuses au roi. Le roi répondit avec bonté qu’il n’était venu ainsi sans être annoncé, qu’afin de tout voir plus tranquillement.

Peu après Louis XIV revint avec les princes et les princesses et parcourut tous les services. Dans la boulangerie les princesses voulurent goûter du pain des soldats. Gomme elles ne le trouvèrent pas trop bon, il fut décidé sur-le-champ qu’on s’en procurerait de meilleur.

Quand en 1717 l’empereur de Russie Pierre le Grand fit à Paris son fameux voyage, on ne trouva rien de plus digne de sa visite que les Invalides. Le gouverneur était alors Lelorl.

Tu vois de la valeur, tu vois l’auguste asile,

lui dit-il dans la Pétréide de Thomas. En marque

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de contentement de tout ce qu’on lui fit voir^ l’empereur voulut boire avec les soldats.

Autre date mémorable : c’est en visitant les Invalides, en 1771, que le roi de Suède Gustave 111 apprit sa succession au trône, et commença ce règne dont la fin devait être si tragique.

La Révolution opéra en partie la ruine de la décoration du Dôme. Dubois-Grancé appelait fliôtel (( une grande prison ». On en fit le temple de Mars; tout ce qui pouvait se transporter en fait d’objets de sainteté en fut exclu. 11 ne devait plus servir à autre chose qu’à la proclamation des victoires et à des cérémonies militaires. Napoléon premier Consul y prenait part. Le L*’ vendémiaire an IX, on y transporta les restes de Turenne. Le Concordat le rendit enlin au culte.

Napoléon songea dès lors à réparer ce magnifique ouvrage. 11 fit le projet d'un baldaquin nouveau, en remplacement de l’ancien, morcelé et fondu. 11 est remarquable qu’en 1823 ce projet de baldaquin suivait son cours. Un guide du temps écrit superbement à ce sujet : « Le style des anciennes colonnes torses était peu en rapport avec le genre d’architecture qui décore le pourtour de ce superbe édifice. Le plan primitif a reçu quelques modifications qu’exigeait le bon goût et la perfection à laquelle les arts sont parvenus de nos jours. »

En 1807, les Invalides reçurent un monument à Vauban, dans lequel fut placé son cœur. Ce monument et celui de Turenne furent dressés dans les deux chapelles principales, dont- on mura vilai-

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nement les vitraux. Ces chapelles ravagées ne furent plus que l’ombre d’elles-mêmes.

Mais tous ces changements étaient peu de chose au prix de l’installation qu’on fit sous Louis-Philippe du tombeau de Napoléon sous le Dôme. Elle eut pour effet, en perçant le sol de l’église sur un espace égal à celui de la coupole, d’ôter aux regards le repos qu’ils cherchent naturellement à la base de toute architecture. Toutes les proportions sont rompues, et l’impression de désolation est extrême. De quelque majestueux appareil qu^on ait souhaité d’environner la cendre de Napoléon, rien n’excuse aux yeux des gens de goût l’emploi d’un moyen en soi moins imposant qu’étrange, et ce saccage barbare d’un monument.

Le second Empire en vit la suite s’étendre dans les chapelles. Celle de Saint-Augustin reçut un sarcophage du roi Joseph. Aménagée pour recevoir les cendres du roi de Westphalie, celle de Saint- Jérôme eut ses bas-reliefs dorés, les fenêtres de sa coupole murées, et l’une des niches alentour remplie par le tombeau du prince. Quoiqu’on ait récemment rouvert les fenêtres de cette dernière chapelle, il faut avouer qu’en général l’effet de ces adjonctions est des plus malheureux.

Dans le reste des bâtiments, le musée d’Artillerie, établi en 1871, entraîna d’autres transformations. Les anciens réfectoires décorés de peintures furent pris comme salles d’exposition. On établit les réfectoires dans d’autres parties des bâtiments, que la diminution du nombre des invalides rendait

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vacants. D’autres parties du musée ont trouvé également place dans ces dépendances.

Le second Empire avait fait le projet de vastes décorations de peinture sous les portiques de la cour Royale. Elles sont restées inachevées. Enfin la suppression de l’institution même, décrétée le 25 janvier iqoS, achève de changer l’aspect de cette maison. Elle ne contiendra bientôt plus d’invalides, et les fameux petits jardins de l’Esplanade, cultivés de leurs mains, que les Parisiens citaient comme une curiosité, ne seront plus désormais qu’une pièce du musée.

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