‹ L'Hôtel des monnaiesChapitre 3 sur 17 · DÉPENSE A L'HOTEL DE CONTY · texte numérisé non relu

DÉPENSE A L'HOTEL DE CONTY

« Remboursement à faire à la Ville . .. 1 600 000 < ) ^ 0Û0 "

« La construction évaluée à 1 600 000 > )

« On revendra la place de la Monnoie. . . 600 000 # ) 790 000 e

« Les matériaux de l’Hôtel de Contv estimés. 1 '20 000 > )

« Ces deux articles défalqués, reste en dépense réelle. . 2 480 000 £

« Le remboursement fait à la Ville la mettra en étal de dégager Fentrée du Pont-Neuf et d'élargir les quais de Contv et de la Vallée, en resserrant la rivière qui est trop large, comme on l a marqué sur ce plan. »

L'abbé de la Grive semble avoir eu l'intuition que le seul emplacement convenable, dont 011 devait et pouvait disposer, était cet hôtel de Conti, dont la Ville avait fait l'acquisition en vue d’y installer les divers services municipaux.

Nous verrons plus loin dans quelles conditions le projet fut, en partie, mis à exécution, à la lin du règne de Louis NV.

Les plans proposés n'ayant sans doute pas convenu au Roi, remplacement, sur la rive droite de la Seine, d'ailleurs resserré entre plusieurs rues, ne permettant pas de construire un bâtiment d'aspect vraiment royal, il ne fut donné encore aucune suite au projet de Louis XV pour une reconstruction rue de la Monnaie, ni aux propositions de l’abbé de la Grive. Un intéressant mémoire manuscrit, rédigé en 1757, offert à la Bibliothèque de la Monnaie, par M. Adrien Blancbet, nous signale qu'on avait songé, à un moment, à une reconstruction, soit à la Grange-Batelière, soit à l’Hôtel de Soissons (actuellement Halle au Blé).

Un autre emplacement, dans une situation merveilleuse^ allait être proposé.

Les prévôts des marchands et échevins île la « bonne ville de « Paris» ayant décidé d'élever sur la place — appelée dans la suite place Louis XV, actuellement place de la Concorde — une statue équestre du Roi, dont l’exécution était conliée au célèbre sculpteur Bouchardon, afin de « transmettre à la postérité leur zèle » pour la gloire du prince, « la reconnaissance et l’amour » de ses sujets, Louis XV en raidi a l’exécution.

Mais les façades terminant la place, précédemment édifiées par r architecte Gabriel, exigeant que les bâtiments à construire sur les terrains aboutissants eussent une uniformité qui ne pouvait être facilement obtenue que par la construction d’édifices publics, le Roi estimant que son « Hôtel des Monnoies est dans un état de « vétusté qui en rend l'entière reconstruction indispensable, qu’il « conviendroit de le placer dans un lieu plus spacieux, moins « sujet aux embarras et moins dangereux en cas d'incendie » et que « le terrain vague entre la rue Royale et celle de la Bonne- ■« Morue seroit le plus propre à ladite construction..., qui sera une « nouvelle décoration à notre bonne ville de Paris et à la place où « est posée notre statue équestre », décida, par lettres patentes en date du 7 janvier 1765, que la Ville de Paris achèterait, en son nom le terrain vague situé entre la rue Royale et la rue de la Bonne- Morue, dénommée dans la suite rue des Champs-Elysées, actuellement rue Boissy-d’Anglas.

Voici dans quelles conditions, d'après les lettres patentes, devait être faite cette acquisition :

Article premier. — « Que nosdits prévôt des Marchands et échevins acquièrent pour Nous et en notre nom, tout le terrein vague actuellement existant entre larue Royale et celle de la Bonne-Morue, tenant d’un côté à la façade de la place, et de l'autre, à deux bâtimens construits sur la rue du Faubourg Saint-Honoré, sans que les propriétaires dudit terrein puissent se dispenser de le leur vendre. Et dans le cas où il y auroit difficulté pour le prix, l'estimation en sera faite par le maître général des Bâtimens de la Ville, conjointement avec l’arbitre qui sera nommé de la part desdits propriétaires. Et où il y auroit discorde entre ledit maître général des Bâtimens de la Ville et ledit arbitre, le prix en sera réglé par le sieur Gabriel, notre premier architecte, que Nous avons pour ce commis.

« Art. 2. — Ordonnons qu'il sera incessamment construit sur ledit terrein un nouvel Hôtel de Monnoies avec les deniers provenans du bénéfice de nosdites monnoies. Et pour parvenir plus promptement à l'acquisition dudit terrein, nosdits prévôt des Marchands et échevins seront autorisés, comme Nous les autorisons par ces présentes, à faire l'emprunt de la somme de cinq cent mille livres, au

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remboursement de laquelle Nous avons destiné et affecté le produit de la vente des bâtimens et terrein de l'Hotel actuel de nos Monnoies et maisons adjacentes en dépendantes, qui seront vendus et aliénés, à T effet de servir audit remboursement. Et jusqu'à ce qu'il soit effectué, les intérêts en seront annuellement payés et acquittés par nosdits prévôt des Marchands et écbevins, sur le pied de cinq pour cent par an; et à cet effet, Nous les avons autorisés et Nous les autorisons par ces présentes, à retenir sur les deniers de la capitation, dont ils font le recouvrement, le montant desdits intérêts.

« Art. 3. — L'acquisition du terrein entre la rue Royale et celle de la Bonne-Morue étant faite par Nous, en notre nom et pour l’utilité publique et décoration de notre bonne ville de Paris, voulons et ordonnons que ladite acquisition soit exemte de tous droits à Nous appartenans, dont Nous l'avons affranchie et affranchissons par ces présentes.

« Art. 4. — Les alignemens de notre nouvel Hôtel des Monnoies seront donnés et établis par le maître général des Bâtimens de la Ville, ou en son absence par telle autre personne que les prévôt des Marchands et écbevins auront pour ce commis ; lesquels alignemens seront donnés en la présence, tant desdits prévôt des Marchands et écbevins, qu’en celle du sieur de Montigny, trésorier de France au bureau des Finances de Paris, que Nous avons commis et commettons à cet effet, et les pentes du pavé établies et réglées par ledit maître général des Bâtimens de la Ville ou autre que lesdits prévôt des Marchands et écbevins jugeront à propos de commettre, et par l'inspecteur général du pavé de Paris, tant en présence desdits prévôt des Marchands et échevins, qu'en celle du sieur de Montigny, trésorier de France.

« Art. 5. — Le terrein actuel de l'Hôtel des Monnoies et les bâtimens qui en dépendent seront vendus à titre d'accensement, à raison d'un sol de cens par toise, portant directe seigneurie et lots et ventes suivant la coutume de Paris, pour jouir patrirnonialement et en toute propriété dudit terrein et desdits bâtimens par les acquéreurs d'iceux, et les deniers de la vente seront remis au trésorier général de nos Monnoies, pour être prélevée sur iceux la somme de cinq cent mille livres destinée au remboursement de l'emprunt ordonné

par l’article trois ci-dessus, et le surplus à la construction du nouvel Hôtel de nos Monnoies. Et pour faciliter ladite vente et la rendre plus avantageuse, voulons que les acquéreurs soient exemts de tous droits quelconques pour cette première acquisition seulement, dont Nous les avons affranchis et les affranchissons par ces présentes. »

Nous apprenons, par ces lettres patentes que le célèbre architecte, à qui l’on doit les façades qui décorent d’une façon si heureuse la place de la Concorde, Gabriel, avait été désigné pour trancher les différents qui pouvaient s’élever entre le représentant de la Ville de Paris et l’arbitre nommé par les propriétaires du terrain à acquérir.

Le Roi affectait au remboursement de l’emprunt de 500 000 livres contracté par la Ville, le produit de la vente de l’Hôtel des Monnaies et des maisons achetées pour son agrandissement.

Le terrain sis entre la rue Royale et la rue de la Bonne-Morue (rue Boissy-d’Anglas) comprenait 2 398 toises 8 pouces 4 lignes ; il fut payé par le prévôt et les échevins de Paris, la somme de 532 625 livres 18 sols, y compris celle de 19186 livres 15 sols pour la valeur des hâtiménts qui y étaient construits, par des contrats passés devant Me Marchand, notaire, le 25 mars 1766.

Un plan de l’époque (aux Archives Nationales), publié par M. L. Taxil, nous donne le tracé exact de cet emplacement. On voit que notre atelier monétaire devait occuper une situation incomparable, sur la place de la Concorde actuelle, en pendant avec l’ancien Garde-Meuble de la Couronne, actuellement le ministère de la Marine.

Les travaux de construction furent immédiatement entrepris, ainsi que le prouve un intéressant manuscrit conservé dans la bibliothèque de la Monnaie (Ms. in-fol. 37), qui donne le détail « des « ouvrages de maçonnerie faits dans le courant des quatre derniers « mois de l'année 1766, pour l’établissement d’un nouvel Hôtel des « Monnoies à Paris, scis à la Place-Neuve du Roi [place Louis XVj « sur les desseins, plans et élévations de Monsieur Antoine, archi- « tecte, expert juré du Roi,.. »

Malgré ce commencement d’exécution, ce plan devait être abandonné comme les précédents ; mais, cette fois, le nouveau projet

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qui allait être adopté devait être enfin mis à exécution et l’Hôtel des Monnaies quittait définitivement la rue de la Monnaie pour s’installer dans un magnifique palais, un des plus beaux spécimens qui nous ont été conservés de l’architecture à la fin du xvme siècle.

La raison qui fit suspendre les travaux commencés sur la place Louis XV paraîtrait assez singulière aujourd’hui : l’éloignement considérable du centre delà capitale!

Voici d’ailleurs dans quels termes s’exprime le Roi à ce sujet, dans ses lettres patentes du 16 avril 1768, rendues à la suite de l'arrêt du Conseil d’Etat du 18 septembre 1767 :

cc ... Ilnousauroit depuis été représenté par nos chers et amés les prévôt des Marchands et échevins de notre bonne ville de Paris, que l’exécution de nosdites lettres patentes du 7 janvier 1765] pourroit rallentir l’activité du commerce de l’orfèvrerie, en ce que l’emplacement destiné pour ce nouvel Hôtel des Monnoies se trouveroit considérablement éloigné du centre de notre capitale et que les orfèvres et autres correspondans aux Monnoies, seroient obligés de perdre un teins considérable pour y porter leurs ouvrages et matières ; et comme Nous n’avons en vue que le plus grand avantage des habitans de notre dite bonne ville de Paris et la facilité et commodité du commerce, Nous avons estimé convenable de déférer aux représentations qui Nous ont été faites à cet égard, en assignant au nouvel Hôtel des Monnoies, qu’il est nécessaire de construire, un autre emplacement plus à la portée des orfèvres et autres commerçans et trafiquans des matières d’or et d’argent et en ordonnant tous les autres arrangemens que ce changement exige... »

L’historien parisien Jaillot nous rapporte que le corps municipal de Paris, voulant transférer l’Hôtel de Ville dans des bâtiments plus vastes et plus commodes que ceux dont il disposait, avait acquis, le 22 août 1750, l’hôtel et le petit hôtel de Conti, situés sur le quai de ce nom, moyennant la somme de 1 600 000 livres.

Il y a lieu de faire remarquer qu’à l’Hôtel de Conti étaient annexées deux maisons, désignées sous le titre de petit Hôtel de Conti, L’un, qui fut conservé, devint Y Hôtel de Laverdy , impasse de Conti ; l’autre était attenant au grand hôtel, sur le quai, et disparut dans la démolition.

L’IIOTEL DES MONNAIES

L'acquisition faite, le projet de transfert ne fut pas mis à exécution et le Garde-Meuble royal avait été installé à l'Hotel de Conti, mesure provisoire, en attendant r achèvement de la construction du bâtiment que le Roi faisait édifier dans ce but, entre la rue Royale et la rue de l'Orangerie, (depuis rue Saint-Florentin), derrière les façades de Gabriel.

Le Roi s'était rallié à la proposition qui lui avait été soumise en 1750 par l’abbé de la Grive ; déférant aux « représentations » qui lui avaient été faites, il ordonna par l’arrêt du Conseil d'État (18 septembre 1767) et les lettres patentes (16 avril 1768) dont il a été fait mention plus haut, que son Hôtel des Monnaies serait construit sur l'emplacement de I hôtel de Gonti et du petit hôtel de Gonti (Hôtel deLaverdy), appartenant à la Ville, et que le prévôt des Marchands et les échevins feraient en son nom l’acquisition des quatre maisons attenantes au petit hôtel de Gonti (quai Gonti), y compris celle, située sur le quai, qui formait l'angle de la rue Guénégaud.

L’annexion de ces maisons permettait de disposer d'un vaste emplacement pour élever, sur la rive gauche de la Seine, en face de la statue de Henri IV, un palais décoré d’une façade monumentale et digne de la Majesté royale.

Voici d'ailleurs, d’après les lettres patentes « lesquelles lesdits « prévôt des Marchands et échevins... auroient très humblement « supplié de leur accorder » dans quelles conditions le Roi voulut que sa volonté fût exécutée.

« Art. 1. — Le nouvel Hôtel des Monnoies qui devoit être à la place où est notre statue équestre, sera établi et incessamment construit à l'ancien grand et petit hôtels de Gonti, appartenant à notre Hôtel de Ville de Paris et qui est actuellement occupé par notre Garde-Meuble, suivant le plan que Nous en avons agréé ; la construction duquel nouvel Hôtel des Monnoies fait partie des ouvrages que Nous avons annoncé par notre édit du mois de juillet dernier, avoir ci-devant ordonnés.

« Art. 2. — Ordonnons que l’acquisition dudit ancien grand et petit hôtels de Gonti sera incessamment faite pour Nous et en notre nom, par les commissaires que Nous nommerons à cet effet.

« Art. 3. — Ordonnons pareillement que les prévôt des Marchands

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et échevins acquéreront pour Nous et en notre nom, les maisons particulières situées même quai de Conti, attenantes le petit hôtel de Conti, jusques et compris celle faisant l'encoignure de la rue Guénegaud, dont le terrein est nécessaire à la construction dudit nouvel Hôtel des Monnoies ; les propriétaires desquelles maisons ne pourront se dispenser de les leur vendre.

« Art. 4. — Dans le cas où il y auroit difficulté pour le prix entre lesdits prévôt des Marchands et échevins et les propriétaires desdites maisons, l’estimation en sera faite par le maître général des Bâtimens de la Ville conjointement avec l'expert qui sera nommé de la part desdits propriétaires ; et où il y auroit division entre ledit maître général des Bâtimens de la Ville et ledit expert, le prix en sera réglé par le sieur Gabriel, notre premier architecte, que nous commettons à cet effet.

« Art. 5. — Autorisons lesdits prévôt des Marchands et échevins à s'obliger pour Nous au payement desdites maisons particulières et des indemnités qu'il pourroit y avoir lieu de régler, relativement auxdites acquisitions, et même à faire acquitter le tout à notre décharge, sur les deniers procédans, soit du nouvel octroi sur les boissons accordé à notre bonne Ville de Paris, par notre édit du mois de juillet dernier, soit de l'emprunt que Nous avons autorisé lesdits prévôt des Marchands et échevins de faire par ledit édit.

« Art. 6. — Les acquisitions de l'ancien grand et petit hôtels de Conti et dépendances, et des maisons attenantes quai de Conti, jusques et compris celle de l'encoignure de la rue Guénegaud, étant faites pour Nous en notre nom et pour futilité publique et décoration de ladite Ville de Paris, Nous voulons et ordonnons que lesdites acquisitions soient exemptes de tous droits quelconques à Nous appartenans, sans aucune exception, dont Nous les affranchissons.

« Art. 7. — Les propriétaires, locataires et autres particuliers occupant actuellement lesdites maisons particulières à acquérir et le petit hôtel de Conti, seront tenus d'en déloger et rendre les lieux vides dès à présent, au moyen de la sommation qui leur en a été faite en vertu dudit arrêt du dix-huit septembre dernier, à peine d’y être contraints, sauf à leur être fait raison par lesdits prévôt des

Marchands et échevins, à notre décharge, des indemnités qu’ils pourroient raisonnablement prétendre, lesquelles seront par Nous réglées de l’avis desdits prévôt des Marchands et échevins.

« Art. 8. — Nous réservons de prendre par la suite des arrangemens et mesures que Nous croirons convenables avec lesdits prévôt des Marchands et échevins, tant pour raison du prix de l’acquisition desdits grand et petit hôtels de Conti et maisons attenantes, qu’à cause de l’emplacement et terrein en la place où est posée notre statue équestre, entre la rue Royale et celle des Champs-Elisées, ci-devant de la Bonne-Morue, acquis par lesdits prévôt des Marchands et échevins, pour Nous et en notre nom, dans le dessein alors de la construction dudit nouvel Hôtel des Monnoies sur ledit emplacement, même pour raison du terrein actuel de l'Hotel des Monnoies, rue de la Monnoie, et les bâtimens en dépendans, et autres objets qui doivent entrer dans l’échange que Nous nous proposons de faire incessamment avec notre bonne Ville de Paris... »

Conformément à l’ordre du Roi, la Ville de Paris fit l’acquisition des maisons situées sur le quai Conti, dont l’emplacement avait été estimé indispensable pour la construction du nouveau bâtiment, par contrats des 17 mai et 4 août 1768 et 25 avril 1769, moyennant la somme de 420 877 livres 13 sols 4 deniers.

Les travaux commencèrent immédiatement quai Conti. Il ne restait plus qu’à prendre les « arrangemens et les mesures » nécessaires pour régler les différents échanges faits entre le Roi et la Ville de Paris.

Un arrêt du Conseil d’Étatfut rendu peu de jours après les lettres patentes, le 22 avril 1768, par lequel il était accordé au prévôt des Marchands et aux échevins la jouissance provisoire de toutes les maisons, domaines et lieux dépendant des bâtiments désaffectés de l’ancienne Monnaie, à l’exception de ceux occupés par les services monétaires et par les logements des officiers ou ouvriers; la Ville pouvait les administrer comme les autres biens de son domaine particulier, mais devait en assumer les charges et les entretenir en bon état.

Par arrêts du Conseil du II) janvier 1771 et du 3 avril 1772 Louis XV désigna, pour traiter avec le prévôt des Marchands, Jean-

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Baptiste-François de la Michodière, deux commissaires, Augustin- Henry Cochin, conseiller d’État, et Joseph-François Foulon, aussi conseiller d’État, et intendant des Finances.

Le texte du contrat, (17 février 1773), récemment publié par M. L. Taxil, nous donne, en détail, les conventions qui furent acceptées par les parties. En voici le résumé :

1° La Ville cédait au Roi le grand et le petit hôtel de Conti, avec leurs dépendances, sur remplacement desquels on construisait alors le nouvel Hôtel des Monnaies.

2° La Ville cédait aussi au Roi le terrain situé place Louis XV (place de la Concorde) derrière les grandes façades de Gabriel, du côté du palais des Tuileries, entre la rue Royale et la rue Saint- Florentin, terrain servant précédemment de dépôt pour les marbres du Roi, et sur une partie duquel se construisait le Garde-Meuble.

3° Enfin, le corps entier des façades, du côté des Tuileries, et en retour sur les rues Royale et de Saint-Florentin, qui avaient été construites aux frais de la Ville.

En échange, le Roi cédait à la Ville :

1° L'Hôtel des Monnaies, situé rue de la Monnaie, rue de Béthizy et rue Thibaut-aux-Dés, ainsi que les dépendances et acquisitions, c’est-à-dire deux maisons sises rue de Béthizy et treize maisons attenantes audit hôtel.

2° Le terrain, place Louis XV, derrière les grandes façades, entre la rue Royale et la rue des Champs-Elysées (rue Boissy-d’Anglas), ainsi que les bâtiments déjà commencés sur ledit terrain en vue de FHôtel des Monnaies ; sur ce terrain devait se construire un nouvel hôtel pour la lre compagnie des Mousquetaires de la Garde ordinaire.

Ce contrat fut ratifié par un arrêt du Conseil d’Etat du 31 mai 1773 et des lettres patentes du mois de juin suivant.

Un an après, la Ville de Paris procédait à l’adjudication des terrains de l’ancien Hôtel des Monnaies.

La Bibliothèque de la Monnaie conserve la feuille imprimée, annonçant cette vente, exemplaire portant des signatures autographes, parmi lesquelles se trouve celle du prévôt des Marchands, Jean-Baptiste-François de la Michodière.

L’annonce était faite en ces termes :

« De par les prévôt des Marchands et échevins de la ville de Paris.

« On fait sçavoir à tous qu’il appartiendra, ouï et ce requérant le procureur du Roi et de la Ville, qu’il sera incessamment en l’Hôtel de ladite Ville, l’audience tenante, procédé par voie d’adjudication, à la vente en tout ou par partie, des terrein, hôtels et maisons formans et dépendans de l’ancien Hôtel des Monnoies, au quartier Saint-Germain-l’Auxerrois, avec les bâtimens, constructions, édifices qui s’y trouvent et leurs dépendances, en l’état qu’ils se poursuivent et comportent, dont la superficie totale est d’environ 1 600 toises, aboutissantes sur différentes rues, et qu’en attendant les nouvelles affiches qui seront apposées pour parvenir auxdites adjudication et vente, les offres seront dès à présent reçues au greffe et les plans communiqués au bureau du maître général des Bàtimens de ladite Ville.

« Fait au bureau de la Ville, le trente-un août mil sept cent soixantequatorze. »

Afin de faciliter la vente des terrains, la Ville avait obtenu, par arrêt du Conseil d’État du 22 janvier 1775, l’autorisation d’ouvrir deux l ues, chacune de 24 pieds de largeur. L’une, la rue Boucher (encore existante), devant commencer rue de la Monnaie, en face la rue Baillet et aboutir rue Tbibaut-aux-Dés, en face le cul-de-sac des Trois-Visages, cul-de-sac que l’on projetait de prolonger jusqu’à la rue Bertin-Poirée ; cette rue Boucher devait former un coude, avant de déboucher dans la rue Tbibaut-aux-Dés, afin d’éviter la démolition de l’hôtel occupé par le Directeur général des Monnaies.

L’autre rue, qui a disparu, la rue Estienne, devait couper la rue Bouclier et aboutir sur la rue de Béthizy, en face la rue Tirechappe ; elle devait être droite sur toute sa longueur.

En plus, la largeur de la rue de la Monnaie était portée à 40 pieds, la rue de Bétbizy à 24 pieds, et la rue Tbibaut-aux-Dés à 18 pieds.

Le pavé, sur les nouvelles rues, devait être établi aux frais des acquéreurs, mais ceux-ci étaient exempts du paiement de divers droits, faveur accordée par le Roi à tous les nouveaux propriétaires des terrains mis en vente.

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La Ville avait obtenu que tous ceux qui occupaient des logements dans les anciens bâtiments fussent contraints de les rendre vacants le 1er avril 1775.

Un curieux plan manuscrit, conservé dans la Bibliothèque de la

Plan du lotissement de remplacement de l’Hôtel des Monnaies. ^Dessin. — Bibliothèque de la Monnaie).

Monnaie, a été dressé à cette époque ; il permet de se rendre compte de la transformation qui devait être apportée à ce coin du vieux Paris.

L’Hôtel des Monnaies avait quitté pour toujours les « trous » et les « nids à rats », dont parle avec tant d’amertume l’historien parisien Sauvai.

2° La Monnaie de Nesle. — Cette Monnaie eut une existence éphémère. Henri II, ayant, par ordonnance du 23 janvier 1550, interdit le cours des monnaies rognées qui circulaient dans le royaume et ayant enjoint de les convertir sans retard en nouvelles espèces, la Monnaie de Paris ne put suffire à cette fabrication pressante. Le Roi chargea alors, par ordonnance du 25 mars, les officiers des Monnaies d’établir dans l’Hôtel de Nesle un nouvel atelier monétaire, pour frapper des pièces de hillon, de six et de trois blancs, désignées dans la suite sous le nom de gros et demi-gros de Nesle. Cet établissement se trouvait donc situé tout près de remplacement que devait occuper, à partir du xvme siècle, notre atelier national.

Le graveur général, Marc Béchot, à qui l’on doit d’admirables monnaies à l’effigie d’Henri II, avait fourni les coins nécessaires à la fabrication.

Malgré la surveillance sévère de la Chambre des Monnaies, la discorde régnait entre les ouvriers et les monnayeurs, au grand détriment de leur travail et de l’intérêt public.

Devant cet insuccès, le Roi suspendit l’émission des espèces à l’Hôtel de Nesle et chercha, par d’autres moyens à améliorer la fabrication monétaire.

La Monnaie de Nesle disparut une année après sa création.

3° La Monnaie des Étuves ou du Moulin. — La création de la Monnaie de Nesle n’ayant pas donné le résultat espéré, et les fraudeurs continuant à rogner même les nouvelles espèces, Henri II voulant enrayer à tout prix leur coupable industrie, fit rechercher les moyens de donner aux pièces une « rotondité » parfaite, rendanl la déformation impossible.

Ayant appris par Charles de Marillac, son ambassadeur à Augsbourg, qu’un procédé, découvert par un orfèvre de cette ville, permettait de donner aux pièces un poids régulier et une forme absolument ronde, il envoya auprès de l’inventeur le maître de la Monnaie de Lyon et un de ses valets de chambre, Guillaume de Marillac, frère de l’ambassadeur. Un habile mécanicien, Aubin Olivier, leur fut adjoint.

Dans les documents relatifs aux négociations pour l’achat de ce

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procédé, l’orfèvre allemand est toujours désigné sous le nom de chevalier du Saint-Sépulcre. Ce mystérieux personnage semble avoir été identifié : il s’agit bien vraisemblablement d’un artiste augsbourgeois, Marx Schwab (1533-1560) qui demeurait près d’une chapelle du Saint-Sépulcre.

Après avoir fait construire les machines dont ils avaient acheté le secret, au nom du Roi, les délégués d’Henri II revinrent en France, accompagnés d’un des ouvriers de l’inventeur, Erric Ildegard.

Les nouveaux instruments, ayant été essayés en présence d’Henri II, furent, par lettres patentes en date du 27 mars 1551 , installés au bout du jardin du Palais, dans la maison des Etuves, d’où le premier nom donné à cet atelier : Monnaie des Etuves. A ses débuts, il est aussi appelé, rarement il est vrai, Monnaie de la Gour daine , à cause du moulin de la Gourdaine qui actionnait les laminoirs, moulin qui avait auparavant servi au graveur italien Matteo dal Nassaro, à actionner les meules nécessaires pour polir ses diamants et ses pierres précieuses; mais le nom qui prévalut fut celui de Monnaie du Moulin.

L’outillage rapporté d’Allemagne par Guillaume de Marillac comprenait les instruments suivants :

1° Des laminoirs pour donner aux lames de métal l’épaisseur requise ; ces laminoirs étaient mis en mouvement par les roues du moulin de la Gourdaine.

2° Des bancs à tirer, engins tireurs ou filières.

3° Des découpoirs ou coupoirs pour préparer les Hans ou disques de métal destinés à la frappe.

4° Des presses ou balanciers pour imprimer aux flans, à l’aide de coins, les empreintes sur la face et le revers.

5° Des tenailles pour maintenir les coins sous le balancier.

En récompense de ses bons services, Guillaume de Marillac avait été nommé « surintendant » de la nouvelle Monnaie, avec pouvoir de fabriquer toutes les espèces alors courantes, aux « coings et armes » du Roi ; de grandes facilités lui furent données pour se procurer le métal nécessaire à la fabrication.

L’installation du nouvel atelier et les premiers essais demandèrent

près d’un an. Les épreuves faites en présence d’une commission nommée parle Roi, ayant été jugées satisfaisantes, malgré l’hostilité des officiers de la Cour des Monnaies, qui voyaient en cette création une atteinte à leurs droits et à leurs privilèges, des lettres patentes des 29 et 31 janvier 1552 réglementèrent Inorganisation de la Monnaie du Moulin et établirent le rôle de ses officiers.

Henri 11 s’étant fait présenter les pièces d’essai, et trouvant « la « ligure et graveure d’icelles tant singulière, subtille et excellente cc que, sans grande apparence de faulceté, il est impossible de la « pouvoir contrefaire, rongner ny altérer », prescrivit que dorénavant toutes les espèces faites dans cet atelier auraient le même cours que celles fabriquées à la Monnaie de Paris et dans les Monnaies du Royaume.

Outre les pièces existantes, on devait frapper de nouvelles monnaies d’or à l’effigie royale : doubles benris, benris et demi-lienris.

Guillaume de Marillac, maintenu dans sa charge de surintendant, lit approuver par le Roi, le choix de ses collaborateurs, parmi lesquels se trouvaient Aubin Olivier, son compagnon à Augsbourg, qui devenait « conducteur des engins », Jean Erondelle et le célèbre graveur d’estampes, Etienne de Laune; ces derniers devaient fournir les coins nécessaires à la fabrication.

Di ;s ses débuts, la Monnaie du Moulin parvint à la perfection pour la frappe des espèces. Pendant près d’un siècle, aucune monnaie française d’or et d’argent ne peut rivaliser par l’exécution et par la gravure, avec les admirables produits sortis des presses du Moulin. La beauté des types est due au talent remarquable d’un artiste parisien, Marc Béchot, qu’Henri II, si soucieux de tous les perfectionnements monétaires, avait nommé, en 1547, à une charge nouvelle, celle de graveur général, avec mission de fournir à tous les graveurs des Hôtels de Monnaies, les modèles — poinçons et matrices — servant à l’exécution des coins.

La création de la Monnaie du Moulin révolutionnait la fabrication monétaire. Son installation à la maison des Etuves avait créé, à Paris, un second atelier qui devait travailler concurremment avec l’Hôtel des Monnaies déjà existant, où étaient en usage les anciens instruments servant à la frappe au marteau.

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L'indépendance des nouveaux fonctionnaires, la supériorité des produits du nouvel atelier monétaire, avaient suscité la jalousie de la Cour des Monnaies, jalousie qui s'était révélée, dès les débuts, par une mauvaise volonté hautaine, opposition qu’Henri II avait dû briser.

Cette hostilité devint plus ardente, dès que la Monnaie du Moulin commença à fonctionner régulièrement.

Elle se manifesta d’abord par les plaintes que formulèrent les généraux des Monnaies, au sujet du ralentissement du travail et de la non-observation des règlements ; plaintes que justifiait du reste la conduite des officiers de la Monnaie du Moulin.

Guillaume de Mar illac, soit par incompétence, soit pour toute autre cause, ne réussit pas dans son rôle de surintendant. Renvoyant brusquement certains de ses collaborateurs, en procès avec d'autres, en discussion avec la Cour des Monnaies, il dut, vers 1556, lassé peutêtre de cette existence agitée, ou malgré lui, résilier ses fonctions. La faveur du Roi, qui n'avait jamais cessé de lui être témoignée, le fit passer dans les rangs de ses ennemis, comme général des Monnaies.

L'office de surintendant ayant été supprimé, ce fut le « conducteur des engins », Aubin Olivier, qui réunit en ses mains les attributions de Guillaume de Marillac. Cette charge considérable devait rester pendant plus de cent ans dans la famille des Olivier.

Aubin Olivier était un mécanicien fort habile ; il avait donné toute la mesure de son talent en installant les nouveaux instruments à la Monnaie du Moulin, en les perfectionnant et en les complétant par la remarquable invention de la virole brisée, avec laquelle on peut

Portrait d’Aubin Olivier, conducteur de la Monnaie du'Moulin.

(Gravure de Léonard Gaultier. — Cabinet des Estampes).

obtenir une inscription en relief ou en creux sur la tranche des pièces ; il avait été le, plus précieux auxiliaire de Marillac.

Personnage considérable, hautement apprécié de ses contemporains, il méritait, d’après l’un d’eux, La Croix du Maine « d’estre mis au rang des hommes excellents pour son industrie ».

Malgré sa haute valeur et ses services indiscutables, Aubin Olivier eut de nombreuses difficultés avec la Cour des Monnaies.

La fabrication monétaire s’était singulièrement ralentie dès 1556. Par contre, la vogue des médailles artistiques et des jetons s’étant accrue d’une façon prodigieuse, leur fabrication, qui nécessitait l’emploi de l’outillage perfectionné de la Monnaie du Moulin, fournit à son conducteur un rare aliment à son activité et des bénéfices plus appréciables que ceux qu’il pouvait tirer de la frappe de monnaies.

En 1581, lorsqu’Aubin Olivier laissa, par sa mort, la charge à ses deux fils, Alexandre et Baptiste, la Monnaie du Moulin ne fabriquait plus guère, en fait d’espèces, que de menues monnaies de cuivre, les doubles et les deniers tournois, ainsi que des essais et les spécimens des types monétaires frappés sur des flans de forte épaisseur, désignés sous le nom d v pié forts.

L’hostilité de la Cour des Monnaies avait réussi à arrêter complètement la fabrication de l’or et de l’argent, qu’elle fit maintenir à l'Hôtel des Monnaies, malgré son outillage imparfait.

Ce fut donc une situation de fait que régularisèrent des lettres patentes du 19 septembre 1585. A partir de cette date, il ne devait plus sortir des presses delà Monnaie du Moulin que des pièces dites de plaisir , les médailles, les jetons et les essais, ainsi que les espèces de cuivre : doubles et deniers tournois ; de plus, le contrôle et la surveillance des généraux des Monnaies étaient imposés d’une façon absolue, ce qui, d’ailleurs, était fort légitime.

Après plus de trente années de luttes, la Cour des Monnaies était parvenue, en arrêtant les progrès de la fabrication monétaire, à mettre la Monnaie du Moulin entièrement sous sa dépendance.

Alexandre Olivier fournit une laborieuse carrière. Dès 1568, il semble avoir secondé son père, Aubin Olivier, dans l'exercice de sa charge: son frère, Baptiste, dut mourir peu de temps après 1581. C’est à Alexandre Olivier que l’on doitles énormes émissions depetite

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monnaie de cuivre de la fin du xvie siècle et du commencement du xvi Ie siècle ainsi que de nombreux jetons et plusieurs médailles officielles. Habile mécanicien, comme son père, il fut aussi un graveur de talent.

Il mourut en 1607, laissant sa charge à son gendre Pierre Régnier, qui, après l’avoir exercée seul ou conjointement avec l’un de ses beaux-frères, se retira en 1639. Pierre Régnier eut comme successeur le célèbre artiste liégeois, Jean Yarin, devenu son parent par son mariage avec la veuve de René Olivier, son beau-frère.

4° Le Balancier du Louvre ou Monnaie des Médailles. — Au début du xviie siècle, vers 1600 ou 1601, la Monnaie du Moulin ayant été chassée de la maison des Étuves, par la construction du Pont-Neuf, avait été transférée au rez-de-chaussée delà grande galerie du Palais du Louvre élevée par Henri IY. C’est au Louvre que fut assassiné, en 1629, René Olivier, beau-frère de Pierre Régnier.

Dès lors la dénomination de Monnaie du Moulin , qui n’avait plus raison d’être, fut remplacée dans le langage courant par celle de Balancier du Louvre.

Cet atelier avait été installé à côté de l’Imprimerie Royale ; il occupait quatre arcades, à peu près à l’endroit où ont été percés, sur les plans de l’architecte Lefuel, les grands guichets du pavillon de Lesdiguières qui font communiquer actuellement la place du Carrousel avec les quais, et que décore le beau Pégase du sculpteur Mercié. On peut se rendre compte de remplacement exact occupé, sur la vue longitudinale de la galerie du Louvre, publiée par Berty, dans la Topographie historique du Vieux Paris , en la comparant avec divers dessins et gravures conservés au Cabinet des Estampes (Topographie de Paris) et surtout avec un plan gravé de 1774, dû à l’ingénieur géographe Moithey, signalé récemment par M. Ch. Normand, dans son Nouvel itinéraire de Paris.

A l’intérieur de la place actuelle du Carrousel, occupée jusqu’au milieu du xixe siècle, par des maisons, le Balancier du Louvre donnait à l’extrémité de l’ancienne rue des Orties ; cette rue, ainsi que nous l’apprennent Piganiol de la Force et Jaillot, changea en partie de nom, pour prendre, dans le voisinage de la grande

galerie, celui de rue de la Monnaie du Louvre , ou de la Monnaie , ou de la Petite-Monnaie.

Perpendiculairement se trouvait la rue Saint-Nicaise, séparant ces deux rues et dans l’axe de laquelle donnait la porte d'entrée. Un intéressant plan gravé de la paroisse de Saint-Germain- FAuxerrois (1739) nous en a conservé le souvenir.

Emplacement de la Monnaie des Médailles au Louvre, d'après un plan de la paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois (1739) .

(Gravure. — Cabinet des Estampes).

Nous savons, par Dubois de Saint-Gelais et par Piganiol de la Force, qu’au-dessus de la porte d’entrée se trouvait une plaque de marbre noir portant l’inscription : Monnoye du Roi pour la fabrique des médailles , jettons et pièces de plaisir d’or et d’argent , de bronze et de cuivre , inscription que l’on pouvait encore voir en place en 1696; le marbre ayant été cassé, elle fut remplacée par une autre, plus exacte comme titre : Monnoye des Médailles.

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Jean Varin était devenu le seul maître de la Monnaie du Moulin, ayant désintéressé tous les cohéritiers de la charge. Mécanicien remarquable, artiste de grand talent, il perfectionna l'outillage mécanique, tout en gravant de nombreux coins de médailles, de jetons et de monnaies. Ayant dirigé avec succès les grandes refontes moné-

Jean Varin, directeur du Balancier du Louvre. (Gravure d’Edelinck. — Bibliothèque de la Monnaie).

taires de la lin du règne de Louis XÏIS et du commencement du règne de Louis XIV, il assura le triomphe de la fabrication au balancier sur la fabrication surannée au marteau ^ triomphe qui, en 1645, brisa définitivement l'opposition faite par la Cour des Monnaies, opposition qui avait duré près de cent ans.

C'est Jean Varin qui présida, au Balancier du Louvre, à cette transformation radicale des monnaies royales, jusqu'au jour, vers 1660, ou un outillage analogue ayant été installé à la Monnaie de Paris, l’ate-

lier du Louvre ne fut plus employé que pour frapper les médailles et les jetons.

Il était devenu un des plus importants fonctionnaires de T ancienne administration monétaire, en réunissant, entre ses mains, outre la direction du Balancier du Louvre, les oflices de graveur général des Monnaies (1646) et de contrôleur général des effigies (1648).

Après la mort de Jean Yarin, en 1672, son lils, François, hérita de tous les offices paternels et paraît avoir été incapable d'assumer leur lourde responsabilité. La charge de contrôleur général des effigies fut supprimée et le Roi remboursa également au lils du célèbre graveur les charges de graveur général des Monnaies et de directeur du Balancier du Louvre.

La prodigieuse activité de Jean Yarin, son grand talent comme artiste et comme mécanicien avaient singulièrement contribué à l'essor de l'atelier confié à ses soins.

Un commissaire de la Cour des Monnaies, Abot de Bazinghen, en parle en ces termes flatteurs, dans son Traité des Monnoies , paru en 1764 : « C'est le célèbre Yarin qui a commencé à mettre la fabri- « cation des médailles sur le pied d’excellence et de perfection où « elle est présentement: c'est au Balancier du Louvre qu'ont été (c frappées ces belles médailles qu’il gravoit lui-même et qui font « encore l’ornement des plus beaux cabinets. »

L'Académie des Inscriptions et Médailles avait été créée en 1663, en vue de rédiger le texte des inscriptions de tout genre qui devaient figurer sur les monuments élevés à la gloire de Louis XIY ; puis, vers 1686, elle dutcomposer les emblèmes etles devises des médailles royales, lorsque fut décidée la frappe, en plusieurs modules, des pièces commémoratives, qui, sous forme d'une histoire métallique du règne, devaient rendre immortelles les actions du Grand Roi.

Aucune régularité n'avait été observée à ce sujet, pendant la direction de Jean Yarin. Après sa mort (1672), le Balancier du Louvre traversa une période de marasme. François Varin lut remplacé, le 4 novembre 1676, par le célèbre orfèvre Claude Ballin, comme « maître ouvrier, graveur, garde et conducteur de la Monnaie du Moulin » — dont le titre avait été maintenu dans les documents officiels, malgré le transfert au Louvre. Ballin ne resta qu'un peu

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plus d’une année en charge, car il mourut en 1678 ; il eut comme successeur F abbé Bizot, Fauteur de Y Histoire métallique de la Hollande , qui céda la direction, vers 1684, à Nicolas Petit, secrétaire du Roi.

Un édit de juin 1696, portant suppression et création d’offices dans les Monnaies du Royaume, transforma une organisation qui ne répondait plus aux exigences de la fabrication . Il fut institué, en titre d’office héréditaire, un conseiller directeur du Balancier du Louvre et un contrôleur et garde de la fabrication des médailles et des jetons.

Quelques mois après, le 3 novembre, le Roi ayant reconnu les

Nicolas de Launay, directeur de la Monnaie des Médailles. (Médaille de Jean Duvivier. — Musée de la Monnaie).

inconvénients de l’existence de deux hauts personnages à la tête d’une même administration, réunit les deux offices, par arrêt du Conseil d’Ëtat.

Des lettres patentes du 22 novembre suivant nommèrent alors conseiller, directeur, contrôleur et garde, Nicolas de Launay, dont le Roi avait pu apprécier le talent au cours de vingt années de services comme orfèvre ordinaire. Le prix de l’office, 100 000 livres, fut modéré en sa faveur à 75 000 livres.

L’atelier du Louvre fut désormais mis sur le même pied que les autres manufactures royales; sous l’administration de directeurs, la Monnaie des Médailles devait avoir une existence non moins glorieuse, au point de vue artistique, que les deux établissements qu’elle remplaçait : l’ancienne Monnaie du Moulin et le Balancier du Louvre.

Nicolas de Launay fut immédiatement installé dans ses nouvelles fonctions. Le 24 novembre, Nicolas Petit, son prédécesseur lui remit le service ; un inventaire de toutes les machines fut dressé et le nouveau directeur les prit en charge.

Nicolas Petit paraît avoir été un administrateur un peu négligent; l'outillage était assez mal entretenu; il n'existait plus d'inventaire des coins et des poinçons, dont certains, provenant des héritiers de Louvois, avaient été remis par Jean Anisson, directeur de l’Imprimerie Royale, sans même en recevoir de récépissés. Il est certain [ue le désordre avait régné dans ce service.

Le Roi voulut y remédier. Il ordonna d'abord, par arrêt du Conseil d'E tat du 25 juin 1697. de dresser un inventaire complet des coins et poinçons remis par Nicolas Petit à Nicolas de Launay, inventaire qui fut établi sous la direction d'Armand-Roland Bignon de Rlanzy, maître des Requêtes, et de l’abbé Jean-Paul Bignon, membre de l'Académie Française; commencé le 9 septembre 1695, il fut achevé le 6 mars 1698.

L'original de ce document, que nous avons publié, est conservé aux Archives Nationales (série K K 960) ; il comprend la description détaillée, faite avec le plus grand soin, de 2 758 coins ou poinçons: ces derniers comprenant 947 numéros.

M. J. Gruiffrey en a signalé le premier tout l’intérêt, dans un intéressant travail sur la Monnaie des Médailles , que nous mettons d'ailleurs à contribution.

L'importance de cet inventaire est capitale à plusieurs points de vue. Presque tous les coins et les poinçons qui y sont décrits sont encore conservés dans les vitrines du Musée Monétaire; comme on a pris, au moment de la rédaction, le soin de faire graver, à la diligence de Nicolas de Launay, chaque numéro sur la pièce décrite, on peut facilement les identifier et ainsi bien souvent connaître quels sont les coins de droit et de revers qui ont été employés à l'époque, pour la frappe d'une médaille ou d'un jeton ; on peut par suite aussi identifier l’admirable série de poinçons antérieurs au xmiic siècle. On se rend compte de la remarquable activité que déploya le nouveau directeur pour enrichir cette collection et du goût éclairé qui présida au choix des artistes, ses collaborateurs, dans la glori-

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fication métallique du Grand Roi, en comparant le nombre des ins-

Frontispice de l’ouvrage.

Médailles sur les principaux événements du règne de Louis-le-Grand (1702).

truments qu'il avait pris en charge en 1698, avec celui qu’il laissa à sa mort; presque tous ces coins et poinçons ayant échappé à la des-

truction et étant actuellement, comme les précédents, conservés au Musée Monétaire.

Nous avons aussi une preuve de l'esprit d’ordre de Nicolas de Launay. Il fit établir un Journal, qui donne année par année et même mois par mois les descriptions des médailles et jetons gravés et frappés à la Monnaie 'les Médailles. Ce Journal, que nous avons publié, débute en 1697 et s’arrête en 1726, c’est-à-dire qu’il comprend presque toute la période pendant laquelle l’actif directeur présida aux destinées de l’atelier du Louvre. L’exemplaire original a été conservé (Bibliothèque de la Monnaie).

Nicolas de Launay voulut aussi donner à la Monnaie des Médailles, un caractère artistique vraiment digne d’un établissement royal, il y réunit des objets d’art, des tableaux ; il fit disposer dans des armoires vitrées la collection des coins et des poinçons ; enfin il fit de ce lieu une des curiosités que les étrangers, de passage à Paris, devaient visiter.

Il donna également tous ses soins à l’amélioration de l’outillage, en perfectionnant les machines en usage. On lui doit, en particulier, deux beaux balanciers, ornés de motifs décoratifs, fondus avec du bronze provenant des arsenaux du Roi, en 1699, qui excitèrent l’enthousiasme des contemporains et des étrangers, en particulier du tzar Pierre le Grand, lors de sa visite, en 1717, à la manufacture du Louvre. Ces deux balanciers existent encore à la Monnaie; il en sera question dans la partie de cette notice consacrée aux ateliers.

Dubois de Saint-Gelais, à qui l’on doit cette curieuse Histoire journalière de Paris (1717), nous a conservé le souvenir de l’admiration qu’éprouva le monarque russe à la vue des beaux balanciers qui pesaient « 26 milliers »: Pierre le Grand apprécia aussi l’heureuse disposition des vitrines contenant les coins el les poinçons.

Les auteurs du temps sont d’ailleurs unanimes pour louer le goût éclairé et le zèle du célèbre directeur. Germain Brice parle de lui avec éloge dans les différentes éditions de sa Description de la ville de Paris (en particulier celles de 1706, 1713 et 1725).

Le souvenir des services rendus par Nicolas de Launay se conserva longtemps. Abot de Bazinghen, dans l’article de son Traité des Monnaies (1764), consacré à la Monnaie des Médailles, dit :

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« C’est au sieur Delaunay à qui elle doit sa dernière perfection,

« non seulement parle goût C( exquis que cet habile < homme a eu pour son art, « mais aussi par le bel ordre « qu’il a donné au Cabinet « des poinçons et carrés des « médailles du Roi, et par « la beau lé des balanciers « de bronze qu’il a fait « fondre, dont les bas-reliefs « et les ornemens qui sont « de son dessein, surpassent ^ « ce qu’on avoit vu jusqu’ici

c( en ce genre. »

Piganiol de la Force (édition de 1765, de la Description historique de la ville de Paris), mentionne en ces termes les

Médaille offerte au tzar Pierre le Grand, lors de sa visite à la Monnaie des Médailles, en 1717. (Musée de la Monnaie).

embellissements el les perfectionnements dont on était redevable à Nicolas de Launay :

« Sous ce directeur, Capte parlement où est la Monte noyé des Médailles est « devenu un lieu nouveau, tt par les embellissemens tt qu’on v a ajoutés. Le Cabi- « net. en forme de galerie, tt qu’on appelle improprett ment le Cabinet des Mé- « dailles, est dans son genre

Revers.

Médaille offerte au tzar Pierre le Grand, lors de sa

tt tout ce qu’il v a de plus Vl; tt curieux au monde, car,

sans parler de la menuiserie, portraits de la Famille Royale.

ite à la Monnaie des Médailles, en 1717.

(Musée de la Monnaie).

des glaces, des bronzes et des depuis Henri IV, dont il est orné,

tt

« on y voit un nombre prodigieux de poinçons et de quarrés d'un « travail admirable, qui ont coûté plus de deux millions. Ils sont u exposés dans des armoires à panneaux de glace, où les curieux « les voyent à leur aise, sans risquer d’en ternir le poli. On descend « ensuite au balancier, où l'on admire la beauté et la masse des « deux grands balanciers de bronze, qui pèsent vingt-six milliers, a Dans le Cabinet, on peut remarquer comment le poinçon ou coin a forme le quarré ou creux, et au balancier, comment avec le quarré « on fait les médailles... »

En 1787, Thiéry, dans son Guide , parle encore de Nicolas de Launay avec les mêmes éloges; l’article qu'il lui consacre est d'ailleurs inspiré du passage cité ci-dessus.

D'après Piganiol de la Force, Nicolas de Launay serait mort le 19 août 1727, à l’âge de quatre-vingts ans. Quelques années auparavant, il avait résigné sa charge en faveur de son gendre, Jules-Robert de Cotte, intendant et contrôleur des Bâtiments du Roi, qui, d'après Abot de Bazinghen, fut reçu par la Cour des Monnaies, après la prestation du serment habituel, le 17 décembre 1723.

Sa direction dura plus de quarante années et ne fut pas très heureuse pour la Monnaie des Médailles, car la collection historique de Louis XY, continuée par lui, est loin d’avoir la même importance que celle de Louis XIY ; elle se compose presque uniformément de médailles de petit module (41 mm.) et, ainsi que l'on pourra s’en rendre compte en voyant les vitrines du Musée, elle est loin d'égaler le bel ensemble, en modules variés, glorifiant le règne du Grand Roi.

D’après M. J. Guiffrey, Jules-Robert de Cotte mourut le 8 septembre 1767 ; il eut comme successeur Jules-François de Cotte, — son fils, sans doute, — né en 1721, qui resta en fonctions pendant toute la Révolution et jusqu’au 17 septembre 1803; il vécut encore sous le premier Empire. Napoléon Ier lui servit une pension de 6 000 francs, pour reconnaître les services qu'il avait rendus (la pension qui lui avait été allouée en 1803 ne montait qu'à 4 000 francs). Nous connaissons, grâce aux recherches de M. J. Guiffrey, la date de son décès ; il mourut le 22 janvier 1810.

Jules-François de Cotte, comme d’ailleurs les grands seigneurs de son époque, était un amateur de belles choses; réunissant les

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objets d’art de tout genre, il en orna l’appartement qu’il occupait aux galeries du Louvre ; mais il ne paraît avoir ni la rare activité, ni la valeur artistique de son illustre aïeul, et sa direction marque la décadence et la fin de cette belle période de l’art de la médaille, si florissant au temps de Nicolas de Launay.

Pendant l’époque troublée de la Révolution, la Monnaie des Médailles resta au Louvre. Les événements qui se succédaient si rapidement absorbant les préoccupations du Gouvernement et du public, la fabrication fut singulièrement ralentie et la collection historique complètement arrêtée. L’ancien art numismatique subit à ce moment une éclipse; nous ne voyons plus, comme artiste de talent, qu’un représentant des traditions du xviiF siècle, Benjamin Üuvivier, arrivé à la fin de sa carrière artistique.

Bientôt après une pléiade de graveurs devait surgir, sous l’impulsion du futur maître de la France et travailler à son tour à la glorification d’un nouveau régime, l’épopée napoléonienne.

La Monnaie des Médailles allait quitter la grande galerie du Louvre où, pendant près de deux siècles, avaient été frappées ces incomparables séries numismatiques, qui, sous une forme métallique, nous ont conservé le souvenir des périodes glorieuses de notre histoire.

Le Premier Consul s’était, sans doute, rendu compte des services que pouvait rendre à sa gloire naissante et future une histoire métallique comparable à celle du régime déchu ; il s’occupa de réorganiser l’établissement tombé dans le marasme sous le règne de Louis XVI .

Les documents du temps, conservés dans les Archives de la Monnaie, nous permettent de donner à ce sujet des renseignements intéressants.

Il était d’abord nécessaire de réagir contre le désordre, explicable par le grand âge de Jules-François de Cotte. Une lettre adressée à ce dernier, par Chaptal, ministre de l’Intérieur, le 4 prairial an IX (24 mai 1801) nous laisse entendre qu’il n’existait pas d’inventaire récent des coins et des poinçons; celui que le prédécesseur de Chaptal avait ordonné de dresser n’avait pas été établi et le ministre dut adjoindre au directeur un orfèvre parisien très connu, Auguste, pour concourir à la confection de ce travail.

Dès l’année suivante, la Monnaie des Médailles était mise sous la direction du Musée Central des Arts. Un arrêté du 7 prairial an X (27 mai 1802) en fixe les conditions :

« Art. 1er. — La Monnoie des Médailles fait partie des établissemens qui sont sous la surveillance immédiate et la direction de Fadministration du Musée Central des Arts.

« Art. 2. — L’architecte du Musée est chargé d’indiquer sous le plus bref délai, le local, voisin du Musée, oii cet établissement pourrait être avantageusement placé.

« Art. 3. — Le citoyen Decotte conservera le titre de Directeur de la Monnoie des Médailles, et sera, en cette qualité, membre honoraire de l’Administration du Musée, mais cette place s’éteindra avec lui.

« Art. 4. — L’administration du Musée présentera très incessamment des moyens de tirer le parti le plus avantageux des carrés que possède la Monnoie des Médailles. »

J. -Fr. de Cotte, âgé alors de 80 ans, était maintenu à la tête de l’établissement ; mais cet arrêté spécifie l’intention formelle de Cliaptal de transférer dans un autre endroit la fabrication des médailles.

L’année suivante, un arrêté du Premier Consul, du 30 fructidor an XI 17 septembre 1803), apporta de nouvelles modifications à l’ancienne organisation :

« Art. 1er. — A compter de ce joui*, la Monnaie des Médailles, établie aux galeries du Louvre, sera sous la direction immédiate du directeur général du Musée des Arts et sous la surveillance du ministre de l’Intérieur.

« Art. 2. — - Le directeur général soumettra au ministre le sujet et les légendes des médailles, et il ne sera frappé ni vendu à la Monnaie que les seules médailles ordonnées par le Gouvernement.

« Art. 3. — Les dépenses en seront supportées par le Trésor public et acquittées sur les fonds du ministère de l’Intérieur.

« Art. 4. — SI v aura un conservateur des médailles, un commis comptable, un contrôleur, un chef monnayeur et huit ouvriers attachés à rétablissement.

« Art. 5. — Fin v aura pas de graveur en titre attaché à la Monnaie.

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«Art. 6. — Les matières d’or et d’argent seront fournies par l’Hôtel des Monnaies, aux litres convenables et payées de suile.

« Art. 7. — il sera accordé une pension de 4 000 francs par an au citoyen Decotte, à raison de ses longs services, en qualité de directeur de la Monnaie des Médailles.

« Art. 8. — Le ministre de l’Intérieur est chargé de l’exécution du présent arrêté. »

Cet arrêté mettait la Monnaie des Médailles sous la direction immédiate du directeur général du Musée des Arts et sous la surveillance du ministre de l’Intérieur. Le « citoyen Decotte » recevait une pension de 4 000 francs et devait être remplacé à la tête de l’atelier des médailles par un conservateur.

La question du transfert était toujours à l’étude. Un des administrateurs de l'Hôtel des Monnaies, Dibarrart, dans un rapport qui a été conservé, avait proposé la fusion des deux services. « On poulet roit... réunir sans inconvénient — disait-il — la Monnoie des « Médailles à l’Hôtel des Monnoies, où ce travail n’exigeroit qu’un ou « deux ouvriers de plus... Cette réunion procureroit au monnoyage « des espèces les trois balanciers qui sont dans la Monnoie des « Médailles... »

On voit, d’après ce rapport, que la fabrication avait dû être fort ralentie au Louvre, puisqu’on estimait que deux ouvriers au plus pouvaient y suffire.

Cependant la Monnaie des Médailles resta au Louvre jusqu’en 1806.

Un nouvel arrêté du 5 germinal an XII 26 mars 1804) interdit de frapper des médailles ou des jetons ailleurs qu’à la Monnaie des Médailles, conformément aux arrêts du Conseil d’État de 1685 (15 janvier et 14 juillet), 1699 (26 mai), 1702 (9 décembre), et à l’édit de juin 1696.

Le décret du 30 lloréal an XIII (20 mai 1805) dont nous n’avons pu retrouver le texte, avait décidé le transfert dans les bâtiments du quai Conli. Cependant on lit dans le numéro du 4 août 1805 du Journal des Débats , le passage suivant, qui pourrait porter à croire que cette décision avait été provisoirement rapportée :

« Enfin la Monnaie des Médailles et le dépôt des machines curieuses «•occuperont le rez-de-chaussée autour de la cour [du Louvre j. »

Mais un décret rendu le 7 mars de l’année suivante devait être suivi d’exécution.

Dès le début de l’année 1806, l’Administration des Monnaies avait été informée d’avoir à installer dans ses dépendances tous les services de la Monnaie des Médailles ; l’endroit choisi fut celui qui était occupé par l’Affinage, rue Guénégaud, et que dirigeait le sieur Gautier.

Le célèbre architecte Fontaine avait été désigné par Napoléon Ier pour régler les divers détails d’installation, de concert avec l’architecte Fossier, inspecteur des bâtiments de l’Hôtel des Monnaies.

Au mois de juin, les locaux étaient remis à la disposition du nouveau service, qui, d’après X Almanach Impérial , fut installé définitivement en 1807, au n° 8 de la rue Guénégaud.

Il se trouvait contigu aux ateliers et aux bureaux de X Argue de Paris (bureaux où les lingots d’or et d’argent étaient convertis en 111s) et du contrôle de la marque d’or et d’argent ou bureau de la Garantie; ce dernier service avait été transféré 10, rue Guénégaud, à la suite d’un arrêté de l’Administration des Monnaies du 5 pluviôse an VI (24 janvier 1798).

Le recueil de Plans des divers étages et coupe de l’ Hôtel des Monnaies,... par feu Jacques-Denis Antoine , publié en 1826, — bien après sa mort, — permet de se rendre compte de l’emplacement qu’occupait rue Guénégaud, l’établissement des Médailles, tout au bout de la façade sur cette rue.

Des plans manuscrits (Archives de la Monnaie) établis en 1822, quelques années auparavant, indiquent les locaux affectés aux divers services.

Par suite de la réorganisation de 1803, la Monnaie des Médailles se trouvait dans les attributions du baron Vivant-Denon, directeur général du Musée Napoléon ; le conservateur fut un artiste suisse, Jean-Pierre Droz, qui s’était déjà rendu célèbre sous le règne de Louis XVI par son talent de graveur et de mécanicien. Tous deux devaient rester en fonctions jusqu’à la fin de l’Empire. Sous leur active et intelligente direction, l’histoire métallique fut reprise. Si les nombreuses médailles de l’épopée napoléonienne, frappées par les balanciers établis rue Guénégaud, n’ont pas la valeur artistique

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des séries royales, elles ont cependant le mérite de former une suite à une tradition interrompue et de nous présenter un ensemble intéressant pour l’histoire de la gravure au commencement du xixe siècle.

Sous le directorat de Vivant-Denon paraît une innovation sur les médailles : la signature du graveur y est accompagnée du nom du directeur Denon direxit , habitude qui fut d’ailleurs conservée par le successeur de Denon, le baron de Puymaurin, nommé directeur de la Monnaie des Médailles au re tour des Bourbons en 1816.

Au baron de Puymaurin succéda son lils, le chevalier Aimé de Puymaurin (1824 a 1830). En 1831, un directeur provisoire fut désigné en la personne du caissier, M . Clément, lorsque la Monnaie des Médailles allait être réunie à l’Administration des Monnaies.

Droz n’avait pas été remplacé immédiatement dans son poste de conservateur ; en 1816, il figure encore à Y Almanach royal . Ce n’est qu’en 1818 que le vicomte de Beaurecueil entre comme conservateurcaissier dans le service, où il resta en fonctions jusqu’à la réunion.

Au retour des Bourbons, la Monnaie des Médailles, dépendant du ministère de la Maison du Roi, continua comme sous le Premier Empire à frapper les pièces commémoratives et celles que lui demandaient les particuliers et les sociétés — elle avait d’ailleurs conservé le monopole général de ces fabrications — mais elle abandonna l’ancienne tradition, reprise par Napoléon Ier, d’illustrer le règne par des frappes régulières de médailles ; il n’y eut plus d’ordre et de méthode dans des collections qu’elle créa et lorsque, par ordonnance du 24 mars 1832, elle fut réunie à l’Administration des Monnaies, elle était singulièrement déchue de sa splendeur d’autrefois.

Si cette réunion devait permettre de constituer un musée de l’art de la gravure admirable et unique au monde, c’était grâce aux incomparables séries de coins et de poinçons des époques antérieures à la Restauration, dont la Monnaie des Médailles avait hérité et qu’elle avait conservées avec une sollicitude éclairée.

Vue de la tour de Nesle et de 1 llôtel de Ne vers. (Gravure d'Israël Silveslre. — Cabinet des Estampes).

ir

1° Les anciens hôtels construits sur l’emplacement actuel de l’Hôtel des Monnaies. — - Nous avons dit à la suite de quelles négociations, rhôtel et les petits hôtels de Gonti furent cédés par la Ville de Paris au Roi pour y établir le nouvel llôtel des Monnaies. Ces hôtels occupaient un emplacement sur lequel avaient été édifiées des demeures célèbres, qui disparurent successivement.

M. A. Franklin, dans son Histoire de la Bibliothèque Mazarine et du Palais de l} Institut, a fait l’historique de cette partie du vieux Paris.

Le premier palais, dont on puisse faire mention, et qui remontait au moyen âge, est IHôtel de Nesle, qui occupait tous les terrains situés entre la rue de Seine et la rue de Ne vers ; il semble avoir compris deux parties distinctes : le Grand Nesle ou Phôtel proprement dit avec jardins, et le Petit Nesle, c’est-à-dire, la fameuse tour de Nesle, la porte d’entrée et le fossé longeant l’enceinte de Philippe-Auguste. L’enceinte partait de la tour située à peu près à remplacement du pont des Arts, en face de l’aile est de l’Institut (Bibliothèque Mazarine) et se dirigeait vers la rue Dauphine.

L’HOTEL DES MONNAIES (QUAI G O N T I

Ce mur traverse l’Hôtel des Monnaies actuel, dans la partie contiguë à l’Institut; les substructions en furent mises à jour, lors de la construction des nouveaux ateliers en 1897.

L'Hôtel de Nesle et la tour de Nesle.

(D'après le plan attribué à Du Cerceau (vers 1555). — Bibliothèque de la Ville de Paris).

C’est sous le règne de Philippe IV, le Bel, que fut établi un quai sur l’emplacement actuel du Quai Conti. La reine Jeanne de Bourgogne (1316-1330), femme de Philippe V le Long, devint propriétaire de l’Hôtel de Nesle; ses romanesques aventures devaient rendre célèbre la tour de Nesle.

Tandis que le Grand Nesle passait aux mains du Roi, le Petit Nesle entrait dans le domaine de la Ville de Paris. C'est dans l'Hôtel de Nesle qu Henri II établit, en 1550, un atelier monétaire, comme nous l’avons dit plus haut.

Un plan attribué à Du Cerceau (vers 1555) nous donne une vue à vol d'oiseau des bâtiments.

Possédant déjà le palais du Louvre, les rois de France avaient singulièrement négligé le Grand Nesle ; il fut mis en vente par lettres patentes en date de janvier 1552, mais ne trouva pas d'acquéreur.

Vue de l’Hôtel de Nevers.

(Gravure de Poinsart (xvie siècle). — Cabinet des Estampes).

C'est sans doute en vue de faciliter cette cession, que fut dressé, le 28 novembre 1572, un état des lieux; le Grand Nesle avait une superficie de 3 386 toises; le Petit Nesle n’occupait que 1771 toises.

Ce ne fut que quelques années plus tard, en 1580, que le duc de Nevers, Louis de Gonzague, acheta le Grand Nesle, qui, ainsi que nous le rapporte l’historien parisien Jaillot, fut érigé en fief par l'abbé de Saint-Germain des Prés (1586), fief éteint en 1646, à la réquisition d’Henri de Guénégaud, dont il sera question plus loin.

Ce qui restait du Grand Nesle fut démoli et le duc de Nevers fit alors élever un somptueux palais, en brique et pierre, dont la façade était perpendiculaire au quai ; de vastes cours et de beaux jardins

lui donnaient un aspect vraiment magnifique. Plusieurs gravures nous en ont conservé le souvenir ; celle de Poinsart, du xvie siècle, permet de se rendre compte que Louis de Gonzague avait voulu avoir une demeure princière. Le plan gravé, par Hebuterne (xvie siècle) nous renseigne . sur remplacement exact qu’occupait le palais. D’ailleurs, le plan de Quesnel (1609), la vue gravée par Chastillon et une vue à vol d’oiseau de Mérian (1013), nous donnent un aspect

(Gravure d'Hebulerne (xvi° siècle). — Cabinet des Estampes).

général des bâtiments, qui étaient situés sur un plan affectant la forme d’un trapèze irrégulier, dont les côtés étaient le quai, la rue Dauphine et par derrière le mur de l’enceinte de Philippe-Auguste, que l’on voit encore intact, avec ses tourelles sur la gravure de Mérian. La façade se trouvait, comme il est dit plus haut, sur la place qui sépare actuellement l’Hôtel des Monnaies du pavillon de la Bibliothèque Mazarine.

Le Petit Nesle, n’appartenant pas au Roi, n’avait pas été compris dans la vente faite à Louis de Gonzague. Les gravures de Chastillon,

d’Israël Sylvestre, de Callot, celles de Quesnel (1609) et de Mérian (1615) citées plus haut, une autre du même graveur, parue dans sa Topogrciphia Galliæ nous montrent la tour de Nesle existante encore dans son intégrité avec les dépendances du Petit Nesle, et masquant la façade du palais de Nevers. Ce n’est qu’au xvne siècle que le Petit Nesle fut rasé, lors de la construction du Collège Mazarin (Palais de l’Institut et Bibliothèque Mazarine), édifié sur les plans du célèbre architecte Levau.

Vue de l’Hôtel de Nevers.

(Plan de Mérian (1615). — Collection E. Mareuse).

Le palais de Nevers, qui n’avait pas été complètement terminé, devait, malgré sa magnificence, disparaître sous la pioche des démolisseurs. En 1641, Marie de Gonzague, petite-fille d’Henriette de Clèves, duchesse de Nevers, obtint du Roi l’autorisation de démolir cette belle demeure, de percer des rues sur l’emplacement et de vendre les terrains pour y construire des maisons.

Henri de Guénégaud, garde des Sceaux, fut le principal acquéreur; il acheta tout le terrain compris entre la place, le quai et la rue qui porte son nom. Il conserva, pour la construction de son hôtel, la même orientation que celle du palais de Nevers. Au centre de la façade, perpendiculaire à la Seine, la porte principale, bâtie par Mansart, donnait accès à une vaste cour, de forme rectangulaire,

Vue du jardin de l'Hôtel de Conti.

(Gravure de Louis Silveslre (1704). — Cabinet des Estampes).

le plan de Gomboust (1650 . qui nous fait connaître l’existence d’une cour attenante à l’aile sud de l’Hôtel.

Par derrière ces constructions, sur une partie du terrain, adossée au mur de Philippe-Auguste, fut édifié un bâtiment moins important, le petit hôtel de Guénégaud.

L’hôtel de Guénégaud devait avoir dans la suite la même destinée que l’hôtel deNevers: il ne fut cependant pas démoli lorsqu’il changea de propriétaire, en 1670.

Jaillot nous apprend que, le 30 avril 1670, Anne-Marie Martinozzi, veuve du prince de Conti et tutrice des princes, ses iils, l’acquit par

qu’entouraient trois corps de bâtiments ; les deux ailes, encadrant, de chaque côté, la porte principale, ajoutaient un caractère tout à la fois monumental et très artistique à la façade. Des jardins s’étendaient jusqu’à la rue Guénégaud et donnaient un charme particulier à cette riche demeure. Jean Marot nous en a conservé le souvenir; nous la voyons aussi figurée, mais d’une façon peu distincte, sur

échange avec la terre et la seigneurie du Bouclier. Les nouveaux propriétaires, loin de songer à une reconstruction, cherchèrent à agrandir leur demeure, en y annexant des maisons contiguës.

C’est ainsi que, d’après Jaillot, le 25 mai 1679, fut acheté le petit hôtel de Guènègaud , attenant à la muraille de Philippe-Auguste, qui devait par la suite prendre le nom d’ hôtel de Gaumont , de petit hôtel de Conti , puis, lors de la construction de l’Hôtel des Monnaies,

d ’ hôtel de Laver dy , à cause de la concession que le roi Louis XV en fit à son ministre d’État.

Au début du xvme siècle, une autre maison située sur le quai et mitoyenne avec l’hôtel , fut acquise, par la princesse de Conti, de Barbe Le Beau, veuve d’Antoine Bondet, marchand parisien (20 novembre 1718). Jaillot vit démolir cette maison, ainsi d’ailleurs, que l’hôtel de Conti, et il nous dit que la même dénomination de petit Hôtel de Conti lui avait été donnée.

Il existait donc deux petits hôtels de Conti. Le renseignement de Jaillot se trouve corroboré par un plan conservé à la Bibliothèque Nationale (Cab. des Estampes Va 263), qui donne leurs emplacements exacts ; celui sur le quai était attenant à quatre maisons, dont la dernière faisait l’angle de la rue Guénégaud; il devait disparaître, avec ces maisons, lors de la construction de l’Hôtel des Monnaies. L’autre, en façade sur l’impasse Conti, existe encore et fait partie des bâtiments monétaires; il avait un assez grand jardin, aboutissant rue Guénégaud sur deux maisons, démolies dans la suite, comme celles du quai.

L’hôtel de Conti avait conservé la belle façade, en partie construite par Mansart, dont Jean Marot a reproduit la disposition; les

Plan de FHôtel de Conti et des deux petits Hôtels de Conti.

(Dessin — Cabinet des Estampes).

vastes jardins qui donnaient à l’Hôtel de Guénégaud un charme particulier, avaient été respectés et on peut juger de leur harmonieuse disposition par une gravure du temps (de L. bilvestre) et une aquarelle, conservée au Cabinet des Estampes comme les documents cités ci-dessus.

Dans le même recueil du Cabinet des Estampes se trouvent trois dessins du xviil6 siècle, au trait ou gouachés, qui nous font connaître un projet relatif à la construction d’un théâtre de la Comédie

Plan du jardin de l'Hôtel de Conti.

(Aquarelle. — Cabinet des Estampes).

française, en façade sur le quai Conti, projet entraînant la disparition des jardins de l’iiôtel.

Nous avons parlé également de la transformation que F abbé de la Grive, en 1750, voulait faire dans tout le quartier, à l’occasion d’une reconstruction de l’atelier monétaire, justement à l’endroit qu’il devait occuper par la suite.

L’hôtel de Conti était donc menacé ; on a vu dans quelles conditions il fut cédé au Roi, par la Ville de Paris qui en était devenue propriétaire.

Le nouvel Hôtel des Monnaies allait s’elever sur son emplace-

ment.

2° L’Hôtel des Monnaies, quai Gonti ; construction — Nous avons dit en parlant de l’ancien Hôtel des Monnaies (p. 22) que les travaux de construction sur remplacement de l’Hotel de Gonti commencèrent dès 1768.

Plusieurs architectes avaient concouru pour cet important travail,

Projet de construction d'un théâtre sur le quai Conti. (Dessin. — Cabinet des Estampes).

tels, Moreau, architecte de la Ville de Paris, Boullée, membre de l’Académie d’Architecture, Barreau et d’autres encore. Les projets présentés par Jacques-Denis Antoine furent préférés par le Roi. Antoine était d’ailleurs l’architecte de l’ancien Hôtel des Monnaies et c’est lui qui avait été chargé de la reconstruction, abandonnée par la suite, sur la place Louis \\ (place de la Concorde).

On est heureux de constater que les documents concernant le nouvel Hôlel sont loin de faire défaut. D’abord la très précieuse collection des comptes de construction conservés dans la Bibliothèque de la Monnaie, qui donnent tous les renseignements désirables sur les travaux exécutés et qui permettent de suivre les diverses étapes de la construction (37 volumes) ; puis, les plans manuscrits et projets divers, qui existent aussi dans cette Bibliothèque.

D’autre part, le Cabinet des Estampes, à la Bibliothèque Nationale, conserve un fort intéressant dossier, dessins, plans, aquarelles,

Façade de l’Hôtel des Monnaies, avec la décoration projetée du parapet.

(Gravure du recueil d’Antoine. — Bibliothèque de la Monnaie).

provenant de la succession d’Antoine, et toute une série de documents du même genre classés dans la Topographie de Paris. Ajoutons aussi Jes vues gravées anciennes, se trouvant dans ces deux dépôts et reproduisant, sous des aspects différents, les diverses parties des bâtiments et les monuments environnants.

Les travaux de démolition de l’bôteJ de Conti furent activement menés. Un dessin de l’ancienne collection Bonnardot, publié par M. A. Franklin, dans son Pans à travers les âges, nous montre ce bâtiment livré à la pioche des démolisseurs.

Il faut faire remarquer que 1 un des deux hôtels, dénommé petit hôtel de Coati , celui qui était contigu au Collège des Quatre Nations (Palais de I Institut,), sur l’impasse actuelle de Conti, fut respecté ;

L’IIOTEL DES MONNAIES

il n’avait pas été compris clans le plan de reconstruction, Louis XY en ayant accordé la jouissance à François de Laverdy, contrôleur général des Finances et ministre d’État, qui l’oceupa jusqu’à la Révolution.

Le 30 avril 1771, la première pierre fut posée, au nom du Roi, par l’abbé Terray, contrôleur général des Finances ; on y scella une boîte en cèdre contenant les

Face.

Médaille commémorative de la pose de la première pierre de l’Hôtel des Monnaies, par C.-N. Roëttiers.

(Musée de la Monnaie).

spécimens des diverses monnaies royales courantes, en or, argent, argent et cuivre, depuis le liard jusqu’au

double louis, ainsi que des épreuves en or, argent et cuivre d’une médaille commémorative de grand module ()3 mm.) frappée à cette occasion. Cette médaille représente d’un côté l’effigie royale et au revers la façade du futur monument, avec le parapet du quai, dont la décoration projetée ne fut pas exécutée ; elle porte la date 1770. La devise latine : auro

ARGENTO AERI FLANDO FERIUNDO

qui accompagne le sujet, fait allusion aux travaux monétaires auxquels allait être affecté ce monument.

Revei’s.

Médaille commémorative delà pose de la première pierre de l’Hôtel des Monnaies, par G. -N. Roëttiers

(Musée de la Monnaie).

L’HOTEL DES MONNAIES (QUAI G O N T I

La vue de la façade est fort exacte et on peut se rendre compte qu'elle n'a pas changé depuis cette époque.

Par les soins du trésorier général des Monnaies, Joseph- Antoine Deschamps, les empreintes de ces médailles et de ces monnaies ont été réunies, en 1779, en un tableau et accompagnées d'une inscription imprimée en or sur papier bleu ; ce tableau a comme pendant la reproduction de 1' « Inscription gravée sur une table ou « plaque de cuivre, mise sur une boîte de cèdre, déposée sur la « première pierre du bâtiment de l’hôtel des Monnoies, construit « sur le terrein de l'ancien hôtel de Conty, quai de Conty, le « 30 avril 1771 ». Le texte de l'inscription est le suivant :

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